📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Aggée 2, 1-9

DU LIVRE D’AGGEE

Texte

1 La deuxième année du roi Darius, au septième mois, le vingt et unième jour du mois, la parole de Yahvé fut adressée par le ministère du prophète Aggée en ces termes :
2 Parle donc ainsi à Zorobabel, fils de Shéaltiel, gouverneur de Juda, à Josué, fils de Yehoçadaq, le grand prêtre, et au reste du peuple.
3 Quel est parmi vous le survivant qui a vu ce Temple dans sa gloire passée ? Et comment le voyez-vous maintenant ? A vos yeux, n’est-il pas pareil à un rien ?
4 Mais à présent, courage, Zorobabel !oracle de Yahvé. Courage, Josué, fils de Yehoçadaq, grand prêtre !Courage, tout le peuple du pays !oracle de Yahvé. Au travail !Car je suis avec vous - oracle de Yahvé Sabaot -
5 et mon Esprit demeure au milieu de vous. Ne craignez pas !
6 Car ainsi parle Yahvé Sabaot. Encore un très court délai et j’ébranlerai le ciel et la terre, la mer et le sol ferme.
7 J’ébranlerai toutes les nations, alors afflueront les trésors de toutes les nations et j’emplirai de gloire ce Temple, dit Yahvé Sabaot.
8 A moi l’argent !à moi l’or !oracle de Yahvé Sabaot.
9 La gloire à venir de ce Temple dépassera l’ancienne, dit Yahvé Sabaot, et dans ce lieu je donnerai la paix, oracle de Yahvé Sabaot.

Commentaire

1. Situation

Aggée a prononcé son message prophétique vers la fin du 6ème siècle, au début du règne de Darius, roi de Perse (521 - 486), lequel réactualise, avec plus de vitalité, l’autorisation, accordée par ses prédécesseurs aux déportés de Babylone, de retourner dans leur pays, avec la liberté de pratiquer leur religion et une décentralisation de son gouvernement au niveau local des différentes provinces.

Ce qui explique qu’à l’époque d’Aggée, Juda avait un gouverneur local, Juif, nommé par le roi des Perses, du nom de Zorobbabel, à côté de son chef religieux, le grand prêtre Josué.

Les temps n’étaient pas calmes pour autant et, en cette époque d’incertitudes et de troubles, à l’intérieur même de I’Empire Perse, les exilés retournés en Palestine pensaient davantage à leur sécurité et leurs intérêts personnels qu’à accélérer la reconstruction du Temple et le rétablissement des institutions religieuses en Israël.

Aggée était sans doute lui-même l’un des exilés récemment rentrés en terre d’lsraël, mais on n’en est pas sûr, certains pensant qu’au contraire il était d’une famille demeurée en Palestine pendant l’exil.

Dans le Livre d’Esdras (5, 1 - 2 et 6, 14), il nous est dit qu’Aggée parvint à galvaniser l’action des Judéens pour la reconstruction du Temple.

Quel genre de prophète était Aggée ? On hésite entre un profil de prophète lié au culte et considérant d’abord le Temple comme lieu de la présence de Dieu sur terre, et un prophète proche du pouvoir politique, de par son insistance sur la qualification “d’élu de Dieu” qu’il accordait au gouverneur Juif Zorobbabel, mis en place par le pouvoir Perse.

Aggée combat pour I’avenir, avec, en vue, la restauration d’un roi de la descendance de David, et la présence de Dieu en son Temple, au milieu de son peuple.

Son message comprend 3 parties : - les temps sont difficiles parce qu’on néglige la reconstruction du Temple (1, 1- 11), - Accompagnement du travail de reconstruction du Temple (1, 12 - 15a), - la reconstruction du Temple, signe d’un avenir favorable (1, 15b - 2, 23).

Notre texte se situe exactement tout au début de cette dernière partie, qu’on pourrait intituler “la Gloire du Temple”.

2. Message

La reconstruction du Temple est bien en route et le prophète multiplie ses encouragements, en cet oracle daté du 17 Octobre 520. Ce nouveau Temple qui s’élève n’a pas d’autre but que de redevenir le lieu de la Gloire de Dieu, au point de surpasser la splendeur du Tenple de Salomon, qui avait été totalement détruit.

Cela vaut donc la peine de travailler à cette reconstruction du Temple, car Dieu est avec les bâtisseurs, se préparant à révéler sa GIoire dans le nouveau Temple, et les invitant à une grande confiance.

3. Decouvertes

Seulement 67 ans se sont écoulés depuis la destruction du Temple de Salomon en 587 et la mise en route de la reconstruction de cet édifice en cette année 520. Il est possible qu’Aggée réagisse ici à des remarques de personnes âgées qui avaient connu l’ancien Temple de Salomon et jetaient un regard défavorable sur la qualité du nouvel édifice qui s’édifiait sous leurs yeux.

L’intervention du prophète se concentre sur le thème de la “GIoire” de l’Ancien et du Nouveau Temple. Le mot hébreu, traduit par “gloire” signifie “splendeur”, “richesse” (Isaïe, 10, 3; Isaîe 61, 6; Isaïe 66, 11 -1 2; Psaume 49, 17 -18). Mais, en même temps, ce mot signifie également “GIoire”, “rayonnement”, et suggère que la “Gloire ” de Dieu en sa “transcendance” habitera dans le Temple nouveau, comme l’avait annoncé le prophète visionnaire Ezéchiel (Ezéchiel, 43, 1 - 4).

Le verset 6, qui fait allusion à des bouleversements cosmiques, est une expression poétique de l’intervention de Dieu dans le fonctionnement de l’univers (voir Exode, 19, 16 - 18; Isaïe, 29, 6; Isaïe, 30, 27; Psaume 97, 2 - 5, etc.).

Pour exprimer cette Gloire du Temple, en tous ses sens, les trésors des nations vont y affluer .

4. Prolongement

Par notre baptême, nous devenons “Temple de l’Esprit” de Jésus (1 Corinthiens, 6, 19), Jésus qui habite en nos coeurs par la foi (Ephésiens, 3, 17 - 18), et se rend présent dans la communauté rassemblée (Matthieu, 18, 20).

Baptisés dans la mort-résurrection du Christ, nous avons “revêtu le Christ” “(Galates, 3, 27 - 29), nous resplendissons de cette GIoire de Dieu, qui est sur le visage du Christ ressuscité (2 Corinthiens, 3, 17 - 18).

Notre culte n’est plus celui du Temple, mais celui de l’engagement “en esprit et en vérité” de notre “vivre” tout pour Dieu, par le Christ, dans l’Esprit (Jean, 4, 21 - 24 et Romains, 12, 1 - 3).

Prière

*Seigneur Jésus, dans la Jérusalem d’en haut, le ciel de Dieu, il n’y a plus de Temple, car le Temple c’est toi, et, dans la mesure où nous sommes déjà revêtus de ta gloire de Ressuscité, nous sommes devenus ton Temple en ce monde, le “lieu” de ta rencontre et de ta manifestation pour tous les hommes pour qui nous sommes porteurs de ton Evangile et de ton image : donne-moi la force de cette mission grandiose, rends moi davantage soumis à ton Esprit et à ta présence en moi par lui, fais que toute mon existence, sous tous ses aspects, te soit “prêtée” pour ta mission de salut. AMEN.

26.09.2003.*

Évangile : Luc 9, 18-22

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

18 Et il advint, comme il était à prier, seul, n’ayant avec lui que les disciples, qu’il les interrogea en disant : “Qui suis-je, au dire des foules ?“
19 Ils répondirent : ” Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des anciens prophètes est ressuscité. ” -
20 ” Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? ” Pierre répondit : ” Le Christ de Dieu. “
21 Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne.
22 ” Le Fils de l’homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous continuons d’accompagner Jésus qui se trouve maintenant presqu’au terme de son ministère public en Galilée.

