📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Zacharie 8, 1-8
DU LIVRE DE ZACHARIE
Texte
1 La parole de Yahvé Sabaot arriva en ces termes :
2 Ainsi parle Yahvé Sabaot. J’éprouve pour Sion une ardente jalousie et en sa faveur une grande colère.
3 Ainsi parle Yahvé. Je reviens à Sion et veux habiter au milieu de Jérusalem. Jérusalem sera appelée Ville-de-Fidélité, et la montagne de Yahvé Sabaot, Montagne-Sainte.
4 Ainsi parle Yahvé Sabaot. Des vieux et des vieilles s’assiéront encore sur les places de Jérusalem : chacun aura son bâton à la main, à cause du nombre de ses jours.
5 Et les places de la ville seront remplies de petits garçons et de petites filles qui joueront sur les places.
6 Ainsi parle Yahvé Sabaot. Si c’est un miracle aux yeux du reste de ce peuple en ces jours-là , en serait-ce un à mes yeux ? oracle de Yahvé Sabaot.
7 Ainsi parle Yahvé Sabaot. Voici que je sauve mon peuple des pays d’orient et des pays du soleil couchant.
8 Je les ramènerai pour qu’ils habitent au milieu de Jérusalem. Ils seront mon peuple et moi je serai leur Dieu, dans la fidélité et la justice.
Commentaire
1. Situation
Les différences entre les 8 premiers chapitres du Livre de Zacharie et les 6 derniers (9 - 14) sont si manifestes que l’on s’accorde aujourd’hui à considérer le Livre du Prophète Zacharie comme la réunion de l’oeuvre de 2 prophètes différents, le second ayant reçu le nom de “Deutéro (Second) Zacharie”. Notre passage appartient ainsi à l’oeuvre du 1er Prophète Zacharie.
Un prêtre du nom de Zacharie se trouve nommé dans le Livre de Néhémie (12, 16). On a pensé que notre prophète fut proche des responsables religieux d’après le retour de l’exil, et qu’il a enseigné entre 520 et les premières années du 5ème siècle.
Zacharie est donc tout-à-fait contemporain d’Aggée. II réagit à fa même situation historique et d’une manière très semblable à celle d’Aggée : Jérusalem est le lieu de la Demeure de Dieu au milieu de son peuple, il faut reconstruire le Temple, et Josué, le grand prêtre, ainsi que Zorobbabel, le gouverneur local nommé par le pouvoir Perse, méritent soutien et encouragement dans l’accomplissement de leurs responsabilités. Cependant, Zacharie insiste davantage sur le rôle que Josué doit jouer, du fait, peut-être, d’une certaine inefficacité constatée chez Zorobbabel.
De toute façon, pour Zacharie, qui réfléchit au niveau des principes et de ce qu’il faut faire, Dieu demeure le principal acteur du rétablissement de Jérusalem, au delà des initiatives du peuple et de ses chefs.
Après une introduction et une première partie consacrée aux 8 visions nocturnes de Zacharie et leurs oracles (1, 7 - 6, 15), nous pouvons lire d’autres oracles variés (7, 1 - 8, 23) faisant fe point sur le passé (7, 1 - 14), et envisageant des promesses pour l’avenir (8, 1 - 13).
C’est dans cette dernière division que nous relisons notre page.
2. Message
La fidélité du peuple pour la conduite de sa vie quotidienne, et la sainteté qu’il doit manifester dans sa relation cultuelle avec Dieu, tiennent au fait que Dieu est présent au coeur de Jérusalem, dans son Temple reconstruit.
Le prophète donne à son passage une forte tonalité “messianique” : c’est pour toujours que Dieu est établi à ,Jérusalem (versets 2- 3), que le peuple va retrouver une joie de vivre (versets 4 -5), et qu’il va rassembler tous les fils d’Israël, d’où qu’ils viennent et d’où qu’ils avaient été emmenés en captivité.
Ainsi l’Alliance de Dieu et de son peuple peut-elle être renouvelée dans sa forme traditionnelle: “Ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu, en vérité et en justice”.
3. Decouvertes
Le verset 2 nous parle de la jalousie de Dieu pour Sion. Il s’agit de I’amour particulier exclusif de l’époux pour son épouse. Ce thème de la jalousie de Dieu se retrouve souvent dans la Bible: voir Isaïe, 9, 6 et 37, 32; 2 Rois, 19, 31 et 59, 17; Ezéchiel, 5, 18; 16, 38. 42; 23, 25; 36, 5 ss.; Psaume 79, 5. Dieu est également présenté comme un Dieu jaloux dans d’autres textes de l’Ancien Testament : Deutéronome, 4, 24; 5, 9; 6, 15.
La fureur ou colère de Dieu appartient également aux sentiments que I’on prête au Seigneur contre les ennemis de son peuple : Deutéronome, 29, 22; Isaïe, 27, 4; 34, 2; 39, 18; Jérémie, 4, 4; Ezéchiel, 5, 13 et 24, 8.
Les nouveaux noms donnés à Jérusalem et à la Montagne de Dieu au verset 3 traduisent une condition nouvelle du peuple réconcilié avec Dieu : voir Isaïe, 1, 26 et 60, 14 ou encore Isaïe, 30, 29; Michée, 4, 2; Psaume 24, 3.
Les temps heureux se traduisent dans le don de longs jours (Deutéronome, 5, 30; Isaïe, 65, 20) et un renouvellement de la vitalité du peuple manifestée par le grand nombre de ses jeunes.
4. Prolongement
Cette “jalousie” de Dieu qui nous aime à ce point atteint pour nous son sommet dans la mort-résurrection du Christ Jésus, preuve que Dieu nous aime (Romains, 5, 6 - 11). C’est également l’expression de l’amour gratuit de Dieu, qui nous a aimés le premier, parce qu’il est “Amour” (1 Jean, 4, 10 - 17).
Dieu a vraiment tout fait pour nous, allant jusqu’au maximum de son don, en livrant son propre Fils, geste d’un amour suprême, dont Paul écrit que rien ne peut nous séparer (Romains, 8, 31 - 39).
Nous célébrons cette “alliance définitive” de Dieu avec nous en I’Heure de Jésus, dans chaque Eucharistie, où l’attitude de Jésus, qui vit jusqu’au bout le “OUI” de son obéissance, nous est donnée en partage, pour que nous l’assumions dans notre propre existence personnelle et en vivions à tout instant.
Prière
*Seigneur Jésus, en ta mort-résurrection et le don qui en découle de ton Esprit Saint, nous sommes devenus un peuple nouveau, une nation sainte et un sacerdoce royal, dans la mesure où tu fais de nous des “fils de Lumière” appelés à partager ton héritage dans le Royaume du Père, où l’Alliance Nouvelle conclue en ta mission sera totalement achevée, dans l’unité de toute l’humanité en toi et la communication de Dieu “tout en tous” : fais de moi un témoin convaincu et toujours rayonnant de cette Bonne Nouvelle de ton salut auprès de tous mes frères et soeurs en humanité, que tu me donnes à rencontrer au fil de mes jours. AMEN.
29.09.2003.*
Évangile : Luc 9, 46-50
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ?
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui,
48 et leur dit : ” Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. “
49 Jean prit la parole et dit : ” Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. “
50 Mais Jésus lui dit : ” Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Nous continuons d’accompagner Jésus qui se trouve maintenant au terme de son ministère public en Galilée.
2. Message
Un aspect central du mystère de Jésus et de notre vie de croyants : à l’inverse de nos recherches spontanées de promotion, de réussite, ou de places de choix dans la communauté, Jésus nous propose l’humilité du serviteur comme valeur suprême.
L’enfant, dans la culture de l’époque, n’est pas perçu comme symbole de pureté et d’innocence, mais d’insuffisance, d’insignifiance, incapable de vivre seul, et donc livré à la dépendance.
Notons le double message de Jésus : il s’identifie à l’enfant, et aux “petits” qu’il nous faut accueillir, et nous demande de devenir aussi petits et dépendants qu’un enfant : telle est notre véritable grandeur.
La réaction en chaîne souvent utilisée par Jésus : accueillir un enfant , c’est l’accueillir, et l’accueillir, c’est accueillir le Père qui l’a envoyé.
Contrairement à la réaction de Jean, Jésus se montre ouvert à tout ce qui va dans son sens.
3. Decouvertes
Au terme de ce ministère de Jésus en Galilée, les événements se précipitent : envoi en mission des Douze, Hérode se demande qui est Jésus, multiplication des pains, reconnaissance de Jésus comme Messie par Pierre au nom de tous, 1ère annonce de la passion, invitation à suivre Jésus sur son chemin de croix, la transfiguration, guérison d’un enfant possédé, 2ème annonce de la passion, tout cela en ce chapitre 9, qui est vraiment un sommet.
E,n dépit de tout ce dont ils ont été témoins, les disciples ont encore beaucoup à apprendre, comme le révèle leur impuissance à guérir l’enfant possédé, ainsi que notre page.
En effet, leur discussion entre eux pour savoir qui est le plus grand, et la démarche de Jean, l’un des 3 témoins de la transfiguration, voulant réserver aux seuls proches de Jésus l’exclusivité de toute action en son Nom, tout cela indique bien leur peu de foi.
Ne pas être contre Jésus suppose cependant qu’on aille dans son sens, comme Jésus le précise dans le texte parallèle de Marc, 9, 39 - 40. Car Jésus ne supporte pas pour autant d’équivoque à son sujet (voir Luc, 11, 23). Son ouverture ne se fait jamais aux dépens de la vérité.
4. Prolongement
Selon Luc, au cours de son dernier repas, en célébrant la Pâque avec Jésus, ses disciples se querelleront de nouveau sur leur dignité ou leur grandeur respectives (Luc, 22, 24). Ce qui nous vaut la belle réponse suivante de Jésus :
24 Il s’éleva aussi entre eux une contestation : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ?
25 Il leur dit : ” Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs.
26 Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert.
27 Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert !
De son côté, l’Evangile de Jean nous montre Jésus se comportant de façon plus basse que celle qu’on attendait d’un esclave, lorsqu’il lave les pieds de ses disciples, pour leur expliquer le sens de sa démarche en sa passion et sa mort . C’est ainsi qu’il est maître et Seigneur en son humilité (Jean, 13, 2 - 17). Ce que Paul a également très bien saisi :
4 Certes, il a été crucifié en raison de sa faiblesse, mais il est vivant par la puissance de Dieu. Et nous aussi, nous sommes faibles en lui, bien sûr, mais nous vivrons avec lui, par la puissance de Dieu, à votre égard.
Prière
*Seigneur Jésus, à travers ton service quotidien de tes frères et soeurs, dans la miséricorde et ton obéissance au Père dans la fidélité à ta mission jusqu’à la mort sur la croix, tu nous as révélé que le titre de “Serviteur” te convenait au mieux, et fait découvrir à quel point, et de quelle façon, Dieu nous aime : apprends-moi à toujours me considérer et m’exprimer comme ton disciple, comme celui qui cherche à t’imiter en toutes situations, en essayant de revivre, face au monde d’aujourd’hui, ton humilité et ta disponibilité exemplaires, afin que, par delà mes limites et mes insuffisances, puisse apparaître visiblement ta présence, au milieu de nous, avec le Père et dans l’Esprit Saint. AMEN.
30.09.2002.*