📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Baruch 4, 5-29
DU LIVRE DE BARUCH
Texte
5 Courage, mon peuple, mémorial d’Israël!
6 Vous avez été vendus aux nations, mais non pour l’anéantissement. Ayant excité la colère de Dieu, vous avez été livrés à vos ennemis.
7 Car vous aviez irrité votre Créateur en sacrifiant à des démons et non à Dieu.
8 Vous aviez oublié le Dieu éternel, votre nourricier! Vous avez aussi attristé Jérusalem, votre nourricière;
9 elle a vu fondre sur vous la colère venue de Dieu et elle a dit Ecoutez, voisines de Sion Dieu m’a envoyé grande tristesse.
10 J’ai vu la captivité de mes fils et filles que l’Eternel leur amena.
11 Je les avais nourris avec joie; avec pleurs et tristesse je les vis partir.
12 Que nul ne se réjouisse sur moi, veuve et délaissée d’un grand nombre; je subis la solitude pour les péchés de mes enfants, car ils se sont détournés de la Loi de Dieu,
…
27 Courage, mes enfants, criez vers Dieu Celui qui vous amena cela se souviendra de vous.
28 Comme votre pensée fut d’égarement loin de Dieu, revenus à lui, recherchez-le dix fois plus fort.
29 Car Celui qui vous amena ces malheurs vous ramènera, en vous sauvant, la joie éternelle.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Baruch est une collection de plusieurs pièces distinctes, regroupées parce qu’elles se rattachent à la ruine de Jérusalem en 587 et à l’exil des Israélites à Babylone.
Les différentes parties en sont : - confession et prière de Baruch 1, 1 - 3, 8), - Un poème de Sagesse (3, 9 - 4, 4), - Un message prophétique à différents destinataires (4, 5 - 5, 9), - Le morceau intitulé “Lettre de Jérémie”, que l’on étudie toutefois souvent indépendamment du Livre de Batuch (6,1 -72).
Notre passage se situe dans la troisième partie de ces textes regroupés, que l’on peut intituler “appel prophétique à Israël”.
D’après l’introduction du narrateur (1, 1b - 2), la confession des péchés et la prière se présentent comme composés à Babylone, 5 ans après la destruction de Jérusalem. Cependant, cette datation est contredite par d’autres affirmations de l’introduction, qui laissent entendre que le Temple du Seigneur (détruit en 587) est toujours debout et fonctionne normalement (1, 10 - 14). Il semblerait plutôt que cette confession des péchés et cette prière au Seigneur doivent être situées environ 10 ans plus tôt, alors qu’lsraël avait déjà été emmené en exil en 597, et que ceux qui ont été laissés sur place peuvent encore fréquenter le Temple.
Le livre se présente comme l’oeuvre de Baruch, fils de Nerias (1, 1 et Jérémie, 32, 12 - 16; 36, 4 - 32; 45, 1 - 5). En réalité, Baruch, le secrétaire de Jérémie, ne peut être l’auteur de ce livret qui porte son nom. D’autre part, le style des différentes pièces de ce livre variant d’un élément à un autre, on s’accorde à considérer que ce Libre de “Baruch” fut écrit entre 300 et les premières décennies de notre ère chrétienne (certains parlent même de 130 avant J.C.), et par plusieurs auteurs différents.
2. Message
Les membres du Peuple de Dieu sont invités sont invités à écouter Jérusalem qui leur parle ici comme une “Mère”.
Pour cela, ils doivent prendre conscience de leur péché, de la façon dont ils se sont détournés de Dieu et ont attiré sa colère. En oubliant le Seigneur Dieu, ils ont attristé Jérusalem, leur mère, qui a vu fondre sur eux la colère de Dieu.
Les paroles mises ensuite dans la bouche de Jérusalem la font s’adresser aux villes qui sont ses voisines, auxquelles elle partage sa détresse d’avoir assisté à la déportation de ses fils, lui créant une situation de veuvage et de désolation.
Puis elle invite ses enfants à reprendre courage et à se rapprocher du Seigneur avec ardeur, qui, après les avoir châtiés, les délivrera.
3. Decouvertes
Dans cette toute dernière partie de ce Livre de Baruch, qui est une “adresse à Israël” (4, 5 - 5, 9), nous pouvons d’abord lire des paroles d’encouragement à Israël (4, 5 - 9a), puis une exhortation de Sion à ses enfants (4, 9b - 29), que suivent à leur tour des paroles prophétiques de consolation adressées à Jérusalem (4, 30 - 5, 9).
Une formule répétée fait le lien entre les trois parties de cette adresse à Israël : “Prenez courage” (4,5; 4, 21 - 27; 4, 30)
La personnification de Sion comme “Mère” est un trait dominant de cet ensemble : on pense que ce thème s’inspire de ce que l’on considère être la source de cette section : le 2ème Livre d’Isaïe, 45, 20 - 21; 50, 1; 54, 1 - 8, ainsi que dans la version grecque du psaume 87, 5.
En s’adressant aux communautés ou villes voisines, Sion en 4, 9. 14. 29, leur parle comme à des témoins de l’exil de ses enfants, et donc de sa douleur.
A propos du verset 4, 15 de notre page, voir Deutéronome, 28, 49 - 50.
Le message prophétique de consolation à Jérusalem (4, 30 à 5, 9) s’inspire beaucoup des livres 2 et 3 d’Isaïe (Isaïe, 40 - 66).
4. Prolongement
Jésus a pleuré sur Jérusalem, en s’adressant à elle comme une “Mère”, dont il a voulu rassembler les enfants.
Mais, à la différence du message de Baruch, il la rend responsable de leur attitude :
34 ” Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes…, et vous n’avez pas voulu !
35 Voici que votre maison va vous être laissée. Oui, je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu’à ce qu’arrive le jour où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! ”
Dès les Pères de l’Eglise des premiers siècles, cette image de Sion-Mère a été appliquée à l’Eglise, considérée comme l’ensemble des communautés croyantes.
Déjà Paul identifiait sous le nom “d’Eglise”, le “collectif” ou “l’ensemble” des membres d’une communauté locale, en envoyant ses lettres à “l’Eglise qui est à Corinthe… à Ephèse… etc.”
Prière
*Seigneur Jésus, tu as souffert de l’incompréhension, du rejet, de ceux que tu voulais rassembler, et tu as prié avec insistance pour que ceux qui ont accepté de te suivre vivent, demeurent et progressent dans une profonde unité entre eux, comme avec le Père, par toi, dans l’Esprit Saint : apprends-moi à me considérer comme chargé de tous les frères et soeurs que tu places sur ma route, à favoriser tout ce qui peut les faire grandir en unité et générosité, ainsi que dans leur fidélité à Dieu, ton Père et notre Père. AMEN.
04.10.03*
Évangile : Luc 10, 17-24
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
17 Les soixante-douze revinrent tout joyeux, disant : ” Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom ! “
18 Il leur dit : ” Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair !
19 Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents, scorpions, et toute la puissance de l’Ennemi, et rien ne pourra vous nuire.
20 Cependant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. “
21 A cette heure même, il tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint et il dit : ” Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.
22 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne sait qui est le Fils si ce n’est le Père, ni qui est le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. “
23 Puis, se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : ” Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !
24 Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu ! “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
On peut considérer ce passage comme étant la conclusion de l’enseignement de Jésus concernant la mission, enseignement qu’il nous propose à l’occasion de l’envoi des 72 disciples pour une courte expérience de ministère. Cet enseignement s’étend ainsi des versets 1 à 24 du chapitre 10.
