📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Job 1, 6-22

DU LIVRE DE JOB

Texte

6 Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l’Éternel, et Satan vint aussi au milieu d’eux.
7 L’Éternel dit à Satan: D’où viens-tu? Et Satan répondit à l’Éternel: De parcourir la terre et de m’y promener.
8 L’Éternel dit à Satan: As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n’y a personne comme lui sur la terre; c’est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal.
9 Et Satan répondit à l’Éternel: Est-ce d’une manière désintéressée que Job craint Dieu?
10 Ne l’as-tu pas protégé, lui, sa maison, et tout ce qui est à lui? Tu as béni l’oeuvre de ses mains, et ses troupeaux couvrent le pays.
11 Mais étends ta main, touche à tout ce qui lui appartient, et je suis sûr qu’il te maudit en face.
12 L’Éternel dit à Satan: Voici, tout ce qui lui appartient, je te le livre; seulement, ne porte pas la main sur lui. Et Satan se retira de devant la face de l’Éternel.
13 Un jour que les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné,
14 il arriva auprès de Job un messager qui dit: Les boeufs labouraient et les ânesses paissaient à côté d’eux;
15 des Sabéens se sont jetés dessus, les ont enlevés, et ont passé les serviteurs au fil de l’épée. Et je me suis échappé moi seul, pour t’en apporter la nouvelle.
16 Il parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit: Le feu de Dieu est tombé du ciel, a embrasé les brebis et les serviteurs, et les a consumés. Et je me suis échappé moi seul, pour t’en apporter la nouvelle.
17 Il parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit: Des Chaldéens, formés en trois bandes, se sont jetés sur les chameaux, les ont enlevés, et ont passé les serviteurs au fil de l’épée. Et je me suis échappé moi seul, pour t’en apporter la nouvelle.
18 Il parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit: Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné;
19 et voici, un grand vent est venu de l’autre côté du désert, et a frappé contre les quatre coins de la maison; elle s’est écroulée sur les jeunes gens, et ils sont morts. Et je me suis échappé moi seul, pour t’en apporter la nouvelle.
20 Alors Job se leva, déchira son manteau, et se rasa la tête; puis, se jetant par terre, il se prosterna,
21 et dit: Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. L’Éternel a donné, et l’Éternel a ôté; que le nom de l’Éternel soit béni!
22 En tout cela, Job ne pécha point et n’attribua rien d’injuste à Dieu.

Commentaire

1. Situation

Le Livre de Job nous offre successivement, si l’on s’en tient au contenu : un récit en prose des malheurs qui arrivent à Job (1 - 2), un débat, en forme de poème, entre Job et trois de ses amis, sur Dieu, l’homme, le mal et le malheur (3 - 31), le discours, encore en forme de poème, d’un nouvel intervenant inattendu, Elihu (32 - 37), les discours-réponses de Dieu, toujours en forme de poème (38 - 42, 6), un épilogue en prose nous décrivant la restauration de Job en tous ses biens (42, 7 - 17).

Un aspect significatif de ce Livre est justement cette utilisation d’un cadre en prose, du genre conte populaire, pour encadrer un débat poétique sur la sagesse. Cette pratique, largement employée dans le Proche-Orient ancien, permet aux auteurs de situer la discussion selon les données d’un cas concret, ainsi présenté on ne peut plus clairement.

Parmi les passages en prose, remarquons 3 introductions distinguant les 3 épisodes du conflit : - 1, 1 - 5, ouvrant le 1er (Yahvé envoie les malheurs sur Job : 1, 1 - 2, 10), - 2, 11 - 13, ouvrant le 2ème (dans le dialogue avec ses 3 amis, Job lance un défi à Dieu : 2, 11 - 31, 40), - 32, 1 - 5, ouvrant le 3ème (Job est réprimandé au nom de Dieu, d’abord indirectement par Elihu, puis directement par Yahvé lui-même : 32, 1 - 42, 17). A noter qu’au chapitre 28, un poème particulier, montrant que Dieu seul conduit à la sagesse, interrompt le dernier discours de Job.

Ce conflit entre Job et son Dieu, rapporté par le Livre, permet de mettre en parallèle différentes réponses au problème du mal. La position de Job, qui, d’un bout à l’autre du débat, affirme et maintient son innocence, progresse cependant au niveau de sa réaction, depuis son souhait initial de la mort jusqu’à son appel pressant à une confrontation de type judiciaire entre Dieu et lui, faisant intervenir un arbitre ou un rédempteur, qui ne serait autre que Dieu, rendant la justice entre lui-même et Job.

L’auteur de ce Livre veut nous faire découvrir que Dieu peut avoir d’autres motifs que simplement d’envoyer le bonheur comme récompense ou le malheur comme châtiment, selon ce que pensent les amis de Job. Si, dans ce Livre, Job a raison contre ses amis en défendant son innocence, il n’a pas pour autant raison contre Dieu, dont il ne peut rien exiger, tout en affirmant son intégrité et en s’interrogeant sur son malheur. Son innocence ne lui donne aucun droit sur Dieu et face à Dieu, qui ne saurait être considéré comme un interlocuteur sur le même plan que nous.

On pense généralement que ce Livre a été écrit après le retour de l’exil à Babylone. Cependant, certains le jugent plus ancien, et d’autres y distinguent des additions plus tardives. Si l’on n’y trouve aucune allusion d’ordre historique, signalons qu’Ezéchiel mentionne 3 figures légendaires du passé, Noé, Danel et Job (Ezéchiel, 14, 13 - 14).

2. Message

Au début du conte ou récit populaire qui ouvre ce livre de Sagesse, et en fixe, pour ainsi dire, le cas ou la situation concrète à débattre par les Sages qui vont en discuter (Job faisant toutefois partie de ces Sages tout en étant la victime de l’épreuve dont il va être question), la figure de cet homme tourné vers Dieu nous est présentée comme celle du juste par excellence.

L’Aversaire, dénommé Satan, met néanmoins en doute le désintéressement apparent de Job et obtient l’uatorisation de la mettre à l’épreuve, et ce, à deux reprises.

Ici, comme dans le cas de la 2nde épreuve rapportée au chapitre suivant de ce Livre, et qui atteint Job en sa chair, ce dernier nous est présenté comme un parfait adorateur de Dieu qui accueille tout ce qu’il a reçu comme un don, et dont il accepte d’être privé en continuant de bénir le Seigneur, même s’il est précipité dans une extrême détresse.

3. Decouvertes

En cinq scènes écrites en prose (1, 1 - 5; 1, 6 - 12; 1, 13 - 22; 2, 1 - 6; 2, 7 - 13), ce récit d’ouverture du Livre de Job nous introduit les principaux protagonistes du conflit dramatique qui va être l’objet des profondes discussions d’ordre théologique qui vont suivre.

Ces cinq scènes alternent entre terre (l’environnement de Job) et ciel (les réunions des “fils de Dieu” autour du Seigneur). Notre page nous relate les 2ème et 3ème scènes de cet ensemble, à savoir la 1ère scène céleste et la seconde scène terrestre.

Le mot “hassatan” (le Satan) n’est pas à considérer ici comme un nom propre

Alors que Dieu répond de l’intégrité de Job, le Satan jette sur lui le soupçon, en prétendant qu’il n’honore pas Dieu en étant désintéressé : d’où la vérification proposée dans les épreuves, et acceptée par Dieu.

La scène 3 (2ème scène terrestre) nous décrit une situation qui s’assombrit de plus en plus, à mesure que les mauvaises nouvelles, de plus en plus catastrophiques, parviennent à Job, concernant la destruction successive de ses troupeaux et la mort de ses 10 enfants.

Les Sabéens dont il est ici question sont probablement des Arabes, tandis que les Chaldéens également mentionnés sont des semi-nomades, bien différents des Babyloniens des 7ème - 6ème siècles.

Dans tout le déroulement de cette première série d’épreuves, le Satan n’attend qu’une chose : que Job se mette à blasphémer son Dieu, ce qu’il ne fera pas.

4. Prolongement

La belle réponse de Job à cette série d’épreuves gigantesques, puisqu’elles détruisent, et tous ses biens et toute sa famille, nous paraît trop belle pour être vraie, et, pour ainsi dire, plutôt caricaturale. Ce n’est cependant pas ce que suggère notre page, mais c’est ce que révèleront les propos de Job dans le grand poème de sagesse qui va suivre. Peut-on vraiment accueillir pareille souffrance sans crier ?

Jésus,aux jours dre sa passion, a supplié Dieu son Père de lui épargner la mort qui lui paraissait inévitable dans la ligne de son engagement pour révéler la plénitude de la Vérité et de la miséricorde de Dieu. S’il en a accepté tous les risques, il a néanmoins crié sa souffrance, en même temps que sa confiance, au moment final de sa crucifixion.

Et s’il demande qu’on le préfère à tous nos biens et à toutes nos relations même les plus chères, nous n’avons rien à vouer à la destruction, mais à tout reconsidérer, ressaisir et valoriser à sa juste place à partir de lui.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui as subi la souffrance en choisissant d’aller jusqu’au bout de ta mission, sans faire en quoi que ce soit marche arrière pour Dieu, et qui es le chef de notre foi : apprends-moi à accueillir difficultés et souffrances lorsqu’elles se présentent, et prends en charge tous mes frères et soeurs souffrants de par le monde. AMEN.

27.09.2004.*

Évangile : Luc 9, 46-50

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

46 Une pensée leur vint à l’esprit : qui pouvait bien être le plus grand d’entre eux ?
47 Mais Jésus, sachant ce qui se discutait dans leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui,
48 et leur dit : ” Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. “
49 Jean prit la parole et dit : ” Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne te suit pas avec nous. “
50 Mais Jésus lui dit : ” Ne l’en empêchez pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Nous continuons d’accompagner Jésus qui se trouve maintenant au terme de son ministère public en Galilée.

2. Message

Un aspect central du mystère de Jésus et de notre vie de croyants : à l’inverse de nos recherches spontanées de promotion, de réussite, ou de places de choix dans la communauté, Jésus nous propose l’humilité du serviteur comme valeur suprême.

L’enfant, dans la culture de l’époque, n’est pas perçu comme symbole de pureté et d’innocence, mais d’insuffisance, d’insignifiance, incapable de vivre seul, et donc livré à la dépendance.

Notons le double message de Jésus : il s’identifie à l’enfant, et aux “petits” qu’il nous faut accueillir, et nous demande de devenir aussi petits et dépendants qu’un enfant : telle est notre véritable grandeur.

La réaction en chaîne souvent utilisée par Jésus : accueillir un enfant , c’est l’accueillir, et l’accueillir, c’est accueillir le Père qui l’a envoyé.

Contrairement à la réaction de Jean, Jésus se montre ouvert à tout ce qui va dans son sens.

3. Decouvertes

Au terme de ce ministère de Jésus en Galilée, les événements se précipitent : envoi en mission des Douze, Hérode se demande qui est Jésus, multiplication des pains, reconnaissance de Jésus comme Messie par Pierre au nom de tous, 1ère annonce de la passion, invitation à suivre Jésus sur son chemin de croix, la transfiguration, guérison d’un enfant possédé, 2ème annonce de la passion, tout cela en ce chapitre 9, qui est vraiment un sommet.

E,n dépit de tout ce dont ils ont été témoins, les disciples ont encore beaucoup à apprendre, comme le révèle leur impuissance à guérir l’enfant possédé, ainsi que notre page.

En effet, leur discussion entre eux pour savoir qui est le plus grand, et la démarche de Jean, l’un des 3 témoins de la transfiguration, voulant réserver aux seuls proches de Jésus l’exclusivité de toute action en son Nom, tout cela indique bien leur peu de foi.

Ne pas être contre Jésus suppose cependant qu’on aille dans son sens, comme Jésus le précise dans le texte parallèle de Marc, 9, 39 - 40. Car Jésus ne supporte pas pour autant d’équivoque à son sujet (voir Luc, 11, 23). Son ouverture ne se fait jamais aux dépens de la vérité.

4. Prolongement

Selon Luc, au cours de son dernier repas, en célébrant la Pâque avec Jésus, ses disciples se querelleront de nouveau sur leur dignité ou leur grandeur respectives (Luc, 22, 24). Ce qui nous vaut la belle réponse suivante de Jésus :

24 Il s’éleva aussi entre eux une contestation : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ?

25 Il leur dit : ” Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs.

26 Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert.

27 Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert !

De son côté, l’Evangile de Jean nous montre Jésus se comportant de façon plus basse que celle qu’on attendait d’un esclave, lorsqu’il lave les pieds de ses disciples, pour leur expliquer le sens de sa démarche en sa passion et sa mort . C’est ainsi qu’il est maître et Seigneur en son humilité (Jean, 13, 2 - 17). Ce que Paul a également très bien saisi :

4 Certes, il a été crucifié en raison de sa faiblesse, mais il est vivant par la puissance de Dieu. Et nous aussi, nous sommes faibles en lui, bien sûr, mais nous vivrons avec lui, par la puissance de Dieu, à votre égard.

Prière

*Seigneur Jésus, à travers ton service quotidien de tes frères et soeurs, dans la miséricorde et ton obéissance au Père dans la fidélité à ta mission jusqu’à la mort sur la croix, tu nous as révélé que le titre de “Serviteur” te convenait au mieux, et fait découvrir à quel point, et de quelle façon, Dieu nous aime : apprends-moi à toujours me considérer et m’exprimer comme ton disciple, comme celui qui cherche à t’imiter en toutes situations, en essayant de revivre, face au monde d’aujourd’hui, ton humilité et ta disponibilité exemplaires, afin que, par delà mes limites et mes insuffisances, puisse apparaître visiblement ta présence, au milieu de nous, avec le Père et dans l’Esprit Saint. AMEN.

30.09.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour