📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Proverbes 3, 27-34
DU LIVRE DES PROVERBES
Texte
27 Ne refuse pas un bienfait à celui qui y a droit, Quand tu as le pouvoir de l’accorder.
28 Ne dis pas à ton prochain: Va et reviens, Demain je donnerai! quand tu as de quoi donner.
29 Ne médite pas le mal contre ton prochain, Lorsqu’il demeure tranquillement près de toi.
30 Ne conteste pas sans motif avec quelqu’un, Lorsqu’il ne t’a point fait de mal.
31 Ne porte pas envie à l’homme violent, Et ne choisis aucune de ses voies.
32 Car l’Éternel a en horreur les hommes pervers, Mais il est un ami pour les hommes droits;
33 La malédiction de l’Éternel est dans la maison du méchant, Mais il bénit la demeure des justes;
34 Il se moque des moqueurs, Mais il fait grâce aux humbles;
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Proverbes n’a d’autre but que d’apprendre les hommes et les femmes en général, et les jeunes en particulier, à vivre selon la sagesse.
Ce Livre se divise en 2 grandes parties. Les chapitres 1 - 9 nous fournissent des exposés didactiques d’enseignement, quelquefois mis dans la bouche de la Sagesse personnifiée, et soulignant des points clés de l’attitude de sagesse : éviter les méchants, se confier à la sagesse comme à un guide, avoir confiance en Dieu, éviter la séduction, différents avertissements, etc.
Le thème majeur de cette 1ère partie est la valeur insurpassable et théologique de la sagesse, considérée comme don de Dieu (2, 6), comme une attitude fondée sur la crainte du Seigneur (1, 7 et 9, 10), ainsi que comme un langage qui nous permet de lire ce que Dieu nous dit à travers la création (8, 22 - 31).
Les chapitres 10 - 31, qui forment la 2nde partie de ce Livre, nous proposent au moins 6 collections de courtes paroles “proverbiales”.
Si l’on peut considérer que Salomon est, selon la tradition, à l’origine, directe ou indirecte, d’un certain nombre de ces Proverbes, on ne peut toutefois le démontrer, et il est clair que certaines collections sont explicitement attribuées à d’autres auteurs, et que l’ensemble du Livre ne saurait remonter à une époque plus ancienne que le règne d’Ezéchias (25, 1).
2. Message
Ces conseils, fondés sur l’expérience, et qu’un sage d’Israël adresse à son fils, visent notre relation fraternelle aux hommes et aux femmes que nous rencontrons :
- ne pas faire attendre celui ou celle qui nous demande un service quand nous avons la possibilité de le lui accorder.
- ne jaais vouloir de mal - même intérieurement au niveau de nos pensées - à celui ou celle qui nous fait confiance.
- ne pas chercher querelle à qui ne nous fait aucun mal.
- ne jamais laisser la violence monter en notre coeur. Derrière ces conseils se profile une attitude fondamentale de notre relation au Seigneur, qui est faite principalement de droiture et d’humilité.
3. Decouvertes
Ce passage constitue l’un des discours écrits au nom de la sagesse, c’est-à-dire de l’expérience, et adressés directement ou indirectement au lecteur.
Il n’est pas sans intérêt de noter qu’il fait suite à un certain nombre d’exhortations du même genre, dont certaines font parler la sagesse directement comme une personne :
- ne pas fréquenter les méchants (1, 8 - 19),
- rechercher la sagesse comme maître (1, 21 - 31),
- la sagesse comme celle qui monte la garde auprès de nous et qui nous guide (2, 1 - 22),
- placer sa confiance dans le Seigneur (3, 1 - 12),
- la sagesse présentée comme source de bénédiction (3, 13 - 18),
- la sagesse et le monde créé (3, 19 - 20),
- la sagesse source de sécurité (3, 21 - 26).
Notre section (3, 27 - 34) veut nous inculquer la gentillesse et le sens des autres, tout en nous invitant à la prudence pour éviter les querelles, pour ne pas se laisser entraîner par les méchants, de façon à toujours recevoir les bénédictions du Seigneur.
4. Prolongement
Jésus est l’accomplisement humain, et la manifestation parfaite en notre langage,de la Sagesse de Dieu, c’est-à-dire de la manière d’être de Dieu qui vient gratuitement nous prendre en charge et nous faire partager sa vie gratuitement, et selon sa miséricorde et sa vérité infinies.