Après ses premières directives à ses disciples partant ainsi en mission (10, 1 - 10), Jésus a commencé d’insister sur les réactions négatives à cette mission : comme lui, les disciples rencontreront hostilité et rejet. Mais la Bonne Nouvelle du Royaume triomphera, et ce, au détriment de ceux qui n’accueillent pas Jésus, selon l’exemple décevant, qu’il cite, des villes de Galilée qu’il a le plus fréquentées et auxquelles il s’en prend maintenant.
D’où l’importance et l’enjeu de la mission : écouter la Parole des disciples, c’est écouter la Parole de Jésus, et écouter la Parole de Jésus, c’est écouter la Parole même de Dieu (10, 10 - 16).
Jésus poursuit son enseignement au retour des 72 disciples, lorsqu’ils lui rendent compte de tout ce qu’ils ont fait en son Nom. Et ici commence notre page de ce jour.
2. Message
Les 72 disciples rentrent tout joyeux parce que l’autorité qu’ils avaient reçue de Jésus s’est manifestée comme victoire sur le mal. Mais, si Jésus leur confirme qu’il leur avait bien donné pouvoir victorieux sur tout ennemi ou adversaire, il les renvoie à la réalité de leur propre salut. L’important, c’est qu’ils soient appelés à partager la vie et le mystère de Dieu : la mission, qui est communication d’une Bonne Nouvelle reçue et à transmettre, sera d’autant plus efficace qu’eux-mêmes portent du fruit dans leur propre vie.
Leur prédication devient le partage et la communication d’un “accomplissement”, d’un “vécu” de ‘Evangile.
Jésus termine ses remarques sur la mission, la sienne et celle qu’il confie à ses disciples, dans une prière d’action de grâces et de louange pour ce qui se passe dans la vie de ses disciples : ce sont eux les “petits” auxquels le Royaume est révélé. Et ce Royaume prend sa source dans la relation que le Fils, qu’est Jésus, entretient avec le Père, relation que Jésus révèle aux “petits”, et qui devient le fondement ultime de leur mission. De ce fait, Jésus les proclame “bienheureux” parce que leur regard et leur attention sont ouverts à ce mystère profond et unique du salut de Dieu.
3. Decouvertes
Les 72 disciples ont reçu de Jésus le partage de toute son autorité et de son efficacité.
Au verset 18, les puissances de mort sont attaquées et anéanties par le ministère de Jésus et de l’Eglise. Au verset 19 : le serpent et le scorpion, au-delà de leur nuisance habituelle, étaient le symbole de toutes les espèces de maux dans l’Ancien Testament.
A partir du verset 21, Jésus change de ton et fait appel au langage de la sagesse et de l’expérince.
Ce qui est révélé aux tout petits et caché aux sages et aux savants, c’est : la nature du Royaume de Dieu, l’union des disciples de Jésus à sa mission, et la relation de Jésus au Père.
4. Prolongement
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.
Tel est notre privilège, totalement immérité, ce partage extraordinaire que Jésus nous fait de son secret le plus intime, et c’est cela qui doit être la source de notre joie et de notre responsabilité dans la poursuite de la mission de Jésus ressuscité.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous associes non seulement à ta mission en nous transmettant tout ce dont tu es capable pour que nous puissions vraiment compter sur ton efficacité d’envoyé du Père, mais, de plus, tu nous révèles le contenu mystérieux et intime de cette mission, qui est de révéler ta relation unique avec le Père, dans laquelle Dieu veut, par amour totalement gratuit, nous faire pénétrer avec toute l’humanité, qu’il veut ainsi associer à sa vie et à sa gloire : donne-moi d’être toujours d’abord centré sur ce secret profond que tu nous partages, afin que notre ministère aujourd’hui, chargé de rendre présent ton salut aux hommes et aux femmes de notre temps, soit rayonnant de cette Vérité de la transfiguration de notre existence en celle de Dieu, à laquelle nous sommes tous et toutes appelés. AMEN.
04.10.2003.*