📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Qohélet 1, 1-11

DU LIVRE DE QOHELET

Texte

1 Paroles de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem.
2 Vanité des vanités, dit Qohélet; vanité des vanités, tout est vanité.
3 Quel profit trouve l’homme à toute la peine qu’il prend sous le soleil ?
4 Un âge va, un âge vient, mais la terre tient toujours.
5 Le soleil se lève, le soleil se couche, il se hâte vers son lieu et c’est là qu’il se lève.
6 Le vent part au midi, tourne au nord, il tourne, tourne et va, et sur son parcours retourne le vent.
7 Tous les fleuves coulent vers la mer et la mer n’est pas remplie. Vers l’endroit où coulent les fleuves, c’est par là qu’ils continueront de couler.
8 Toute parole est lassante! Personne ne peut dire que l’œil n’est pas rassasié de voir, et l’oreille saturée par ce qu’elle a entendu.
9 Ce qui fut, cela sera, ce qui s’est fait se refera, et il n’y a rien de nouveau sous le soleil!
10 Qu’il y ait quelque chose dont on dise : ” Tiens, voilà du nouveau! ”, cela fut dans les siècles qui nous ont précédés.
11 Il n’y a pas de souvenir d’autrefois, et même pour ceux des temps futurs : il n’y aura d’eux aucun souvenir auprès de ceux qui les suivront.

Commentaire

1. Situation

Ce Livre, en forme de monologue, où s’exprime un personnage appelé le Qohélet (c’est-à-dire l’Enseignant ou le Rassembleur), et qui se présente comme ayant été roi d’Israël, semble avoir été écrit entre le 5ème et le 2ème siècle avant Jésus Christ. Il s’agit donc d’une composition tardive de l’Ancien Testament.

Son message, appremment plein de contradictions, contient cependant un fil conducteur. Qohélet présente le monde comme une réalité inchangeable, et peuplé d’hommes et de femmes qui sont totalement incapables de le comprendre et de le changer.

D’où la question de base : comment vivre pour tirer parti d’un tel monde ? La réponse de Qohélet est simple : se contenter de bien profiter du positif qui nous est donné, sans chercher davantage.

De façon difficile à comprendre, l’auteur, à travers ce message “négatif”, rend cependant hommage à Dieu, tout en intégrant un regard critique sur les limites et les contradictions de toute réflexion de sagesse, y compris la sienne.

2. Message

A quoi bon vivre ? Quel profit l’homme peut-il tirer de ce qu’il entreprend ? Absolument aucun.

Il n’y a, et il n’y aura jamais rien de neuf sous le soleil. Les hommes et les femmes ne se trouvent en ce monde que pour y “passer” sans laisser de traces, et sans avoir jamais pu vraiment comprendre, ou dire, ou voir, ou entendre, la réalité qui les entoure.

3. Decouvertes

Le mot “vanité” revient souvent dans ce Livre, et pas seulement dans cette page initiale. Il suggère le caractère transitoire, inutile et trompeur de bien des réalités.

“Vanité des vanités”, cette expression se retrouve à la fin du Livre, en 12, 8. A noter que le chiffre correspondant au total des lettres de cette expression (suivant leur place dans l’alphabet hébraïque) est de 216, et qu’il y a exactement 216 versets entre ces 2 expressions, au début et à la fin du Livre (1, 2 et 12, 8).

Cette page nous décrit un monde totalement imperméable à l’effort humain. Les hommes et femmes ne font qu’y passer, tandis que le monde continue sans nouveauté, sans fécondité, sans accomplissement.

Sauf pour le soleil, il n’est pas dit que les mouvements de cet univers suivent des “cycles”. Tout progrès humain, que ce soit pour le comprendre ou pour agir sur lui, demeure impossible.

4. Prolongement

On peut être tenté de lire ce poème comme la description d’un univers bouché et sans espérance, ou encore comme l’aveu que rien en ce monde ne peut satisfaire la quête de bonheur et de vérité qui habite l’esprit humain.

Cependant, tout l’Ancien Testament, avec la mission que Dieu donne à l’homme d’être son “lieutenant” pour gouverner le monde, l’appel et la promesse à Abraham et sa descendance à vivre leur histoire “avec Dieu”, ainsi que le Nouveau Testament, qui nous révèle l’accomplissement en Jésus Christ de la création et du salut, comme création nouvelle qui nous transforme en fils et filles de Dieu et images du Christ, apportent une réponse à cette question, à première vue insoluble, du “sens”.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es venu accomplir le destin de tous les hommes, que Dieu a créés à son image en leur demandant de construire et de faire fructifier le monde qu’il leur avait confié, en nous proposant d’aller plus loin encore, en suite logique avec l’appel de Dieu a Abraham, et de considérer ce monde comme le “lieu”où nous situer, en toutes nos démarches, comme fils et filles d’un même Père, en même temps que frères et sœurs les uns des autres, en reproduisant ton image : renouvelle en moi cette conviction que la bonne nouvelle de ta parole, et de ta manière de vivre en notre humanité, est la seule “clé” du sens de notre vie, de notre histoire, de notre mort, ainsi que de notre relation profonde, en vérité, à Dieu, aux autres et à nous-mêmes. AMEN.

26.09.2002.*

Évangile : Luc 9, 7-9

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

7 Hérode, le tétrarque, apprit tout ce qui se passait, et il était fort perplexe, car certains disaient : ” C’est Jean qui est ressuscité d’entre les morts ” ;
8 certains : ” C’est Élie qui est reparu ” ; d’autres : ” C’est un des anciens prophètes qui est ressuscité “.
9 Mais Hérode dit : ” Jean ! moi je l’ai fait décapiter. Quel est-il donc, celui dont j’entends dire de telles choses ? ” Et il cherchait à le voir.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Avec ce texte, nous abordons la dernière section du ministère de Jésus en Galilée (4,14 - 9, 50).

