📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Néhémie 8, 1-12

DU LIVRE DE NEHEMIE

Texte

1 Tout le peuple se rassembla comme un seul homme sur la place située devant la porte des Eaux. Ils dirent au scribe Esdras d’apporter le livre de la Loi de Moïse, que Yahvé avait prescrite à Israël.
2 Alors le prêtre Esdras apporta la Loi devant l’assemblée, qui se composait des hommes, des femmes et de tous ceux qui avaient l’âge de raison. C’était le premier jour du septième mois.
3 Sur la place située devant la porte des Eaux, il lut dans le livre, depuis l’aube jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes et de ceux qui avaient l’âge de raison : tout le peuple tendait l’oreille au livre de la Loi.
4 Le scribe Esdras se tenait sur une estrade de bois, construite pour la circonstance; près de lui se tenaient : à sa droite, Mattitya, Shéma, Anaya, Uriyya, Hilqiyya et Maaséya, et, à sa gauche, Pedaya, Mishaèl, Malkiyya, Hashum, Hashbaddana, Zekarya et Meshullam.
5 Esdras ouvrit le livre au regard de tout le peuple car il dominait tout le peuple et, quand il l’ouvrit, tout le peuple se mit debout.
6 Alors Esdras bénit Yahvé, le grand Dieu; tout le peuple, mains levées, répondit : “Amen! Amen” , puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant Yahvé, le visage contre terre.
7 Josué, Bani, Shérébya, Yamîn, Aqqub, Shabtaï, Hodiyya, Maaséya, Qelita, Azarya, Yozabad, Hanân, Pelaya, qui étaient lévites, expliquaient la Loi au peuple, pendant que le peuple demeurait debout.
8 Et Esdras lut dans le livre de la Loi de Dieu, traduisant et donnant le sens : ainsi l’on comprenait la lecture.
9 Alors Son Excellence Néhémie et Esdras, le prêtre-scribe et les lévites qui instruisaient le peuple dit à tout le peuple “Ce jour est saint pour Yahvé, votre Dieu! Ne soyez pas tristes, ne pleurez pas!” Car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Loi.
10 Il leur dit encore : “Allez, mangez des viandes grasses, buvez des boissons douces et faites porter sa part à qui n’a rien de prêt. Car ce jour est saint pour notre Seigneur! Ne vous affligez point : la joie de Yahvé est votre forteresse!“
11 Et les lévites calmaient tout le peuple en disant “Taisez-vous : ce jour est saint. Ne vous affligez point!“
12 Et tout le peuple s’en fut manger, boire, distribuer des parts et se livrer à grande liesse : car ils avaient compris les paroles qu’on leur avait communiquées.

Commentaire

1. Situation

Le Livre d’Esdras est inséparable du Livre de Néhémie, et ces deux livres ont été souvent considérés comme l’oeuvre du “Chroniste”, l’auteur des 2 Livres des Chroniques, bien que cela soit de plus en plus constesté de nos jours.

D’autre part, des problèmes importants de datation comparée des Livres d’Esdras et de Néhémie divisent fortement spécialistes et commentateurs, si bien qu’aucun accord n’étant actuellement possible sur ce point, un grand nombre d’auteurs renvoient au lecteur le choix entre les différentes hypothèses présentées. Cela dit, ces livres ont été écrits dans la période qui suit l’Exil, entre 330 et 160, et nous proviennent des milieux des prêtres et des Lévites.

L’ordre de ces 2 livres (indépendamment de leur présentation dans nos Bibles) semble bien être le suivant, dans le cadre d’une oeuvre unique composée par un unique auteur : Esdras 1 - 6, puis Néhémie, 1 - 6, puis Néhémie 12 et Néhémie 11, puis Esdras 7 - 10, et Néhémie 7, 73 - 10, 39.

Il semblerait que ce Livre d’Esdras-Néhémie vient de deux mémoires différents écrits par ces deux personnages importants de l’histoire d’Israël, même si l’on n’a aucune idée de la raison de leur composition respective.

On ne peut manquer de constater un contraste entre l’attitude plutôt “officielle” et “politique” de Néhémie, représentant légal du roi des Perses (ce qui ne l’empêche pas d’être un grand croyant), et l’attitude théologique du “prêtre-scribe” Esdras. Le premier insiste sur les infrastructures matérielles dont il est responsable, le second centre toute son action sur la Loi, comme valeur spirituelle de base de la communauté Juive post-exilique.


Les 13 chapitres du Livre de Néhémie constituent la fin de cette oeuvre unique des 2 Livres d’Esdras et de Néhémie.

Selon l’ordre des textes tels que nous les présentent nos Bibles, après la relation des événements liés à la reconstruction du Temple (Esdras, 1, 1 - 6, 25), puis au retour de captivité d’Esdras (Esdras, 7, 1 - 10, 44), une 3ème partie commence avec le Livre de Néhémie : la reconstruction des murs de Jérusalem (Néhémie, 1, 1 - 7, 72), qui sera suivie de la promulgation solennelle de la Loi par Esdras (Néhémie, 7, 73 - 9, 38) et de la Réforme mise en place par Néhémie (10, 1 - 13. 30).

Notre passage se trouve donc au milieu de la 4ème partie, en relation avec la proclamation de la Loi après la reconstruction des murs et des portes de Jérusalem.

Néhémie, bien que peu connu de nous, dans la mesure où nous lisons rarement son Livre et nous limitons à deux ou trois extraits, est un des personnages les plus remarquables de la Bible. Homme au fort tempérament (1, 4; 5, 6), conscient de ses qualités et de la valeur de son action (2, 10. 18; 5, 11), il s’intéresse beaucoup aux personnes, sait nouer des contacts, parvient, dans des discours brefs, à partager ses convictions (2, 17; 5, 7; 13, 25).

Résolument optimiste, il ne se laisse pas influencer par les résistances et les réserves qu’il rencontre. Il prend soin de réfléchir avant d’agir et se montre un homme de foi et de prière, convaincu que Dieu est le maître de l’histoire et conduit les événements (2, 8. 18. 20; 4, 9).

2. Message

Ce texte nous fait assiter à une Assemblée Générale de tous les Juirfs de Jérusalem, représentant le peuple entier, assemblée au cours de laquelle se fait de façon à la fois officielle et liturgique la proclamation solennelle de la Loi de Moïse (c’est-à-dire les 5 livres du Pentateuque, dont on pense que la rédaction finale et définitive date de cette époque).

Cette lecture se fait sous la forme d’une liturgie très solennelle qui va certainement servir de modèle aux liturgies de la Parole dans les synagogues Juives, ainsi que dans nos assemblées de chrétiens.

Les membres du peuple d’Israël sont invités à accueillir cette Loi avec respect - ce qu’ils font - en bénissant le Seigneur, et pour en vivre en l’intégrant dans leur existence.

Le texte de cette Loi, du fait qu’il est écrit en Hébreu, langue qui n’est déjà plus parlée à cette époque, a besoin d’être traduit et expliqué par Esdras et les Scribes qui l’entourent.

Cette longue proclamation continue de la Loi, qui dure toute une matinée est célébrée comme un jour de grande fête et de grande joie, car l’action du Seigneur en faveur de son peuple y est rendue manifeste et se trouve bien comprise des auditeurs qui la reçoivent avec une grande émotion : ce jour est un jour saint, comme cela est redit aux participants à trois reprises, qui doit être célébré comme tel de toutes les façons possibles, et particulièrement dans le partage d”un repas d’allégresse.

3. Decouvertes

On peut voir dans ce grand rassemblement de tout le peuple une reprise et un accomplissement des trois autres grandes assemblées que nous rapporte l’Ancien Testament : celle de la réception de la Loi, les Dix Paroles ou commandements, avec Moïse, au pied de la montagne du Sinaï, au livre de l’Exode, celle de Josué rassemblant toutes les tribus d’Israël après la conquête et la prise de possession de la terre de Canaan, au chapitre 24 du Livre de Josué, celle qui fait suite à la découverte dans le Templs du Livre de la Loi (qu’on pense être le Deutéronome) au temps du roi Josias.

Chacune de ces grandes assemblées vise tout le peuple, marque un tournant dans la vie d’Israël (aux époques de l’Exode, de la conquête, de la décadence avant l’exil, du retour d’exil).

Nous constatons cependant que la forme cultuelle liturgique est la plus accentuée dans cette quatrième Assemblée dont nous lisons le récit aujourd’hui.

Même si la présence du gouverneur Néhémie est mentionnée dans cette scène, ce passage semble davantage appartenir à la tradition d’Esdras, et se situe mieux dans le plan reconstitué du Livre unifié d’Esdras et Néhémie. Plusieurs hypothèses de resituation exacte de cette page ont ainsi été élaborées.

4. Prolongement

Le Christ Jésus a pris pour nous la place de la Loi, car il est, à lui seul, toute la parole de Dieu , toute la Lumière de Dieu, toute la présence de Dieu, et si nous nous rassemblons, ce ne peut être qu’autour de lui, de sa Parole, de son engagement, auquel il nous fait avoir part à travers les gestes symboliques qu’il nous a laissés pour que nous recevions le don de son attitude et de sa Vérité profondes.

Si bien que là où il est, toute l’humanité est comme saisie et unifiée en lui, et devient, par lui, le peuple de Dieu de la fin ultime des temps. Voyons comment la lettre aux Hébreux relit la grande assemblée du Sinaï :

18 Vous ne vous êtes pas approchés d’une réalité palpable : feu ardent, obscurité, ténèbres, ouragan,

19 bruit de trompette, et clameur de paroles telle que ceux qui l’entendirent supplièrent qu’on ne leur parlât pas davantage.

20 Ils ne pouvaient en effet supporter cette prescription : Quiconque touchera la montagne, même si c’est un animal, sera lapidé.

21 Si terrible était le spectacle que Moïse dit : Je suis effrayé et tout tremblant.

22 Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, et de myriades d’anges, réunion de fête,

23 et de l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, d’un Dieu Juge universel, et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits,

24 de Jésus médiateur d’une alliance nouvelle, et d’un sang purificateur plus éloquent que celui d’Abel.

25 Prenez garde de ne pas refuser d’écouter Celui qui parle. Si ceux, en effet, qui ont refusé d’écouter celui qui promulguait des oracles sur cette terre n’ont pas échappé au châtiment, à combien plus forte raison n’y échapperons-nous pas, si nous nous détournons de Celui qui parle des cieux.

26 Celui dont la voix jadis ébranla la terre nous a fait maintenant cette promesse : Encore une fois, moi j’ébranlerai non seulement la terre mais aussi le ciel.

27 Cet encore une fois indique que les choses ébranlées seront changées, puisque ce sont des réalités créées, pour que subsistent celles qui sont inébranlables.

28 Ainsi, puisque nous recevons la possession d’un royaume inébranlable, retenons fermement la grâce, et par elle rendons à Dieu un culte qui lui soit agréable avec religion et crainte.

29 En effet, notre Dieu est un feu consumant.

Prière

*Seigneur Jésus, le salut que tu nous offres ne peut devenir réalité pour nous que dans la mesure où nous nous laissons saisir par toi pour faire communauté ou faire Eglise avec tous nos frères et soeurs qui croient en toi et deviennent par toi et dans l’Esprit Saint, membres de la famille de Dieu, où il sera “tout en tous” : aide-moi à ne jamais me replier sur moi-même, ni dans mes comportements, ni dans ma prière, à ne jamais me laisser aller à oublier mes frères et soeurs croyants et toutes les relations humaines dans lesquelles tu attends que je témoigne de ton Evangile et de la vie nouvelle que tu nous donnes. AMEN.

02.10.2003.*

Évangile : Luc 10, 1-12

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Après cela, le Seigneur désigna soixante-douze autres et les envoya deux par deux en avant de lui dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller.
2 Et il leur disait : ” La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson.
3 Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu de loups.
4 N’emportez pas de bourse, pas de besace, pas de sandales, et ne saluez personne en chemin.
5 En quelque maison que vous entriez, dites d’abord : “Paix à cette maison ! “
6 Et s’il y a là un fils de paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle vous reviendra.
7 Demeurez dans cette maison-là, mangeant et buvant ce qu’il y aura chez eux ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.
8 Et en toute ville où vous entrez et où l’on vous accueille, mangez ce qu’on vous sert ;
9 guérissez ses malades et dites aux gens : “Le Royaume de Dieu est tout proche de vous. “
10 Mais en quelque ville que vous entriez, si l’on ne vous accueille pas, sortez sur ses places et dites :
11 “Même la poussière de votre ville qui s’est collée à nos pieds, nous l’essuyons pour vous la laisser. Pourtant, sachez-le, le Royaume de Dieu est tout proche. “
12 Je vous dis que pour Sodome, en ce Jour-là, il y aura moins de rigueur que pour cette ville-là.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Situé dans la 1ère série d’instructions (9, 51 - 13, 21) que donne Jésus à ses disciples, alors qu’il a pris résolument le chemin de Jérusalem, dont le récit forme le 2ème, et long, épisode de la mission de Jésus, cet enseignement sur la mission occupe, de fait, les 24 premiers versets de ce chapitre 10.

Luc nous offre ici sa plus longue méditation sur la mission de Jésus et sa continuation dans la mission de l’Eglise, enseignement à comparer avec d’autres sections plus courtes que nous trouvons dans son Evangile : en 9, 1 - 6; 22, 35 - 38; 24, 44 - 47.

L’accent se porte moins sur la mission réelle que Jésus confie à ses disciples que sur des réflexions sur le sens de cet engagement missionnaire, avec son lot de joies et de souffrances. Notre page constitue la première partie de cet enseignement. Elle se poursuivra par un jugement de Jésus à l’encontre de ceux qui refusent de l’écouter, tout en définissant l’enjeu important d’une telle écoute (10, 13 - 16), et se terminera par le compte-rendu de mission des 72 disciples, qui permettra à Jésus d’ajouter quelques remarques supplémentaires sur la situation profonde des disciples dans le plan de Dieu.

2. Message

Luc est le seul à nous rapporter cet envoi en mission des 72 disciples, en plus des Douze qui avaient déjà été envoyés (9, 3 - 5). Ces 72 correspondent aux 72 nations du monde, telles qu’elles sont répertoriées au Livre de la Genèse (10, 2 - 31).

Le but de l’Evangéliste semble bien d’enraciner la mission universelle de l’Eglise d’après la résurrection dans le ministère même de Jésus. En effet, si les disciples sont ici chargés, en quelque sorte, de préparer le passage de Jésus lui-même, les Actes des Apôtres présentent toujours la mission des disciples comme la mission de Jésus, qui agit à travers eux par son Esprit. Avant comme après Pâques, c’est la mission de Jésus qui est inaugurée, puis continuée.

L’envoi des disciples deux par deux ne s’explique pas seulement par le support mutuel qu’ils peuvent se donner : c’est en même temps une authentification vivante et permanente de la vérité de leur témoignage, en application du Deutéronome, 9, 15, et l’exemple tout aussi vivant, et manifesté, de la paix qu’ils annoncent et transmettent parce qu’ils en vivent de façon ouverte et transparente.

Les Actes des Apôtres nous montrent Paul et Barnabé travaillant ensemble dans le première grande mission aux païens (Actes, 13), puis Paul continuera avec Silas (Actes, 15, 36 - 40). Cela signifie également que c’est l’Eglise qui évangélise, et non pas des hommes, si doués soient-ils, à partir d’eux mêmes.

Paul, saisi directement par Jésus sur la route de Damas (Actes, 9), se laisse envoyer en mission par l’Eglise d’Antioche, à laquelle il rendra compte (Actes, 13, 1 - 3 et 14, 27 - 28).

Les consignes de Jésus visent d’abord un comportement, qui est à la fois un risque et un message indirect :

  • tout en affrontant les dangers, ils annoncent la réconciliation définitive de la fin des temps (agneaux envoyés au milieu des loups : voir à ce sujet Isaïe, 11, 6 et 65, 25),
  • l’urgence du message est telle qu’ils n’ont pas de temps à perdre en salutations interminables, tout en témoignant, par leur sobriété, d’une dimension de la paix, qui est “autre” et “vient” d’ailleurs,
  • au delà de la politesse des souhaits de paix échangés selon l’usage, les disciples sont appelés à communiquer réellement cette paix .messianique, celle que révèle l’Evangile de l’Enfance du Christ (1, 79 et 2, 14),
  • en se laissant accueillir dans la première maison visitée, sans aller chercher mieux ailleurs, ils attestent de l’urgence première de la mission et de son accomplissement dans la rencontre et la convivialité humaines.

Viennent ensuite le consignes concernant la proclamation du message : tout simplement répéter le message même de Jésus, c’est-à-dire annoncer la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu, car c’est bien pour cela que Jésus s’est dit être envoyé (4, 43). Ce message est si important qu’il faut le proclamer comme Parole laissée à ceux qui refusent de les accueillir, et avec lesquels ils doivent rompre totalement, jusqu’à ne pas emporter la poussière de leur ville qui pourrait coller à leurs sandales.

A partir de là, Jésus va développer ce qui est en cause dans le rejet ou l’hostilité que les disciples rencontreront à leur tour, comme cela est présentement le cas pour lui (versets 12 - 16), sans pour autant que leur mission soit un échec, puisqu’elle manifestera l’efficacité victorieuse de l’autorité de Jésus, autorité qu’il a transmise à ses disciples (versets 17 - 20).

3. Decouvertes

La mission des 72 disciples indique clairement que la mission n’est pas réservée aux Douze, et que tous ceux qui sont envoyés disposent de l’autorité de Jésus.

Dans les Actes des Apôtres, la première prédication aux païens, bien qu’inaugurée par Pierre (Actes, 10, 44 - 48), sera concrètement lancée sur le terrain à l’initiative de chrétiens Juifs de langue grecque dispersés par la persécution qui avait suivi la mort d’Etienne (Actes, 11, 20 - 21). Paul sera appelé, indépendamment des Douze, comme Apôtre (Actes, 9, 15 -16 et Galates, 1, 15 - 20; 2, 7 - 8).

Au verset 7, l’expression “l’ouvrier mérite salaire”, a été reprise par Paul dans ses lettres, comme une loi de la mission, bien que, dans son cas particulier, il n’ait jamais voulu en bénéficier, tenant à travailler de ses mains (TOB, Luc, 10, 7, note “e”).

4. Prolongement

A nous de jouer aujourd’hui.

Tout disciple est envoyé comme ouvrier à la moisson (verset 2), est appelé à devenir apôtre, à transmettre ce qu’il a reçu, à rayonner visiblement l’image de Jésus qu’il est devenu, et à en rendre compte par une Parole qui est annonce de l’Evangile (1 Pierre, 3, 15 - 16).

Jésus n’a pas hésité à nous dire qu’avec la force de son Esprit Saint nous serions aussi efficaces que lui : en sommes-nous persuadés ? Relisons les beaux textes de Jean, 14, 12 - 14; 14, 26; 15, 26 - 27 et 15, 16.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous appelles, et, quasi simultanément, tu nous envoies, poursuivre ta mission accomplie une fois pour toutes, mais en la rendant présente aux hommes ee femmes de notre temps, et dans les endroits où nous vivons, car tu nous demandes de faire de notre vie le “lieu” de ta présence visible et agissante, par ton Esprit Saint, dans notre monde d’aujourd’hui : donne-moi de me laisser sans cesse saisir de nouveau par toi, et envoyer réaliser la mission dont tu me charges, là où je me trouve, selon la spécificité de mon appel à te suivre. AMEN.

02.10.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour