📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Joël 1, 1-15

DU LIVRE DE JOËL

Texte

13 Prêtres, revêtez-vous du sac! Poussez des cris de deuil! Lamentez-vous, serviteurs de l’autel! Venez, passez la nuit vêtus du sac, serviteurs de mon Dieu! Car la maison de votre Dieu est privée d’oblation et de libation.
14 Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, réunissez, anciens, tous les habitants du pays à la maison de Yahvé votre Dieu. Criez vers Yahvé :
15 Ah! Quel jour! Car il est proche, le jour de Yahvé, il arrive comme une dévastation venant de Shaddaï

1 Sonnez du cor à Sion, donnez l’alarme sur ma montagne sainte! Que tous les habitants du pays tremblent, car il vient, le jour de Yahvé, car il est proche!
2 Jour d’obscurité et de sombres nuages, jour de nuées et de ténèbres! Comme l’aurore, se déploie sur les montagnes un peuple nombreux et fort, tel que jamais il n’y en eut, tel qu’il n’en sera plus après lui, de génération en génération.

Commentaire

1. Situation

On ne connaît rien de Joël (dont le nom signifie “Yahvé est Dieu”), fils de Pethuel (dont le nom peut signifier “homme de Dieu”).

Même si de nombreux spécialistes pensent qu’il a vécu son ministère au milieu du 4ème siècle, il vaut mieux le situer quelques années avant l’an 600, du fait qu’un certain nombre de détails de son texte font allusion à des situations du 7ème siècle, après la disparition du royaume du Nord et avant la destruction de Jérusalem. De plus, ce Livre est écrit dans un hébreu d’avant l’exil.

Cette oeuvre esst analysée de façons différentes, soit comme un seul discours prophétique, soit selon la juxtaposition de 2 parties (réaction du prophète à une invasion de sauterelles aux chapitres 1 et 2, suivie d’une annonce de la fin des temps en langage apocalyptique, de 2, 28 à 3, 21), qui viendraient d’auteurs différents, soit encore comme une liturgie utilisée lors d’une invasion de sauterelles.

Les 8 premières unités littéraires de ce Livre (1, 1 - 2, 27) nous proposent des paroles du prophète concernant Israël et Juda, tandis que les 4 dernières unités nous partagent des paroles de Dieu visant les relations de Dieu avec toutes les nations (2, 28 - 3, 21).

L’idée de la proximité du Jour du Seigneur établit un lien très fort entre ces deux parties, et nous invitent à considérer ce Livre prophétique comme un “tout” bien unifié.

Le message du Livre concerne : d’abord le “Jour de Yahvé”, triomphe de Dieu sur ses ennemis et théophanie de Dieu, ensuite, l’effusion de l’énergie de l’Esprit de Dieu qui va causer de grands changements dans la mentalité des hommes (3, 1 - 2), enfin, la dimension de destruction de la manifestation de Dieu, arrivèe de futures bénédictions à venir : d’où l’importance de retourner à Dieu dans la prière, en lui demandant sa miséricorde.

La valeur de ce message est permanente dans la mesure où il annonce le passage terrible et purifiant de Dieu, et invite à la conversion. Ce message est si prenant qu’on est allé jusqu’à dire que la parole de Joël créait les calamités qu’elle annonçait. Ce message dépasse les limites de temps et d’espace et s’applique à tous les moments de l’histoire.

2. Message

Comment réagir face à une catastrophe naturelle ? Des sauterelles ont envahi le pays et détruit les récoltes, et vont continuer de le faire. Joël interprète cet événement comme une signe du jugement définitif de Dieu sur son peuple.

D’où l’appel du prophète : s’il en est ainsi, il faut se convertir, pour se préparer à ce jugement attendu de Dieu, considéré comme l’enjeu suprême de nos existences.

Après s’être adressé aux ivrognes et autres jouisseurs, ainsi qu’aux laboureurs et aux vignerons, le prophète interpelle maintenant les prêtres : il leur faut faire pénitence, prendre le deuil, se lamenter, jeûner, puis organiser des célébrations de pénitence pour le peuple (jeûne, imploration du Seigneur), avec la proclamation du Jour du Seigneur qui vient.

Cette invitation lancée au peuple doit se faire le plus solennellement possible, afin que les gens frémissent de peur devant cette perspective du Jour du Seigneur, dont ils ont à souligner l’ampleur terrifiante que décrit bien l’image d’une immense et puissante armée menaçante, aussi prête à se répandre que l’aurore qui couvre les montagnes.

3. Decouvertes

Face à une invasion catastrophique et désastreuse de sauterelles, le peuple, animé par ses prêtres, doit se réveiller, jeûner, se rassembler et prier.

L’invasion de sauterelles est présentée ici comme la forme visible de l’attaque d’une étrange puissance.

Le Jour du Seigneur est une manifestation terrible de Dieu que le prophète se trouve obligé d’évoquer. Ce Jour du Seigneur crée la sécheresse et le désespoir.

Cette manifestation de Dieu, en ce Jour-là, ressemblera à la marche d’une puissante armée, arrivant de nuit, contre Jérusalem.

4. Prolongement

Pour situer notre position devant Dieu après la mort et la résurrection de Jésus, Luther employait cette formule, que l’Eglise catholique romaine a toujours contestée, mais qui n’en a pas moins le mérite de montrer les différentes données de l’enjeu de notre salut dans le Christ : “le croyant est à la fois toujours juste, toujours pécheur et toujours pénitent”.

Jésus, et ses disciples qui ont présenté et commenté son Evangile dans le Nouveau Testament, nous ont annoncé une libération effective et transformante, qui fait de nous des “hommes nouveaux”, véritablement devenus “fils”, appelés à reproduire de plus en plus l’image du Christ (Romains, 8).

Mais tout cela nous est accordé gratuitement, sans aucun mérite de notre part : Dieu nous offre son salut, son pardon, sa grâce, le partage de sa vie, proposition devant laquelle nous avons sans cesse à demeurer ouverts, en attente, avec un coeur de pauvre, qui s’exprime selon la prière du publicain que cite Jésus dans l’une de ses paraboles : “Seigneur, aie pitié de moi qui suis pécheur”.

En effet, chaque fois que nous essayons de vivre à partir de nous mêmes comme référence de départ, et non à partir de Dieu, nous sommes pécheurs.

Jésus nous redit : “Hors de moi, vous ne pouvez rien faire” (Jean, 15). Et Paul de commenter : “c’est par grâce que vous êtes sauvés… vous n’y êtes pour rien, c’est un don de Dieu” (Ephésiens, 2, 5 - 11).

Prière

*Seigneur Jésus, tu t’es engagé jusqu’au bout de tes possibilités humaines pour nous révéler et nous partager la miséricorde de Dieu, qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer, c’est ainsi que tu nous partages la vie même de Dieu, et tu n’attends de nous que cette ouverture de notre coeur à ta Parole et à ta venue en nous dans la lumière, la vérité et la force de ton Esprit Saint : re-crée en moi, augmente en moi, cette ouverture profonde à cette transformation que tu me proposes, et dont tu me demandes de devenir le témoin devant tous mes frères et soeurs. AMEN.

10.10.2003.*

Évangile : Luc 11, 15-26

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

15 Mais certains d’entre eux dirent : ” C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons. “
16 D’autres, pour le mettre à l’épreuve, réclamaient de lui un signe venant du ciel.
17 Mais lui, connaissant leurs pensées, leur dit : ” Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et maison sur maison s’écroule.
18 Si donc Satan s’est, lui aussi, divisé contre lui-même, comment son royaume se maintiendra-t-il ?… puisque vous dites que c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons.
19 Mais si, moi, c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons, vos fils, par qui les expulsent-ils ? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges.
20 Mais si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous.
21 Lorsqu’un homme fort et bien armé garde son palais, ses biens sont en sûreté ;
22 mais qu’un plus fort que lui survienne et le batte, il lui enlève l’armure en laquelle il se confiait et il distribue ses dépouilles.
23 ” Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe.
24 ” Lorsque l’esprit impur est sorti de l’homme, il erre par des lieux arides en quête de repos. N’en trouvant pas, il dit : “Je vais retourner dans ma demeure, d’où je suis sorti. “
25 Étant venu, il la trouve balayée, bien en ordre.
26 Alors il s’en va prendre sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l’état final de cet homme devient pire que le premier. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Nouvelle situation que rencontre Jésus, agressive, cette fois, où on lui reproche d’être l’agent de Béelzéboul, prince des démons, lorsqu’il chasse les démons.

Jésus répond par un certain nombre de remarques fortes : d’abord que tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine. Comment, dans cette perspective, Satan se mettrait-il, par Jésus, à s’écraser lui-même ?

Ensuite, continue Jésus, soyez logqiues, si vos fils pratiquent également des exorcismes, vous devriez les accuser de la même façon.

Non, continue, Jésus, il vous faut choisir : comme ce ne peut être Satan qui expulse Satan par mes soins, il n’y a que le “doigt”, ou la puissance, de Dieu qui m’est communiquée, qui puisse le faire, et donc cela signifie qu’avec moi commence le Règne de Dieu.

Enfin, par la parabole de l’homme plus fort qui écrase l’homme fort, Jésus indique nettement que Béelzéboul ou Satan, si puissant fût-il, ne saurait lui résister. Jésus est plus fort que tous les forts. En conséquence, il est nécessaire de suivre totalement Jésus, d’être avec lui. Sinon, l’on risque de retomber sous la puissance de cet adversaire du Royaume. Nous ne pouvons vivre et tenir en vérité devant Dieu qu’avec la puissance de Jésus.

3. Decouvertes

Comme il existait des exorcistes en Israël, chez les Juifs du temps de Jésus, en quoi peut-on dire que l’action de Jésus différait de la leur ? Parce que Jésus agissait directement avec autorité, sans recourir à des prières ou a d’autres formes de la tradition d’Israël. Il agissait toujours à partir de lui-même, en commandant aux esprits impurs, ce qui surprenait ses contemporains au début de sa mission (Luc, 4, 36).

De plus, il prenait des libertés avec certaines exigences de la Loi (en matière de rites de purification, ou de priorité du service de l’homme sur le repos du Sabbat). On peut, dans ces conditions, comprendre que certains l’aient pris pour un athée, se situant hors des clauses de l’Alliance entre Dieu et son peuple, dont dérivaient tous les commandements et pratiques d’Israël.

Jésus a, d’autre part, toujours refusé de répondre à ceux qui lui demandaient un “signe dans le ciel” (voir 11, 29 - 32)

4. Prolongement

Prendre Jésus pour Satan ou Béelzéboul, identifier Dieu, ou son envoyé, avec son contraire, tel est bien le péché contre l’Esprit, dont a parlé Jésus par ailleurs à ce propos (Marc, 3, 28 - 30).

Tout au long de l’Evangile, Jésus a demandé, et il nous demande encore, qu’on le suive sans conditions, quelles que soient nos situations.

Prière

*Seigneur Jésus, tu t’es proclamé comme le plus fort, et celui qui terrasse l’adversaire, nous savons également, parce que tu l’as dit, que tu as vaincu le monde, dans ton “OUI” au Père, qui t’a conduit à prendre tous les risques au nom de la Bonne Nouvelle du Royaume, et nous croyons que tu nous as transmis cette victoire par le don que tu nous as fait de ton Esprit Saint, qui te rend présent au coeur de chacune et de chacun d’entre nous : viens augmenter ma foi, selon laquelle je me remets totalement à toi dans la confiance, et qui, lors de ta rencontre, me pousse à te suivre de plus en plus en vérité, dans tous mes engagements de disciple, et toutes mes expressions humaines de croyant. AMEN.

11.10.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour