📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Esdras 1, 1-6

DU LIVRE D’ESDRAS

Texte

1 Or la première année de Cyrus, roi de Perse, pour accomplir la parole de Yahvé prononcée par Jérémie, Yahvé éveilla l’esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit proclamer et même afficher dans tout son royaume
2 “Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Yahvé, le Dieu du ciel, m’a remis tous les royaumes de la terre, c’est lui qui m’a chargé de lui bâtir un Temple à Jérusalem, en Juda.
3 Quiconque, parmi vous, fait partie de tout son peuple, que son Dieu soit avec lui! Qu’il monte à Jérusalem, en Juda, et bâtisse le Temple de Yahvé, le Dieu d’Israël c’est le Dieu qui est à Jérusalem.
4 Qu’à tous les rescapés, partout, la population des lieux où ils résident apporte une aide en argent, en or, en équipement et en montures, en même temps que des offrandes de dévotion pour le Temple de Dieu qui est à Jérusalem.”
5 Alors les chefs de famille de Juda et de Benjamin, les prêtres et les lévites, bref tous ceux dont Dieu avait éveillé l’esprit, se levèrent pour aller bâtir le Temple de Yahvé, à Jérusalem;
6 et tous leurs voisins leur apportèrent toute sorte d’aide argent, or, équipement, montures et cadeaux précieux,, sans compter toutes les offrandes de dévotion.

Commentaire

1. Situation

Le Livre d’Esdras est inséparable du Livre de Néhémie, et ces deux livres ont été souvent considérés comme l’oeuvre du “Chroniste”, l’auteur des 2 Livres des Chroniques, bien que cela soit de plus en plus constesté de nos jours.

D’autre part, des problèmes importants de datation comparée des Livres d’Esdras et de Néhémie divisent fortement spécialistes et commentateurs, si bien qu’aucun accord n’étant actuellement possible sur ce point, un grand nombre d’auteurs renvoient au lecteur le choix entre les différentes hypothèses présentées. Cela dit, ces livres ont été écrits dans la période qui suit l’Exil, entre 330 et 160, et nous proviennent des milieux des prêtres et des Lévites.

L’ordre de ces 2 livres (indépendamment de leur présentation dans nos Bibles) semble bien être le suivant, dans le cadre d’une oeuvre unique composée par un unique auteur : Esdras 1 - 6, puis Néhémie, 1 - 6, puis Néhémie 12 et Néhémie 11, puis Esdras 7 - 10, et Néhémie 7, 73 - 10, 39.

Le plan de nos textes, tels que nous les trouvons aujourd’hui dans notre Bible, se présente ainsi : - La reconstruction du Temple, appelé le “Second Temple” (Esdras, 1, 1 - 6, 22), - Le retour d’Esdras de captivité et la Loi (Esdras, 7, 1 - 10, 44), - Le réarmement de Jérusalem (Néhémie, 1, 1 - 7, 5), - La promulgation de la Loi par Esdras (Néhémie, 7, 73 - 9, 38), - La réforme de Néhémie (Néhémie, 10, 1 - 13, 30).


Dans cet ensemble, notre page se trouve au début de la 1ère partie, consacrée au “Second Temple”.

2. Message

Ce passage (Esdras, 1, 1 - 11) est la reproduction de 2 Chroniques, 36, 22 - 23. Le “Décret de Cyrus”, nouveau roi des Perses et grand conquérant de tout l’Orient, semble être rapporté ici fidèlement. Cyrus y reconnaît le Dieu d’Israël comme une “réalité” qui lui est supérieure, et, de ce fait, il en autrorise le culte dans un Temple reconstruit.

Cela ne signifie pas pour autant que Cyrus se soit converti au Dieu d’lsraël, bien que le 2ème prophète Isaïe l’ait, dans son oeuvre, écrite pendant l’Exil au pays de Babylone, nommé comme “choisi” et “oint” par Dieu pour libérer Israël (Isaïe, 45, 1; 41, 2 - 3. 25; 44, 25).

Mieux vaut constater que ce conquérant a choisi une politique de respect des différentes religions de son empire, pour favoriser la paix, l’ordre et l’obéissance civile, encore que cette tolérance n’ait pas été universelle, dans la mesure où il a fait détruire des Temples Egyptiens.

Même si l’ on pense que Cyrus avait un motif particulier de favoriser les Juifs, qui avaient été particulièrement opprimés par les Babyloniens qu’il venait de vaincre, cela ne veut pas dire que Cyrus ait poussé à ce point la reconstruction du Temple en prévoyant les financements nécessaires.

Ce qui compte surtout dans notre texte, c’est que les croyants d’lsraël aient interprété ce retour d’Exil d’un peuple chargé de présents comme un “signe de Dieu”, et, dans la mesure où ils se souvenaient de leurs traditions, comme un “Nouvel Exode”, réactualisant la sortie d’Egypte réalisée à l’époque de Moïse.

3. Decouvertes

Les Juifs de notre époque continuent d’appeler “Le Second Temple”, ce Temple reconstruit après le retour de l’exil. Ils donnent également ce nom de “Second Temple” à l’époque qui s’en est suivie jusqu’à la destruction du Temple en 70 de notre ère, alors qu’en réalité ce modeste Temple d’après l’exil avait été remplacé par un nouvel édifice par Hérode le Grand, approximativement vers l’époque de la naissance de Jésus Christ. Mais ce tout dernier Temple n’a jamais reçu le nom de “3ème Temple”.

Ce que les Juifs ont vécu entre le retour de l’exil jusqu’à l’anéantissement de la Ville Sainte et la dispersion de l’an 70 de notre ère continue plus ou moins d’être ce que nos frères Juifs vivent aujourd’hni.

Nous ne pouvons oublier que le siècle qui a précédé cette ruine définitive du Temple a été une époque de nouveauté marquée en particulier par l’apparition de la secte des baptiseurs de Qumrân, près de la Mer Morte, l’apparition des denx écoles d’interprétation de la Loi de Hillel et de Shammaï, ainsi que par l’apparition de Jésus et le ministère et les écrits de Paul.

4. Prolongement

Ce qui peut être considéré comme un Nouvel Exode est une fin d’exil “autorisée” par un souverain païen qui, pour autant ne rend pas la liberté à l’Etat d’Israël, qui demeurera une Province Perse. Le ton a beaucoup changé depuis le 1er Exode, considéré comme “l’oeuvre” du Dieu d’Israël par l’intermédiaire de son serviteur le prophète Moïse.

Désormais, les événements de l’histoire profane sont relus à partir des traditions anciennes à l’origine de la Bible, ce qui peut conduire à la production d’une parole face aux événements du monde.

Nous passons ici du “moyen” (libération par le moyen de l’action de Dieu ou de son mandataire) au “lieu” (une décision d’un prince étranger réinterprétée selon le plan de Dieu et les Traditions d’Israël).

Il en va de même de notre vie personelle ou communautaire en Eglise : chaque situation, chaque événement nous concernant, individuellement ou commmunautairement, est un “lieu” à partir duquel nous pouvons “rencontrer”, selon le cas, Dieu ou le Christ qui nous prennent en charge et nous libèrent par leur présence agissante, bien qu’invisible, en notre vie ou au coeur de nos communautés.

Prière

*Seigneur Jésus, nous te croyons présent, à nos côtés, en ton Esprit Saint, à mesure que se déroulent les différents événements qui forment la trame de notre histoire personnelle ou collective, car tu nous as déclaré “être avec nous tous les jours jusqu’à la consommation de siècles” : renforce en moi la capacité de prendre personnellement toutes mes responsabilités face aux événements qui me concernent, tout en demeurant totalement convaincu que tu es définitivement devenu le “Maître de l’histoire”, et que tu m’invites sans cesse à en relire les manifestations selon ton Evangile, et en marchant avec toi vers l’accomplissement de ton Royaume pour moi-même comme pour toute l’humanité. AMEN.

22.09.2003.*

Évangile : Luc 8, 16-18

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

16 ” Personne, après avoir allumé une lampe, ne la recouvre d’un vase ou ne la met sous un lit ; on la met au contraire sur un lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la lumière.
17 Car rien n’est caché qui ne deviendra manifeste, rien non plus n’est secret qui ne doive être connu et venir au grand jour.
18 Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ! Car celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il croit avoir lui sera enlevé. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.

2. Message

Jésus continue sa marche en Galilée en annonçant le Règne de Dieu : c’est ainsi qu’il vient de prononcer sa parabole du semeur, à laquelle notre passage sert de conclusion.

De même que la semence tombée en bonne terre porte du fruit au centuple, la parole de Jésus va croître en proportion (voir Actes, 19, 20).

Même si l’action de Jésus est, pour le moment, assez peu visible, elle n’en va pas moins rayonner, telle la lampe posée sur un candélabre, dont rien n’échappe à la lumière.

Les disciples doivent cependant se signaler par la qualité de leur écoute. Car c’est à cette condition que la Parole est reçue avec fruit, et peut ensuite être transmise.

3. Decouvertes

L’avenir du Royaume et la qualité de la mission dépendent de l’accueil que nous accordons à la Parole de Jésus, qu’il nous appartient d’écouter avec attention et persévérance, sûrs que, si nous la laissons agir, elle portera du fruit.

La mission des disciples est donc d’abord de rercevoir la Parole comme ce qui importe le plus dans leur vie. Ils seront ainsi d’autant mieux placés pour transmettre ce qu’ils ont reçu.

4. Prolongement

A plusieurs reprises, Paul signale qu’il transmet “ce qu’il a reçu”, lui qui n’a pas été disciple de Jésus avant la résurrection (voir entre autres, 1 Corinthiens, 11, 23 sur le dernier repas du Seigneur, et 15, 3 sur la mort-résurrection de Jésus).

La qualité de son accueil en lui du don de la grâce de Dieu explique la fécondité de son apostolat :

10 C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous : oh ! non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.

16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !

17 Si j’avais l’initiative de cette tâche, j’aurais droit à une récompense ; si je ne l’ai pas, c’est une charge qui m’est confiée.

18 Quelle est donc ma récompense ? C’est qu’en annonçant l’Évangile, j’offre gratuitement l’Évangile, sans user du droit que me confère l’Évangile.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous appelles à être fils de lumière, révélant aux hommes et aux femmes de notre temps la lumière définitive de leur existence, que toi seul leur proposes, par la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu, et c’est ainsi que notre mission apostolique est liée à la qualité de ta Parole et de ta présence au coeur de nos vies : donne-moi d’être toujours plus ouvert à ta Parole, et au mystère du salut que tu nous annonces en tous tes comportements d’homme parmi les hommes, fais de moi un témoin qui rayonne, non pas ce que je suis, mais seulement ce que tu m’offres gratuitement, pour que je le transmette ainsi à tous mes frères et soeurs de par le monde. AMEN.

23.09.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour