📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Baruch 1, 15-22

DU LIVRE DE BARUCH

Texte

15 Vous direz Au Seigneur notre Dieu la justice, mais pour nous, la honte au visage, comme il en est aujourd’hui, pour l’homme de Juda et les habitants de Jérusalem,
16 pour nos rois et nos princes, pour nos prêtres et nos prophètes, pour nos pères,
17 parce que nous avons péché devant le Seigneur,
18 nous lui avons désobéi et n’avons point écouté la voix du Seigneur notre Dieu, pour marcher selon les ordres que le Seigneur avait mis devant nous.
19 Dès le jour où le Seigneur tira nos pères du pays d’Egypte jusqu’aujourd’hui, nous avons été indociles au Seigneur notre Dieu et nous nous sommes rebellés en n’écoutant pas sa voix.
20 Alors se sont attachés à nous les malheurs et la malédiction que le Seigneur dicta à son serviteur Moïse, le jour où il tira nos pères d’Egypte pour nous donner une terre qui ruisselle de lait et de miel, comme aujourd’hui encore.
21 Nous n’avons pas écouté la voix du Seigneur notre Dieu, selon toutes les paroles des prophètes qu’il nous envoya;
22 nous sommes allés, chacun suivant l’inclination de son cœur mauvais, servir d’autres dieux, faire ce qui déplaît au Seigneur notre Dieu.

Commentaire

1. Situation

Le Livre de Baruch est une collection de plusieurs pièces distinctes, regroupées parce qu’elles se rattachent à la ruine de Jérusalem en 587 et à l’exil des Israélites à Babylone.

Les différentes parties en sont : - confession et prière de Baruch 1, 1 - 3, 8), - Un poème de Sagesse (3, 9 - 4, 4), - Un message prophétique à différents destinataires (4, 5 - 5, 9), - Le morceau intitulé “Lettre de Jérémie” (6,1 -72).

Notre passage se situe dans le premier de ces textes regroupés, qui, lui-même, comprend : - une introduction du narrateur (1, 1 - 14), - la confession des péchés (1, 15 - 2, 10) dont notre page fait partie, - prière au Seigneur (2, 11I - 3, 8).

D’après l’introduction du narrateur (1, 1b - 2), la confession des péchés et la prière se présentent comme composés à Babylone, 5 ans après la destruction de Jérusalem. Cependant, cette datation est contredite par d’autres affirmations de l’introduction, qui laissent entendre que le Temple du Seigneur (détruit en 587) est toujours debout et fonctionne normalement (1, 10 - 14). Il semblerait plutôt que cette confession des péchés et cette prière au Seigneur doivent être situées environ 10 ans plus tôt, alors qu’lsraël avait déjà été emmené en exil en 597, et que ceux qui ont été laissés sur place peuvent encore fréquenter le Temple.

Le livre se présente comme l’oeuvre de Baruch, fils de Nerias (1, 1 et Jérémie, 32, 12 - 16; 36, 4 - 32; 45, 1 - 5). En réalité, Baruch, le secrétaire de Jérémie, ne peut être l’auteur de ce livret qui porte son nom. D’autre part, le style des différentes pièces de ce livre variant d’un élément à un autre, on s’accorde à considérer que ce Libre de “Baruch” fut écrit entre 300 et les premières décennies de notre ère chrétienne (certains parlent même de 130 avant J.C.), et par plusieurs auteurs différents.

2. Message

Cette confession est un témoignage fait dans la communauté. Elle est une constatation réaliste et rigoureuse que, depuis les origines du peuple, tous ont péché, sans exception, que ce péché de désobéissance consiste à ne pas avoir écouté le Seigneur ni tenu compte de la Loi qu’il avait donnée à Israêl, pour se lancer dans le culte des faux dieux, que donc le péché commis est la seule cause des malheurs du peuple, selon ce que le Seigneur avait annoncé dès la sortie d’Egypte, si le peuple ne jouait pas le jeu de l’Alliance.

