📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Galates 4, 1-31
DE LA LETTRE AUX GALATES
Texte
21 Dites-moi, vous qui voulez être sous la loi, n’entendez-vous point la loi?
22 Car il est écrit qu’Abraham eut deux fils, un de la femme esclave, et un de la femme libre.
23 Mais celui de l’esclave naquit selon la chair, et celui de la femme libre naquit en vertu de la promesse.
24 Ces choses sont allégoriques; car ces femmes sont deux alliances. L’une du mont Sinaï, enfantant pour la servitude, c’est Agar,
25 car Agar, c’est le mont Sinaï en Arabie, -et elle correspond à la Jérusalem actuelle, qui est dans la servitude avec ses enfants.
26 Mais la Jérusalem d’en haut est libre, c’est notre mère;
27 car il est écrit: Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantes point! Éclate et pousse des cris, toi qui n’as pas éprouvé les douleurs de l’enfantement! Car les enfants de la délaissée seront plus nombreux Que les enfants de celle qui était mariée.
28 Pour vous, frères, comme Isaac, vous êtes enfants de la promesse;
29 et de même qu’alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’Esprit, ainsi en est-il encore maintenant.
30 Mais que dit l’Écriture? Chasse l’esclave et son fils, car le fils de l’esclave n’héritera pas avec le fils de la femme libre.
31 C’est pourquoi, frères, nous ne sommes pas enfants de l’esclave, mais de la femme libre.
1 C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Galates, envoyée à plusieurs Eglises de Galatie, est la plus passionnée des lettres de Paul, car l’apôtre y défend âprement la vérité de l’Evangile (2, 5), et sa présentation de la vérité de Dieu en Jésus Christ (1, 12).
Cette Lettre se situe dans le contexte du combat mené, et gagné, à la longue au moins, par Paul dans l’Eglise primitive, pour que l’on n’impose pas aux païens devenus chrétiens la circoncision Juive et la Loi de Moïse comme partie intégrante de la Bonne Nouvelle de Jésus. Cela n’a cependant pas empêché des opposants aux positions de Paul sur ce point d’intervenir, derrière lui en son absence, dans les Eglises évangélisées par Paul pour contredire son enseignement et semer le trouble dans les communautés.
D’une façon générale, on pense que cette Lettre a été écrite entre 49 et 58, mais on la situe majoritairement autour des années 49 - 53, cette dernière date semblant la plus probable.
Après une introduction (1, 1 - 9), trois grandes sections se détachent : - témoignage personnel de Paul sur sa conversion et les débuts de son apostolat (1, 10 - 2, 21), - argument central de la Lettre sur la valeur de l’Evangile annoncé par Paul (3, 1 à 4, 11 ou 4, 30, ou encore 5, 1, selon les commentateurs), - une série d’exhortations morales, qui se terminent en , 6, 10. Vient finalement une conclusion (6, 11 - 18).
A noter que les Galates, comme leur nom l’indique, étaient des tribus d’origine celtique, sinon gauloise.
2. Message
Ce texte, réduit et reconstitué après de nombreuses coupures dans la lecture biblique liturgique catholique romaine de ce jour, souligne la différence entre l’Alliance donnée par Dieu au Mont Sinaï et l’Alliance signée et réalisée par Jésus en sa mission, sa mort et sa résurrection.
La première Alliance liée au don de la Loi conduit à l’esclavage, tandis que la seconde nous libère pour une existence de liberté dans l’Esprit Saint.
Pour illustrer son propos, Paul fait appel à l’histoire d’Abraham et de ses deux fils, dont l’un lui avait été donné par son esclave Agar (Ismaël), et l’autre par Sarah, son épouse, et donc une femme libre Sarah (Isaac). Le fils de l’esclave et sa mère furent ensuite chassés, et devinrent un grand peuple différent, né lui aussi de la descendance d’Abraham, mais sans être pour autant le peuple de la promesse.
La lecture que fait ici PaOul de ces récits de traditions anciennes se complique du fait qu’il voit dans ces deux femmes, Agar et Sarah, l’image allégorique des deux Alliances dont il parle, et ce, avec un décalage, en ce sens que Agar devient ici le symbole de l’Alliance du Sinaï (qui, historiquement a concerné la descendance d’Abraham et de Sarah, la femme libre), tandis que Sarah devient le symbole de la Nouvelle Alliance conclue en Jésus Christ.
3. Decouvertes
On s’est demandé si cette section figure bien à sa place dans cette Lettre et même s’il elle n’y a pas été insérée après Paul. Mieux vaut cependant continuer de la considérer comme un argument frappant final dans la démonstration de Paul sur la nécesité de la foi seule.
Entre 2, 16 et 4, 21a, Paul a parlé 32 fois, en termes négatifs, de la Loi de Moïse. En 4, 21b, le ton change car Paul, pour la première fois, dans cette Lettre, utilise ce mot “Loi” de façon positive : La Loi désigne les Livres de la Torah, ou les 5 premiers livres de nos Bibles, ainsi que leur contenu.
Paul explique ou justifie cette allégorie en précisant que le nom de Agar est lié au Mont Sinaï qui est une montagne d’Arabie. détails qui ne figurent pas dans les récits du Livre de la Genèse.
Dans sa relecture de la Genèse Paul met ainsi sur une même ligne Agar, le Mont Sinaï, l’Alliance conclue à cet endroit avec Moïse, ainsi que la Jérusalem qui n’a pas accueilli Jésus devenue esclave avec ses enfants, tandis qu’il situe sur une autre ligne la femme libre (Sarah, qu’il ne nomme pas) et la Jérusalem d’en haut qui est libre suite à la libération effectuée par Jésus.
Paul avait déjà pris de la distance avec les responsables de l’Eglise Judéo-chrétienne de Jérusalem. Dans la mesure où ces derniers ou d’autres Judéo-chrétiens estiment indispensable, et veulent imposer la pratique de la Loi Juive, ils prennent sur eux également la dimension d’esclavage que Paul attribue à la Jérusalem Juive non chrétienne, bien que, dans sa pensée, tous les chrétiens (qu’ils soient d’origine Juiive ou païenne) appartiennent, de par leur adhésion à Jésus, à la Jérusalem d’en haut “qui est libre et est notre mère”.
La citation d’Isaïe 54 rappelle l’histoire de Sarah, l’épouse d’Abraham.
A noter que les commentateurs se divisent sur le rattachement du verset 5, 1 à la fin du chapitre 4 qui le précède, ou à ce qui le suit.
4. Prolongement
Pourquoi ne pas vouloir demeurer libres lorsque le Christ nous a, une fois pour toutes, libérés ?
Toute l’histoire de la libération d’Israël relatée au Livre de l’Exode nous décrit la préférence quasi spontanée des Hébreux pour le confort et l’absence de risque de l’esclavage Egyptien dont Moïse les avait fait sortir.
Vivre libre est le choix autant que l’accueil d’un dynamisme risqué,et Paul n’hésitera pas à dire, dans les derniers versets du chapitre 6 de sa Lettre aux Romains (Romains, 6, 18 - 23) que la véritable liberté consiste à “s’affranchir de soi-même pour devenir esclaves de Dieu”.
A nous de choisir la véritable voie ouverte aux libérés de la mort par le Christ ressuscité.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as libérés pour que nous demeurions vraiment libres à jamais, en recevant de toi le don de la vraie vie qui vient de Dieu et qui transfigure en dignité de fils et de filles de Dieu notre existence humaine déjà créée à l’image de Dieu : que ton Esprit Saint qui m’habite m’aide à ne jamais “bouder” ou “mettre en veilleuse” cette force de vérité et d’amour qui est notre authentique liberté. AMEN.
11.10.2004.*
Évangile : Luc 11, 29-32
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
29 Comme les foules se pressaient en masse, il se mit à dire : ” Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas.
30 Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l’homme en sera un pour cette génération.
31 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon !
32 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas !
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Jésus, qui, dans son ministère, multiplie les signes de la miséricorde de Dieu, constate l’incrédulité de ceux qui le contestent, et qui lui demandent de leur exécuter des signes sur commande, et des signes spectaculaires (dans le ciel).
Pour souligner cette incrédulité, il leur rappelle ce que la Bible rapporte de la mission de Jonas auprès des habitants de Ninive, qui ont perçu la proclamation de ce prophète comme un signe de Dieu, et se sont donc convertis en réponse à sa parole (Jonas, 3 - 4).
De même, toujours selon la Bible, la reine de Saba a su entreprendre un long voyage pour aller écouter les propos de sagesse du roi Salomon, dont elle avait appris la réputation de sage (1 Rois, 10).
Jésus, qui est bien plus que Jonas et que Salomon, condamne ainsi ses auditeurs qui ne veulent pas le reconnaître dans sa Parole et ses gestes, alors qu’ils sont membres du peuple de Dieu, et non pas des païens, comme ces personnes qu’il leur a citées en exemple.
3. Decouvertes
Cette page fait partie d’un épisode centré sur la controverse concernant l’origine du pouvoir de Jésus, qui vient de Dieu, et non pas du diable (11, 14 - 36).
Ceux qui accusent Jésus d’agir par la puissance de Béelzéboul ne reconnaissent pas les signes qu’il accomplit sous leurs yeux, et lui demandent des preuves supplémentaires sous forme d’un signe prédéfini par eux.
Jésus leur montre à quel point eux, qui sont ses contemporains, sont incapables de discerner son message et son appel, et donc de lui donner une réponse qui les ferait avancer vers le salut de Dieu.
4. Prolongement
Bien que nous soyons de ceux qui ont cru en Jésus, et l’ont suivi comme disciples, nous avons toujours à le redécouvrir, pour lui donner davantage de place dans notre existence de croyants, et mieux discerner ainsi le chemin qu’il nous trace vers le Père, chemin qu’il est lui-même, intégralement (Jean, 14, 6).
Le risque qui nous est propre serait de “banaliser” la présence de Jésus, et la référence qu’il représente pour nous, au point de ne plus percevoir sa nouveauté permanente, et son invitation à aller plus loin avec lui.
Prière
*Seigneur Jésus, tu as multiplié tes signes d’accueil, de miséricorde, de pardon et de guérison, pour nous révéler à quel point Dieu, par toi et en toi, se fait proche de nous, marche avec nous sur notre route, et nous prend en charge dans toutes les dimensions de notre vie : apprends-moi à toujours te rencontrer avec un regard neuf ainsi qu’un coeur disponible, à entendre ainsi ta Parole et ton appel, et à aller plus loin avec toi, dans la mission que tu m’as confiée, de t’annoncer et de te révéler le plus complètement possible à mes frères et soeurs, les hommes et et les femmes de ce temps. AMEN.
14.10.2002.*