📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Esdras 6, 6-20
DU LIVRE D’ESDRAS
Texte
6 “Maintenant donc, Tattenaï, gouverneur de Transeuphratène, Shetar-Boznaï, et vous leurs collègues, les autorités en Transeuphratène, écartez-vous de là;
7 laissez travailler à ce Temple de Dieu le gouverneur de Juda et les anciens des Juifs : ils peuvent rebâtir ce Temple de Dieu sur son emplacement.
8 Voici mes ordres concernant votre ligne de conduite vis-à-vis de ces anciens des Juifs pour la reconstruction de ce Temple de Dieu : c’est sur les fonds royaux c’est-à-dire sur l’impôt de Transeuphratène que les dépenses de ces gens leur seront exactement, et sans interruption, remboursées.
9 Ce qu’il leur faut pour les holocaustes du Dieu du ciel jeunes taureaux, béliers et agneaux, et aussi blé, sel, vin et huile, leur sera, sans négligence, quotidiennement fourni suivant les indications des prêtres de Jérusalem,
10 pour qu’on offre au Dieu du ciel des sacrifices d’agréable odeur et qu’on prie pour la vie du roi et de ses fils.
11 J’ordonne encore ceci : quiconque transgressera cet édit, on arrachera de sa maison une poutre : elle sera dressée et il y sera empalé; quant à sa maison, on en fera, pour ce forfait, un bourbier.
12 Que le Dieu qui fait résider là son Nom renverse tout roi ou peuple qui entreprendraient de passer outre en détruisant ce Temple de Dieu à Jérusalem! Moi Darius, j’ai donné cet ordre. Qu’il soit ponctuellement exécuté!“
13 Alors Tattenaï, gouverneur de Transeuphratène, Shetar-Boznaï et leurs collègues exécutèrent ponctuellement les instructions envoyées par le roi Darius.
14 Quant aux anciens des Juifs, ils continuèrent à bâtir, avec succès, sous l’inspiration d’Aggée le prophète et de Zacharie, fils d’Iddo. Ils achevèrent la construction conformément à l’ordre du Dieu d’Israël et à l’ordre de Cyrus et de Darius.
15 Ce Temple fut terminé le vingt-troisième jour du mois d’Adar c’était la sixième année du règne du roi Darius.
16 Les Israélites les prêtres, les lévites et le reste des exilés firent avec joie la dédicace de ce Temple de Dieu;
17 ils offrirent, pour la dédicace de ce Temple de Dieu, cent taureaux, 200 béliers, 400 agneaux et, en sacrifice pour le péché de tout Israël, douze boucs suivant le nombre des tribus d’Israël.
18 Puis ils installèrent les prêtres selon leurs catégories et les lévites selon leurs classes au service du Temple de Dieu, à Jérusalem, comme il est écrit dans le livre de Moïse.
19 Les exilés célébrèrent la Pâque le quatorze du premier mois.
20 Les lévites, comme un seul homme, s’étaient purifiés : tous étaient purs; ils immolèrent donc la pâque; pour tous les exilés, pour leurs frères les prêtres et pour eux-mêmes.
Commentaire
1. Situation
Le Livre d’Esdras est inséparable du Livre de Néhémie, et ces deux livres ont été souvent considérés comme l’oeuvre du “Chroniste”, l’auteur des 2 Livres des Chroniques, bien que cela soit de plus en plus constesté de nos jours.
D’autre part, des problèmes importants de datation comparée des Livres d’Esdras et de Néhémie divisent fortement spécialistes et commentateurs, si bien qu’aucun accord n’étant actuellement possible sur ce point, un grand nombre d’auteurs renvoient au lecteur le choix entre les différentes hypothèses présentées. Cela dit, ces livres ont été écrits dans la période qui suit l’Exil, entre 330 et 160, et nous proviennent des milieux des prêtres et des Lévites.
L’ordre de ces 2 livres (indépendamment de leur présentation dans nos Bibles) semble bien être le suivant, dans le cadre d’une oeuvre unique composée par un unique auteur : Esdras 1 - 6, puis Néhémie, 1 - 6, puis Néhémie 12 et Néhémie 11, puis Esdras 7 - 10, et Néhémie 7, 73 - 10, 39.
Il semblerait que ce Livre d’Esdras-Néhémie vient de deux mémoires différents écrits par ces deux personnages importants de l’histoire d’Israël, même si l’on n’a aucune idée de la raison de leur composition respective.
On ne peut manquer de constater un contraste entre l’attitude plutôt “officielle” et “politique” de Néhémie, représentant légal du roi des Perses (ce qui ne l’empêche pas d’être un grand croyant), et l’attitude théologique du “prêtre-scribe” Esdras. Le premier insiste sur les infrastructures matérielles dont il est responsable, le second centre toute son action sur la Loi, comme valeur spirituelle de base de la communauté Juive post-exilique.
Le plan de nos textes, tels que nous les trouvons aujourd’hui dans notre Bible, se présente ainsi : - La reconstruction du Temple, appelé le “Second Temple” (Esdras, 1, 1 - 6, 22), - Le retour d’Esdras de captivité et la Loi (Esdras, 7, 1 - 10, 44), - Le réarmement de Jérusalem (Néhémie, 1, 1 - 7, 5), - La promulgation de la Loi par Esdras (Néhémie, 7, 73 - 9, 38), - La réforme de Néhémie (Néhémie, 10, 1 - 13, 30).
Dans cet ensemble, notre page se trouve à la fin de la 1ère partie, consacrée au “Second Temple”.
2. Message
Avant d’atteindre notre page, le Livre d’Esdras nous rend compte des multiples oppositions rencontrées dans la reconstruction du Temple, tant de la part de certains Juifs que de fonctionnaires royaux locaux. (4, 1 - 24).
Cette opposition a même grandi au point d’aller mettre en doute le décret de Cyrus, si bien qu’une recherche a dû être faite dans les archives royales pour en retrouver la trace. Recherche qui s’est révélée positive, ce qui a motivé cette lettre du roi Darius, successeur de Cyrus, aux autorités de la Province leur précisant que le Temple de Jérusalem devait être reconstruit, et prévoyant que les travaux en seraient financés sur les fonds royaux de la Province.
De ce fait la reconstruction du Temple a pu être menée à bon terme par les anciens des Juifs qu’appuyait et encourageait la prédication des prophètes Aggée et Zacharie.
Finalement, le Temple fut dédicacé, les prêtres et lévites y furent installés, et le culte régulier y a repris avec la célébration, au jour fixé, de la Fête de la Pâque, grand mémorial de la libération d’Israël.
3. Decouvertes
On s’est interrogé sur les raisons de cette politique si libérale des rois Perses vis-à-vis des religions de leurs peuples vassaux. Le verset 10 de notre texte nous éclaire au moins partiellement sur ce point : c’est bien, pour une part, afin que partout soient offerts prières et sacrifices pour les rois de Perse et leur famille royale.
Cette bienveillance n’empêche pas pour autant le roi des Perses de menacer de très graves sanctions qui viendrait à lui désobéir en quoi que ce soit, que cette désobéissance soit le fait de représentants locaux du pouvoir central de son royaume ou, semble-t-il également, comme le suggère le ton de la lettre royale, de Juifs rentrant d’exil qui chercheraient à retrouver une indépendance politique (versets 11 - 12). Le peuple de Dieu n’est plus le maître de la terre que Dieu avait promise à Abraham, qu’il avait conquise à partir de l’nvasion de Josué, et dont la tradition nous dit que David avait fait son royaume.
4. Prolongement
Cette restauration du Temple et du culte marque le début d’un nouvel âge dans l’histoire d’Israël. En effet, la terre ne lui appartenant plus et son pouvoir politique étant totalement disparu, seule demeure sa liberté religieuse, privilège très important, qu’il ne devra jamais outrepasser pour porter quelque ombrage que ce soit aux conquérants successifs, que seront ensuite les Grecs et les Romains. La réaction des grands prêtres et de Caïphe face à Jésus est significative à vcet égard :
47 Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil : ” Que faisons-nous ? disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes.
48 Si nous le laissons ainsi tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu Saint et notre nation. ”
49 Mais l’un d’entre eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : ” Vous n’y entendez rien.
50 Vous ne songez même pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. ”
Ce second Temple, reconstruit ainsi au retour d’exil, sera de nouveau restauré par Hérode el Grand, peu de temps avant l’apparition de Jésus, puis détruit par les Légions de Titus avec toute la ville de Jérusalem en 70 de notre ère.
Pour les disciples de Jésus que nous sommes, ce qui importe d’abord, c’est notre culte en “esprit et en vérité” : nos bâtiments d’Eglise, dont aucun n’avait été construit avant le 4ème siècle, si beaux et magnifiques soient-ils, et, de ce fait, témoins visibles de notre foi au Christ, ont d’abord été conçus comme lieux de nos assemblées de frères et soeurs pour se plonger dans la célébration-réactualisation symbolique de la Pâque de Jésus et écouter ensemble sa Parole :
21 Jésus lui dit : ” Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père.
22 Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
23 Mais l’heure vient - et c’est maintenant - où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père.
24 Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer. ”
1 Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre.
2 Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.
3 Au nom de la grâce qui m’a été donnée, je le dis à tous et à chacun : ne vous surestimez pas plus qu’il ne faut vous estimer, mais gardez de vous une sage estime, chacun selon le degré de foi que Dieu lui a départi.
Prière
*Seigneur Jésus, tu attends de nous l’offrande que nous pouvons faire au Père de notre foi en toi, qui est confiance totale en ta Parole et conviction profonde que tu nous partages déjà, dans l’Esprit Saint , ta vie de Ressuscité, afin que nous devenions ton image visible au coeur de ce monde que tu es venu sauver : recrée en moi cette disponibilité à te suivre dans l’ouverture nécessaire que seul peut t’offrir un coeur vraiment pauvre de soi et riche de ta grâce et de ta Lumière reçues en abondance. AMEN.
