📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Galates 1, 1-12
DE LA LETTRE AUX GALATES
Texte
1 Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus Christ et Dieu le Père, qui l’a ressuscité des morts,
2 et tous les frères qui sont avec moi, aux Églises de la Galatie:
3 que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus Christ,
4 qui s’est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous arracher du présent siècle mauvais, selon la volonté de notre Dieu et Père,
5 à qui soit la gloire aux siècles des siècles! Amen!
6 Je m’étonne que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre Évangile.
7 Non pas qu’il y ait un autre Évangile, mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser l’Évangile de Christ.
8 Mais, quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème!
9 Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure: si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème!
10 Et maintenant, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou celle de Dieu? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ.
11 Je vous déclare, frères, que l’Évangile qui a été annoncé par moi n’est pas de l’homme;
12 car je ne l’ai ni reçu ni appris d’un homme, mais par une révélation de Jésus Christ.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Galates, envoyée à plusieurs Eglises de Galatie, est la plus passionnée des lettres de Paul, car l’apôtre y défend âprement la vérité de l’Evangile (2, 5), et sa présentation de la vérité de Dieu en Jésus Christ (1, 12).
Cette Lettre se situe dans le contexte du combat mené, et gagné, à la longue au moins, par Paul dans l’Eglise primitive, pour que l’on n’impose pas aux païens devenus chrétiens la circoncision Juive et la Loi de Moïse comme partie intégrante de la Bonne Nouvelle de Jésus. Cela n’a cependant pas empêché des opposants aux positions de Paul sur ce point d’intervenir, derrière lui en son absence, dans les Eglises évangélisées par Paul pour contredire son enseignement et semer le trouble dans les communautés.
D’une façon générale, on pense que cette Lettre a été écrite entre 49 et 58, mais on la situe majoritairement autour des années 49 - 53, cette dernière date semblant la plus probable.
Après une introduction (1, 1 - 9), trois grandes sections se détachent : - témoignage personnel de Paul sur sa conversion et les débuts de son apostolat (1, 10 - 2, 21), - argument central de la Lettre sur la valeur de l’Evangile annoncé par Paul (3, 1 à 4, 11 ou 4, 30, ou encore 5, 1, selon les commentateurs), - une série d’exhortations morales, qui se terminent en , 6, 10. Vient finalement une conclusion (6, 11 - 18).
A noter que les Galates, comme leur nom l’indique, étaient des tribus d’origine celtique, sinon gauloise.
2. Message
Dès le verset 6, c’est-à-dire le début de cette Lettre aux Galates, Paul se met à reprocher à ses correspondants d’avoir abandonné l’Evangile qu’il leur a prêché lors de la fondation de leur Eglise, pour se rallier à ce qu’enseignent d’autres chrétiens d’origine Juive, qui insistent sur la pratique de la Loi Juive comme également nécessaire au salut, même dans le cas de leur adhésion à Jésus Christ.
Face à cette situation, Paul déclare avec une très grande force que le message qu’il leur a transmis est le seul Evangile de Jésus Christ, qu’il l’a reçu par révélation, et qu’il n’y en a pas d’autre.
Il en est convaincu au point d’affirmer qu’il faut rejeter absolument tous ceux qui voudraient modifier son Evangile, qu’il s’agisse de lui-même (au cas où il viendrait à changer d’avis), voire d’un messager spécial de Dieu, qu’il appelle “un ange du ciel”.
3. Decouvertes
On peut distinguer 3 parties dans les 12 premiers versets de cette Lettre.
D’abord l’introduction (1, 1 - 5), , dans laquelle, après les salutations d’usage, Paul se présente comme un Apôtre qui leur a été envoyé par le Christ et Dieu le Père, qui a ressuscité Jésus son Fils, suite à la mort de ce dernier qui a effectué la libération de tout ce qui entrave une vie de qualité des hommes devant Dieu.
Ensuite, en 1, 6 - 9, au lieu de rendre grâces à Dieu pour la foi et la vie chrétienne de ses destinataires, comme il le fait dans toutes ses autres lettres, Paul les réprimande vertement, indiquant par là, du même coup, la raison de son envoi de cette lettre.
S’il leur reproche ainsi de s’être tournés vers un “autre Evangile”, suite au passage d’autres personnes dans leur communauté, il tient immédiatement à préciser qu’il n’y a qu’un Evangile, véritable et authentique, celui qu’il leur a lui-même annoncé.
Puis, dans les versets 1, 10 - 12, il fait état, comme argument définitif, de l’origine directe et divine de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ qu’il a reçue et nous transmet.
4. Prolongement
Ne sommes-nous pas souvent tentés de nous ré-écrire un Evangile à notre portée, au nom d’une certaine facilité, ou par peur de nous laisser interpeller jusqu’au plus profond de nous-mêmes par la vérité du message de Jésus face à nos comportements humains en tous genres ? tentés également de l’adapter à une certaine tiédeur, à une certaine “banalisation” de notre existence, comme un enseignemnet qui “fait partie des meubles” et donc ne nous dérange plus ?
Ce qui nous est demandé par Jésus, c’est d’écouter la Parole de Dieu et de la garder en nous pour qu’elle y fructifie d’elle-même sans entraves de notre part, et qu’elle transforme notre vie de l’intérieur (Luc,11, 27 - 28), c’est ensuite de nous rappeler que l’accueil de cette Parole ouvre la porte à la “demeure “du Père et de Jésus en nous, comme il l’a dit lui-même (Jean, 14, 23), c’est encore de l’actualiser et la rendre présente, en dialogue aux événements que nous vivons, qui sont le “lieu” habituel et normal de notre rencontre du Père, par le Christ, dans l’Esprit, selon le culte “en esprit et en vérité” que Jésus nous a demandé de rendre à Dieu (Jean, 4, 23 - 24).
Prière
*Seigneur Jésus, donne-nous d’être vraiment à l’écoute de ta Parole dans la foi, et protège-nous de toute banalisation dans l’accueil que nous devons lui donner. AMEN.
04.10.2004.*
Évangile : Luc 10, 25-37
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
25 Et voici qu’un légiste se leva, et lui dit pour l’éprouver : ” Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? “
26 Il lui dit : ” Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Comment lis-tu ? “
27 Celui-ci répondit : ” Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même. “
28 ” Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. “
29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : ” Et qui est mon prochain ? “
30 Jésus reprit : ” Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à demi mort.
31 Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre.
32 Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre.
33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié.
34 Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l’hôtellerie et prit soin de lui.
35 Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier, en disant : “Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. “
36 Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ? “
37 Il dit : ” Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. ” Et Jésus lui dit : ” Va, et toi aussi, fais de même. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Une fois de plus, Jésus saisit l’occasion de transmettre son message. Sa réponse à un docteur de la Loi qui l’interroge sur la vie éternelle est d’abord de l’interroger sur l’essentiel de la Loi Juive.
Comme cet homme lui a fourni une très bonne réponse, mais veut en savoir davantage sur ce qu’est le prochain, Jésus lui raconte cette parabole, dans laquelle un Samaritain, donc un étranger et un hérétique qu’on ne fréquente guère en Israël, est cité en exemple de prise en charge miséricordieuse d’un homme blessé sur la route.
En conclusion, Jésus renvoie sa question au docteur de la Loi, en la retournant : au lieu de se demander “qui est mon prochain ?”, il faut se demander : “de qui suis-je le prochain ?” ou “qui peut compter sur moi comme un proche ?”, en sachant qu’il n’y a qu’une réponse valable à fournir : “toute persone rencontrée”.
La parabole montre bien, en effet, qu’il s’agit pour nous, selon ce que dit Jésus, de nous rendre proches de toute personne dans le besoin, ou qui fait appel à nous.
3. Decouvertes
Au moment où Jésus vient de proclamer heureux ses disciples parce qu’il s’est révélé à eux comme le Fils du Père (10, 23), un docteur de la Loi, sûr de lui, cherche à le mettre dans l’embarras. Jésus va retourner la situation, et inviter cet homme à se remettre en cause.
La réponse que lui donne le docteur de la Loi, sur l’essentiel de la Loi, correspond exactement à celle que donnera Jésus lui-même à la même question dans les Evangiles de Marc (12, 28 - 31) et de Matthieu (22, 34 - 40), quand on l’interrogera à Jérusalem sur le même sujet : en proposant un commandement unique réunissant l’amour de Dieu (selon Deutéronome, 6, 5) et l’amour du prochain (selon Lévitique, 18, 5). Beaucoup pensent cependant que c’est Jésus lui-même qui a joint en un seul ces deux commandements de l’Ancien Testament.
La question du docteur de la Loi sur le prochain veut en fait dire : “jusqu’où, ou dans quelles limites dois-je considérer qu’un homme est mon prochain ?“. Pour Jésus, il n’y a donc aucune limite : toute personne dans le besoin ou qui lance un appel, doit obtenir de notre part une réaction immédiate, et dans l’oubli de nous-mêmes. Ce que fait le Samaritain à l’égard d’un homme qui, a priori, devait n’avoir pour lui que du mépris.
Le prêtre et le Lévite de la parabole montrent les déficiences du système : probablement, pour éviter d’encourir une impureté légale (qui les empêcherait, au moins pour un temps, d’exercer leur fonction) en cas de contact avec un éventuel cadavre, ils ne s’approchent pas de l’homme blessé, inanimé, dont le récit nous dit qu’il était à demi-mort.
4. Prolongement
Jésus est allé jusqu’au bout de ce qu’il prêche, en fréquentant lui-même les pécheurs et les prostituées (voir, par exemple, Luc, 15, 1 - 2), en mourant pour les pécheurs que nous sommes (Romains, 5, 6 - 8), ayant été identifié à notre péché, lui le “sans-péché” (2 Corinthiens, 5, 21), et en portant sur lui notre malédiction (Galates, 3, 13).
Jésus s’est fait ainsi le “prochain de tout homme et de toute femme”, à qui il offre son salut par la grâce (1 Timothée, 2, 3 - 7).
Prière
*Seigneur Jésus, tu t’es fait le Serviteur de tous, acceptant d’être livré et de donner ta vie pour tous, et tu t’es ainsi défini comme notre plus proche secours, celui sur lequel nous pouvons toujours compter, et qui nous révèle, de ce fait, la proximité de Dieu, qui, par toi, s’est révélé “être avec nous”, pour que, par toi, nous “soyons avec lui” à jamais : crée en moi cette disponibilité à l’égard de tout homme et de toute femme, sans la moindre discrimination de race, de culture ou de religion, et donne-moi la force de te manifester, à travers mes pauvres gestes de miséricorde envers les autres, à la façon de Dieu, qui s’est, par toi, comporté vis-à-vis de nous comme le Samaritain de ta parabole. AMEN.
07.10.2002.*