Cette confession, faite au nom du peuple, rejoint l’analyse très sévère du prophète Ezéchiel, qui tirait de l’histoire d’Israël la même conclusion d’infidélité permanente, tout en ajoutant que le Seigneur, au nom de sa fidélité absolument gratuite, n’en continuerait pas moins de sauver son peuple.

3. Decouvertes

Cette confession, comme la prière qui la suit, présente de fortes ressemblances avec les prières d’Esdras (Esdras, 9, 6 - 15), de Néhémie (Néhémie, 1, 5 - 11; 9, 6 - 37), et surtout de Daniel (9, 4 - 19).

Cette confession se distingue de la prière qui lui fait suite (2, 11 - 3, 8), par ses destinataires. En effet, si la prière s’adresse directement au Seigneur, dans la confession faite au nom des exilés, ceux-ci s’adressent à leurs compatriotes restés à Jérusalem.

D’un bout à l’autre de la confession, revient le thème que Dieu a fait à son peuple le don de sa Loi, qu’obéir à la Loi engendre la prospérité, que la désobéissance conduit au désastre et à l’exil, et donc que la repentance et le renouvellement de l’obéissance sont les conditions de la restauration. C’est dans cet esprit que la prière de supplication qui suit cette confession des péchés, va être formulée. .

4. Prolongement

Notre seule vraie prière est reconnaissance que nous sommes pécheurs et que nous comptons sur la miséricorde gratuite de Dieu pour être sauvés.

Tout est grâce, et tout, dans notre existence, est essai d’ouverture et de réponse à cette grâce, sans laquelle nous ne pouvons recevoir le Royaume de Dieu.

Quelques textes s’imposent toujours à nous, suite à la nouveauté radicale inauguée par la mort-résurrection de Jésus et le don de I’Esprit, nouveauté de la création nouvelle (2 Corinthiens, 5, 17 - 21), et de la fin des temps réalisée en Jésus, et communiquée à ceux qui croient en lui :

21 Mais maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes,

22 justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, à l’adresse de tous ceux qui croient - car il n’y a pas de différence :

23 tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu -

24 et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus :

4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,

5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -

6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;

9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.

10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

9 Il dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres, la parabole que voici :

10 ” Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était Pharisien et l’autre publicain.

11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ;

12 je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. ”

13 Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! ”

14 Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. “

Prière

*Seigneur Jésus, à nous rendre compte de la gratuité de ta mission, de ta Parole et de ton obéissance engagée jusqu’au bout dans une fidélité sans faille au Père qui t’avait envoyé, nous sommes confondus par notre indignité radicale et absolue face à une telle générosité qui nous révèle que Dieu est amour, plénitude de pardon et de grâce à notre égard, nous qui sommes toujours portés à nous appuyer sur nous-mêmes pour faire notre vie, en oubliant que même nos réussites humaines sont le fruit de tout ce que nous avons reçu, de façon ou d’une autre, depuis notre apparition en ce monde, et donc, à vrai dire, ne nous appartiennent pas : apprends-moi ce discernement, en Vérité, de mon incapacité à me sauver sans toi, et à en vivre chaque jour dans l’accueil et l’action de grâces de tout ce qsue tu m’offres pour me saisir dans cet Amour infini qui doit être ma seule raison d’être et d’agir. AMEN.

03.10.2003.*

Évangile : Luc 10, 12-16

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

12 Je vous dis que pour Sodome, en ce Jour-là, il y aura moins de rigueur que pour cette ville-là.
13 ” Malheur à toi, Chorazeïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que, sous le sac et assises dans la cendre, elles se seraient repenties.
14 Aussi bien, pour Tyr et Sidon il y aura moins de rigueur, lors du Jugement, que pour vous.
15 Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu’au ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendras !
16 ” Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m’a envoyé. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Dans ses directives qui accompagnent l’envoi en mission des 70 ou 72 disciples, Jésus évoque la situation des villes qui refuseraient leur parole, et qu’il demande à ses disciples de quitter en secouant la poussière de leurs pieds.

