📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Galates 3, 1-5
DE LA LETTRE AUX GALATES
Texte
1 O Galates sans intelligence, qui vous a ensorcelés ? A vos yeux pourtant ont été dépeints les traits de Jésus Christ en croix.
2 Je ne veux savoir de vous qu’une chose : est-ce pour avoir pratiqué la Loi que vous avez reçu l’Esprit, ou pour avoir cru à la prédication ?
3 Êtes-vous à ce point dépourvus d’intelligence, que de commencer par l’esprit pour finir maintenant dans la chair ?
4 Est-ce en vain que vous avez éprouvé tant de faveurs ? Et ce serait bel et bien en vain.
5 Celui donc qui vous prodigue l’Esprit et opère parmi vous des miracles, le fait-il parce que vous pratiquez la Loi ou parce que vous croyez à la prédication ?
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Galates, envoyée à plusieurs Eglises de Galatie, est la plus passionnée des lettres de Paul, car l’apôtre y défend âprement la vérité de l’Evangile (2, 5), et sa présentation de la vérité de Dieu en Jésus Christ (1, 12).
Cette Lettre se situe dans le contexte du combat mené, et gagné, à la longue au moins, par Paul dans l’Eglise primitive, pour que l’on n’impose pas aux païens devenus chrétiens la circoncision Juive et la Loi de Moïse comme partie intégrante de la Bonne Nouvelle de Jésus. Cela n’a cependant pas empêché des opposants aux positions de Paul sur ce point d’intervenir, derrière lui en son absence, dans les Eglises évangélisées par Paul pour contredire son enseignement et semer le trouble dans les communautés.
D’une façon générale, on pense que cette Lettre a été écrite entre 49 et 58, mais on la situe majoritairement autour des années 49 - 53, cette dernière date semblant la plus probable.
Après une introduction (1, 1 - 9), trois grandes sections se détachent : - témoignage personnel de Paul sur sa conversion et les débuts de son apostolat (1, 10 - 2, 21), - argument central de la Lettre sur la valeur de l’Evangile annoncé par Paul (3, 1 à 4, 11 ou 4, 30, ou encore 5, 1, selon les commentateurs), - une série d’exhortations morales, qui se terminent en , 6, 10. Vient finalement une conclusion (6, 11 - 18).
A noter que les Galates, comme leur nom l’indique, étaient des tribus d’origine celtique, sinon gauloise.
2. Message
Paul n’admet pas que les Galates, ou du moins certains d’entre eux, auxquels il avait présenté Jésus Christ crucifié comme l’unique sauveur, et qui avaient accuelli son Evangile et fait l’expérience de l’Esprit Saint, cherchent une amélioration de leur vie chrétienne en adhérant aux pratiques de la Loi de Moïse.
Ce n’et pas en observant la Loi de Moïse que l’on reçoit l’Esprit et que l’on parvient au salut dans le Règne de Dieu, mais par la seule foi au Christ crucifié.
3. Decouvertes
Paul, qui a déjà violemment réprimandé les Galates, pour se détourner du Christ et de sa grâce, afin de passer à un autre évangile qui n’est plus fondé sur la gratuité et la nouveauté du salut, les réprimande maintenant une seconde fois, au début de la partie centrale, et argumentative, de sa Lettre.
Avant de raisonner avec eux à partir d’une relecture de l’Ecriture, il fait appel à leur expérience initiale de leur vie dans l’Esprit, pour souligner leur folie présente et leur manque de discernement.
Le verset 3, très imporant, souligne que leur attitude initiale, fondée sur l’Esprit, devrait, ou aurait dû, continuer et ne pas être abandonnée dans ce que Paul appelle un retour à la “chair”.
En effet, faire du rite de la circoncision Juive une marque de l’identité chrétienne devient le signe que l’on vit à partir de soi, et de sa faiblesse humaine (à laquelle renvoie le mot “chair”) et non plus à partir de Jésus Christ qui s’est livré pour nous, et auquel on se remet entièrement par la foi.
4. Prolongement
Paul a déjà bien spécifié sa position de base, plus haut dans cette même Lettre :
16 et cependant, sachant que l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifié.
Dans son cas personnel, c’est ce qui l’a conduit à la plus haute expérience spirituelle de communion avec Dieu dans et par le Christ :
18 Car en relevant ce que j’ai abattu, je me convaincs moi-même de transgression.
19 En effet, par la Loi je suis mort à la Loi afin de vivre à Dieu : je suis crucifié avec le Christ ;
20 et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.
21 Je n’annule pas le don de Dieu : car si la justice vient de la Loi, c’est donc que le Christ est mort pour rien. “
Prière
*Seigneur Jésus, tu es venu pour que nous ayons la vie et la vie en abondance, le Père, en t’envoyant, a vraiment tout fait pour nous, et nous a absolument tout donné, mais tu nous as laissés libres d’entrer ou non dans cette logique de notre remise de nous-mêmes entre tes mains, en nous affranchissant de nous-mêmes, si bien que nous pouvons toujours chercher à construire ou reconstruire notre vie ainsi, à partir de nous-mêmes, plutôt que de nous fonder sur toi seul qui nous sauvés : detourne-moi de toute tentation de bâtir ma personnalite spirituelle, que je realiserais selon mes efforts, et dans une recherche de reussite, aide-moi à me rendre davantage, dans la foi, disponible à ta parole, et à ce que tu opères en moi par ton Esprit Saint. AMEN.
10.10.2002.*
Évangile : Luc 11, 5-13
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
5 Il leur dit encore : ” Si l’un de vous, ayant un ami, s’en va le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : “Mon ami, prête-moi trois pains,
6 parce qu’un de mes amis m’est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui servir”,
7 et que de l’intérieur l’autre réponde : “Ne me cause pas de tracas ; maintenant la porte est fermée, et mes enfants et moi sommes au lit ; je ne puis me lever pour t’en donner” ;
8 je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d’ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin.
9 ” Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira.
10 Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira.
11 Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui à la place du poisson lui remettra un serpent ?
12 Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ?
13 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
L’on divise habituellement toute cette marche en 3 séries d’instructions que Jésus donne de diverses façons à l’ensemble de ses disciples :
- la 1ère série d’instructions se déroule de 9, 51 à 13, 21,
- la 2ème série de 13, 22 à 17, 10,
- la 3ème, de 17, 11 à 19, 27.
Toutes ces instructions ne visent qu’un seul thème : quel est le sens de notre chemin à parcourir avec Jésus, de ce qu’on appelle “la Voie” chrétienne, ou la “route avec le Christ” ?
Notre page d’Evangile fait toujours partie de la première série de ces instructions en paroles et en actes.
2. Message
Suite à la prière qu’il nous propose, Jésus continue de se situer dans la perspective de la tendresse miséricordieuse de Dieu sur laquelle nous pouvons toujours compter, si nous lui faisons confiance. Dies est prêt à aider ses enfants et à répondre à leurs besoins pour leur vie de croyants et leur cheminement historique dans la foi. Si un ami est capable d’aider son ami, si nous sommes capables de nous déranger pour avoir la paix quand on nous importune, si un père ne peut pas ne pas répondre aux besoins de ses enfants, a fortiori Dieu va-t-il aider les disciples de son Fils Jésus le Christ et leur donner ce qu’il a de meilleur pour leur salut.
Jésus explique cela ici par une parabole sur “l’ami qui se laisse fléchir”. Le contexte de cette parabole, et les conclusions qu’en tire Jésus, aux versets 9 et 10 (“demandez…, cherehez…, frappez…”) indiquent bien l’essentiel de son message : n’hésitons pas à prier avec persévérance.
Cette prière de demande doit, cependant, demeurer dans la ligne de la priorité du dessein de Dieu et de la confiance qu’il attend de nous, en ce sens que nous comptons qu’il fera toujours ce qu’il y a de meilleur pour nous, mais selon son projet à lui, qui peut différer du nôtre. Il est normal que nous lui fassions part de tous nos besoins, de toutes nos requêtes, car nous le reconnaissons comme notre Créateur.
Le témoignage de Jésus nous a révélé que des miracles-signes de sa part sont toujours possibles, même s’ils sont rares et doivent toujours être interprétés comme “signes” du salut total qu’il nous offre dans la résurrection. Cependant, Dieu ne peut être considéré par nous comme “le bureau des réclamations”, dans la certitude qu’il doit nous accorder toute demande, quelle qu’elle soit, que nous lui formulons pour nos problèmes humains.
Ce qu’il nous accordera toujours, c’est la capacité de vivre tout événement avec une qualité de vie qui avance vers son Royaume, et ce que, ou Celui que, Jésus appelle l’Esprit Saint, c’est-à-dire la mentalité de Dieu, la capacité de vivre comme lui, avec son regard, ses valeurs. La prière de Jésus à l’agonie de Gethsemani est exemplaire à ce propos : “Père.., s’il est possible, mais… que ta volonté soit faite” (Luc, 22, 42).
3. Decouvertes
La parabole de l’ami qui se laisse fléchir.
Cett parabole, aux versets 5 - 8, présente bien des aspects communs avec celle du Juge qui se fait prier longtemps, en 18, 2 - 5. L’ami, comme le juge, ne cède à l’impétrant que pour avoir la paix. A fortiori, Dieu, qui est juste et bon, répondra-t-il à nos demandes.
“L’Esprit Saint”.
En, réponse à la prière des disciples qui veulent prier, vivre et agir comme Jésus, Dieu leur accorde le don, lié à la résurrection de Jésus, de l’Esprit Saint. Ce don résume tout ce que Dieu peut donner et donne à la communauté de ceux qui suivent Jésus et lui appartiennent : la joie, la force, le courage de vivre et de témoigner. Ce don de l’Esprit est le “meilleur” de tout ce que Dieu peut nous donner.
4. Prolongement
Quelques textes qui illustrent au mieux les paroles de Jésus, sur ce que nous devons demander à Dieu, sur notre condition de “fils”, et sur la manière vraie d’implorer le Seigneur en ne doutant jamais de sa réponse, même si elle ne correspond pas directement à notre attente, comme ce fut le cas pour Jésus en sa prière d’agonie :
14 C’est pourquoi je fléchis les genoux en présence du Père
15 de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom.
16 Qu’Il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur,
17 que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour.
18 Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur,
19 vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu.
20 A Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir,
21 à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen.
14 En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.
15 Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père !
16 L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu.
17 Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui.
18 J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous.
7 C’est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété,
8 tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ;
9 après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel,
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as laissé ta prière au Père pour que nous la fassions nôtre en toute vérité : pour cela apprends-moi à traduire dans ma vie quotidienne l’attitude que suppose cette reprise par moi de ton dialogue avec le Père : que je me comporte vraiment comme ce “fils” aimant que tu m’as donné d’être, que le Règne de Dieu compte d’abord en mon existence, et que ma confiance totale en Dieu ainsi que le service gratuit de mes frères et soeurs soient toujours ma première préoccupation. AMEN.
09.10.2003.*