📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Job 42, 1-17

DU LIVRE DE JOB

Texte

1 Et Job fit cette réponse à Yahvé
2 Je sais que tu es tout-puissant ce que tu conçois, tu peux le réaliser.
3 J’étais celui qui voile tes plans, par des propos dénués de sens. Aussi as-tu raconté des oeuvres grandioses que je ne comprends pas, des merveilles qui me dépassent et que j’ignore.

5 Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu.
6 Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre.

12 Yahvé bénit la condition dernière de Job plus encore que l’ancienne. Il posséda 14.000 brebis, 6.000 chameaux, mille paires de boeufs et mille ânesses.
13 Il eut sept fils et trois filles.
14 La première, il la nomma “Tourterelle”, la seconde “Cinnamome” et la troisième “Corne à fard.”
15 Dans tout le pays on ne trouvait pas d’aussi belles femmes que les filles de Job. Et leur père leur donna une part d’héritage en compagnie de leurs frères.
16 Après cela Job vécut encore 140 ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération.
17 Puis Job mourut chargé d’ans et rassasié de jours.

Commentaire

1. Situation

Le Livre de Job nous offre successivement, si l’on s’en tient au contenu : un récit en prose des malheurs qui arrivent à Job (1 - 2), un débat, en forme de poème, entre Job et trois de ses amis, sur Dieu, l’homme, le mal et le malheur (3 - 31), le discours, encore en forme de poème, d’un nouvel intervenant inattendu, Elihu (32 - 37), les discours-réponses de Dieu, toujours en forme de poème (38 - 42, 6), un épilogue en prose nous décrivant la restauration de Job en tous ses biens (42, 7 - 17).

Un aspect significatif de ce Livre est justement cette utilisation d’un cadre en prose, du genre conte populaire, pour encadrer un débat poétique sur la sagesse. Cette pratique, largement employée dans le Proche-Orient ancien, permet aux auteurs de situer la discussion selon les données d’un cas concret, ainsi présenté on ne peut plus clairement.

Parmi les passages en prose, remarquons 3 introductions distinguant les 3 épisodes du conflit : - 1, 1 - 5, ouvrant le 1er (Yahvé envoie les malheurs sur Job : 1, 1 - 2, 10), - 2, 11 - 13, ouvrant le 2ème (dans le dialogue avec ses 3 amis, Job lance un défi à Dieu : 2, 11 - 31, 40), - 32, 1 - 5, ouvrant le 3ème (Job est réprimandé au nom de Dieu, d’abord indirectement par Elihu, puis directement par Yahvé lui-même : 32, 1 - 42, 17). A noter qu’au chapitre 28, un poème particulier, montrant que Dieu seul conduit à la sagesse, interrompt le dernier discours de Job.

Ce conflit entre Job et son Dieu, rapporté par le Livre, permet de mettre en parallèle différentes réponses au problème du mal. La position de Job, qui, d’un bout à l’autre du débat, affirme et maintient son innocence, progresse cependant au niveau de sa réaction, depuis son souhait initial de la mort jusqu’à son appel pressant à une confrontation de type judiciaire entre Dieu et lui, faisant intervenir un arbitre ou un rédempteur, qui ne serait autre que Dieu, rendant la justice entre lui-même et Job.

L’auteur de ce Livre veut nous faire découvrir que Dieu peut avoir d’autres motifs que simplement d’envoyer le bonheur comme récompense ou le malheur comme châtiment, selon ce que pensent les amis de Job. Si, dans ce Livre, Job a raison contre ses amis en défendant son innocence, il n’a pas pour autant raison contre Dieu, dont il ne peut rien exiger, tout en affirmant son intégrité et en s’interrogeant sur son malheur. Son innocence ne lui donne aucun droit sur Dieu et face à Dieu, qui ne saurait être considéré comme un interlocuteur sur le même plan que nous.

On pense généralement que ce Livre a été écrit après le retour de l’exil à Babylone. Cependant, certains le jugent plus ancien, et d’autres y distinguent des additions plus tardives. Si l’on n’y trouve aucune allusion d’ordre historique, signalons qu’Ezéchiel mentionne 3 figures légendaires du passé, Noé, Danel et Job (Ezéchiel, 14, 13 - 14).

2. Message

A Dieu qui vient de lui répondre, Job répond à son tour.

Il reconnaît le pouvoir de Yahvé, ce que d’ailleurs il a toujours fait.

Citant quelques propos de Dieu, il reconnaît qu’il a parlé sans comprendre vraiment ce dont il discourait.

Acceptant ainsi ses limites et sa finitude humaine, il trouve cependant réconfort dans le fait d’avoir été mis en présence de Dieu, comme il l’avait ardemment souhaité (13, 16). Avec humilité, il retire donc ses propos provoquants, et se rétracte.

Finalement, selon l’épilogue en prose de tout ce Livre, Job est rétabli dans tous ses biens et obtient une nouvelle descendance.

3. Decouvertes

Dieu nous a créés gratuitement, puis est intervenu, tout aussi gratuitement, dans notre histoire, pour nous conduire à la création nouvelle dans le Christ ressuscité. Il nous sauve donc par grâce.

En conséquence, tout est gratuit, tout est don de Dieu. Seul Dieu a l’explication, le secret de son projet à notre égard : pourquoi a-t-il créé le monde ? pourquoi est-il intervenu dans l’histoire des hommes, d’Abraham à Jésus, et de Jésus jusqu’à nous ?

Le témoignage et l’engagement de Jésus nous en fournissent la clé : Dieu est amour et miséricorde infinis (Romains, 5, 6 - 10 et 1 Jean, 4, 9 - 16). Il a voulu, et veut toujours, nous partager ce qu’il est. Il révèle ainsi qui il est : don et partage sans limites. Mais nous ne pouvons guère en savoir ni en dire plus.

4. Prolongement

L’effort missionnaire des prédicateurs de la Parole est un effort visant à partager une conviction profonde, celle qu’il faut se convertir car le Royaume de Dieu est là.

Ce fut l’effort de Jésus face aux Juifs, ou même à certains de ses disciples, qui réagissent plus ou moins positivement, ou négativement, à son message :

23 Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait.

24 Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous

25 et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme : car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme.

39 Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage,

40 et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !

41 De la gloire, je n’en reçois pas qui vienne des hommes ;

42 mais je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu ;

43 je viens au nom de mon Père et vous ne m’accueillez pas ; qu’un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous l’accueillerez.

63 C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.

64 Mais il en est parmi vous qui ne croient pas. ” Jésus savait en effet dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait.

65 Et il disait : ” Voilà pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père.

Ce fut également l’effort de Paul, et cela demeure notre effort à travers les âges et les diverses situations que nous rencontrons :

19 Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.

20 Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi - moi, qui ne suis pas sujet de la Loi - afin de gagner les sujets de la Loi.

21 Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi - moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ - afin de gagner les sans-loi.

22 Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns

23 Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, afin d’en avoir ma part

31 Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.

32 Ne donnez scandale ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’Église de Dieu,

33 tout comme moi je m’efforce de plaire en tout à tous, ne recherchant pas mon propre intérêt, mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as dit que Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils unique, pour que, par toi, nous soyons sauvés, et, dans cette perspective, tu nous invites à contempler le monde avec un regard nouveau, pour y discerner la providence de Dieu qui prend soin des oiseaux du ciel et des fleurs des champs, et tu nous demandes ainsi de lui manifester la plus grande confiance, en bannissant tout souci terrestre, dans le seul but de chercher et trouver son Royaume : ouvre nos yeux à toute l’œuvre de Dieu, et à tout ce qu’il nous a donné, en nous creant d’abord à son image, et en nous appelant à nous laisser transformer par toi en une création nouvelle, qui fait de nous des fils et des héritiers, par le don que tu nous fais de toi-même dans l’Esprit Saint. AMEN.

05.10.2002.*

Évangile : Luc 10, 17-24

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

17 Les soixante-douze revinrent tout joyeux, disant : ” Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom ! “
18 Il leur dit : ” Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair !
19 Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents, scorpions, et toute la puissance de l’Ennemi, et rien ne pourra vous nuire.
20 Cependant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. “
21 A cette heure même, il tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint et il dit : ” Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.
22 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne sait qui est le Fils si ce n’est le Père, ni qui est le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. “
23 Puis, se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : ” Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !
24 Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu ! “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

On peut considérer ce passage comme étant la conclusion de l’enseignement de Jésus concernant la mission, enseignement qu’il nous propose à l’occasion de l’envoi des 72 disciples pour une courte expérience de ministère. Cet enseignement s’étend ainsi des versets 1 à 24 du chapitre 10.

Après ses premières directives à ses disciples partant ainsi en mission (10, 1 - 10), Jésus a commencé d’insister sur les réactions négatives à cette mission : comme lui, les disciples rencontreront hostilité et rejet. Mais la Bonne Nouvelle du Royaume triomphera, et ce, au détriment de ceux qui n’accueillent pas Jésus, selon l’exemple décevant, qu’il cite, des villes de Galilée qu’il a le plus fréquentées et auxquelles il s’en prend maintenant.

D’où l’importance et l’enjeu de la mission : écouter la Parole des disciples, c’est écouter la Parole de Jésus, et écouter la Parole de Jésus, c’est écouter la Parole même de Dieu (10, 10 - 16).

Jésus poursuit son enseignement au retour des 72 disciples, lorsqu’ils lui rendent compte de tout ce qu’ils ont fait en son Nom. Et ici commence notre page de ce jour.

2. Message

Les 72 disciples rentrent tout joyeux parce que l’autorité qu’ils avaient reçue de Jésus s’est manifestée comme victoire sur le mal. Mais, si Jésus leur confirme qu’il leur avait bien donné pouvoir victorieux sur tout ennemi ou adversaire, il les renvoie à la réalité de leur propre salut. L’important, c’est qu’ils soient appelés à partager la vie et le mystère de Dieu : la mission, qui est communication d’une Bonne Nouvelle reçue et à transmettre, sera d’autant plus efficace qu’eux-mêmes portent du fruit dans leur propre vie.

Leur prédication devient le partage et la communication d’un “accomplissement”, d’un “vécu” de ‘Evangile.

Jésus termine ses remarques sur la mission, la sienne et celle qu’il confie à ses disciples, dans une prière d’action de grâces et de louange pour ce qui se passe dans la vie de ses disciples : ce sont eux les “petits” auxquels le Royaume est révélé. Et ce Royaume prend sa source dans la relation que le Fils, qu’est Jésus, entretient avec le Père, relation que Jésus révèle aux “petits”, et qui devient le fondement ultime de leur mission. De ce fait, Jésus les proclame “bienheureux” parce que leur regard et leur attention sont ouverts à ce mystère profond et unique du salut de Dieu.

3. Decouvertes

Les 72 disciples ont reçu de Jésus le partage de toute son autorité et de son efficacité.

Au verset 18, les puissances de mort sont attaquées et anéanties par le ministère de Jésus et de l’Eglise. Au verset 19 : le serpent et le scorpion, au-delà de leur nuisance habituelle, étaient le symbole de toutes les espèces de maux dans l’Ancien Testament.

A partir du verset 21, Jésus change de ton et fait appel au langage de la sagesse et de l’expérince.

Ce qui est révélé aux tout petits et caché aux sages et aux savants, c’est : la nature du Royaume de Dieu, l’union des disciples de Jésus à sa mission, et la relation de Jésus au Père.

4. Prolongement

15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.

16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.

Tel est notre privilège, totalement immérité, ce partage extraordinaire que Jésus nous fait de son secret le plus intime, et c’est cela qui doit être la source de notre joie et de notre responsabilité dans la poursuite de la mission de Jésus ressuscité.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous associes non seulement à ta mission en nous transmettant tout ce dont tu es capable pour que nous puissions vraiment compter sur ton efficacité d’envoyé du Père, mais, de plus, tu nous révèles le contenu mystérieux et intime de cette mission, qui est de révéler ta relation unique avec le Père, dans laquelle Dieu veut, par amour totalement gratuit, nous faire pénétrer avec toute l’humanité, qu’il veut ainsi associer à sa vie et à sa gloire : donne-moi d’être toujours d’abord centré sur ce secret profond que tu nous partages, afin que notre ministère aujourd’hui, chargé de rendre présent ton salut aux hommes et aux femmes de notre temps, soit rayonnant de cette Vérité de la transfiguration de notre existence en celle de Dieu, à laquelle nous sommes tous et toutes appelés. AMEN.

04.10.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour