📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Galates 5, 1-6
DE LA LETTRE AUX GALATES
Texte
1 C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage.
2 C’est moi, Paul, qui vous le dis : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien.
3 De nouveau je l’atteste à tout homme qui se fait circoncire : il est tenu à l’observance intégrale de la Loi.
4 Vous avez rompu avec le Christ, vous qui cherchez la justice dans la Loi ; vous êtes déchus de la grâce.
5 Car pour nous, c’est l’Esprit qui nous fait attendre de la foi les biens qu’espère la justice.
6 En effet, dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Galates, envoyée à plusieurs Eglises de Galatie, est la plus passionnée des lettres de Paul, car l’apôtre y défend âprement la vérité de l’Evangile (2, 5), et sa présentation de la vérité de Dieu en Jésus Christ (1, 12).
Cette Lettre se situe dans le contexte du combat mené, et gagné, à la longue au moins, par Paul dans l’Eglise primitive, pour que l’on n’impose pas aux païens devenus chrétiens la circoncision Juive et la Loi de Moïse comme partie intégrante de la Bonne Nouvelle de Jésus. Cela n’a cependant pas empêché des opposants aux positions de Paul sur ce point d’intervenir, derrière lui en son absence, dans les Eglises évangélisées par Paul pour contredire son enseignement et semer le trouble dans les communautés.
D’une façon générale, on pense que cette Lettre a été écrite entre 49 et 58, mais on la situe majoritairement autour des années 49 - 53, cette dernière date semblant la plus probable.
Après une introduction (1, 1 - 9), trois grandes sections se détachent : - témoignage personnel de Paul sur sa conversion et les débuts de son apostolat (1, 10 - 2, 21), - argument central de la Lettre sur la valeur de l’Evangile annoncé par Paul (3, 1 à 4, 11 ou 4, 30, ou encore 5, 1, selon les commentateurs), - une série d’exhortations morales, qui se terminent en , 6, 10. Vient finalement une conclusion (6, 11 - 18).
A noter que les Galates, comme leur nom l’indique, étaient des tribus d’origine celtique, sinon gauloise.
2. Message
Comme Jésus est venu nous libérer définitivement de l’esclavage de la Loi Juive, il serait incohérent de renoncer à cette liberté pour se remettre sous cet esclavage.
Le choix que certains font, ou sont tentés de faire, d’adopter la Loi Juive en recevant le rite de la circoncision les oblige, ou les obligerait, nécessairement à pratiquer intégralement toute la Loi de Moïse. En effet, on ne joue pas avec sa conscience.
Un tel choix ne peut avoir pour effet que de nous séparer entièrement d’avec le Christ et le régime de la grâce offerte par Dieu gratuitement, alors que c’est par l’Esprit, dans la foi, que nous vivons dans l’espérance de recevoir en partage la sainteté miséricordieuse du Dieu vivant.
Quand on adhère à Jésus, que l’on ait été aupravant Juif ou païen, ce qui compte désormais seulement pour le salut, c’est la foi qui agit par la charité.
3. Decouvertes
Le verset 1 de notre texte est, à vrai dire, la conclusion de toute l’argumentation théologique que Paul a développée depuis le début du chapitre 3 de la Lettre aux Galates. : le Christ nous a apporté la véritable libération, nous n’avons donc plus à nous mettre ou remettre sous la Loi Juive dont Paul a montré qu’elle nous réduisait en esclavage.
A partir du verset 2 et jusqu’en 6, 10, Paul nous transmet un certain nombre d’exhortations. Il commence ainsi à mettre sur la table, de façon très nette, la question de l’inutilité du rite Juif de la circoncision (5, 2 - 12).
Le verset 2 semble impliquer que certains Galates chrétiens envisagent de recevoir ce rite de circoncision, et le verset 3, que certains l’ont déjà reçu.
Une telle démarche entraîne deux conclusions : dans ce cas le Christ ne sert plus à rien, et il faut désormais observer toute la Loi Juive. Pour Paul, en effet, la circoncision est tout à fait inutile. Raison de plus pour ne pas la choisir volontairement comme un complément qu’on estimerait, à tort, nécessaire à la foi en Jésus.
Les versets 4 et 5 sont un résumé des points clés de la position de Paul , tels qu’on peut les lire en 2, 15 - 21. Il y a un abîme entre pratiquer la Loi Juive et être justifié par la foi au Christ, dans l’Esprit Saint.
4. Prolongement
Vivre de la foi qui agit par la charité, voilà une formule centrale de notre vie de chrétiens : obéir à Dieu, en se remettant à lui comme un pauvre, par Jésus Christ, dans l’Esprit Saint, nous ouvre à l’amour de Dieu qui est déposé dans nos coeurs par le même Esprit Saint, et que nous avons à laisser s’exprimer en nous, et à travers nous, à la façon de Jésus (Romains, 5, 1 - 5).
Tel est le comportement de ceux qui, dans l’Esprit Saint, sont devenus “fils” avec Jésus, dont Dieu leur donne de reproduire l’image (Romains, 8).
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as fait don de cette liberté qui nous ouvre totalement à la présence et à l’action en nous de ton Esprit Saint, qui, en nous, et à travers toutes nos expressions humaines, produit des fruits d’amour, de miséricorde, de grâce et de pardon : aide-moi à ne jamais entraver ce dynamisme de ton Esprit, en me reconstruisant des lois ou des reglements inutiles, qui risquent de créer en moi de nouveaux obstacles, et de me faire rebâtir un univers spirituel sur moi-même ou mes projets, aux depens de ma disponibilité à ta grâce et à la volonté du Père. AMEN.
15.10.2002.*
Évangile : Luc 11, 37-41
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
37 Tandis qu’il parlait, un Pharisien l’invite à déjeuner chez lui. Il entra
et se mit à table.
38 Ce que voyant, le Pharisien s’étouna de ce qu’il n’eût pas fait d’abord
les ablutions avant le déjeuner.
39 Mais le Seigneur lui dit : “Vous voilà bien, vous, les Pharisiens !
L’extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, alors que votre intérieur à
vous est plein de rapine et de méchanceté !
40 lnsensés ! Celui qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur ?
41 Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur
pour vous”.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
Que signifie au juste: ” être disciple de Jésus et le suivre sur son chemin” ? Tel est l’objet des 3 séries d’instructions que Jésus donne à ses disciples alors qu’il monte lentement vers Jérusalem (9, 51 - 19, 57).
Dans la 1ère de ces 3 séries d’instructions que propose ainsi Jésus, après des remarques sur ce que coûte comme engagement la condition de disciple, sur les relations entre la Mission et la pratique de la Loi Juive, sur la prière, ou en réponse à des controverses qu’il rencontre (9, 51 - 11, 36), Jésus en vient maintenant à valoriser la pratique de l’aumône comme attitiude qui nous rend purs aux yeux de Dieu (1, 37 - 54).
2. Message
Jésus est invité chez un Pharisien, comme cela nous est rapporté à plusieurs autres endroits de l’Evangile de Luc (voir 7, 36 et 14, 1 ).
Comme chaque fois, il saisit cette occasion pour affirmer la nouveauté de son message, à partir souvent de petits détails qu’il constate dans le comportement des personnes avec lesquelles il se retrouve alors : ici l’étonnement de son hôte sur le fait qu’il n’a pas fait d’ablutions avant de se mettre à table.
Jésus joue ici avec beaucop de subtilité sur les mots “intérieur” et “extérieur”, qu’il oppose tout en les appliquant à des réalités différentes. Il parle ainsi de la purification de l’extérieur (de la coupe et du plat), qu’il contraste avec une non-purification de l’intérieur (le coeur de l’homme).
De là, nous arrive un double message : - Dieu s’intéresse au moins tout autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, puisqu’il est le créateur de toutes choses, - la purification de l’intérieur du coeur de l’homme, à laquelle ne s’intéressent pas les Pharisiens, se fait par la pratique de l’aumône et du partage des richesses.
3. Decouvertes
Notons quelques éléments de la structure du texte :
- concernant les autres participants au repas, avec Jésus, dont la découverte se fait progressivement : l’hôte et Jésus, seuls mentionnés au départ, puis des légistes en 11, 45, enfin d’autres Pharisiens en 11, 54, - concernant la position “caricaturale” de Jésus, qui, tout en étant le principal invité, se permet d’interpeller si vigoureusement celui qui l’a invité.
La formule : “Donnez plutôt en aumônes ce qui est dedans” peut être interprétée de 3 façons différentes :
- donnez en aumônes le contenu, l’intérieur (nourriture et boisson de vos plats),
- si vous vous intéressez à ce qui est à l’intérieur, pratiquez l’aumône, - pratiquez l’aumône du fond du coeur (à partir de ce qui est intérieur).
Jésus, selon Luc, insiste beaucoup sur la pratique de l’aumône et du partage des biens : voir 12, 33; 16, 9; 19, 8; Actes, 9, 36; Actes, 10, 2. 4. 31; Actes, 11, 29.
4. Prolongement
Cette invitation de Jésus à discerner le “meilleur” ou le “pire” de nous-mêmes à l’intérieur de notre coeur, devient invitation à produire des fruits authentiques. Ainsi, la pratique de l’aumône devient signe d’un coeur droit et purifié.
Depuis que le Christ est ressuscité, les véritables fruits de notre coeur de croyant ne peuvent être que des fruits de l’Esprit de Jésus, qui nous est donné et que nous avons reçu : lire Galates, 5, 22 - 25, pour constater que tous ces fruits énumérés sont autant de nuances de l’amour ou de la charité mise au fond de nos coeurs par l’Esprit Saint que nous avons reçu (Romains, 5, 5).
La visibilité de nos fruits de charité est signe que nous sommes bien disciples de Jésus, libérés par sa mort-résurrection et transformés par son Esprit (Jean, 13, 34 - 35 ainsi que Galates, 5, 1 et 13 -14).
Prière
*Seigneur Jésus, depuis que tu demeures en nos coeurs par la foi, notre intériorité est le lieu de ta présence, de notre rencontre de toi en vérité, avec un coeur de “pauvres”, ainsi que de ton Esprit Saint qui nous habite et crée en nous le dynamisme de l’amour qui te vient du Père et que tu nous as transmis : donne-moi de vivre toujours dans l’unité profonde de mon être saisi par toi, et engagé, dans une confiance absolue, à essayer de te saisir et de témoigner devant tous mes frères et soeurs, en paroles et en actes, que tu es bien le seul Seigneur de ma vie. AMEN.
14.10.2003.*