📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Néhémie 2, 1-8
DU LIVRE DE NEHEMIE
Texte
1 Au mois de Nisan, la vingtième année du roi Artaxerxès, comme j’étais chargé du vin, je pris le vin et l’offris au roi. Je n’avais, auparavant, jamais été triste.
2 Aussi le roi me dit-il : “Pourquoi ce triste visage? Tu n’es pourtant pas malade? Non, c’est assurément une affliction du cœur!” Je fus pris d’une vive appréhension
3 et dis au roi : “Que le roi vive à jamais! Comment mon visage ne serait-il pas triste quand la ville où sont les tombeaux de mes pères est en ruines et ses portes dévorées par le feu?“
4 Et le roi de me dire : “Quelle est donc ta requête?” J’invoquai le Dieu du ciel
5 et répondis au roi : “S’il plaît au roi et que tu sois satisfait de ton serviteur, laisse-moi aller en Juda, dans la ville des tombeaux de mes pères, que je la reconstruise.”
6 Le roi me demanda la reine était alors assise à ses côtés : “Jusques à quand durera ton voyage? Quand reviendras-tu?” Je lui fixai une date, qui convint au roi, et il m’autorisa à partir.
7 Je dis encore au roi : “S’il plaît au roi, qu’on me donne des lettres pour les gouverneurs de Transeuphratène, afin qu’ils me laissent passer jusqu’à ce que j’arrive en Juda;
8 et aussi une lettre pour Asaph, l’inspecteur du parc royal, afin qu’il me fournisse du bois de construction pour les portes de la citadelle du Temple, le rempart de la ville et la maison où j’habiterai.” Le roi me l’accorda, car la main bienveillante de mon Dieu était sur moi.
Commentaire
1. Situation
Les 13 chapitres du Livre de Néhémie constituent la fin de l’oeuvre unique des 2 Livres d’Esdras et de Néhémie, attribuée, du moins partiellement et en ses grandes lignes, à un unique auteur, souvent considéré comme étant “le Chroniste”, ou à quelqu’un étroitement lié à lui, ou ayant repris son oeuvre.
Après la relation des événements liés à la reconstruction du Temple (Esdras, 1, 1 - 6, 25), puis au retour de captivité d’Esdras (Esdras, 7, 1 - 10, 44), une 3ème partie commence avec le Livre de Néhémie : la reconstructoin des murs de Jérusalem (Néhémie, 1, 1 - 7, 72), qui sera suivie de la promulgation solennelle de la Loi par Esdras (Néhémie, 7, 73 - 9, 38) et de la Réforme mise en place par Néhémie (10, 1 - 13. 30).
Notre passage se trouve donc au début de la 3ème partie, en relation avec la reconstruction des murs et des portes de Jérusalem.
Néhémie, bien que peu connu de nous, dans la mesure où nous lisons rarement son Livre et nous limitons à deux ou trois extraits, est un des personnages les plus remarquables de la Bible. Homme au fort tempérament (1, 4; 5, 6), conscient de ses qualités et de la valeur de son action (2, 10. 18; 5, 11), il s’intéresse beaucoup aux personnes, sait nouer des contacts, parvient, dans des discours brefs, à partager ses convictions (2, 17; 5, 7; 13, 25).
Résolument optimiste, il ne se laisse pas influencer par les résistances et les réserves qu’il rencontre. Il prend soin de réfléchir avant d’agir et se montre un homme de foi et de prière, convaincu que Dieu est le maître de l’histoire et conduit les événements (2, 8. 18. 20; 4, 9).
2. Message
Néhémie, jeune homme brillant, occupe le poste d’échanson à la cour du roi des Perses. Ce qui veut dire qu’il a la confiance et la faveur du roi Artaxerxès. La nouvelle lui parvient que les ramparts de Jérusalem sont percés de brèches et que les portes de bois ont brûlé.
Néhémie, qui en est très bouleversé, attend néanmoins 4 mois avec prudence, et dans la prière, avant de s’approcher du roi pour lui faire part de ce problème. Sans doute guette- t-il le moment favorable, et de déceler que le tempérament du roi se manifeste sous ses formes les plus ouvertes et sympathiques. Alors Néhémie laisse paraÎtre son souci et attire ainsi l’attention du roi.
Quand le roi l’interroge sur son visage marqué par la tristesse, le jeune Néhémie lui demande avec une rare audace de lui confier ta tâche de reconstruire et, pratiquement, de gouverner la métropole fortifiée qu’avait été Jérusalem.
L’autorisation qu’il obtient de rebâtir les murs de fortification est, en fait, une autorisation de “réarmer” Jérusalem et d’en refaire une place forte. Vue de loin, cette autorisation qu’accorde le roi des Perses semble davantage tenir du caprice et de la légéreté que d’une politique sérieuse : en effet, la seule question que pose le monarque à son échanson concerne la date éventuelle de son retrour en Perse.
L’interprétation de tout cela par Néhémie est que “la main bienveillante de son Dieu était avec lui”, et que Dieu avait exaucé la prière qu’il avait formulée avant de se décider à rencontrer le roi des Perses (verset 8 et relire le chapitre 1er du Livre de Néhémie).
3. Decouvertes
La suite de cette histoire, dont nous n’avons que cette page dans nos lectures Bibliques liturgiques, va nous apprendre que Néhémie, ainsi autorisé par le roi des Perses à rebâtir les murs de Jérusalem, va se rendre dans la Ville Sainte de ses Pères, y inspecter de nuit les ramparts délabrés, et, en accord avec les autorités de la Ville, décider de la reconstruction.
Il parviendra à mener à terme cette entreprise, mais après avoir surmonté beaucoup d’obstacles, obstacles qui surgissent dès le début du travail de reconstruction (7, 1- 3).
De quelle destruction des murs de Jérusalem s’agit-il ? Néhémie savait bien, comme tous les Juifs de la déportation, qu’en 587, Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait détruit toutes les fortifications de Jérusalem ainsi que le Temple de Salomon. Quelques pans de murs étaient-ils restés debout et utilisés pour appuyer une structure de bois qui aurait pris feu ? Ou plutôt, faut-il attribuer une vague de dégats supplémentaires à des adversaires de Juda et de Jérusalem, ceux dont parle, par exemple, Esdras, 4, 8 - 23 ?
Les adversaires que Néhémie découvre dès le verset 9, qui suit notre passage, Sanballat et Tobbiya, vont harceler Néhémie pendant tout son travail de reconstruction, ainsi que dans toutes ses entreprises dans Jérusalem.
4. Prolongement
Avec Jésus ressuscité, nous n’avons plus besoin de ville forte, de rampart ni de temple. La Ville de Dieu, et son sanctuaire, c’est son peuple nouveau, notre Eglise, bâtisse du Seigneur sur un seul fondement qui est le Christ, et sur lequel chacun de nous construit (1 Corinthiens, 3, 9 - 17).
Dans la Lettre aux Ephésiens, nous sommes construits ensemble pour être une demeure de Dieu dans l’Esprit (Ephésiens, 2, 19 - 22). La 1ère Lettre de Pierre (2, 4 - 10) fait de nous les “pierres vivantes” d’un édifice spirituel, image associée à d’autres, telles que celles de “sacerdoce royal”, de “nation sainte”, et de “peuple élu”.
Toute l’énergie, toute la détermination, manifestées par Néhémie, nous avons à les traduire en prédication de I’Evangile, à la façon de Paul, pour qui cela était une nécessité (1 Corinthiens, 9, 16 - 21), prédication qui est toujours pour nous celle de la Parole et du témoignage, de la foi qui agit par la charité “(Galates, 5, 6), d’une vie à dimension prophétique, à l’image de ce qu’a vécu Jésus, et dont nous devons savoir rendre compte (1 Pierre, 3, 15 - 17).
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as appelés à tout quitter pour la cause de ta Bonne Nouvelle de salut pour tous les hommes, ton Evangile, et tu nous as fait comprendre que plus nous témoignons de toi auprès de nos frères et soeurs, plus nous avons part à ta vie, ton engagement d’obéissance, ta relation au Père, dans ton Esprit Saint : renouvelle en moi la ferveur, la passion de l’annonce de ta Parole à temps et à contretemps, fais-en moi ressentir davantage chaque jour la nécessité, remplis-moi de cette conviction qu’ont su manifester de grands témoins de la foi, tels que Néhémie et ton apôtre Paul, afin que mon existence devienne une authentique “contagion” de ta Parole et de ta rencontre. AMEN.
01.10.2003.*
Évangile : Luc 9, 57-62
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
57 Et tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit en chemin : ” Je te suivrai où que tu ailles. “
58 Jésus lui dit : ” Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. “
59 Il dit à un autre : ” Suis-moi. ” Celui-ci dit : ” Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. “
60 Mais il lui dit : ” Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu. “
61 Un autre encore dit : ” Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens. “
62 Mais Jésus lui dit : ” Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Suivre Jésus suppose qu’on ait mesuré tous les enjeux de la vie de disciple.
C’est d’abord être avec Jésus partout, sans se laisser enraciner totalement nulle part, sans se séparer de lui ou prendre de la distance par rapport à lui.
C’est ensuite le considérer comme celui auquel nous sommes d’abord attachés, avant tous nos autres liens, y compris nos liens familiaux. Nous devons donc vivre toute situation en référence à Jésus.
C’est enfin constater l’urgence qu’implique pour nous l’appel ou la rencontre de Jésus. Rien, absolument rien, ne doit nous empêcher de le suivre immédiatement.
3. Decouvertes
A la différence des Evangiles de Matthieu et de Marc, Luc ne nous situe jamais Jésus dans une maison où il serait, en quelque sorte, chez lui. Selon Luc, Jésus n’a même pas de “base” pour son équipe de disciples.
Les 2 derniers versets, nous rapportant la dernière rencontre de Jésus dans cette page, sont propres à Luc, et nous rappellent l’appel d’Elisée par Elie, au 1er Livre des Rois, 19, 19 - 21. Jésus se montre ici plus exigeant qu’Elie, qui avait accepté une semblable demande d’Elisée d’aller saluer les siens avant de le suivre.
Dans cette page, Jésus partage l’urgence de la fin des temps et de l’accomplissement de sa mission, qu’il manifeste lui-même en montant ainsi à Jérusalem. Comme lui, ses disciples doivent vivre dans une urgence qui doit “coller” à la sienne, et se convaincre que l’action de Dieu, qui se manifeste en Jésus, renvoie tout le reste au second plan, et exige d’eux des comportements entièrement nouveaux.
4. Prolongement
Paul nous dit avoir répondu immédiatement à l’appel de Jésus :
15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna
16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang,
17 sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas.
Les Actes des Apôtres nous décrivent de la même façon sa réaction après sa conversion :
18 Aussitôt il lui tomba des yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. Sur-le-champ il fut baptisé ;
19 puis il prit de la nourriture, et les forces lui revinrent. Il passa quelques jours avec les disciples à Damas,
20 et aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu’il est le Fils de Dieu.
Paul nous fait part également de sa conception très forte de l’urgence de sa mission :
16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
17 Si j’avais l’initiative de cette tâche, j’aurais droit à une récompense ; si je ne l’ai pas, c’est une charge qui m’est confiée.
Prière
*Seigneur Jésus, habitués que nous sommes à notre vie de chrétiens, nous manquons peut-être de ce sens de l’urgence et de la priorité absolues qu’il y a pour nous à te suivre comme des disciples totalement engagés, et à nous considérer comme toujours d’abord attachés à toi, dans toutes les circonstances de notre existence, que nous devons vivre en fonction de ce que tu es pour nous, et de ce que tu attends de nous : donne-moi de ne jamais te lâcher du regard, de me nourrir sans cesse de ta Parole, et de la découverte que nous y faisons de ton beau témoignage, de me laisser vraiment conduire en toutes choses par ton Esprit Saint, qui creuse en moi ta Vérité, et ta capacité de mettre debout tous ceux dont tu nous appelles à devenir, comme toi, les serviteurs. AMEN.
02.10.2002.*