2. Message

A chaque moment important du parcours missionnaire de Jésus, Luc nous le montre en prière : par exemple, au moment du choix des Douze (6, 12 - 13), ou au moment de la transfiguration (9, 29).

La question de fond qu’il pose à ses disciples va le conduire à sa propre définition, totalement nouvelle, et donc inattendue, du Messie qu’il est, définition qui marque un tournant dans son ministère, dans les 4 Evangiles.

Après avoir fait l’inventaire des différentes identifications qu’on propose de lui, soit suite au meurtre de Jean Baptiste, soit selon les annonces du chapitre 3 du Livre de Malachie concernant le retour d’Elie à la fin des temps, ou du chapitre 18 du Deutéronome à propos de la venue d’un futur prophète “comme Moïse”, Jésus demande aux siens de se prononcer, à partir de ce qu’ils ont découvert de lui à vivre en sa proximité. Ce que fait Pierre au nom de tous.

Si Jésus exige ensuite d’eux le silence, c’est qu’il ne veut aucun malentendu sur son rôle de Messie, qu’il identifie clairement à celui du Serviteur souffrant que Dieu glorifiera. On ne pourra vraiment le proclamer Messie sans équivoque qu’après sa passion, sa mort et sa résurrection, qu’il annonce ici pour le première fois.

3. Decouvertes

Quand les gens de la foule identifient Jésus, non seulement ils ne le reconnaissent pas tel qu’il est dans son originalité unique, mais ils tiennent à le situer uniquement dans les limites de leur attente, se refusant à tout dépassement au-delà de leurs idées préconçues.

Bien que ce que ces gens pensent de Jésus ne lui soit pas hostile, comme la position des chefs du peuple, en 11, 14, qui identifient Jésus à Béelzéboul, ces gens de la foule, dont on rapporte ici l’opinion, ne semblent pas chercher à entrer dans les perspectives que Jésus leur ouvre par son ministère.

Si la réponse de Pierre est exacte, le contenu qu’y met Jésus est différent de ce qu’on lui donne en Israël. D’où la consigne de silence que reçoivent les disciples.

En annonçant sa passion, sa mort et sa résurrection, Jésus fait comprendre que son passage par ce destin conduira à la manifestation de sa gloire et à l’authentification par Dieu de sa mission. Nous sommes ici au coeur du message de notre foi chrétienne (voir 1 Corinthiens, 15, 3 - 4).

4. Prolongement

Paul a bien mesuré la nouveauté stupéfiante de cette annonce d’un Messie crucifié-ressuscité pour tous les hommes et toutes les femmes de son époque :

22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,

23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,

24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.

25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.

Cela le conduira à faire sienne une hymne ancienne, qui ouvre au mystère total du Christ Jésus :

5 Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus :

6 Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

7 Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme,

8 il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !

9 Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,

10 pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,

11 et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.

Prière

*Seigneur Jésus, nous sommes peut-être souvent tentés, nous aussi, de te concevoir ou de t’identifier en partant de nous, c’est-à-dire de ce que nous souhaitons que tu sois pour nous, et non pas à partir de la dimension inconcevable et souffrante de ta mission, que tu accomplis comme un ministère d’humble service de miséricorde et de vérité en toutes circonstances, qui te conduira au rejet total de la croix, dont ta résurrection manifestera le mystère insondable et divin de ton abaissement : ouvre sans cesse de nouveau mon coeur, et mon être tout entier, à tout ce que ta Parole et tous tes comportements d’homme nous font connaître de toi, donne-moi la capacité de te découvrir vraiment tel que tu t’es montré dans toutes tes démarches qui sont autant de gestes et d’actions révélant Dieu au milieu de nous. AMEN.

27.09.2002.*


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