📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Romains 1, 1-7
DE LA LETTRE AUX ROMAINS
Texte
1 Paul, serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu,
2 que d’avance il avait promis par ses prophètes dans les saintes Écritures,
3 concernant son Fils, issu de la lignée de David selon la chair,
4 établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts, Jésus Christ notre Seigneur,
5 par qui nous avons reçu grâce et apostolat pour prêcher, à l’honneur de son nom, l’obéissance de la foi parmi tous les païens,
6 dont vous faites partie, vous aussi, appelés de Jésus Christ,
7 à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome, aux saints par vocation, à vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.
Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).
C.est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.
Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.
Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.
En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.
Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).
Notre passage identifie les destinataires de cette lettre et les salutations que Paul leur adresse avant d’entrer dans son exposé doctrinal.
2. Message
Paul s’adresse ici à tous les “bien-aimés de Dieu qui sont à Rome”, et leur souhaite grâce et paix de la part de Dieu et du Seigneur Jésus Christ. Il le fait en se définissant lui-même comme serviteur de Jésus Christ, c’est-à-dire en tant qu’homme attaché totalement à la personne et à la cause de Jésus.
Au coeur de cette démarche de salutation, Paul tient à préciser l’objet de sa mission : annoncer l’Evangile de Dieu. Il a en effet reçu de Jésus la grâce d’être apôtre pour cela. Car il s’agit, pour lui, de conduire à la foi, qui est attitude d’obéissance, tous les peuples païens, afin qu’ils se reconnaissent, eux aussi, appelés par le Seigneur.
Paul, enfin, nous ouvre un aperçu sur la vérité centrale de son Evangile de Dieu : à savoir l’accomplissement de toutes les annonces prophétiques de l’Ancien Testament dans l’envoi par Dieu de son Fils Jésus, auquel Paul donne le titre de Seigneur. Car il le présente, à la fois comme descendant de David dans la faiblesse de son humanité et comme établi Fils de Dieu “avec puissance”, selon l’Esprit Saint, par sa résurrection des morts.
3. Decouvertes
Remarquons que ces 7 versets ne forment qu’une seule phrase dans le texte grec de Paul. Cette page, lue ainsi d’une seule traite, montre bien qu’à travers la mission de Paul, l’action de Dieu, commencée dans l’Ancien Testament accompli par Jésus, vient rejoindre tous les destinataires de cette mission.
La communauté de Rome étant composée de Juifs et de païens devenus chrétiens, cette mission dans laquelle s’achève l’ Ancien Testament, sort, du même coup, des limites d’une race élue et d’une terre promise : elle manifeste vraiment l’extension de la vocation d’Abraham à toutes les nations : “en toi seront bénies toutes les nations de la terre” (Genèse, 12, 3).
Paul se situe bien ici face à un unique dessein de Dieu dans l’histoire, pour tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps.
Le verset 3 nous parle du Fils (le Seigneur Jésus) issu selon la chair, puis établi Fils de Dieu selon l’Esprit Saint par sa résurrection. Ce verset a fait l’objet de nombreux et différents commentaires, qui ont soulevé des questions impossibles à résoudre si l’on cherche à expliquer le “comment” de la realité du Christ Jesus en son humanité liée a sa divinité (selon les affirmations dogmatiques de notre “Credo”).
D’une certaine façon, à comparer ce texte avec d’autres affirmations du Nouveau Testament, dont nous avons à tenir compte de la datation établie des divers livres qui le composent, on conclut volontiers à une évolution dans la compréhension “théologique” du mystère de Christ Jésus, Fils de Dieu :
- pour Paul, il est Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit Saint à partir de sa résurrection,
- pour Marc, il en a reçu révélation lors de son baptême par Jean Baptiste dans les eaux du Jourdain,
- pour Matthieu et l,uc, il l’est dès sa conception dans le sein de la Vierge Marie, sa Mère,
- pour Jean, il l’est de toute éternité en sa qualité de “Verbe” de Dieu qui s’est fait chair à une période précise de l’histoire des hommes.
Il est vrai qu’à force de méditer sur les éléments d’un mystère insondable, on arrive à des conclusions de plus en plus avancées à mesure qu’on progresse.
Paul, cependant, ne semble pas se situer du tout à ce niveau “explicatif”. II affirme conjointement que Jésus est “Fils de Dieu” dans sa limite humaine charnelle (verset 3), avant d’y être établi, avec puissance et selon l’Esprit Saint, par sa résurrection.
Tous ces aspects, liés à l’histoire et à l’existence de l’homme Jésus, concernent simultanément tout le mystère de Celui que Paul appelle Jésus, Christ, Seigneur, Fils de Dieu. C’est un peu comme s’il nous propose tous les éléments d’un puzzle, sans chercher à le reconstituer de manière unique et définitive.
A noter que le mot “chair”, dans la Bible de l’ Ancien et du Nouveau Testament, définit l’homme dans sa dimension de précarité et de fragilité d’une existence limitée et menacée par la mort.
4. Prolongement
Comme Paul, à notre tour, à notre époque, en nos situations, nous sommes les prolongements visibles de l’accomplissement du salut de Dieu réalisé une fois pour toutes dans l’obéissance totale que Jésus a manifestée tout au long de sa courte existence humaine.
Quand nous sommes nourris de la Parole de Dieu, et replongés dans le mystère de Jésus et le don de son Esprit Saint, chaque fois que nous le célébrons en communauté de croyants pour “faire mémoire de lui”, nous témoignons de sa présence en notre vie par notre attitude de foi qui agit par la charité (Galates, 5, 6).
Ainsi, transmettons-nous le Christ, en son efficacité de Sauveur, à tous nos frères, et à notre façon d’hommes et de femmes visiblement engagés comme serviteurs et révélateurs de Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, nous aussi, dès avant la création du monde, Dieu nous a mis à part, pour que nous lui soyons des fils adoptifs, et, de ce fait, tu nous appelles à être, à notre tour, tes disciples et tes envoyés, porteurs de ta Bonne Nouvelle et témoins du salut de Dieu, qui nous as transformés radicalement dans le mystère de ta mission, de ta mort-résurrection et du don de l’Esprit Saint : donne-moi un surplus de ta lumière, afin que je me rende mieux compte de ce que j’ai reçu de toi et de ce que tu attends de moi chaque jour, dans ce monde où je me trouve placé pour y vivre mon parcours au milieu de tous mes frères et soeurs, proches et lointains. AMEN.
13.10.2003.*
Évangile : Luc 11, 29-32
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
29 Comme les foules se pressaient en masse, il se mit à dire : ” Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas.
30 Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l’homme en sera un pour cette génération.
31 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon !
32 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas !
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Jésus, qui, dans son ministère, multiplie les signes de la miséricorde de Dieu, constate l’incrédulité de ceux qui le contestent, et qui lui demandent de leur exécuter des signes sur commande, et des signes spectaculaires (dans le ciel).
Pour souligner cette incrédulité, il leur rappelle ce que la Bible rapporte de la mission de Jonas auprès des habitants de Ninive, qui ont perçu la proclamation de ce prophète comme un signe de Dieu, et se sont donc convertis en réponse à sa parole (Jonas, 3 - 4).
De même, toujours selon la Bible, la reine de Saba a su entreprendre un long voyage pour aller écouter les propos de sagesse du roi Salomon, dont elle avait appris la réputation de sage (1 Rois, 10).
Jésus, qui est bien plus que Jonas et que Salomon, condamne ainsi ses auditeurs qui ne veulent pas le reconnaître dans sa Parole et ses gestes, alors qu’ils sont membres du peuple de Dieu, et non pas des païens, comme ces personnes qu’il leur a citées en exemple.
3. Decouvertes
Cette page fait partie d’un épisode centré sur la controverse concernant l’origine du pouvoir de Jésus, qui vient de Dieu, et non pas du diable (11, 14 - 36).
Ceux qui accusent Jésus d’agir par la puissance de Béelzéboul ne reconnaissent pas les signes qu’il accomplit sous leurs yeux, et lui demandent des preuves supplémentaires sous forme d’un signe prédéfini par eux.
Jésus leur montre à quel point eux, qui sont ses contemporains, sont incapables de discerner son message et son appel, et donc de lui donner une réponse qui les ferait avancer vers le salut de Dieu.
4. Prolongement
Bien que nous soyons de ceux qui ont cru en Jésus, et l’ont suivi comme disciples, nous avons toujours à le redécouvrir, pour lui donner davantage de place dans notre existence de croyants, et mieux discerner ainsi le chemin qu’il nous trace vers le Père, chemin qu’il est lui-même, intégralement (Jean, 14, 6).
Le risque qui nous est propre serait de “banaliser” la présence de Jésus, et la référence qu’il représente pour nous, au point de ne plus percevoir sa nouveauté permanente, et son invitation à aller plus loin avec lui.
Prière
*Seigneur Jésus, tu as multiplié tes signes d’accueil, de miséricorde, de pardon et de guérison, pour nous révéler à quel point Dieu, par toi et en toi, se fait proche de nous, marche avec nous sur notre route, et nous prend en charge dans toutes les dimensions de notre vie : apprends-moi à toujours te rencontrer avec un regard neuf ainsi qu’un coeur disponible, à entendre ainsi ta Parole et ton appel, et à aller plus loin avec toi, dans la mission que tu m’as confiée, de t’annoncer et de te révéler le plus complètement possible à mes frères et soeurs, les hommes et et les femmes de ce temps. AMEN.
14.10.2002.*