📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Galates 3, 6-14
DE LA LETTRE AUX GALATES
Texte
6 Comme Abraham crut à Dieu, et que cela lui fut imputé à justice,
7 reconnaissez donc que ce sont ceux qui ont la foi qui sont fils d’Abraham.
8 Aussi l’Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a d’avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham: Toutes les nations seront bénies en toi!
9 de sorte que ceux qui croient sont bénis avec Abraham le croyant.
10 Car tous ceux qui s’attachent aux oeuvres de la loi sont sous la malédiction; car il est écrit: Maudit est quiconque n’observe pas tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, et ne le met pas en pratique.
11 Et que nul ne soit justifié devant Dieu par la loi, cela est évident, puisqu’il est dit: Le juste vivra par la foi.
12 Or, la loi ne procède pas de la foi; mais elle dit: Celui qui mettra ces choses en pratique vivra par elles.
13 Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous, car il est écrit: Maudit est quiconque est pendu au bois,
14 afin que la bénédiction d’Abraham eût pour les païens son accomplissement en Jésus Christ, et que nous reçussions par la foi l’Esprit qui avait été promis.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Galates, envoyée à plusieurs Eglises de Galatie, est la plus passionnée des lettres de Paul, car l’apôtre y défend âprement la vérité de l’Evangile (2, 5), et sa présentation de la vérité de Dieu en Jésus Christ (1, 12).
Cette Lettre se situe dans le contexte du combat mené, et gagné, à la longue au moins, par Paul dans l’Eglise primitive, pour que l’on n’impose pas aux païens devenus chrétiens la circoncision Juive et la Loi de Moïse comme partie intégrante de la Bonne Nouvelle de Jésus. Cela n’a cependant pas empêché des opposants aux positions de Paul sur ce point d’intervenir, derrière lui en son absence, dans les Eglises évangélisées par Paul pour contredire son enseignement et semer le trouble dans les communautés.
D’une façon générale, on pense que cette Lettre a été écrite entre 49 et 58, mais on la situe majoritairement autour des années 49 - 53, cette dernière date semblant la plus probable.
Après une introduction (1, 1 - 9), trois grandes sections se détachent : - témoignage personnel de Paul sur sa conversion et les débuts de son apostolat (1, 10 - 2, 21), - argument central de la Lettre sur la valeur de l’Evangile annoncé par Paul (3, 1 à 4, 11 ou 4, 30, ou encore 5, 1, selon les commentateurs), - une série d’exhortations morales, qui se terminent en , 6, 10. Vient finalement une conclusion (6, 11 - 18).
A noter que les Galates, comme leur nom l’indique, étaient des tribus d’origine celtique, sinon gauloise.
2. Message
Nous sommes les fils d’Abraham dans la mesure où nous participons à son attitude de foi : en effet cet homme de foi a accueilli la promesse de Dieu le concernant, et dont l’une des données était qu’en lui seraient bénies toutes les nations. Tous ceux qui donc vivent de leur foi (au Christ) sont fils d’Abraham et participent à lz bénédiction qu’il a reçue.
A l’inverse, ceux qui veulent être sauvés par la pratique de la Loi tombent sous le coup de la malédiction, car une telle attitude supposerait que l’on pût obéir parfaitement à toutes les injonctions de cette Loi, ce qui est totalement impossible. Beaucoup ont pensé, à partior d’une autre citation de l’Ecriture, que Paul invoque en cette page, que la pratique des commandements les conduirait au salut : une telle obéissance reconnue comme impossible ne peut donc être source que de malédiction, et Jésus nous a libérés de cette malédiction en se couvrant de cette malédiction elle-même, lorsqu’il fut “pendu au bois” de la croix, en devenant ainsi, selon une autre citation de l’Ancien Testament, un objet de malédiction.
Libération qui nous donne l’Esprit Saint et qui permet à toutes les nations païennes de recevoir la bénédiction promise à Abraham non seulement pour sa descendance mais pour tous les peuples.
3. Decouvertes
Après une première section de sa lettre (1, 10 - 2, 21), dans laquelle il a relaté les débuts de son histoire personnelle de croyant et de son ministère, qui lui paraissent utiles pour le message qu’il veut adresser aux Galates, Paul est entré, depuis le 1er verset du chapitre 3, dans l’argumentation centrale de la parole qu’il entend développer à ses destinataires.
Il a ainsi commencé par demander aux Galates s’ils avaient reçu l’Esprit Saint et continuaient d’en vivre l’expérience par la pratique des oeuvres de la Loi ou en accueillant la bonne Nouvelle de Jésus par la foi.
Maintenant, à partir du verset 6 et jusqu’au verset 14, Paul fait appel à l’expérience d’Abraham. Nous découvrons qu’Abraham entre en scène sous la plume de Paul au verset 3, 6 et y demeurera plus ou moins présent jusqu’en 5, 21.
Vu son importance dans les textes les plus anciens de l’Ancien Testament, il n’est pas surprenant que Paul ait repris des points de son histoire, et probablemnet pour réfuter les interprétatins que les chrétiens judaïsants faisaient de ces récits concernant Abraham.
Dans ce passage, Paul fait immédiatement appel au texte de Genèse, 15, 6 pour montrer que tous ceux qui croient au Christ (qu’ils soient païens ou Juifs d’origine) sont descendants d’Abraham. A noter que Paul ne met pas du tout l’accent sur Genèse, 17, 4 - 14, concernant l’acceptation par Abraham de la circoncision, mais s’en tient à la première réponse de foi d’Abraham, ce qui lui suffit (versets 6 - 8).
Paul cite ensuite Genèse, 12, 3 et 18, 18, afin de proclamer que Dieu avait déjà fait connaître d’avance à Abraham, d’une certaine façon, que les païens seraient justifiés par la foi et par le don de la grâce et de la paix (versets 8 - 9).
Au verset 10, Paul invoque Deutéronome, 27, 26 pour souligner que la pratique de la Loi de Moïse ne peut conduire qu’à la malédiction, du fait qu’il est absolument impossible à l’homme de l’observer en totalité.
Aux versets 11 - 12, Paul maintient que nous ne tenons debout devant Dieu que par la foi que nous devons choisir comme seule attitude valable et salutaire, et non par les oeuvres de la Loi, avec, à l’arrière plan, les passages de Habakuk, 2, 4 et de Lévitique, 18, 5. Si l’on vit selon la foi, il n’y a plus à suivre les requêtes de la Loi.
Tout cela se trouve redit de façon positive en 3, 13 - 14 : c’est le Christ qui nous a libérés de la malédiction de la Loi pour que nous recevions l’Esprit Saint par la foi. (ce qui nous renvoie aux versets 3, 2 - 5 du début de ce chapitre).
En quel sens le Christ est-il devenu malédiction pour nous ? En tant que “représentant” tous les croyants, car si l’interprétation radicalement nouvelle qu’a donnée Jésus de la Loi a été pour lui source de malédiction, cette malédiction, il l’a détuite en sa mort-résurrection qui nous en apporte la libération.
4. Prolongement
Tous ces développements vont trouver leur accomplissement dans cette même Lettre aux Galates, où il nous sera dit que nous sommes devenus “fils” adoptifs, ayant revêtu le Christ, et où nous aurons à découvrir que la clé d’une vie authentiquement chrétienne tient en cette formule de Galates, 5, 6 : “il n’y a que la foi qui agit par la charité”.
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui nous as libérés des entraves de toute Loi qui n’est pas en elle-même manière de témoigner de l’amour reçu par toi de Dieu dans l’Esprit Saint : apprends-moi à demeurer toujours vraiment libre et à me laisser de plus en plus conduire par ton Esprit. AMEN.
08.10.2004.*
Évangile : Luc 11, 15-26
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
15 Mais certains d’entre eux dirent : ” C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons. “
16 D’autres, pour le mettre à l’épreuve, réclamaient de lui un signe venant du ciel.
17 Mais lui, connaissant leurs pensées, leur dit : ” Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et maison sur maison s’écroule.
18 Si donc Satan s’est, lui aussi, divisé contre lui-même, comment son royaume se maintiendra-t-il ?… puisque vous dites que c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons.
19 Mais si, moi, c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons, vos fils, par qui les expulsent-ils ? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges.
20 Mais si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous.
21 Lorsqu’un homme fort et bien armé garde son palais, ses biens sont en sûreté ;
22 mais qu’un plus fort que lui survienne et le batte, il lui enlève l’armure en laquelle il se confiait et il distribue ses dépouilles.
23 ” Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe.
24 ” Lorsque l’esprit impur est sorti de l’homme, il erre par des lieux arides en quête de repos. N’en trouvant pas, il dit : “Je vais retourner dans ma demeure, d’où je suis sorti. “
25 Étant venu, il la trouve balayée, bien en ordre.
26 Alors il s’en va prendre sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l’état final de cet homme devient pire que le premier. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Nouvelle situation que rencontre Jésus, agressive, cette fois, où on lui reproche d’être l’agent de Béelzéboul, prince des démons, lorsqu’il chasse les démons.
Jésus répond par un certain nombre de remarques fortes : d’abord que tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine. Comment, dans cette perspective, Satan se mettrait-il, par Jésus, à s’écraser lui-même ?
Ensuite, continue Jésus, soyez logqiues, si vos fils pratiquent également des exorcismes, vous devriez les accuser de la même façon.
Non, continue, Jésus, il vous faut choisir : comme ce ne peut être Satan qui expulse Satan par mes soins, il n’y a que le “doigt”, ou la puissance, de Dieu qui m’est communiquée, qui puisse le faire, et donc cela signifie qu’avec moi commence le Règne de Dieu.
Enfin, par la parabole de l’homme plus fort qui écrase l’homme fort, Jésus indique nettement que Béelzéboul ou Satan, si puissant fût-il, ne saurait lui résister. Jésus est plus fort que tous les forts. En conséquence, il est nécessaire de suivre totalement Jésus, d’être avec lui. Sinon, l’on risque de retomber sous la puissance de cet adversaire du Royaume. Nous ne pouvons vivre et tenir en vérité devant Dieu qu’avec la puissance de Jésus.
3. Decouvertes
Comme il existait des exorcistes en Israël, chez les Juifs du temps de Jésus, en quoi peut-on dire que l’action de Jésus différait de la leur ? Parce que Jésus agissait directement avec autorité, sans recourir à des prières ou a d’autres formes de la tradition d’Israël. Il agissait toujours à partir de lui-même, en commandant aux esprits impurs, ce qui surprenait ses contemporains au début de sa mission (Luc, 4, 36).
De plus, il prenait des libertés avec certaines exigences de la Loi (en matière de rites de purification, ou de priorité du service de l’homme sur le repos du Sabbat). On peut, dans ces conditions, comprendre que certains l’aient pris pour un athée, se situant hors des clauses de l’Alliance entre Dieu et son peuple, dont dérivaient tous les commandements et pratiques d’Israël.
Jésus a, d’autre part, toujours refusé de répondre à ceux qui lui demandaient un “signe dans le ciel” (voir 11, 29 - 32)
4. Prolongement
Prendre Jésus pour Satan ou Béelzéboul, identifier Dieu, ou son envoyé, avec son contraire, tel est bien le péché contre l’Esprit, dont a parlé Jésus par ailleurs à ce propos (Marc, 3, 28 - 30).
Tout au long de l’Evangile, Jésus a demandé, et il nous demande encore, qu’on le suive sans conditions, quelles que soient nos situations.
Prière
*Seigneur Jésus, tu t’es proclamé comme le plus fort, et celui qui terrasse l’adversaire, nous savons également, parce que tu l’as dit, que tu as vaincu le monde, dans ton “OUI” au Père, qui t’a conduit à prendre tous les risques au nom de la Bonne Nouvelle du Royaume, et nous croyons que tu nous as transmis cette victoire par le don que tu nous as fait de ton Esprit Saint, qui te rend présent au coeur de chacune et de chacun d’entre nous : viens augmenter ma foi, selon laquelle je me remets totalement à toi dans la confiance, et qui, lors de ta rencontre, me pousse à te suivre de plus en plus en vérité, dans tous mes engagements de disciple, et toutes mes expressions humaines de croyant. AMEN.
11.10.2002.*