📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Galates 2, 1-14

DE LA LETTRE AUX GALATES

Texte

1 Quatorze ans après, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabas, ayant aussi pris Tite avec moi;
2 et ce fut d’après une révélation que j’y montai. Je leur exposai l’Évangile que je prêche parmi les païens, je l’exposai en particulier à ceux qui sont les plus considérés, afin de ne pas courir ou avoir couru en vain.
3 Mais Tite, qui était avec moi, et qui était Grec, ne fut pas même contraint de se faire circoncire.
4 Et cela, à cause des faux frères qui s’étaient furtivement introduits et glissés parmi nous, pour épier la liberté que nous avons en Jésus Christ, avec l’intention de nous asservir.
5 Nous ne leur cédâmes pas un instant et nous résistâmes à leurs exigences, afin que la vérité de l’Évangile fût maintenue parmi vous.
6 Ceux qui sont les plus considérés-quels qu’ils aient été jadis, cela ne m’importe pas: Dieu ne fait point acception de personnes, -ceux qui sont les plus considérés ne m’imposèrent rien.
7 Au contraire, voyant que l’Évangile m’avait été confié pour les incirconcis, comme à Pierre pour les circoncis, -
8 car celui qui a fait de Pierre l’apôtre des circoncis a aussi fait de moi l’apôtre des païens, -
9 et ayant reconnu la grâce qui m’avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonnes, me donnèrent, à moi et à Barnabas, la main d’association, afin que nous allassions, nous vers les païens, et eux vers les circoncis.
10 Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai bien eu soin de faire.
11 Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible.
12 En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens; et, quand elles furent venues, il s’esquiva et se tint à l’écart, par crainte des circoncis.
13 Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie.
14 Voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas, en présence de tous: Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser?

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Galates, envoyée à plusieurs Eglises de Galatie, est la plus passionnée des lettres de Paul, car l’apôtre y défend âprement la vérité de l’Evangile (2, 5), et sa présentation de la vérité de Dieu en Jésus Christ (1, 12).

Cette Lettre se situe dans le contexte du combat mené, et gagné, à la longue au moins, par Paul dans l’Eglise primitive, pour que l’on n’impose pas aux païens devenus chrétiens la circoncision Juive et la Loi de Moïse comme partie intégrante de la Bonne Nouvelle de Jésus. Cela n’a cependant pas empêché des opposants aux positions de Paul sur ce point d’intervenir, derrière lui en son absence, dans les Eglises évangélisées par Paul pour contredire son enseignement et semer le trouble dans les communautés.

D’une façon générale, on pense que cette Lettre a été écrite entre 49 et 58, mais on la situe majoritairement autour des années 49 - 53, cette dernière date semblant la plus probable.

Après une introduction (1, 1 - 9), trois grandes sections se détachent : - témoignage personnel de Paul sur sa conversion et les débuts de son apostolat (1, 10 - 2, 21), - argument central de la Lettre sur la valeur de l’Evangile annoncé par Paul (3, 1 à 4, 11 ou 4, 30, ou encore 5, 1, selon les commentateurs), - une série d’exhortations morales, qui se terminent en , 6, 10. Vient finalement une conclusion (6, 11 - 18).

A noter que les Galates, comme leur nom l’indique, étaient des tribus d’origine celtique, sinon gauloise.

2. Message

Paul continue de rappeler aux Galates les débuts de son ministère apostolique après sa conversion, et fait ici état d’un second passage à Jérusalem avec Barnabé et Tite.

Le motif qu’il donne de cette montée c’est de faire vérifier l’authenticité de son ministère par ceux qu’il appelle “les autorités”, et qui, suite à son rapport d’activités, reconnaissent et confirment, pour ainsi dire officiellement, par un geste de communion, sa mission auprès des païens.

La fin de notre passage nous rapporte l’algarade que Paul eut avec Pierre, plus tard à Antioche, en constatant la frilosité de ce dernier, devant des Judéo-chrétiens proches de Jacques, le “frère” de Jésus, alors responsable de l’Eglise de Jérusalem.

L’argument de Paul est le suivant : pourquoi cesser ainsi de partager la table des pagano-chrétiens, semblant, de ce fait, leur reprocher de ne pas accepter les pratiques des Juifs concernant la nourriture et les mets dont leur Loi leur demande de s’abstenir ?

3. Decouvertes

On s’est beaucoup interrogé sur la relation entre ce voyage de Paul à Jérusalem avec l’un ou l’autre des deux voyages relatés en Actes 11 et Actes 15. S’agit-il du voyage mentionné en Actes, 11, 29 - 30 (du fait que Paul ne dit rien des décisions de l’Assmblée de Jérusalem d’Actes 15), ou plutôt, comme le pensent la plupart des spécialistes, d’un rapport écrit par Paul de cette Assemblée, vue dans des perspectives différentes ? N’oublions pas que Luc écrit son Livre des Actes quelque 30 ans après l’envoi de cette Lettre de Paul aux Galates, et, qu’à la différence de Paul, Luc n’a pas participé à cette Assemblée de Jérusalem.

Les 14 années sont à dater de l’appel et de la conversion de Paul (1, 15 - 16). En Galates, 2, 13, Barnabé nous est présenté comme le chef de l’Eglise d’Antioche. Paul souligne que c’est suite à une révélation qu’il s’est rendu à Jérusalem, et non pas suite à des difficultés ou à une décision de l’Eglise d’Antioche. Il faut dire également que Paul rapporte ici ces événements non pour eux-mêmes, mais parce qu’ils concernent la dispute qu’il a avec les Galates, parmi lesquels certains prônaient la nécessité de la circoncision. D’où la mention de la présence du pagano-chrétien Tite, demeuré incirconcis, présence qui n’a pas été contestée à Jérusalem.

Tout en tenant à être en communion avec les “autorités” de Jérusalem, Paul n’en fait pourtant pas très grand cas. Pour lui, l’accord de ces “autorités” ne représente, ni de leur part, ni de la sienne, une position de compromis.

Le clash entre Paul et Pierre à Antioche contraste fortement avec l’accord réalisé à Jérusalem. Paul relate cet événement pour montrer qu’il a une incidence et une portée directes avec les tensions existant dans les Eglises de Galatie auxquelles il écrit.

Les envoyés de Jacques n’admettent pas que Pierre er les Judéo-chrétiens d’Antioche partagent la table des pagano-chrétiens, car une telle attitude conduirait au rejet des judéo-chrétiens par leurs coréligionnaires Juifs non chrétiens.

Mais Paul, de son côté, ne peut accepter que le partage de la table avec les pagano-chrétiens n’existe que lorsque le repas a été préparé selon les réglementations de la Loi Juive. Paul ne peut donc tolérer que les pagano-chrétiens soient ainsi obligés de vivre à la façon des Juifs pour être acceptés comme membres de la communauté d’Antioche.

On ne connaît rien de la répose de Pierre ni de la suite de cet incident.

4. Prolongement

Notre Evangile est toujours celui de toute l’Eglise, et c’est en ce sens qu’il est source de communion fraternelle, au-delà des divergences possibles d’interprétation. L’important est d’essayer de respecter au mieux les textes qui nous sont parvenus et d’en partager nos interprétations en vérité et dans le dialogue entre frères et soeurs qui reconnaissent dans le message que nous apportent ces textes du Nouveau Testament une ouverture sur la réalité des paroles et des actes de Jésus, ou des positions théologiques de ses premiers et principaux disciples.

Le but commun de tous les croyants n’est autre que la rencontre de leur unique Sauveur le Christ en son obéissance au Père jusqu’à la croix, suivie de la résurrection et du don de l’Esprit qui le rend présent à toutes les générations.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui n’es venu en ce monde que pour rendre témoignage à la vérité du projet de salut de Dieu en son achèvement, apprends-nous à te rencontrer toujours selon cette même exigence de vérité qui, pour toi, est toujours en accord avec ton attitude d’accueil du frère dans la miséricorde. AMEN.

29.09.2004.*

Évangile : Luc 11, 1-4

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, qu’un de ses disciples lui dit : ” Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. “
2 Il leur dit : ” Lorsque vous priez, dites : Père, que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ;
3 donne-nous chaque jour notre pain quotidien ;
4 et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit ; et ne nous soumets pas à la tentation. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Après avoir, dans l’épisode qui précède ce texte, valorisé l’attitude de Marie, la soeur de Marthe, assise à ses pieds pour l’écouter (10, 38 - 42), Jésus vit la même attention au Père dans sa propre prière.

Luc fait souvent allusion à la prière de Jésus (avant le choix des Douze en 6, 12, ou au moment de sa transfiguration en 9, 28 - 29). Pratiquement, chaque fois qu’elle est ainsi mentionnée, le prière de Jésus va se traduire ensuite par une avancée dans sa mission ou dans la révélation de lui-même.

A le voir prier, un de ses disciples lui demande de leur apprendre à prier, de façon à ce que leur groupe soit spécifié par sa façon de prier.

La prière de Jésus, plus brève ici que dans la version de Matthieu, est construite selon le même schéma : - on s’adresse à Dieu comme Père, “papa”, à la façon de Jésus, - on lui déclare ensuite que c’est lui qui compte d’abord pour nous, en se situant dans son action et son projet, - on termine en lui demandant de nous aider à couvrir nos besoins les plus importants.

Ces besoins sont : la nourriture, la possibilité de vivre face à Dieu et aux autres dans une relation qui soit vraie et donc implique le pardon, la préservation de toute mise à l’épreuve.

3. Decouvertes

Les commentateurs ont des avis différents pour déterminer laquelle des deux versions du “Notre Père”, celle de Matthieu (6, 9 - 13), ou celle de Luc, est la plus ancienne, et correspond à une utilisation dans les communautés de l’Eglise primitive.

Jésus nous partage bien sa propre prière : - sa relation directe et intime au Père (22, 42, ou 23, 34 et 46), qui nous est transmise par l’Esprit Saint après sa résurrection (Romains, 8, 15; Galates, 4, 6), - prier pour que le Nom de Dieu soit sanctifié, c’est-à-dire pour que Dieu soit reconnu dans ce qu’il est et ce qu’il fait, Jésus n’a rien cherché à faire d’autre dans son ministère, - prier pour que son Règne vienne (Règne déjà réel dans les cieux : 10, 11), c’est-à-dire pour qu’il saisisse également le monde dans lequel nous sommes, conformément à l’essentiel du message de Jésus.

Le pain demandé “pour ce jour” rappelle la portion de manne accordée au peuple dans le désert de l’Exode avec Moïse (Exode, 16, 4). Il peut également signifier l’avant-goût, dans notre vie présente, du Royaume à venir à la fin des temps.

Le pardon de nos torts et de nos péchés, à recevoir et à accorder, est une réalité importante de notre vie présente. Il en va de même dans la dernière demande que “le Seigneur ne nous introduise pas dans le temps de l’épreuve” (voir 22, 39 - 46).

4. Prolongement

Reconnaître Dieu comme ce qu’il est, et ce que Jésus nous révèle de lui, entrer dans son projet de salut, et nous situer comme “petits” et “pauvres” devant lui, telle est la démarche fondamentale de notre vie de croyants, dans la foi, tel était le “OUI” de Jésus au Père. C’est tout cela que, priant comme Jésus et avec lui, nous respirons dans nos temps de prière.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as tout donné et transmis, jusque ta manière la plus personnelle de prier Dieu comme celui qui est ton Père et notre Père, comme celui dont la présence et l’action de salut doivent constituer l’élément le plus fondamental et le plus essentiel de notre vie quotidienne, comme celui vers lequel nous pouvons toujours nous tourner puisqu’il est le fondement de notre existence d’homme ou de femme en ce monde, avec tout ce que cela implique de relations et de mise en face des difficultés des situations et de l’histoire : fais que vraiment ta prière devienne ma prière permanente, qui me situe en vérité profonde face à toi, et, par toi, dans l’Esprit Saint, face à Dieu notre Père, et à tous mes frères et soeurs. AMEN.

09.10.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour