📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Job 38, 1-21

DU LIVRE DE JOB

Texte

1 L’Éternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit:

12 Depuis que tu existes, as-tu commandé au matin? As-tu montré sa place à l’aurore,
13 Pour qu’elle saisisse les extrémités de la terre, Et que les méchants en soient secoués;
14 Pour que la terre se transforme comme l’argile qui reçoit une empreinte, Et qu’elle soit parée comme d’un vêtement;
15 Pour que les méchants soient privés de leur lumière, Et que le bras qui se lève soit brisé?
16 As-tu pénétré jusqu’aux sources de la mer? T’es-tu promené dans les profondeurs de l’abîme?
17 Les portes de la mort t’ont-elles été ouvertes? As-tu vu les portes de l’ombre de la mort?
18 As-tu embrassé du regard l’étendue de la terre? Parle, si tu sais toutes ces choses.
19 Où est le chemin qui conduit au séjour de la lumière? Et les ténèbres, où ont-elles leur demeure?
20 Peux-tu les saisir à leur limite, Et connaître les sentiers de leur habitation?
21 Tu le sais, car alors tu étais né, Et le nombre de tes jours est grand!

3 (39:36) Job répondit à l’Éternel et dit:
4 (39:37) Voici, je suis trop peu de chose; que te répliquerais-je? Je mets la main sur ma bouche.
5 (39:38) J’ai parlé une fois, je ne répondrai plus; Deux fois, je n’ajouterai rien.

Commentaire

1. Situation

Le Livre de Job nous offre successivement, si l’on s’en tient au contenu : un récit en prose des malheurs qui arrivent à Job (1 - 2), un débat, en forme de poème, entre Job et trois de ses amis, sur Dieu, l’homme, le mal et le malheur (3 - 31), le discours, encore en forme de poème, d’un nouvel intervenant inattendu, Elihu (32 - 37), les discours-réponses de Dieu, toujours en forme de poème (38 - 42, 6), un épilogue en prose nous décrivant la restauration de Job en tous ses biens (42, 7 - 17).

Un aspect significatif de ce Livre est justement cette utilisation d’un cadre en prose, du genre conte populaire, pour encadrer un débat poétique sur la sagesse. Cette pratique, largement employée dans le Proche-Orient ancien, permet aux auteurs de situer la discussion selon les données d’un cas concret, ainsi présenté on ne peut plus clairement.

Parmi les passages en prose, remarquons 3 introductions distinguant les 3 épisodes du conflit : - 1, 1 - 5, ouvrant le 1er (Yahvé envoie les malheurs sur Job : 1, 1 - 2, 10), - 2, 11 - 13, ouvrant le 2ème (dans le dialogue avec ses 3 amis, Job lance un défi à Dieu : 2, 11 - 31, 40), - 32, 1 - 5, ouvrant le 3ème (Job est réprimandé au nom de Dieu, d’abord indirectement par Elihu, puis directement par Yahvé lui-même : 32, 1 - 42, 17). A noter qu’au chapitre 28, un poème particulier, montrant que Dieu seul conduit à la sagesse, interrompt le dernier discours de Job.

Ce conflit entre Job et son Dieu, rapporté par le Livre, permet de mettre en parallèle différentes réponses au problème du mal. La position de Job, qui, d’un bout à l’autre du débat, affirme et maintient son innocence, progresse cependant au niveau de sa réaction, depuis son souhait initial de la mort jusqu’à son appel pressant à une confrontation de type judiciaire entre Dieu et lui, faisant intervenir un arbitre ou un rédempteur, qui ne serait autre que Dieu, rendant la justice entre lui-même et Job.

L’auteur de ce Livre veut nous faire découvrir que Dieu peut avoir d’autres motifs que simplement d’envoyer le bonheur comme récompense ou le malheur comme châtiment, selon ce que pensent les amis de Job. Si, dans ce Livre, Job a raison contre ses amis en défendant son innocence, il n’a pas pour autant raison contre Dieu, dont il ne peut rien exiger, tout en affirmant son intégrité et en s’interrogeant sur son malheur. Son innocence ne lui donne aucun droit sur Dieu et face à Dieu, qui ne saurait être considéré comme un interlocuteur sur le même plan que nous.

On pense généralement que ce Livre a été écrit après le retour de l’exil à Babylone. Cependant, certains le jugent plus ancien, et d’autres y distinguent des additions plus tardives. Si l’on n’y trouve aucune allusion d’ordre historique, signalons qu’Ezéchiel mentionne 3 figures légendaires du passé, Noé, Danel et Job (Ezéchiel, 14, 13 - 14).

2. Message

Au terme de son plaidoyer, la requête de Job semble entendue de Dieu, vers lequel il a crié son innocence, le priant de se manifester à lui pour lui expliquer la raison de son malheur injustifié.

Sans prendre position pour ou contre l’innocence de Job, ou aller dans le sens de ses amis, Dieu vient néanmoins répondre à Job, mais pour l’inviter à une humilité fondamentale devant lui. Comment le maître de l’immense univers de la création ne pourrait-il pas être au-delà de tout ce que Job pense et imagine dans son coeur de souffrant ?

Devant cette grandeur de Dieu et le mystère du mal inexpliqué qui oppresse l’homme, il n’y a plus qu’à se taire, dans l’accueil de Celui qui manifeste sa miséricorde dans le respect de la liberté de choix de ceux qui le reconnaissent et se tournent vers lui en toutes circonstances. Et c’est bien ce que fait Job sans être désavoué par Dieu.

3. Decouvertes

Les deux discours de Yahvé et les deux réponses de Job viennent conclure le poème (38, 1 - 42, 6). Nous ne lisons ici que des extraits du 1er Disours de Dieu et de la 1ère réponse de Job.

Dans cet ensemble nous atteignons le point culminant de tout ce livre, ce que nous attendons au terme du débat entre Job er ses faux amis.

Job est exaucé en ce sens que Dieu lui parle, mais le discours du Créateur ne vient pas résoudre la double question de l’innoncence de Job et de la source de son malheur. En effet, Dieu semble tout ignorer de la longue discussion que Job a tenue avec les quatre sages qui l’ont interpellé. Qui plus est, ce discours semble ignorer le monde des humains, sauf à poser à Job des questions pleines d’ironie.

Chacun de ces deux discours de Dieu lance à Job un défi avant de s’étendre, le premier sur l’ordre du monde et la description de cinq paires d’animaux (38, 4 - 39, 40), le second sur la description de deux créatures, exceptionnelles de par leur complexité, Béhémoth et Léviathan (40, 1 - 41, 34).

Finalement la question posée par Job n’obtient pas de réponse, et mieux vaut, semble t’il, qu’il en soit ainsi.

4. Prolongement

C’est en élargissant notre horizon que nos problèmes les plus personnels et les plus brûlants peuvent se trouver relativisés et mis en perspective. C’est ainsi d’ailleurs que Jésus, dans son message, nous invite également à réagir, comme par exemple en ce passage de son discours sur la charte du Royaume que nous relate Matthieu : Matthieu

6.25 C’est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?

6.26 Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux?

6.27 Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie?

6.28 Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent;

6.29 cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux.

6.30 Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi?

6.31 Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi serons-nous vêtus?

6.32 Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin.

6.33 Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.

6.34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

Prière

*Seigneur Jésus, toi, qui, au plus fort de ton épreuve, a connu le silence de Dieu et la nuit de ton samedi saint, mais as toujours maintenu vive ta confiance au Père : apprends-nous à traverser nos nuits, nos horizons bouchés, en nous accrochant fermement à ta présence de Ressuscité au coeur de nos vies par la foi, selon ta promesse d’être avec nous jusqu’à la consommation des siècles. AMEN.

01.10.2004.*

Évangile : Luc 10, 12-16

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

12 Je vous dis que pour Sodome, en ce Jour-là, il y aura moins de rigueur que pour cette ville-là.
13 ” Malheur à toi, Chorazeïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que, sous le sac et assises dans la cendre, elles se seraient repenties.
14 Aussi bien, pour Tyr et Sidon il y aura moins de rigueur, lors du Jugement, que pour vous.
15 Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu’au ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendras !
16 ” Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m’a envoyé. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Dans ses directives qui accompagnent l’envoi en mission des 70 ou 72 disciples, Jésus évoque la situation des villes qui refuseraient leur parole, et qu’il demande à ses disciples de quitter en secouant la poussière de leurs pieds.

A ce propos, il proclame malheureuses les villes du Lac qu’il a lui-même évangélisées, et dans lesquelles il a accompli de nombreux signes du Royaume sans y avoir obtenu une réponse de conversion.

En effet, l’entrée dans le Royaume suppose davantage qu’une proximité avec Jésus, comme ce fut particulièrement le cas des gens de Capharnaüm, elle exige un accueil de la Parole de Jésus qui se traduit par un changement de vie.

La mission des disciples est à ce point identique à celle de Jésus que les accueillir, c’est accueillir Jésus lui-même, et, de ce fait même, accueillir le Père qui l’a envoyé.

3. Decouvertes

Mission des 70 ou 72 disciples, en rappel des 70 ou 72 nations que contenait le monde selon le livre de la Génèse, au chapitre 10, et, dans ce cas, allusion à la mission universelle des disciples de Jésus ? Rappel des 70 ou 70 + 2 anciens du peuple Hébreu au désert de l’Exode qui, selon le chapitre 11 du Livre des Nombres, avaient reçu une part de l’Esprit donné à Moïse, pour l’assister dans sa responsabilité ?

Ces malheurs annoncés aux villes du Lac de Galillée qui n’ont pas mis en pratique l’enseignement de Jésus nous renvoient à l’attitude de désobéissance des Juifs au désert de l’Exode, qui avait été cause de la mise en place, par Moïse, des 70 anciens.

D’autre part, l’envoi des disciples par Jésus dans les endroits où il devait lui-même se rendre (10, 1) semble annoncer le ministère de l’Eglise dans le monde entier, dans l’attente du retour final du Christ ressuscité.

La mission de Jésus, soit par lui-même, soit par ses disciples, rencontre des réponses variées de la part de ceux auxquels elle s’adresse.

4. Prolongement

L’effort missionnaire des prédicateurs de la Parole est un effort visant à partager une conviction profonde, celle qu’il faut se convertir car le Royaume de Dieu est là.

Ce fut l’effort de Jésus face aux Juifs, ou même à certains de ses disciples, qui réagissent plus ou moins positivement, ou négativement, à son message :

23 Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait.

24 Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous

25 et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme : car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme.

39 Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage,

40 et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !

41 De la gloire, je n’en reçois pas qui vienne des hommes ;

42 mais je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu ;

43 je viens au nom de mon Père et vous ne m’accueillez pas ; qu’un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous l’accueillerez.

63 C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.

64 Mais il en est parmi vous qui ne croient pas. ” Jésus savait en effet dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait.

65 Et il disait : ” Voilà pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père.

Ce fut également l’effort de Paul, et cela demeure notre effort à travers les âges et les diverses situations que nous rencontrons :

19 Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.

20 Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi - moi, qui ne suis pas sujet de la Loi - afin de gagner les sujets de la Loi.

21 Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi - moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ - afin de gagner les sans-loi.

22 Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns

23 Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, afin d’en avoir ma part

31 Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.

32 Ne donnez scandale ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’Église de Dieu,

33 tout comme moi je m’efforce de plaire en tout à tous, ne recherchant pas mon propre intérêt, mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es allé à l’extrême du don de toi-même en ta mort sur la croix, pour que nous soyons sauvés, témoignant ainsi que le Père, en t’envoyant réaliser ta mission, et en acceptant que tu sois livré pour nous, a véritablement accompli le maximum, et nous a ainsi tout donné, mais, en même temps, tu as toujours voulu que notre réponse à ton appel et à la puissance de ta grâce demeure libre et responsable : donne-moi d’apprécier davantage la qualité d’existence, que tu me proposes de partager avec le Père et dans l’Esprit Saint, en me laissant vraiment devenir enfant de Dieu, affranchi de toute recherche centrée sur moi, et attaché à toi, pour entrer dans cette liberté que crée en moi le Règne de Dieu, que tu m’offres en permanence. AMEN.

04.10.2002.*


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