📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Job 3, 1-23
DU LIVRE DE JOB
Texte
1 Enfin Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance.
2 Il prit la parole et dit :
3 Périsse le jour qui me vit naître et la nuit qui a dit : ” Un garçon a été conçu! “
…
11 Pourquoi ne suis-je pas mort au sortir du sein, n’ai-je péri aussitôt enfanté ?
12 Pourquoi s’est-il trouvé deux genoux pour m’accueillir, deux mamelles pour m’allaiter ?
13 Maintenant je serais couché en paix, je dormirais d’un sommeil reposant,
14 avec les rois et les grands ministres de la terre, qui se sont bâti des mausolées,
15 ou avec les princes qui ont de l’or en abondance et de l’argent plein leurs tombes.
16 Ou bien, tel l’avorton caché, je n’aurais pas existé, comme les petits qui ne voient pas le jour.
17 Là prend fin l’agitation des méchants, là se reposent les épuisés.
…
20 Pourquoi donner à un malheureux la lumière, la vie à ceux qui ont l’amertume au cœur,
21 qui aspirent après la mort sans qu’elle vienne, fouillent à sa recherche plus que pour un trésor ?
22 Ils se réjouiraient en face du tertre funèbre, exulteraient de trouver la tombe.
23 Pourquoi ce don à l’homme dont la route est cachée et que Dieu entoure d’une haie ?
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Job nous offre successivement, si l’on s’en tient au contenu : un récit en prose des malheurs qui arrivent à Job (1 - 2), un débat, en forme de poème, entre Job et trois de ses amis, sur Dieu, l’homme, le mal et le malheur (3 - 31), le discours, encore en forme de poème, d’un nouvel intervenant inattendu, Elihu (32 - 37), les discours-réponses de Dieu, toujours en forme de poème (38 - 42, 6), un épilogue en prose nous décrivant la restauration de Job en tous ses biens (42, 7 - 17).
Un aspect significatif de ce Livre est justement cette utilisation d’un cadre en prose, du genre conte populaire, pour encadrer un débat poétique sur la sagesse. Cette pratique, largement employée dans le Proche-Orient ancien, permet aux auteurs de situer la discussion selon les données d’un cas concret, ainsi présenté on ne peut plus clairement.
Parmi les passages en prose, remarquons 3 introductions distinguant les 3 épisodes du conflit : - 1, 1 - 5, ouvrant le 1er (Yahvé envoie les malheurs sur Job : 1, 1 - 2, 10), - 2, 11 - 13, ouvrant le 2ème (dans le dialogue avec ses 3 amis, Job lance un défi à Dieu : 2, 11 - 31, 40), - 32, 1 - 5, ouvrant le 3ème (Job est réprimandé au nom de Dieu, d’abord indirectement par Elihu, puis directement par Yahvé lui-même : 32, 1 - 42, 17). A noter qu’au chapitre 28, un poème particulier, montrant que Dieu seul conduit à la sagesse, interrompt le dernier discours de Job.
Ce conflit entre Job et son Dieu, rapporté par le Livre, permet de mettre en parallèle différentes réponses au problème du mal. La position de Job, qui, d’un bout à l’autre du débat, affirme et maintient son innocence, progresse cependant au niveau de sa réaction, depuis son souhait initial de la mort jusqu’à son appel pressant à une confrontation de type judiciaire entre Dieu et lui, faisant intervenir un arbitre ou un rédempteur, qui ne serait autre que Dieu, rendant la justice entre lui-même et Job.
L’auteur de ce Livre veut nous faire découvrir que Dieu peut avoir d’autres motifs que simplement d’envoyer le bonheur comme récompense ou le malheur comme châtiment, selon ce que pensent les amis de Job. Si, dans ce Livre, Job a raison contre ses amis en défendant son innocence, il n’a pas pour autant raison contre Dieu, dont il ne peut rien exiger, tout en affirmant son intégrité et en s’interrogeant sur son malheur. Son innocence ne lui donne aucun droit sur Dieu et face à Dieu, qui ne saurait être considéré comme un interlocuteur sur le même plan que nous.