A ce propos, il proclame malheureuses les villes du Lac qu’il a lui-même évangélisées, et dans lesquelles il a accompli de nombreux signes du Royaume sans y avoir obtenu une réponse de conversion.

En effet, l’entrée dans le Royaume suppose davantage qu’une proximité avec Jésus, comme ce fut particulièrement le cas des gens de Capharnaüm, elle exige un accueil de la Parole de Jésus qui se traduit par un changement de vie.

La mission des disciples est à ce point identique à celle de Jésus que les accueillir, c’est accueillir Jésus lui-même, et, de ce fait même, accueillir le Père qui l’a envoyé.

3. Decouvertes

Mission des 70 ou 72 disciples, en rappel des 70 ou 72 nations que contenait le monde selon le livre de la Génèse, au chapitre 10, et, dans ce cas, allusion à la mission universelle des disciples de Jésus ? Rappel des 70 ou 70 + 2 anciens du peuple Hébreu au désert de l’Exode qui, selon le chapitre 11 du Livre des Nombres, avaient reçu une part de l’Esprit donné à Moïse, pour l’assister dans sa responsabilité ?

Ces malheurs annoncés aux villes du Lac de Galillée qui n’ont pas mis en pratique l’enseignement de Jésus nous renvoient à l’attitude de désobéissance des Juifs au désert de l’Exode, qui avait été cause de la mise en place, par Moïse, des 70 anciens.

D’autre part, l’envoi des disciples par Jésus dans les endroits où il devait lui-même se rendre (10, 1) semble annoncer le ministère de l’Eglise dans le monde entier, dans l’attente du retour final du Christ ressuscité.

La mission de Jésus, soit par lui-même, soit par ses disciples, rencontre des réponses variées de la part de ceux auxquels elle s’adresse.

4. Prolongement

L’effort missionnaire des prédicateurs de la Parole est un effort visant à partager une conviction profonde, celle qu’il faut se convertir car le Royaume de Dieu est là.

Ce fut l’effort de Jésus face aux Juifs, ou même à certains de ses disciples, qui réagissent plus ou moins positivement, ou négativement, à son message :

23 Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait.

24 Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous

25 et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme : car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme.

39 Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage,

40 et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !

41 De la gloire, je n’en reçois pas qui vienne des hommes ;

42 mais je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu ;

43 je viens au nom de mon Père et vous ne m’accueillez pas ; qu’un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous l’accueillerez.

63 C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.

64 Mais il en est parmi vous qui ne croient pas. ” Jésus savait en effet dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait.

65 Et il disait : ” Voilà pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père.

Ce fut également l’effort de Paul, et cela demeure notre effort à travers les âges et les diverses situations que nous rencontrons :

19 Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.

20 Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi - moi, qui ne suis pas sujet de la Loi - afin de gagner les sujets de la Loi.

21 Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi - moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ - afin de gagner les sans-loi.

22 Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns

23 Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, afin d’en avoir ma part

31 Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.

32 Ne donnez scandale ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’Église de Dieu,

33 tout comme moi je m’efforce de plaire en tout à tous, ne recherchant pas mon propre intérêt, mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es allé à l’extrême du don de toi-même en ta mort sur la croix, pour que nous soyons sauvés, témoignant ainsi que le Père, en t’envoyant réaliser ta mission, et en acceptant que tu sois livré pour nous, a véritablement accompli le maximum, et nous a ainsi tout donné, mais, en même temps, tu as toujours voulu que notre réponse à ton appel et à la puissance de ta grâce demeure libre et responsable : donne-moi d’apprécier davantage la qualité d’existence, que tu me proposes de partager avec le Père et dans l’Esprit Saint, en me laissant vraiment devenir enfant de Dieu, affranchi de toute recherche centrée sur moi, et attaché à toi, pour entrer dans cette liberté que crée en moi le Règne de Dieu, que tu m’offres en permanence. AMEN.

04.10.2002.*


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