23.09.2003.*
Évangile : Luc 8, 19-21
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
19 Sa mère et ses frères vinrent alors le trouver, mais ils ne pouvaient l’aborder à cause de la foule.
20 On l’en informa : ” Ta mère et tes frères se tiennent dehors et veulent te voir. “
21 Mais il leur répondit : ” Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
II y a diverses manières d’écouter la Parole. C’est ce que Luc nous fait découvrir dans l’enseignement que Jésus propose (8, 4 - 21) dans les méandres de son parcours de la Galilée, parcours qui constitue la première étape de sa mission (4, 14 - 9, 50).
Cet enseignement fait partie du message à dimensions variables et adaptées qu’il présente aux hommes et aux femmes de son époque et de son pays (7, 1 - 9, 6), après avoir inauguré sa mission (4, 14 - 5, 16), affirmé le caractère unique de son autorité ( 5, 17 - 6, 11), et prononcé un discours qui offre une vue d’ensemble de son Evangile ( 6, 12 - 49).
Cela veut dire, au niveau du détail, que la réponse que Jésus donne devant ses disciples quand on vient l’informer que sa mère et ses frères le recherchent, fait partie de tout un ensemble concernant l’écoute de la Parole de Dieu, ensemble qui a commencé avec la parabole du semeur et son explication (8, 4 - 15), et se poursuit par une réflexion sur des proverbes concernant la lumière exposée et les secrets dévoilés (8, 16 - 18), avant de se terminer par notre texte (8, 19 - 21).
2. Message
Jésus vient de dire : “Faites attention à la manière dont vous écoutez ” (8, 18). L’écoute est le lieu de l’accueil du message et de la vie “autre” que Dieu propose par Jèsus. C’est par l’écoute de la Parole que Dieu se donne en effet à rencontrer, nous fait découvrir le don de sa vie en Jésus, pour que nous le recevions et l’exprimions dans notre façon d’exister à l’image de l’existence menée par Jésus, et entrions ainsi véritablement dans la proximité et la famille de Dieu.
C’est bien là ce que Jésus fait remarquer quand on lui annonce que sa mère et ses frères cherchent à le voir. Pour faire partie, dit-il, de la famille de Dieu, il n’y a qu’un chemin, qui est d’écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique.
On n’entre pas dans cette famille de Dieu par droit de naissance et en observant les lois de pureté, mais par cette écoute fidèle et attentive à ce que Dieu nous dit comme Bonne Nouvelle de salut, et que nous ne pouvons accueillir que dans la foi.
3. Decouvertes
Par contraste avec Marc, 3, 31 - 35, Luc ne nous brosse pas une image défavorable de la famille proche de .Jésus. II ne nous dit pas qu’ils cherchent à s’emparer de lui, parce qu’ils pensent qu’il a perdu la tête.
Dans le verset 21, nous retrouvons des échos de Luc, 1, 38 et 2, 19. 51. Marie nous est présentée ici comme le modèle du disciple qui médite la Parole et agit selon la Parole.
Toujours en ce qui concerne Marie, Luc reprendra ce point en 11, 28, où, en contraste avec la maternité charnelle de sa mère, Jésus proclame la grandeur de la foi. Affirmation qui vise, certes, tous les croyants, mais particulièrement Marie.
Dès le début de son Evangile, Luc nous a présenté la mère de Jésus comme la croyante obéissante, lors de l’annonce qui lui est faite de la naissance de Jésus (1, 38) ainsi que lors de la rencontre de Marie avec Elizabeth, mère de .Jean Baptiste (1, 45), et comme celle qui demeure ouverte au plan de Dieu en sa méditation silencieuse et intérieure (2,19 et 51).
4. Prolongement
“Seigneur Jésus, toi qui es la Parole même de Dieu, que tu nous as communiquée à travers tes gestes et ton langage d’homme, apprends-nous, par ton Esprit Saint (Jean, 14, 26; 15, 26 - 27; 16, 13), à te découvrir sans cesse dans la nouveauté de ton message de salut (Romains, 10, 8 - 9), pour que nous sachions accueillir ta présence et ton action dans notre existence. Que notre foi, ouverte à ta venue en notre histoire personnelle, s’exprime dans le service de nos frères (Galates, 5, 6), que tu nous demandes d’aimer comme tu nous as aimés (Jean, 13, 34). Amen”.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends-moi à faire toujours miennes, dans un engagement de foi sans cesse renouvelé, ces prières que je récite régulièrement en compagnie de mes frères et soeurs, proches ou lointains, en communion avec leur sincérité, leur charité et leur “OUI” à ton salut. AMEN.
23.09.2003.*