Selon Luc, Jésus y a accompli un ministère bien rempli et organisé, d’abord situé dans toute sa dimension d’achèvement (4, 14- 44), ainsi que dans l’originalité unique de la position de Jésus face au pardon des péchés et au sabbat (5, 1 - 6, 11), au risque de rencontrer de vives oppositions.

Puis Luc nous a fait découvrir successivement le discours-programme de Jésus sur le Royaume de Dieu (6, 12 - 49), avant de nous le faire accompagner dans le détail et la diversité de ses rencontres d’hommes et de femmes, auxquels il annonce l’Evangile du Royaume dans le concret de leur existence, le tout accompagné de miracles de guérisons, de résurrection, et de maîtrise du chaos dans la tempête apaisée (7, 1 - 9, 6).

Après tout cela, Luc vient maintenant nous proposer des réponses et réactions qui sont adressées à Jésus, alors qu’il termine ainsi sa mission en Galilée (9, 7 - 50). Et cela commence par la présentation de ce qu’Hérode, prince de Galilée, pense de Jésus : notre passage.

2. Message

La section précédente s’était terminée par l’envoi des Douze en mission par Jésus (9, 1 - 6), et notre texte est pris comme “en sandwitch” entre cet envoi et leur retour (9, 10).

Le message central de notre passage semble bien être celui-ci : de même que la mission de Jésus et celle de Jean Baptiste avaient rencontré de l’opposition, et il en sera ainsi de celle de l’Eglise. Il est clair que, selon l’Evangile de Luc, Hérode Antipas est hostile à Jean Baptiste et à Jésus, que des Pharisiens viendront avertir qu’Hérode cherche à le faire mourir (13, 31 - 32).

Hérode est informé de “tout ce qui se passait”, c’est-à-dire de la mission de Jésus en Galilée (4, 16 - 9, 6). D’où son essai d’interprétation. Et, à l’inverse de ceux qui voient en Jésus Jean Baptiste ressuscité, ou bien le prophète Elie revenu selon l’annonce prophétique de Malachie 3, 23, Hérode demeure perplexe et s’interroge sur l’identité de Jésus: “Quel est celui-ci, dont j’entends dire de telles choses “(verset 9) ?

Son désir de voir Jésus est si fort que lors de la passion de Jésus, quand Pilate lui enverra Jésus, Luc insistera sur ce regard qu’il cherche à porter sur Jésus, le regard de quelqu’un qui se réjouit dans l’espoir de voir Jésus faire un miracle devant lui (23, 6 - 12). En définitive, Hérode en restera à une approche d’incroyant qui n’attend rien de Jésus et ne fait preuve que d’une curiosité, dont on ne connaît pas le motif profond, s’il existe.

3. Decouvertes

La question que se pose Hérode sur l’identité de Jésus au verset 9 est à interpréter en écho à la même question, qui a scandé tout le ministère Galiléen de Jésus : - lorsqu’il déclare au paralytique que ses péchés sont pardonnés (5, 20 - 21), - suite à la même déclaration à la pécheresse qui lui a oint les pieds lors d’un repas chez Simon le Pharisien (7, 48 - 49), - de la part des disciples après qu’il a apaisé la tempête sur la mer de Galilée (8, 24 - 25).

La réponse se précisera en 9, 10 - 50, lorsqu’il sera fait mention par Jésus de sa prochaine mort sur la croix, au grand désarroi de ses disciples, parmi lesquels Pierre, Jean et Jacques auront une l’explication de ce destin de Jésus dans la vision qu’ils auront de lui, transfiguré sur la Montagne.

La curiosité incroyante d’Hérode ne le conduira à rien, par contraste avec l’attitude de ceux dont les yeux s’ouvriront à la révélation de Dieu en Jésus à l’heure où il meurt sur la croix (23, 35 - 49).

4. Prolongement

Cette question “Qui est Jésus ?” doit nous travailler d’autant plus que nous en connaissons la réponse.

Comme il le fait en Luc, 9, 20, Jésus, dans son Esprit Saint qui nous habite, nous ré-interroge sans cesse en nous demandant : “Et vous, qui dites-vous que je suis”? Puisque Jésus est ressuscité, nous pouvons, comme Pierre et les Douze, après la Pentecôte, annoncer qu’il est Seigneur et qu’il n’est pas d’autre Nom donné aux hommes par lequel on puisse être sauvé (Actes, 4, 12).

Mais comment annonçons-nous aujourd’hui cette identité de Jésus ? Si son Esprit nous fait reproduire son image (Romains, 8, 29), essayons-nous, en toutes circonstances, de nous demander ce que Jésus ferait dans notre situation concrète aujourd’hui, pour ensuite tenter de l’imiter ? N’oublions pas que nous avons à partager son destin (Jean, 12, 24 - 26), et c’est ainsi que nous avons dès maintenant à le suivre sur son chemin de gloire.

Prière

*Seigneur Jésus, ceux qui ne te connaissent pas s’interrogent, ou viennent nous questionner, nous qui vivons avec toi, par toi et en toi qui nous saisis de l’intérieur de nous-mêmes où habite ton Esprit Saint : donne-moi la capacité à la fois d’annoncer ton Evangile en paroles et en actes, et de faire en sorte qu’il transforme tout ce qui doit changer dans nos vies personnelles de croyants, aussi bien que dans le témoignage de nos diverses communautés locales de croyants, face aux incroyants. AMEN.

25.09.2003.*


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