📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Joël 4, 12-21

DU LIVRE DE JOËL

Texte

12 ” Que les nations s’ébranlent et qu’elles montent à la Vallée de Josaphat! Car là je siégerai pour juger toutes les nations à la ronde.
13 Lancez la faucille : la moisson est mûre; venez, foulez : le pressoir est comble; les cuves débordent, tant leur méchanceté est grande! “
14 Foules sur foules dans la Vallée de la Décision! Car il est proche le jour de Yahvé dans la Vallée de la Décision!
15 Le soleil et la lune s’assombrissent, les étoiles perdent leur éclat.
16 Yahvé rugit de Sion, de Jérusalem il fait entendre sa voix; les cieux et la terre tremblent! Mais Yahvé sera pour son peuple un refuge, une forteresse pour les enfants d’Israël!
17 ” Vous saurez alors que je suis Yahvé, votre Dieu, qui habite à Sion, ma montagne sainte! Jérusalem sera un lieu saint, les étrangers n’y passeront plus! “
18 Ce jour-là, les montagnes dégoutteront de vin nouveau, les collines ruisselleront de lait, et dans tous les torrents de Juda les eaux ruisselleront. Une source jaillira de la maison de Yahvé et arrosera le ravin des Acacias.
19 L’Égypte deviendra une désolation, Édom une lande désolée, à cause des violences exercées contre les fils de Juda dont ils ont versé le sang innocent dans leur pays.
20 Mais Juda sera habité à jamais et Jérusalem d’âge en âge.
21 ” Je vengerai leur sang, je n’accorderai pas l’impunité ”, et Yahvé aura sa demeure à Sion.

Commentaire

1. Situation

On ne connaît rien de Joël (dont le nom signifie “Yahvé est Dieu”), fils de Pethuel (dont le nom peut signifier “homme de Dieu”).

Même si de nombreux spécialistes pensent qu’il a vécu son ministère au milieu du 4ème siècle, il vaut mieux le situer quelques années avant l’an 600, du fait qu’un certain nombre de détails de son texte font allusion à des situations du 7ème siècle, après la disparition du royaume du Nord et avant la destruction de Jérusalem. De plus, ce Livre est écrit dans un hébreu d’avant l’exil.

Cette oeuvre esst analysée de façons différentes, soit comme un seul discours prophétique, soit selon la juxtaposition de 2 parties (réaction du prophète à une invasion de sauterelles aux chapitres 1 et 2, suivie d’une annonce de la fin des temps en langage apocalyptique, de 2, 28 à 3, 21), qui viendraient d’auteurs différents, soit encore comme une liturgie utilisée lors d’une invasion de sauterelles.

Les 8 premières unités littéraires de ce Livre (1, 1 - 2, 27) nous proposent des paroles du prophète concernant Israël et Juda, tandis que les 4 dernières unités nous partagent des paroles de Dieu visant les relations de Dieu avec toutes les nations (2, 28 - 3, 21).

L’idée de la proximité du Jour du Seigneur établit un lien très fort entre ces deux parties, et nous invitent à considérer ce Livre prophétique comme un “tout” bien unifié.

Le message du Livre concerne : d’abord le “Jour de Yahvé”, triomphe de Dieu sur ses ennemis et théophanie de Dieu, ensuite, l’effusion de l’énergie de l’Esprit de Dieu qui va causer de grands changements dans la mentalité des hommes (3, 1 - 2), enfin, la dimension de destruction de la manifestation de Dieu, arrivèe de futures bénédictions à venir : d’où l’importance de retourner à Dieu dans la prière, en lui demandant sa miséricorde.

La valeur de ce message est permanente dans la mesure où il annonce le passage terrible et purifiant de Dieu, et invite à la conversion. Ce message est si prenant qu’on est allé jusqu’à dire que la parole de Joël créait les calamités qu’elle annonçait. Ce message dépasse les limites de temps et d’espace et s’applique à tous les moments de l’histoire.

A noter une variante dans la numérotation des chapitres et versets : le chapitre 3 du texte hébreu (où il est question d’une grande effusion de l’Esprit de Dieu), est devenu dans beaucoup de versions et traductions le chapitre 2, 28 - 32. De même, le chapitre 4 du texte hébreu est devenu le chapitre 3 dans beaucoup de versions et traductions. Le plan du Livre de Joël indiqué ci-dessus est établi selon la numérotation de ces versions et traductions (sans chapitre 4).

2. Message

Ainsi se termine le message de Joël, sur une scène de jugement qui est également une scène de combat.

Toutes les nations sont en quelque sorte sommées par Dieu de se rendre dans la vallée de Josaphat où se déroule un processus terrifiant : les païens sont fauchés comme herbe et foulés comme vendange, et le Seigneur se manifeste entouré de phénomènes cosmiques d’ébranlement général.

Cependant, en ce jour terrible, les fidèles du Seigneur sont sauvés. Dieu, qui siège en jugement pendant ce combat eschatologique, est présenté comme refuge pour son peuple : il demeure à jamais à Jérusalem au milieu d’un Israël pour toujours libéré des étrangers, et jouissant d’une très grande prospérité de génération en génération, alors que ses puissants ennemis voisins , tels Edom et l’Egypte, seront dévastés et ravagés.

3. Decouvertes

Cette page appartient à un ensemble 4, 9 - 21, qui se divise en deux parties : la bataille finale - jugement de Dieu, qui se déroule dans la vallée de Josaphat (4, 9 - 17), suivie d’une bénédiction de Yahvé-Dieu (4, 18 - 21).

“Josaphat” signifie “Yahvé juge”.

Aux versets 4, 9 - 11, Dieu rassemble les armées du monde entier et les fait combattre contre ses propres guerriers., qui sont probablement l’armée eschatologique de 2, 1 - 11, que symbolisaient les sauterelles. La bataille défintive est désormais inévitable, et il n’est plus question de paix du tout.

Au verset 12, Dieu déclare qu’il siège en jugement alors que le combat fait rage, combat dont l’issue est déterminée par ce jugement du Seigneur.

Aux versets 13 - 17, le prophète nous donne une description terrifiante de ce combat, qui n’est autre que la manifestation du Jour du Seigneur. avec tous ses bouleversements cosmiques, images liées à d’autres images, d’origine agricole, telles que celles de la moisson et de la vendange. (versets 14 - 15).

Finalement, selon le prophète, Dieu déclare demeurer pour toujours à Sion, comme pourront le constater tous ceux qui vont survivre à cette bataille finale (verset 17).

La bénédiction de conclusion des versets 18 - 21 est un message de bonheur et de paix pour Juda et Jérusalem, tout espoir étant désormais exclu pour les adversaires du peuple de Dieu.

4. Prolongement

Dans le discours eschatologique, aux images d’apocalypse, sur la fin ultime des temps, que Matthieu fait prononcer à Jésus, le retour définitif du Christ au dernier Jour est annoncé avec des images qui sont reprises de notre passage de Joël, 4, 15 (Matthieu, 24, 29 - 30; voir également Joël 2, 10 et 3, 4).

Cependant, au-delà de ces images fortes et caricaturales, qu’on retrouve dans Apocalypse, 6, 12 - 13, le jugement final nous est présenté en termes de foi, dans l’adhésion confiante à la Parole de Jésus :

24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.

Ce jugement déjà inauguré n’abolit pas pour autant le jugement du dernier Jour que doit exercer le Fils de l’homme, le point commun entre ces deux aspects du jugement étant toujours la fidélité confiante en Dieu, que Jésus, le Juge suprême universel de la fin ultime des temps, a été lui-même le premier à pratiquer :

25 En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient - et c’est maintenant - où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront.

26 Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même

27 et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement parce qu’il est Fils d’homme.

28 N’en soyez pas étonnés, car elle vient, l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix

29 et sortiront : ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement.

30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.

Prière

*Seigneur Jésus, en te voyant, toi, le Juge suprême de la fin des temps, vivre une obéissance totale à Dieu ton Père dans une confiance absolue, nous comprenons que le jugement de Dieu n’est autre que la transmission de la Vérité de Dieu, qui doit transformer tous ceux qu’il sauve et appelle à partager sa Vie en son Royaume, par toi, dans l’Esprit Saint : donne-moi de me laisser faire et conduire davantage par ta présence en moi avec la force intérieure de ton Esprit Saint, de façon à ce que j’exprime à tous moments cette attitude d’obéissance qui me fait pénétrer dans le mystère de la Vérité de Dieu, dont tu as été le témoin parfait en ton parcours humain au milieu de nous. AMEN.

11.10.2003.*

Évangile : Luc 11, 27-28

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

27 Or il advint, comme il parlait ainsi, qu’une femme éleva la voix du
milieu de la foule et lui dit: ” Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins
que tu as sucés! “
28 Mais il dit: Heureux plutôt cenx qui écoutent la parole de Dieu et
l’observent.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

Jésus vient de chasser un démon, et voici qu’on le proclame agent de Béelzébou1, le chef des démons, ce que Jésus, bien entendu, réfute, en se déclarant nettement le plus fort face au démons (11,14 - 23).

l..e fait que le démon ait été vaincu et que l’on soit désormais converti au Royaume qu’annonce Jésus, ne veut pas dire pour autant que tout soit définitivement gagné : cela nécessite, en effet, fidélité et vigilance (11, 14 - 26).

Avant de répondre à une demande, qui lui a été faite, toujours après qu’il ait chassé ce démon, de produire un signe qui vienne du ciel, .Jésus réagit à une interpellation de quelqu’un dans la foule (11, 27 - 28). Et c’est là notre passage de ce jour.

2. Message

La victoire de Jésus qui libère l’homme du mal n’est pas un sortilège “magique”. Toute personne ainsi libérée et devenue disciple doit répondre par la foi à la Parole de Dieu que présente et accomplit Jésus.

Cela veut dire “écouter et garder la Parole”. Car telle est bien la manifestation d’un changement de vie et d’une ouverture au Royaume de Dieu.

Il en va de même pour la Mère de Jésus. Le don d’être la Mère du Christ-Messie, qui lui a été conféré, ne la dispense pas de vivre cette mission dans la foi.

Et c’est bien ce qu’elle a vécu, comme nous le montre Luc tout au long de son Evangile.

Tels sont les croyants qu’attend Jésus, et dont il oppose l’attitude à celle de ses adversaires (11, 14 - 25). En effet, la foi, qui est la remise de soi en toute confiance et avec une coeur de pauvre, est la seule attitude qui permette une véritable rencontre du Dieu vivant.

3. Decouvertes

Luc nous présente Marie comme une croyante qui dit “OUI” à Dieu qui l’appelle et l’interpelle par l’ange Gabriel (1, 38).

Elle est proclamée “heureuse d’avoir cru” par sa cousine Elizabeth dans la scène de la Visitation (1, 45).

Elle médite dans son coeur les événements de la naissance et de l’apparition de Jésus, tels que Luc nous les décrit (2, 19 et 2, 51).

“Etre sa Mère ou son Frère”, nous a dit Jésus lui-même (8, 21), c’est écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique.

4. Prolongement

La foi a été l’attitude constante et parfaite de Jésus tout au long de son existence et de sa mission : voir à ce sujet : Philippiens, 2, 5 - 11 (Jésus obéissant jusqu’à la mort de la croix), Hébreux, 12, 2 (Jésus, initiateur et accomplissement de la foi), Jean, 5, 30 et 6, 38 (la foi de Jésus comme obéissance totale à la volonté du Père, et dont il dit que telle est sa nourriture : Jean, 4, 34).

Proclamation de Paul aux Romains qui devient pour nous méditation et appel profond :

5 Moïse écrit en effet de la justice née de la Loi qu’en l’accomplissant l’homme vivra par elle

6 tandis que la justice née de la foi, elle, parle ainsi : Ne dis pas dans ton coeur : Qui montera au ciel ? entends : pour en faire descendre le Christ ;

8 Que dit-elle donc ? La parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton coeur , entends : la parole de la foi que nous prêchons.

9 En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton coeur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.

10 Car la foi du coeur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut.

11 L’Écriture ne dit-elle pas : Quiconque croit en lui ne sera pas confondu ?

12 Aussi bien n’y a-t-il pas de distinction entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur riche envers tous ceux qui l’invoquent.

13 En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

14 Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ?

15 Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? selon le mot de l’Éçriture : Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles !

16 Mais tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle. Car Isaïe l’a dit : Seigneur, qui a cru à notre prédication ?

17 Ainsi la foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ.

Prière

*Seigneur Jésus, toi seul est le véritable “chef” de notre foi qui la mène à sa perfection et tous ceux qui t’ont approché d’au plus près, à commencer par Marie ta Mère, proclamée première des crioyants, ainsi que tes premiers disciples et convertis, ont reproduit ton visage de croyant à l’écoute constante de la volonté du Père, afin de la mettre en pratique dans le “OUI” permanent d’une obéissance toujours disponible : aide-moi, par ton Esprit Saint, à croître dans cette disponibilité totale à Dieu, notre Père, et à témoigner ainsi, devant mes frères et soeurs, que telle est l’attitude que tu attends de tous ceux qui te suivent. AMEN.

11.10.2003.*


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