📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Galates 3, 22-29
DE LA LETTRE AUX GALATES
Texte
22 Mais en fait l’Écriture a tout enfermé sous le péché, afin que la promesse, par la foi en Jésus Christ, fût accordée à ceux qui croient.
23 Avant la venue de la foi, nous étions enfermés sous la garde de la Loi, réservés à la foi qui devait se révéler.
24 Ainsi la Loi nous servit-elle de pédagogue jusqu’au Christ, pour que nous obtenions de la foi notre justification.
25 Mais la foi venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue.
26 Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus.
27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :
28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.
29 Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Galates, envoyée à plusieurs Eglises de Galatie, est la plus passionnée des lettres de Paul, car l’apôtre y défend âprement la vérité de l’Evangile (2, 5), et sa présentation de la vérité de Dieu en Jésus Christ (1, 12).
Cette Lettre se situe dans le contexte du combat mené, et gagné, à la longue au moins, par Paul dans l’Eglise primitive, pour que l’on n’impose pas aux païens devenus chrétiens la circoncision Juive et la Loi de Moïse comme partie intégrante de la Bonne Nouvelle de Jésus. Cela n’a cependant pas empêché des opposants aux positions de Paul sur ce point d’intervenir, derrière lui en son absence, dans les Eglises évangélisées par Paul pour contredire son enseignement et semer le trouble dans les communautés.
D’une façon générale, on pense que cette Lettre a été écrite entre 49 et 58, mais on la situe majoritairement autour des années 49 - 53, cette dernière date semblant la plus probable.
Après une introduction (1, 1 - 9), trois grandes sections se détachent : - témoignage personnel de Paul sur sa conversion et les débuts de son apostolat (1, 10 - 2, 21), - argument central de la Lettre sur la valeur de l’Evangile annoncé par Paul (3, 1 à 4, 11 ou 4, 30, ou encore 5, 1, selon les commentateurs), - une série d’exhortations morales, qui se terminent en , 6, 10. Vient finalement une conclusion (6, 11 - 18).
A noter que les Galates, comme leur nom l’indique, étaient des tribus d’origine celtique, sinon gauloise.
2. Message
Selon Paul, la Loi Juive n’a eu qu’un rôle temporaire, celui de garder les hommes d’Israël sous sa coupe, comme des mineurs en tutelle, avant qu’ils soient conduits au Christ.
Avec le Christ, par la foi, nous sommes libérés de cette tutelle, de ce “surveillant”, car désormais nous sommes devenus de fils de Dieu par la foi.
Cette libération s’est réalisée lors de notre baptême, par lequel nous avons été plongés dans le mystère de la mort-résurrection du Christ, lieu de notre rencontre du Christ, et de notre saisie par lui.
Puisqu’il en est ainsi, il n’y a plus de distinction entre nous, qui sommes tous des égaux, ne faisant qu’un avec le Christ, auquel nous appartenons.
Cette situation, qui est la nôtre, est bien l’aboutissement de la promesse faite jadis par Dieu à Abraham, et, pour cette raison, nous sommes sa descendance et son héritage, à l’heure de l’accomplissement du projet de Dieu.
3. Decouvertes
Dans son argumentation, qui a commencé avec le début de ce chapitre 3, Paul a d’abord fait réfléchir les Galates (à ceux qui, parmi eux, veulent faire de la Loi de Moïse une réalité indispensable de leur vie chrétienne) sur leur expérience initiale et la façon dont ils ont reçu l’Esprit Saint en adhérant uniquement à Jésus Christ par la foi (3, 1 - 5).
Il leur a ensuite présenté l’attitude de foi d’Abraham selon Genèse, 15, 6, pour leur montrer que tous ceux qui sont croyants (Juifs ou païens convertis) prennent la suite de cette attitude d’Abraham (3, 6 - 14).
S’appuyer sur la Loi pour être sauvé, c’est ne pas se rendre compte qu’une telle voie est impossible à suivre, car nous n’arriverons jamais à appliquer à la perfection tous les commandements de cette Loi, et, en ce sens, elle devient pour nous source de malédiction.
Cela ne veut pas dire qu’elle ait été inutile : elle a, pendant un certain temps, joué le rôle de guide et de surveillant pour aider les membres du peuple d’Israël à aller dans la bonne direction, sans pour autant leur permettre d’atteindre le but, que seule la grâce gratuite de Dieu peut nous accorder, à la condition que nous nous ouvrions à cette grâce par la foi qui nous fait nous remettre, en toute confiance, entre les mains de Dieu, en nous laissant faire par son action de salut, accomplie et transmise, par le Christ, dans l’Esprit Saint.
En effet, c’est seulement par l’envoi de son Fils que Dieu nous a libérés de l’esclavage du péché, et de cette tutelle de la Loi Juive, dont nous n’avons désormais plus besoin, dans la mesure où Dieu fait de nous ses fils et ses filles, tous égaux, frères et soeurs les uns des autres, dans l’unité que nous vivons avec le Christ, et dans la mesure où nous laissons passer en nous l’attitude d’amour de Jésus qui donne sa vie pour ses frères, car, comme le dit Paul, “celui qui aime son frère accomplit la Loi” (Galates, 5, 14 et Marc, 12, 31).
4. Prolongement
A plusieurs reprises (voir Colossiens, 3, 11 et Romains, 10, 12), Paul insiste sur cette abolition des différences entre tous les croyants, qu’il s’agisse de différence de sexe, de race ou de niveau social.
Si la promesse faite par Dieu à Abraham (Genèse, 12, 1 - 5) comprenait à l’origine trois éléments : la descendance (ou la race), la possession de la terre de Palestine, et une bénédiction pour toutes les nations, à l’époque de Paul, la terre de Palestine était propriété de nations étrangères qui l’occupaient depuis plus de 5 siècles, et, avec l’accomplissement de la mission de Jésus, l’appartenance à la race n’est plus nécessaire du tout au salut qu’il propose.
Cependant, le fait que la réalisation de la promesse faite à Abraham se soit élargie ou effectuée, de façon différente de l’annonce exacte formulée à l’origine, ne signifie pas pour autant que cette promesse ait été abolie : qu’on le veuille ou non, Dieu a choisi à l’origine un homme et sa descendance particulière, en un endroit précis de notre planète, pour être le porteur initial d’une promesse visant toute l’humanité qu’il voulait sauver. Si, au niveau de leur foi, tous les croyants sont, selon nous, de la descendance d’Abraham, cette descendance “élargie et spirituelle” ne saurait priver la descendance selon la chair des fils d’Abraham de sa place et de son sens permanents, dans le dessein de Dieu. Voir Romains, 11, 1 - 33, et, particulièrement le verset 29.
Prière
*Seigneur Jésus, en toi le Père nous a bénis, et a conduit à son achèvement la promesse initiale faite à Abraham, et, de ce fait, nous a établis comme tes propres frères et sœurs, fils et filles d’un même Père, partageant ton héritage, tous entrés dans ta famille, sans que ne joue plus désormais entre nous aucune distinction de sexe, de race, ou de niveau social : ouvre mon cœur à l’accueil de tous et de toutes en ton nom, et fais-moi comprendre concrètement qu’en chacune de mes rencontrés humaines, tu es la, invisible, avec chacune ou chacun de mes interlocuteurs, partageant la situation d’accueil, ou de non accueil, que je lui offre. AMEN.
12.10.2002.*
Évangile : Luc 11, 27-28
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
27 Or il advint, comme il parlait ainsi, qu’une femme éleva la voix du
milieu de la foule et lui dit: ” Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins
que tu as sucés! “
28 Mais il dit: Heureux plutôt cenx qui écoutent la parole de Dieu et
l’observent.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
Jésus vient de chasser un démon, et voici qu’on le proclame agent de Béelzébou1, le chef des démons, ce que Jésus, bien entendu, réfute, en se déclarant nettement le plus fort face au démons (11,14 - 23).
l..e fait que le démon ait été vaincu et que l’on soit désormais converti au Royaume qu’annonce Jésus, ne veut pas dire pour autant que tout soit définitivement gagné : cela nécessite, en effet, fidélité et vigilance (11, 14 - 26).
Avant de répondre à une demande, qui lui a été faite, toujours après qu’il ait chassé ce démon, de produire un signe qui vienne du ciel, .Jésus réagit à une interpellation de quelqu’un dans la foule (11, 27 - 28). Et c’est là notre passage de ce jour.
2. Message
La victoire de Jésus qui libère l’homme du mal n’est pas un sortilège “magique”. Toute personne ainsi libérée et devenue disciple doit répondre par la foi à la Parole de Dieu que présente et accomplit Jésus.
Cela veut dire “écouter et garder la Parole”. Car telle est bien la manifestation d’un changement de vie et d’une ouverture au Royaume de Dieu.
Il en va de même pour la Mère de Jésus. Le don d’être la Mère du Christ-Messie, qui lui a été conféré, ne la dispense pas de vivre cette mission dans la foi.
Et c’est bien ce qu’elle a vécu, comme nous le montre Luc tout au long de son Evangile.
Tels sont les croyants qu’attend Jésus, et dont il oppose l’attitude à celle de ses adversaires (11, 14 - 25). En effet, la foi, qui est la remise de soi en toute confiance et avec une coeur de pauvre, est la seule attitude qui permette une véritable rencontre du Dieu vivant.
3. Decouvertes
Luc nous présente Marie comme une croyante qui dit “OUI” à Dieu qui l’appelle et l’interpelle par l’ange Gabriel (1, 38).
Elle est proclamée “heureuse d’avoir cru” par sa cousine Elizabeth dans la scène de la Visitation (1, 45).
Elle médite dans son coeur les événements de la naissance et de l’apparition de Jésus, tels que Luc nous les décrit (2, 19 et 2, 51).
“Etre sa Mère ou son Frère”, nous a dit Jésus lui-même (8, 21), c’est écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique.
4. Prolongement
La foi a été l’attitude constante et parfaite de Jésus tout au long de son existence et de sa mission : voir à ce sujet : Philippiens, 2, 5 - 11 (Jésus obéissant jusqu’à la mort de la croix), Hébreux, 12, 2 (Jésus, initiateur et accomplissement de la foi), Jean, 5, 30 et 6, 38 (la foi de Jésus comme obéissance totale à la volonté du Père, et dont il dit que telle est sa nourriture : Jean, 4, 34).
Proclamation de Paul aux Romains qui devient pour nous méditation et appel profond :
5 Moïse écrit en effet de la justice née de la Loi qu’en l’accomplissant l’homme vivra par elle
6 tandis que la justice née de la foi, elle, parle ainsi : Ne dis pas dans ton coeur : Qui montera au ciel ? entends : pour en faire descendre le Christ ;
8 Que dit-elle donc ? La parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton coeur , entends : la parole de la foi que nous prêchons.
9 En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton coeur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.
10 Car la foi du coeur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut.
11 L’Écriture ne dit-elle pas : Quiconque croit en lui ne sera pas confondu ?
12 Aussi bien n’y a-t-il pas de distinction entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur riche envers tous ceux qui l’invoquent.
13 En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
14 Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ?
15 Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? selon le mot de l’Éçriture : Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles !
16 Mais tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle. Car Isaïe l’a dit : Seigneur, qui a cru à notre prédication ?
17 Ainsi la foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, toi seul est le véritable “chef” de notre foi qui la mène à sa perfection et tous ceux qui t’ont approché d’au plus près, à commencer par Marie ta Mère, proclamée première des crioyants, ainsi que tes premiers disciples et convertis, ont reproduit ton visage de croyant à l’écoute constante de la volonté du Père, afin de la mettre en pratique dans le “OUI” permanent d’une obéissance toujours disponible : aide-moi, par ton Esprit Saint, à croître dans cette disponibilité totale à Dieu, notre Père, et à témoigner ainsi, devant mes frères et soeurs, que telle est l’attitude que tu attends de tous ceux qui te suivent. AMEN.
11.10.2003.*