📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Aggée 1, 1-8

DU LIVRE D’AGGEE

Texte

1 La deuxième année du roi Darius, le sixième mois, le premier jour du mois, la parole de Yahvé fut adressée par le ministère du prophète Aggée à Zorobabel, fils de Shéaltiel, gouverneur de Juda, et à Josué, fils de Yehoçadaq, le grand prêtre, en ces termes :
2 Ainsi parle Yahvé Sabaot. Ce peuple dit : ” Il n’est pas encore arrivé, le moment de rebâtir le Temple de Yahvé !“
3 Et la parole de Yahvé fut adressée par le ministère du prophète en ces termes :
4 Est-ce donc pour vous le moment de rester dans vos maisons lambrissées, quand cette Maison-là est dévastée ?
5 Maintenant donc, ainsi parle Yahvé Sabaot. Réfléchissez en votre cœur au chemin que vous avez pris !
6 Vous avez semé beaucoup, mais peu engrangé ; vous avez mangé, mais pas à votre faim ; vous avez bu, mais pas votre saoul ; vous vous êtes vêtus, mais non réchauffés. Le salarié a gagné son salaire pour le mettre dans une bourse percée !
7 Ainsi parle Yahvé Sabaot. Réfléchissez en votre cœur au chemin que vous avez pris !
8 Montez à la montagne, rapportez du bois et réédifiez la Maison ; j’y mettrai ma complaisance et j’y manifesterai ma gloire - dit Yahvé.

Commentaire

1. Situation

Le Livre d’Aggée est l’un des livres prophétiques les plus courts, avec ses 37 versets, mais il nous permet un regard intéressant sur ce tournant important de l’histoire d’Israël que constitue la vie de la communauté contemporaine de la reconstruction du Temple de Jérusalem, qu’on appelle la “communauté du Second Temple”, dont a émergé le “Judaïsme”.

Ce livre prophétique se réfère aux événements que nous rapportent par ailleurs les Livres des Chroniques, d’Esdras et de Néhémie.

Ces événements datent d’autour de l’année 520 avant JC. On pense que ce Livre d’Aggée a été écrit en terre de Juda, et qu’Aggée faisait probablement partie des Yahvistes demeurés en Palestine pendant l’Exil Babylonien. On le date de la période même de la construction du Second Temple, avant même que n’en soient complétés tous les travaux, puisqu’il ne fait pas mention de leur achèvement.

Il a donc été écrit entre 520 et 515, et se situe par rapport au règne du roi Perse Darius (522 - 486).

Il est difficile, dans ce recueil d’Aggée, de distinguer les formes poétiques de ce qui a été écrit en prose, la poésie se trouvant plutôt dans les propos tenus par des personnes, et que nous rapporte le Prophète. Aggée nous propose donc à la fois des oracles (par exemple, 1, 7 - 11 et 2, 21 - 23) ainsi qu ‘un certain nombre de récits, si bien que l’on a pu caractériser son Livre comme une sorte de compte-rendu historique.

Aggée insiste sur l’importance et la signification du Temple à une époque de crise où l’on a moins conscience de la transcendance comme de l’immanence de Yahvé, le Dieu d’Israël, qui, certes ne demeure pas effectivement dans un Temple, mais toutefois s’y rend présent sans perdre sa dimension d’au-delà inaccessible.

En annonçant qu’une ère de prospérité suivra cette reconstruction du Temple de Dieu, Aggée a encouragé les bâtisseurs, même si ses prédictions ont été très loin de se réaliser dans leur totalité (pas plus que celles du même genre, sur le retour “lumineux” d’Israël sur sa terre, faites en exil par l’auteur de la deuxième partie du Livre d’Isaïe, qu’on appelle couramment le “Deutéro-Isaïe).

2. Message

Le message du prophète est ici des plus clairs : il est nécessaire de rebâtir le Temple de Dieu sans hésiter et sans traîner. Le prophète encourage donc les nouveaux responsables du peuple à ne pas écouter la voix de ceux qui n’encouragent guère cette reconstruction.

Il ne faut donc pas perdre courage mais constater que la misère actuelle du pays est un rappel du mécontement du Seigneur qui accordera de nouveau prospérité à son peuple comme fruit de sa complaisance et de sa gloire rendue manifeste par cette reconstruction menée à bien de son sanctuaire.

3. Decouvertes

Notre page fait partie d’un ensemble 1, 1 - 11, conscré à l’effort de reconstruction du Temple. Aggée s’adresse nommément à deux personnes, deux “Yahvistes” envoyés en Palestine par les autorités Perses, Zorobabel comme Gouverneur et Josué comme Grand prêtre.

Ces deux hommes représentent une nouvelle structure de gouvernement en Israël. Il se peut que Zorobabal soit un membre de la Maison de David, mais, en sa qualité de Gouverneur de Juda, il est le représentant officiel de l’autorité Perse. D’autre part, le grand père de Josué avait été un chef des prêtres avant le départ en exil de 587 (2 Rois, 25, 18 - 21). A noter encore que le prophète Zacharie mentionne également ces deux personnages (3, 1 - 10 et 4, 6 - 7).

Les leaders du peuple à cette époque du retour sont et seront des gens qui ont été en exil ou des descendants de ces exilés.

Aggée nous relate ce que disent un certain nombre de gens d’Israël peu enclins à la reconstruction du Temple, et qui se contenteraient bien du statut quo, c’est-à-dire de célébrer autrement le culte rendu au Seigneur, sans ce Temple.

Aggée leur reproche de s’intéresser davantage à eux-mêmes et à leurs maisons plutôt qu’à la Maison de Yahvé (verset 9). Il les invite à réfléchir sur leurs pauvres conditions d’existence, impliquant qu’elles ne sont pas dûes simplement à de mauvaises récoltes, mais à une action punitive de Yahvé, la sécheresse. Qu’ils rebâtissent donc le Temple et cela changera !

4. Prolongement

Depuis sa construction par le roi Salomon, le Temple afvait été le signe de la présence de Dieu proche de son peuple, et d’une qualité de vie à manifester par Israël dans l’obéisance à la Loi et aux commandements. Jérémie et d’autres prophètes avaient vigoureusement protesté contre l’utlisation du Temple comme lieu de refuge et de protection par ceux qui n’obéissaient plus au Seigneur, et annoncé la ruine du Temple si de telles attitudes persisaient (voir Jérémie 26)..

On comprend l’insistance d’Aggée, compte tenu que le peuple a besoin d’une réforme religieuse, et que les autorités Perses favorisent ce signe visible de l’identité religieuse unique d’Israël dans une terre qui n’est désormaus plus la sienne.

Pour nous chrétiens, nos édifices religeux sont là pour rendre visibles nos assemblées de communautés de croyants, et proclament ainsi notre existence dans la société. Ils ne peuvent donc en rien devenir d’abord des lieux de prière personnelle ou de “self-service” et ainsi se substituer à nos relations communautaires fraternelles, qui sont le lieu réel et unique de toutes nos célébrations en présence du Christ Ressuscité (au milieu de nous quand nous nous rencontrons en son Nom), et qui nous y replonge dans le mystère de son “Heure” défintive du salut et nous partage son “OUI” au Père, principalement dans l’eucharistie. Et cela afin que chacune et chacun d’entre nous, prononce son “OUI” personnel, de culte en esprit et vérité au coeur de sa vie, par et dans celui du Christ Jésus.

Prière

*Seigneur Jésus, que le mystère de ta demeure au coeur de nos vies, par la foi et la présence de ton Esprit Saint, s’exprime par notre capacité de “faire Eglise” avec tous ceux qui croient en toi, et de nous retrouver autour de ta présence aussi intense, au coeur de nos assemblées et communautés, où tu nous partages ta Parole et nous donnes, par la reprise des gestes que tu nous as laissés pour faire mémoire de toi, d’entrer dans le mystère de ta relation obéissante au Père, et de la faire nôtre en toutes nos situations. AMEN.

25.09.2003.*

Évangile : Luc 9, 7-9

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

7 Hérode, le tétrarque, apprit tout ce qui se passait, et il était fort perplexe, car certains disaient : ” C’est Jean qui est ressuscité d’entre les morts ” ;
8 certains : ” C’est Élie qui est reparu ” ; d’autres : ” C’est un des anciens prophètes qui est ressuscité “.
9 Mais Hérode dit : ” Jean ! moi je l’ai fait décapiter. Quel est-il donc, celui dont j’entends dire de telles choses ? ” Et il cherchait à le voir.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Avec ce texte, nous abordons la dernière section du ministère de Jésus en Galilée (4,14 - 9, 50).

Selon Luc, Jésus y a accompli un ministère bien rempli et organisé, d’abord situé dans toute sa dimension d’achèvement (4, 14- 44), ainsi que dans l’originalité unique de la position de Jésus face au pardon des péchés et au sabbat (5, 1 - 6, 11), au risque de rencontrer de vives oppositions.

Puis Luc nous a fait découvrir successivement le discours-programme de Jésus sur le Royaume de Dieu (6, 12 - 49), avant de nous le faire accompagner dans le détail et la diversité de ses rencontres d’hommes et de femmes, auxquels il annonce l’Evangile du Royaume dans le concret de leur existence, le tout accompagné de miracles de guérisons, de résurrection, et de maîtrise du chaos dans la tempête apaisée (7, 1 - 9, 6).

Après tout cela, Luc vient maintenant nous proposer des réponses et réactions qui sont adressées à Jésus, alors qu’il termine ainsi sa mission en Galilée (9, 7 - 50). Et cela commence par la présentation de ce qu’Hérode, prince de Galilée, pense de Jésus : notre passage.

2. Message

La section précédente s’était terminée par l’envoi des Douze en mission par Jésus (9, 1 - 6), et notre texte est pris comme “en sandwitch” entre cet envoi et leur retour (9, 10).

Le message central de notre passage semble bien être celui-ci : de même que la mission de Jésus et celle de Jean Baptiste avaient rencontré de l’opposition, et il en sera ainsi de celle de l’Eglise. Il est clair que, selon l’Evangile de Luc, Hérode Antipas est hostile à Jean Baptiste et à Jésus, que des Pharisiens viendront avertir qu’Hérode cherche à le faire mourir (13, 31 - 32).

Hérode est informé de “tout ce qui se passait”, c’est-à-dire de la mission de Jésus en Galilée (4, 16 - 9, 6). D’où son essai d’interprétation. Et, à l’inverse de ceux qui voient en Jésus Jean Baptiste ressuscité, ou bien le prophète Elie revenu selon l’annonce prophétique de Malachie 3, 23, Hérode demeure perplexe et s’interroge sur l’identité de Jésus: “Quel est celui-ci, dont j’entends dire de telles choses “(verset 9) ?

Son désir de voir Jésus est si fort que lors de la passion de Jésus, quand Pilate lui enverra Jésus, Luc insistera sur ce regard qu’il cherche à porter sur Jésus, le regard de quelqu’un qui se réjouit dans l’espoir de voir Jésus faire un miracle devant lui (23, 6 - 12). En définitive, Hérode en restera à une approche d’incroyant qui n’attend rien de Jésus et ne fait preuve que d’une curiosité, dont on ne connaît pas le motif profond, s’il existe.

3. Decouvertes

La question que se pose Hérode sur l’identité de Jésus au verset 9 est à interpréter en écho à la même question, qui a scandé tout le ministère Galiléen de Jésus : - lorsqu’il déclare au paralytique que ses péchés sont pardonnés (5, 20 - 21), - suite à la même déclaration à la pécheresse qui lui a oint les pieds lors d’un repas chez Simon le Pharisien (7, 48 - 49), - de la part des disciples après qu’il a apaisé la tempête sur la mer de Galilée (8, 24 - 25).

La réponse se précisera en 9, 10 - 50, lorsqu’il sera fait mention par Jésus de sa prochaine mort sur la croix, au grand désarroi de ses disciples, parmi lesquels Pierre, Jean et Jacques auront une l’explication de ce destin de Jésus dans la vision qu’ils auront de lui, transfiguré sur la Montagne.

La curiosité incroyante d’Hérode ne le conduira à rien, par contraste avec l’attitude de ceux dont les yeux s’ouvriront à la révélation de Dieu en Jésus à l’heure où il meurt sur la croix (23, 35 - 49).

4. Prolongement

Cette question “Qui est Jésus ?” doit nous travailler d’autant plus que nous en connaissons la réponse.

Comme il le fait en Luc, 9, 20, Jésus, dans son Esprit Saint qui nous habite, nous ré-interroge sans cesse en nous demandant : “Et vous, qui dites-vous que je suis”? Puisque Jésus est ressuscité, nous pouvons, comme Pierre et les Douze, après la Pentecôte, annoncer qu’il est Seigneur et qu’il n’est pas d’autre Nom donné aux hommes par lequel on puisse être sauvé (Actes, 4, 12).

Mais comment annonçons-nous aujourd’hui cette identité de Jésus ? Si son Esprit nous fait reproduire son image (Romains, 8, 29), essayons-nous, en toutes circonstances, de nous demander ce que Jésus ferait dans notre situation concrète aujourd’hui, pour ensuite tenter de l’imiter ? N’oublions pas que nous avons à partager son destin (Jean, 12, 24 - 26), et c’est ainsi que nous avons dès maintenant à le suivre sur son chemin de gloire.

Prière

*Seigneur Jésus, ceux qui ne te connaissent pas s’interrogent, ou viennent nous questionner, nous qui vivons avec toi, par toi et en toi qui nous saisis de l’intérieur de nous-mêmes où habite ton Esprit Saint : donne-moi la capacité à la fois d’annoncer ton Evangile en paroles et en actes, et de faire en sorte qu’il transforme tout ce qui doit changer dans nos vies personnelles de croyants, aussi bien que dans le témoignage de nos diverses communautés locales de croyants, face aux incroyants. AMEN.

25.09.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour