📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Zacharie 8, 20-23
DU LIVRE DE ZACHARIE
Texte
20 Ainsi parle Yahvé Sabaot. Il viendra encore des peuples, et des habitants de grandes villes.
21 Et les habitants d’une ville iront vers l’autre en disant : Allons donc implorer la face de Yahvé et chercher Yahvé Sabaot; pour ma part, j’y vais.
22 Et de nombreux peuples et des nations puissantes viendront chercher Yahvé Sabaot à Jérusalem et implorer la face de Yahvé.
23 Ainsi parle Yahvé Sabaot. En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront un Juif par le pan de son vêtement en disant : Nous voulons aller avec vous, car nous avons appris que Dieu est avec vous.
Commentaire
1. Situation
Les différences entre les 8 premiers chapitres du Livre de Zacharie et les 6 derniers (9 - 14) sont si manifestes que l’on s’accorde aujourd’hui à considérer le Livre du Prophète Zacharie comme la réunion de l’oeuvre de 2 prophètes différents, le second ayant reçu le nom de “Deutéro (Second) Zacharie”. Notre passage appartient ainsi à l’oeuvre du 1er Prophète Zacharie.
Un prêtre du nom de Zacharie se trouve nommé dans le Livre de Néhémie (12, 16). On a pensé que notre prophète fut proche des responsables religieux d’après le retour de l’exil, et qu’il a enseigné entre 520 et les premières années du 5ème siècle.
Zacharie est donc tout-à-fait contemporain d’Aggée. II réagit à fa même situation historique et d’une manière très semblable à celle d’Aggée : Jérusalem est le lieu de la Demeure de Dieu au milieu de son peuple, il faut reconstruire le Temple, et Josué, le grand prêtre, ainsi que Zorobbabel, le gouverneur local nommé par le pouvoir Perse, méritent soutien et encouragement dans l’accomplissement de leurs responsabilités. Cependant, Zacharie insiste davantage sur le rôle que Josué doit jouer, du fait, peut-être, d’une certaine inefficacité constatée chez Zorobbabel.
De toute façon, pour Zacharie, qui réfléchit au niveau des principes et de ce qu’il faut faire, Dieu demeure le principal acteur du rétablissement de Jérusalem, au delà des initiatives du peuple et de ses chefs.
Après une introduction et une première partie consacrée aux 8 visions nocturnes de Zacharie et leurs oracles (1, 7 - 6, 15), nous pouvons lire d’autres oracles variés (7, 1 - 8, 23) faisant fe point sur le passé (7, 1 - 14), et envisageant des promesses pour l’avenir (8, 1 - 13).
C’est dans cette dernière division que nous relisons notre page.
2. Message
Dans la Jérusalem reconstruite pour laquelle Zacharie annonce une prospérité et un rayonnement quasi “messianiques”, vont affluer toutes les nations, en s’encourageant les unes les autres dans cette démarche.
Jérusalem sera ainsi un centre de culte et un lieu de pélerinage universels au Dieu unique de tout l’univers. Les pélerins du monde entier y viendront si nombreux qu’il rempliront la ville selon une densité de10 étarngers pour un Juif sédentaire.
Et ces nombreux étrangers pélerins s’accrocheront à ces Juifs de souche dans le but d’avoir part à l’Alliance conclue entre Yahvé et Israël, dans la conviction affirmée que Dieu, selon justement les termes de l’Alliance, “est avec” Israël, son peuple.
3. Decouvertes
Cette description d’un pélerinage universel fait écho à 7, 2, ainsi qu’à 2, 11 et 14, 16.
Ce qui nous montre qu’il est légitime et bon de lire ces 8 premiers chapitres de Zacharie à la lumière de l’eschatologie développée dans la 2ème partie de ce Livre dit de Zacharie, aux chapitres 9 - 14.
A noter que 10 hommes est le nombre requis pour former une synagogue Juive.
D’autre part, les Juifs de la “disapora” (dispersés et établis dans tout le Bassin Méditerranéen) ont, semble-t-il, un rôle à jouer dans la transmission de cette Bonne Nouvelle de la présence de Yahvé à Jérusalem : du même coup les membres des nations païennes pourraient les accompagner quand ils se rendent eux-mêmes régulièrement à Jérusalem.
4. Prolongement
Dans sa rencontre avec une femme de Samarie, que nous rapporte l’Evangile de Jean (Jean, 4, 22) Jésus déclare que le “salut vient des Juifs”.
Mais ce salut ne s’accomplira que dans et par la mission de Jésus menée à son terme, c’est-à-dire lorsqu’il se remettra au Père en ses dernières paroles de mourant sur sa croix : “tout est achevé” (Jean, 19, 30).
Si bien que les textes du Nouveau Testament peuvent nous annoncer de multiples façons qu’avec Jésus les “temps sont accomplis”: voir par exemple, entre autres passages, Hébreux, 1, 1 - 4; Galates, 4, 4 - 7).
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous demandes d’être les témoins de l’achèvement de tout le dessein de salut de Dieu, réalisé, une fois pourr toutes, en, et par, ta mission, ta mort et ta résurrection, en vivant selon l’exigence de la création nouvelle que nous sommes devenus lorsque tu nous as ainsi partagé ta dignité de “Fils” et de cohéritiers du Royaume de Dieu, ton Père : aide-moi à traduire ce don transformant reçu de toi en tous mes comportements et en toutes mes paroles de chaque jour. AMEN.
30.09.2003.*
Évangile : Luc 9, 51-56
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer.
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem.
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : ” Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? “
55 Mais, se retournant, il les réprimanda.
56 Et ils se mirent en route pour un autre village.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Avec cette page nous entrons dans la 5ème partie de l’Evangile de Luc.
Luc nous décrit le voyage de Jésus vers Jérusalem en ses dimensions multiples. En obéissant à la volonté de Dieu (9, 22 et 9, 44), il s’en va vers Jérusalem, la cité qui symbolise la continuité entre ce qui est ancien et ce qui est nouveau dans le plan de Dieu. C’est là qu’il accomplira son “exode”, dont il s’est entretenu avec Moïse et Elie dans la scène de la transfiguration (9, 31).
A partir de Jérusalem, la mission des disciples de Jésus sera appelée par le Christ ressuscité à rayonner jusqu’aux extrémités de la terre (Actes, 1 - 2).
Au cours de cette montée vers Jérusalem, Jésus va se comporter en maïtre et enseignant suprême de ses disciples, leur expliquant le sens de sa “voie” (Actes, 9, 22; 18, 26; 24, 22). Il va leur développer comment vivre la mission qu’il leur confie (10, 1 - 24), comment se situer face aux richesses (16, 1 - 31), comment prier (11, 1 - 13), et leur partager quelques unes de ses paraboles, surtout celles dans lesquelles il lance ses plus grands défis, telles que celle du Bon Samaritain (10, 25 - 37) et de l’Enfant Prodigue (15, 11 - 32).
Cela n’empêchera pas Jésus de rencontrer des oppositions et d’avancer résolument vers son destin, dans la confiance totale en Dieu. Tout le long de ce parcours, nous sommes donc invités par Luc à accompagner et écouter Jésus sur son chemin.
2. Message
Ce passage nous affirme d’abord que Dieu va conduire son plan à l’achèvement et à la plénitude. “L’enlèvement” de Jésus de ce monde comprend toutes les phases de son départ : passion, mort, ensevelissement, résurrection, ascension et don de l’Esprit. Devant cette perspective, Jésus manifeste son obéissance résolue pour accomplir le plan de Dieu en dépit de toute opposition.
Les Samaritains n’aimaient pas les Juifs, et n’hésitaient à manifester leurs sentiments lorsque les Juifs traversaient leur région pour se rendre à Jérusalem. Dans son Evangile, Luc va nous montrer comment ces Samaritains honnis sont capables d’agir selon l’Evangile, en disciples authentiques de .Jésus (10, 30 - 35 et 17, 11 - 19), et, dans les Actes des Apôtres (8, 4 -25), il nous exposera comment ces gens, que notre page présente comme si peu accueillants, vont accepter d’écouter la Parole du salut et de vivre en chrétiens.
Les disciples Jacques et Jean souhaitent que Jésus traite ces Samaritains hostiles de la même manière que le Prophète Elie anéantissait ses adversaires (2 Rois, 1, 10 et 12). Mais Jésus pratique ce qu’il a prêché concernant le refus de la vengeance et de la violence à l’encontre des ennemis et adversaires (6, 27 - 29 et 35).
3. Decouvertes
Notons la puissance d’expression du verset 51, dont la traduction littérale est la suivante : “il durcit son visage pour prendre la route de Jérusalem”, expression reprenant l’attitude du Serviteur que nous présente le 2ème Prophète Isaïe en son 3ème poème du Serviteur (lsaïe, 50, 1).
Notons de même le ton solennel de ce verset 51, qui souligne l’importance de la démarche de Jésus et du terme de sa mission, vers lequel il se dirige avec courage.
Contrairement aux pratiques courantes des Juifs, qui évitaient les rapports avec les Samaritains (Jean, 4, 9), à cause de leur origine et de leurs pratiques religieuses différentes, Jésus envisage de loger chez des Samaritains, mais, dans le cas présent, sa démarche est rejetée.
4. Prolongement
Selon les Actes des Apôtres, Paul également prend le chemin de Jérusalem, sachant, dans l’Esprit Saint, que de grandes épreuves l’y attendent (Actes, 20, 22 - 24).
Etre disciple, c’est suivre Jésus sur son chemin (Jean, 12, 26) : là où il est, là sera son serviteur.
Paul, dans son beau témoignage de Philippiens, 3, 10 - 12, nous indique à quel point il a compris combien être disciple de Jésus, c’est l’imiter et le rejoindre dans sa démarche pascale. En cela, il ne fait qu’appliquer ce que Jésus demande à tous ceux qui le suivent, selon ce qu’il a proclamé immédiatement après sa première annonce de sa passion (Luc, 9, 23 - 24).
Prière
*Seigneur Jésus, tu t’es révélé totalement obéissant au Père en te dépouillant de plus en plus complètement dans ta démarche de “kénose” ou d’abaissement dans une prise incessaute de risques juqu’à ta mort sur une croix, rejeté par ton peuple et mis à mort par les Romains : apprends-moi à te suivre avec autant de docilité que tu en as manifestée pour dire ton “OUI” permanent au Père, inscris en moi, par ton Esprit Saint ce “OUI” que tu attends que je prononce à mon tour dans la force du tien, et fais de moi un révélateur de ce que tu as vécu comme don et abandon de toi-même, à l’Heure suprême de ton passage au Père. AMEN.
30.09.2003.*