📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Jonas 1, 1-16
DU LIVRE DE JONAS
Texte
1 La parole de Yahvé fut adressée à Jonas, fils d’Amitaï :
2 ” Lève-toi, lui dit-il, va à Ninive, la grande ville, et annonce-leur que leur méchanceté est montée jusqu’à moi. “
3 Jonas se mit en route pour fuir à Tarsis, loin de Yahvé. Il descendit à Joppé et trouva un vaisseau à destination de Tarsis, il paya son passage et s’embarqua pour se rendre avec eux à Tarsis, loin de Yahvé.
4 Mais Yahvé lança sur la mer un vent violent, et il y eut grande tempête sur la mer, au point que le vaisseau menaçait de se
briser.
5 Les matelots prirent peur; ils crièrent chacun vers son dieu, et pour s’alléger, jetèrent à la mer la cargaison. Jonas cependant était descendu au fond du bateau; il s’était couché et dormait profondément.
6 Le chef de l’équipage s’approcha de lui et lui dit : ” Qu’as-tu à dormir ? Lève-toi, crie vers ton Dieu! Peut-être Dieu songera-t-il à nous et nous ne périrons pas. “
7 Puis ils se dirent les uns aux autres : ” Tirons donc au sort, pour savoir de qui nous vient ce mal. ” Ils jetèrent les sorts et le sort tomba sur Jonas.
8 Ils lui dirent alors : ” Dis-nous donc quelle est ton affaire, d’où tu viens, quel est ton pays et à quel peuple tu appartiens. “
9 Il leur répondit : ” Je suis Hébreu, et c’est Yahvé que j’adore, le Dieu du ciel qui a fait la mer et la terre. “
10 Les hommes furent saisis d’une grande crainte et ils lui dirent : ” Qu’as-tu fait là! ” Ils savaient en effet qu’il fuyait loin de Yahvé, car il le leur avait raconté.
11 Ils lui dirent : ” Que te ferons-nous pour que la mer s’apaise pour nous ? ” Car la mer se soulevait de plus en plus.
12 Il leur répondit : ” Prenez-moi et jetez-moi à la mer, et la mer s’apaisera pour vous. Car, je le sais, c’est à cause de moi que cette violente tempête vous assaille. “
13 Les hommes ramèrent pour gagner le rivage, mais en vain, car la mer se soulevait de plus en plus contre eux.
14 Alors ils implorèrent Yahvé et dirent : ” Ah! Yahvé, puissions-nous ne pas périr à cause de la vie de cet homme, et puisses-tu ne pas nous charger d’un sang innocent, car c’est toi, Yahvé, qui as agi selon ton bon plaisir. “
15 Et, s’emparant de Jonas, ils le jetèrent à la mer, et la mer apaisa sa fureur.
16 Les hommes furent saisis d’une grande crainte de Yahvé; ils offrirent un sacrifice à Yahvé et firent des vœux.
1 Yahvé fit qu’il y eut un grand poisson pour engloutir Jonas. Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits.
…
11 Yahvé commanda au poisson, qui vomit Jonas sur le rivage.
Commentaire
1. Situation
Le 2ème Livre des Rois (2 Rois, 14, 23 - 27). nous parle d’un certain Jonas, fils d’Amittaï, qui avait annoncé une expansion nationale d’Israël, au temps du roi Jéroboam II (786 - 746), annonce qui s’était révélée exacte.
Le Livre de Jonas, écrit au 4ème siècle, nous raconte une histoire concernant ce prophète, histoire dont le but est de montrer les limites d’une recherche purement nationale ou nationaliste de Dieu pour Israël.
Envoyé par le Seigneur pour aller porter la Parole de Dieu aux habitants de la grande ville de Ninive, Jonas se dérobe d’abord en premant la fuite, puis après avoir été repris par le Seigneur et conduit sa mission avec succès en amenant les Ninivites à la repentance, il se rebelle contre Dieu, dont il n’accepte pas qu’il ait renoncé à sa colère pour manifester sa miséricorde.
L’auteur de ce Livre de Jonas semble s’inspirer d’autres textes de l’Ancien Testament. On peut ainsi comparer : Jonas, 3, 10 et Jérémie, 18, 8; Jonas, 4, 2 et Joël, 2, 13 - 14; Jonas, 4, 6 - 8 et 1 Rois, 19, 4 - 5 (le cycle d’Elie); Jonas, 3, 6 et Ezéchiel, 26, 16; Jonas, 1, 3 - 6 et Ezéchiel, 27, 25 - 29.
Ce Livre est postérieur au retour d’exil et au temps de la reconstruction du Temple, à l’époque d’Esdras. On peut le considérer contemporain d’une période où Juda s’éveille à une prise de conscience et à l’acceptation de la présence des étrangers, au 4ème siècle.
Ce Livre prophétique est différent de tous les autres parce que son message nous est présenté sous la forme d’un récit, et non pas comme une succession d’oracles, ou paroles venant du Seigneur Dieu.
En le lisant, nous découvrons un conte dont le message est l’ouverture d’Israël aux païens, dont il doit accepter qu’il font également partie du projet de Dieu révélé à Abraham, à qui il fut annoncé qu’en lui ont seraient bénies toues les nations de la terre (Genèse, 12, 1 - 5). Le peuple d’Israël ne doit donc pas résister à cet appel de Dieu en se refermant sur lui-même.
Dans ce Livre prophétique apparaît ainsi une critique du genre prophétique lui-même, qui risque de manquer d’accueil et de souplesse dans son discernement du message et de la volonté de Dieu, dont il pourrait cesser de remarquer la nouveauté et la dimension permanente de dépassement de nos horizons et de nos velléités humaines.
2. Message
Envoyé par Yahvé-Dieu en mission à Ninive, puissante ville païenne et ennemie d’Israël, réputée pour sa cruauté, Jonas refuse d’obtempérer et s’enfuit dans une direction totalement opposée.
Aussi le Seigneur intervient-il avec puissance pour arrêter cette fuite et ramener avec force son prophète sur le chemin prévu de sa mission.
Au plus fort d’une sévère tempête en mer, Jonas avoue aux membres de l’équipage qu’il en est la cause, en raison de sa fuite, puis il indique aux matelots comment s’y prendre pour arrêter cette tempête, se révélant ainsi comme prophète du vrai Dieu, dont il fait découvrir l’existence et la puissance à ces hommes païens, sur le bateau desquels il voyage.
En effet, ces païens, qui avaient déjà invoqué le Seigneur avec discernement avant d’accomplir la parole impressionante de Jonas en le jetant à la mer, comme il le leur avait indiqué, découvrent dans la tempête ainsi apaisée la puissance de Dieu qui avait envoyé Jonas, et lui offrent un sacrifice accompagné de voeux.
Dans ce passage, Jonas se déclare adorateur du vrai Dieu qu’il définit comme créateur du ciel et de la terre, donc maître des éléments de la nature et donc de la mer et du vent.
3. Decouvertes
Dans ce passage, la Parole de Dieu est adressée à Jonas sans que ce dernier nous ait été le moins du monde présenté.
A l’époque de Jéroboam II, où se situe ce récit, Ninive n’était pas encore la capitale de l’Empire Assyrien, mais était déjà considérée comme la figure-type de la Cité du mal.
Certains prophètes avaient déjà auparavant prononcé des oracles visant des nations païennes (Amos, 1, 3 - 2, 3; Jérémie, 46 - 51), mais aucun d’entre eux n’avait alors été envoyé en personne prêcher ainsi la Parole de Dieu en terre païenne. Dieu se révèle ainsi soucieux du salut des païens (voir Zacharie, 8, 23 et Malachie, 1, 11).
A l’inverse d’Isaïe qui se déclare disponible et volontaire pour la mission (Isaïe, 6, 8), Jonas prend, on ne peut plus résolument, la fuite, en direction de l’Occident (Tarsis serait en Espagne ?)
Remarquons que ce passage nous décrit une série, pour ne pas dire une “cascade” de “descentes” : celle du grand vent (1, 4), celle de la cargaison jetée à la mer (1, 5), celles de Jonas, d’abord “descendu” à Jaffa, puis à fond de cale du navire (1, 2 et 5), avant d’être jeté et “descendu” dans la mer (1, 15),où il descendra de plus dans le ventre du poisson (1, 17), lequel est image du “Shéol” (2, 2).
Ainsi se révèle la puissance de Dieu par son action sur ceux qui lui désobéissent.
Les matelots devant qui Jonas avait proclamé sa foi (1, 9) et pour le salut desquels il a volontiers sacrifié sa vie (1, 12) deviennent les premiers convertis à Dieu de ce prophète rebelle.
L’auteur de ce conte Biblique prophétique fait preuve d’une culture cosmopolite dans sa relation des réactions des matelots dans la tempête (chacun doit se mettre à prier son dieu (1, 5), recherche du coupable éventuel par tirage au sort (1, 7), rapidité à se tourner vers un dieu, nouveau et étranger pour eux, dès qu’ils sont conduits à découvrir sa puissance (1, 16)), tous traits qui font partie de la vie des marins de l’époque, qui sont présentés ici avec sympathie.
Dieu, qui intervient pour que son prophète lui obéisse, le fait en se montrant miséricordieux à son égard, en le délivrant de la mort en mer par l’envoi du poisson.
Dans tout ce passage, comme dans le reste de ce livre, Dieu de manifeste à la fois par sa Parole et selon son plan de salut, et en tant que créateur (on le retrouvera, en cette capacité, dans l’épisode du “ricin” sur lequel se termine le livre).
4. Prolongement
En Matthieu, 12, 38 - 41, Jésus annonce que le Fils de l’homme (qu’il est) sera délivré de la mort après trois jours et trois nuits passés au coeur de la terre, de la même façon que Jonas a été sorti de la mer et du poisson :
38 Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : ” Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. ”
39 Il leur répondit : ” Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas.
40 De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits.
41 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas !
Ainsi Jésus annonçait-il que la “faveur” de Dieu était et serait avec lui, en dépit de toutes les difficultés où le conduirait son engagement jusqu’au bout, au service de sa mission d’annonce et de réalisation de la vérité et de la miséricorde de Dieu.
Mais, tout à fait à l’inverse de Jonas, Jésus n’a cherché qu’à obéir sans cesse et en tous points à la volonté du Père, dont il disait avoir fait sa nourriture quotidienne et permanente :
34 Jésus leur dit : ” Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin.
30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
38 car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
48 Qui me rejette et n’accueille pas mes paroles a son juge : la parole que j’ai fait entendre, c’est elle qui le jugera au dernier jour ;
49 car ce n’est pas de moi-même que j’ai parlé, mais le Père qui m’a envoyé m’a lui-même commandé ce que j’avais à dire et à faire connaître ;
8 il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !
9 Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,
10 pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,
11 et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.
Prière
*Seigneur Jésus, ton disciple et apôtre Paul nous demande d’avoir les sentiments qui furent les tiens tout au long de ton parcours terrestre marqué par ton obéissance au Père qui t’avait envoyé révéler et accomplir son dessein de salut : apprends-moi cette obéissance de la foi, par laquelle je remets toute mon existence entre tes mains, convaincu que, s’il en est ainsi, tous mes choix et démarches en ce monde doivent être le lieu où tu peux, à travers moi, et au-delà de mon expérience et de mes paroles, te rendre, à ta façon, présent auprès de tous mes frères et soeurs avec la puissance de ton Evangile. AMEN.
06.10.2003.*
Évangile : Luc 10, 25-37
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
25 Et voici qu’un légiste se leva, et lui dit pour l’éprouver : ” Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? “
26 Il lui dit : ” Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Comment lis-tu ? “
27 Celui-ci répondit : ” Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même. “
28 ” Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. “
29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : ” Et qui est mon prochain ? “
30 Jésus reprit : ” Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à demi mort.
31 Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre.
32 Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre.
33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié.
34 Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l’hôtellerie et prit soin de lui.
35 Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier, en disant : “Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. “
36 Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ? “
37 Il dit : ” Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. ” Et Jésus lui dit : ” Va, et toi aussi, fais de même. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Une fois de plus, Jésus saisit l’occasion de transmettre son message. Sa réponse à un docteur de la Loi qui l’interroge sur la vie éternelle est d’abord de l’interroger sur l’essentiel de la Loi Juive.
Comme cet homme lui a fourni une très bonne réponse, mais veut en savoir davantage sur ce qu’est le prochain, Jésus lui raconte cette parabole, dans laquelle un Samaritain, donc un étranger et un hérétique qu’on ne fréquente guère en Israël, est cité en exemple de prise en charge miséricordieuse d’un homme blessé sur la route.
En conclusion, Jésus renvoie sa question au docteur de la Loi, en la retournant : au lieu de se demander “qui est mon prochain ?”, il faut se demander : “de qui suis-je le prochain ?” ou “qui peut compter sur moi comme un proche ?”, en sachant qu’il n’y a qu’une réponse valable à fournir : “toute persone rencontrée”.
La parabole montre bien, en effet, qu’il s’agit pour nous, selon ce que dit Jésus, de nous rendre proches de toute personne dans le besoin, ou qui fait appel à nous.
3. Decouvertes
Au moment où Jésus vient de proclamer heureux ses disciples parce qu’il s’est révélé à eux comme le Fils du Père (10, 23), un docteur de la Loi, sûr de lui, cherche à le mettre dans l’embarras. Jésus va retourner la situation, et inviter cet homme à se remettre en cause.
La réponse que lui donne le docteur de la Loi, sur l’essentiel de la Loi, correspond exactement à celle que donnera Jésus lui-même à la même question dans les Evangiles de Marc (12, 28 - 31) et de Matthieu (22, 34 - 40), quand on l’interrogera à Jérusalem sur le même sujet : en proposant un commandement unique réunissant l’amour de Dieu (selon Deutéronome, 6, 5) et l’amour du prochain (selon Lévitique, 18, 5). Beaucoup pensent cependant que c’est Jésus lui-même qui a joint en un seul ces deux commandements de l’Ancien Testament.
La question du docteur de la Loi sur le prochain veut en fait dire : “jusqu’où, ou dans quelles limites dois-je considérer qu’un homme est mon prochain ?“. Pour Jésus, il n’y a donc aucune limite : toute personne dans le besoin ou qui lance un appel, doit obtenir de notre part une réaction immédiate, et dans l’oubli de nous-mêmes. Ce que fait le Samaritain à l’égard d’un homme qui, a priori, devait n’avoir pour lui que du mépris.
Le prêtre et le Lévite de la parabole montrent les déficiences du système : probablement, pour éviter d’encourir une impureté légale (qui les empêcherait, au moins pour un temps, d’exercer leur fonction) en cas de contact avec un éventuel cadavre, ils ne s’approchent pas de l’homme blessé, inanimé, dont le récit nous dit qu’il était à demi-mort.
4. Prolongement
Jésus est allé jusqu’au bout de ce qu’il prêche, en fréquentant lui-même les pécheurs et les prostituées (voir, par exemple, Luc, 15, 1 - 2), en mourant pour les pécheurs que nous sommes (Romains, 5, 6 - 8), ayant été identifié à notre péché, lui le “sans-péché” (2 Corinthiens, 5, 21), et en portant sur lui notre malédiction (Galates, 3, 13).
Jésus s’est fait ainsi le “prochain de tout homme et de toute femme”, à qui il offre son salut par la grâce (1 Timothée, 2, 3 - 7).
Prière
*Seigneur Jésus, tu t’es fait le Serviteur de tous, acceptant d’être livré et de donner ta vie pour tous, et tu t’es ainsi défini comme notre plus proche secours, celui sur lequel nous pouvons toujours compter, et qui nous révèle, de ce fait, la proximité de Dieu, qui, par toi, s’est révélé “être avec nous”, pour que, par toi, nous “soyons avec lui” à jamais : crée en moi cette disponibilité à l’égard de tout homme et de toute femme, sans la moindre discrimination de race, de culture ou de religion, et donne-moi la force de te manifester, à travers mes pauvres gestes de miséricorde envers les autres, à la façon de Dieu, qui s’est, par toi, comporté vis-à-vis de nous comme le Samaritain de ta parabole. AMEN.
07.10.2002.*