On pense généralement que ce Livre a été écrit après le retour de l’exil à Babylone. Cependant, certains le jugent plus ancien, et d’autres y distinguent des additions plus tardives. Si l’on n’y trouve aucune allusion d’ordre historique, signalons qu’Ezéchiel mentionne 3 figures légendaires du passé, Noé, Danel et Job (Ezéchiel, 14, 13 - 14).
2. Message
Tout différent du conte populaire des 2 chapitres précédents (1 - 2), commence ici un très long dialogue en vers, où s’affrontent deux sagesses différentes, celle de Job, et celle de ses amis.
Job ouvre la bouche pour s’exprimer dans le genre des lamentations des hommes qui vivent une très grande souffrance : cela ne vaut pas la peine de vivre, dans ces conditions de malheur et cet univers bouché de toutes parts, et que Dieu, en qui Job croit toujours, lui paraît fermer de tous côtés.
3. Decouvertes
Ce premier monologue de Job est une complainte dans le genre des psaumes de lamentation, et non pas une demande de soulagement. Job y déclare et affirme son malheur.
Cependant, aux versets 11 - 12, cette lamentation devient une questin générale de principe : pourquoi ce destin de malheur ? Et, au verset 20, cette interrogation devient une question précise sur la façon dont Dieu traite l’humanité.
4. Prolongement
Jésus a refusé cette conjonction entre péché commis et malheur subi. Pour lui, les situations de malheur sont des lieux où nous sommes appelés à nous tourner vers Dieu, en implorant sa miséricorde, dans la conviction, pour nous fondée sur la mort et la résurrection de Jésus, que Dieu, à sa façon, et dans son mystère d’au-delà et de miséricorde infinie, veut notre bien et le comprend seul en totalité. La manière dont la prière de Jésus lui-même, en son agonie (Matthieu, 26, 38 - 42), a été exaucée “autrement” (puisqu’il est bien passé par la mort en buvant le “calice” qu’il souhaitait voir s’éloigner de lui), selon le texte de Hébreux 5, 7 (à lire), nous le démontre :
1 En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes.
2 Prenant la parole, il leur dit : ” Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ?
3 Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement.
4 Ou ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ?
5 Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même. ”
2 Ses disciples lui demandèrent : ” Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ”
3 Jésus répondit : ” Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.
Prière
*Seigneur Jésus, tu as connu les souffrances horribles de ta passion lors de ta mort sur une croix, situation qui nous a été interprétée, dans le nouveau testament qui témoigne de ta vie et de ta parole, comme une malédiction sur toi pour que nous en recevions la bénédiction de Dieu, et comme ton identification au “péché”, qui nous rend esclaves, pour que nous devenions “justice” de Dieu : fais-moi découvrir plus profondément le mystère de ton “OUI” au Père, dans ton obéissance qui crie sa douleur en clamant sa confiance, et aide-moi à ne jamais douter de Dieu, quand je suis confronte au malheur ou au mal, dans mon existence ou celle de mes frères et sœurs en humanité. AMEN.
01.10.2002.*
Évangile : Luc 9, 51-56
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
51 Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer.
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem.
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : ” Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? “
55 Mais, se retournant, il les réprimanda.
56 Et ils se mirent en route pour un autre village.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Avec cette page nous entrons dans la 5ème partie de l’Evangile de Luc.
Luc nous décrit le voyage de Jésus vers Jérusalem en ses dimensions multiples. En obéissant à la volonté de Dieu (9, 22 et 9, 44), il s’en va vers Jérusalem, la cité qui symbolise la continuité entre ce qui est ancien et ce qui est nouveau dans le plan de Dieu. C’est là qu’il accomplira son “exode”, dont il s’est entretenu avec Moïse et Elie dans la scène de la transfiguration (9, 31).
A partir de Jérusalem, la mission des disciples de Jésus sera appelée par le Christ ressuscité à rayonner jusqu’aux extrémités de la terre (Actes, 1 - 2).
Au cours de cette montée vers Jérusalem, Jésus va se comporter en maïtre et enseignant suprême de ses disciples, leur expliquant le sens de sa “voie” (Actes, 9, 22; 18, 26; 24, 22). Il va leur développer comment vivre la mission qu’il leur confie (10, 1 - 24), comment se situer face aux richesses (16, 1 - 31), comment prier (11, 1 - 13), et leur partager quelques unes de ses paraboles, surtout celles dans lesquelles il lance ses plus grands défis, telles que celle du Bon Samaritain (10, 25 - 37) et de l’Enfant Prodigue (15, 11 - 32).
Cela n’empêchera pas Jésus de rencontrer des oppositions et d’avancer résolument vers son destin, dans la confiance totale en Dieu. Tout le long de ce parcours, nous sommes donc invités par Luc à accompagner et écouter Jésus sur son chemin.
2. Message
Ce passage nous affirme d’abord que Dieu va conduire son plan à l’achèvement et à la plénitude. “L’enlèvement” de Jésus de ce monde comprend toutes les phases de son départ : passion, mort, ensevelissement, résurrection, ascension et don de l’Esprit. Devant cette perspective, Jésus manifeste son obéissance résolue pour accomplir le plan de Dieu en dépit de toute opposition.
Les Samaritains n’aimaient pas les Juifs, et n’hésitaient à manifester leurs sentiments lorsque les Juifs traversaient leur région pour se rendre à Jérusalem. Dans son Evangile, Luc va nous montrer comment ces Samaritains honnis sont capables d’agir selon l’Evangile, en disciples authentiques de .Jésus (10, 30 - 35 et 17, 11 - 19), et, dans les Actes des Apôtres (8, 4 -25), il nous exposera comment ces gens, que notre page présente comme si peu accueillants, vont accepter d’écouter la Parole du salut et de vivre en chrétiens.
Les disciples Jacques et Jean souhaitent que Jésus traite ces Samaritains hostiles de la même manière que le Prophète Elie anéantissait ses adversaires (2 Rois, 1, 10 et 12). Mais Jésus pratique ce qu’il a prêché concernant le refus de la vengeance et de la violence à l’encontre des ennemis et adversaires (6, 27 - 29 et 35).
3. Decouvertes
Notons la puissance d’expression du verset 51, dont la traduction littérale est la suivante : “il durcit son visage pour prendre la route de Jérusalem”, expression reprenant l’attitude du Serviteur que nous présente le 2ème Prophète Isaïe en son 3ème poème du Serviteur (lsaïe, 50, 1).
Notons de même le ton solennel de ce verset 51, qui souligne l’importance de la démarche de Jésus et du terme de sa mission, vers lequel il se dirige avec courage.
Contrairement aux pratiques courantes des Juifs, qui évitaient les rapports avec les Samaritains (Jean, 4, 9), à cause de leur origine et de leurs pratiques religieuses différentes, Jésus envisage de loger chez des Samaritains, mais, dans le cas présent, sa démarche est rejetée.
4. Prolongement
Selon les Actes des Apôtres, Paul également prend le chemin de Jérusalem, sachant, dans l’Esprit Saint, que de grandes épreuves l’y attendent (Actes, 20, 22 - 24).
Etre disciple, c’est suivre Jésus sur son chemin (Jean, 12, 26) : là où il est, là sera son serviteur.
Paul, dans son beau témoignage de Philippiens, 3, 10 - 12, nous indique à quel point il a compris combien être disciple de Jésus, c’est l’imiter et le rejoindre dans sa démarche pascale. En cela, il ne fait qu’appliquer ce que Jésus demande à tous ceux qui le suivent, selon ce qu’il a proclamé immédiatement après sa première annonce de sa passion (Luc, 9, 23 - 24).
Prière
*Seigneur Jésus, tu t’es révélé totalement obéissant au Père en te dépouillant de plus en plus complètement dans ta démarche de “kénose” ou d’abaissement dans une prise incessaute de risques juqu’à ta mort sur une croix, rejeté par ton peuple et mis à mort par les Romains : apprends-moi à te suivre avec autant de docilité que tu en as manifestée pour dire ton “OUI” permanent au Père, inscris en moi, par ton Esprit Saint ce “OUI” que tu attends que je prononce à mon tour dans la force du tien, et fais de moi un révélateur de ce que tu as vécu comme don et abandon de toi-même, à l’Heure suprême de ton passage au Père. AMEN.
30.09.2003.*