Toute une série de passages des Evangiles pourraient être cités ici, nous présentant Jésus comme celui qui nous apprend à vivre selon cette Sagesse de Dieu qu’il incarne. Citons-en quelques uns, entre autres, correspondant aux conseils de notre texte de ce jour : Matthieu
5.39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.
5.40 Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
5.41 Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.
5.42 Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.
22.35 et l’un d’eux, docteur de la loi, lui fit cette question, pour l’éprouver:
22.36 Maître, quel est le plus grand commandement de la loi?
22.37 Jésus lui répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta pensée.
22.38 C’est le premier et le plus grand commandement.
22.39 Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
22.40 De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes.
25.34 Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.
25.35 Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli;
25.36 j’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi.
25.37 Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire?
25.38 Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu?
25.39 Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi?
25.40 Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites.
Prière
*Seigneur Jésus, que dirais-je de ta Bonne Nouvelle et de mon expérience de croyant à qui me demanderait conseil ? Saurais-je le renvoyer à ton Evangile en l’invitant à t’imiter le plus possible dans ton service de Dieu et de tous les hommes et toutes les femmes que tu rencontrais lors de ton ministère ? : Apprends-moi et réapprends-moi sans cesse à devenir vraiment ton disciple, et à le manifester en toutes occasions. AMEN.
20.09.2004.*
Évangile : Luc 8, 16-18
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
16 ” Personne, après avoir allumé une lampe, ne la recouvre d’un vase ou ne la met sous un lit ; on la met au contraire sur un lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la lumière.
17 Car rien n’est caché qui ne deviendra manifeste, rien non plus n’est secret qui ne doive être connu et venir au grand jour.
18 Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ! Car celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il croit avoir lui sera enlevé. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous rejoignons ici Jésus au cours de son ministère public en Galilée.
2. Message
Jésus continue sa marche en Galilée en annonçant le Règne de Dieu : c’est ainsi qu’il vient de prononcer sa parabole du semeur, à laquelle notre passage sert de conclusion.
De même que la semence tombée en bonne terre porte du fruit au centuple, la parole de Jésus va croître en proportion (voir Actes, 19, 20).
Même si l’action de Jésus est, pour le moment, assez peu visible, elle n’en va pas moins rayonner, telle la lampe posée sur un candélabre, dont rien n’échappe à la lumière.
Les disciples doivent cependant se signaler par la qualité de leur écoute. Car c’est à cette condition que la Parole est reçue avec fruit, et peut ensuite être transmise.
3. Decouvertes
L’avenir du Royaume et la qualité de la mission dépendent de l’accueil que nous accordons à la Parole de Jésus, qu’il nous appartient d’écouter avec attention et persévérance, sûrs que, si nous la laissons agir, elle portera du fruit.
La mission des disciples est donc d’abord de rercevoir la Parole comme ce qui importe le plus dans leur vie. Ils seront ainsi d’autant mieux placés pour transmettre ce qu’ils ont reçu.
4. Prolongement
A plusieurs reprises, Paul signale qu’il transmet “ce qu’il a reçu”, lui qui n’a pas été disciple de Jésus avant la résurrection (voir entre autres, 1 Corinthiens, 11, 23 sur le dernier repas du Seigneur, et 15, 3 sur la mort-résurrection de Jésus).
La qualité de son accueil en lui du don de la grâce de Dieu explique la fécondité de son apostolat :
10 C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous : oh ! non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.
16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
17 Si j’avais l’initiative de cette tâche, j’aurais droit à une récompense ; si je ne l’ai pas, c’est une charge qui m’est confiée.
18 Quelle est donc ma récompense ? C’est qu’en annonçant l’Évangile, j’offre gratuitement l’Évangile, sans user du droit que me confère l’Évangile.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous appelles à être fils de lumière, révélant aux hommes et aux femmes de notre temps la lumière définitive de leur existence, que toi seul leur proposes, par la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu, et c’est ainsi que notre mission apostolique est liée à la qualité de ta Parole et de ta présence au coeur de nos vies : donne-moi d’être toujours plus ouvert à ta Parole, et au mystère du salut que tu nous annonces en tous tes comportements d’homme parmi les hommes, fais de moi un témoin qui rayonne, non pas ce que je suis, mais seulement ce que tu m’offres gratuitement, pour que je le transmette ainsi à tous mes frères et soeurs de par le monde. AMEN.
23.09.2002.*