📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Romains 2, 1-11
DE LA LETTRE AUX ROMAINS
Texte
1 Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant
autrui tu juges contre toi-même : puisque tu agis de même, toi qui juges,
2 et nous savons que le jugement de Dieu s’exerce selon la vérité sur les
auteurs de pareilles actions.
3 Et tu comptes, toi qui juges ceux qui les commettent et qui les fais toi-
même, que tu échapperas au jugement de Dieu ?
4 Ou bien méprises-tu ses richesses de bonté. de patience. de
longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir ?
5 Par ton endurcissement et l’impénitence de ton coeur, tu amasses
contre toi un trésor de colère, au jour de la colère où se révélera le juste
jugement de Dieu,
6 qui rendra à chacun selon ses oeuvres :
7 à ceux qui par la constance dans le bien recherchent gloire, honneur et
incorruptibilité : la vie éternelle;
8 aux autres, âmes rebelles, indociles à la vérité et dociles à l’injustice : la
colère et l’indignation.
9 Tribulation et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal, au
Juif d’abord, puis au Grec;
10 gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien, au Juif d’abord, puis
au Grec
11 car Dieu ne fait pas acception des personnes.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.
Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).
C.est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.
Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.
Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.
En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.
Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).
La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ.
Paul développe d’abord une 1ère série d’arguments autour d’un 1er thème, et que l’on peut intituler ainsi : “La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi” (1, 16 - 4, 25).
Ce thème est successivement : annoncé (l’Evangile comme source du salut, pour tous, révélant la justice de Dieu : 1, 16 - 17), puis expliqué de façon négative (sans cet Evangile de Dieu, la colère de Dieu se manifeste à l’encontre de tous les êtres humains (1, 18 - 3, 20).
Ce thème sera ensuite développé de façon positive (la justice de Dieu est révélée par le Christ, et reçue dans la foi : 3, 21 - 31), avant d’être illustré par l’exemple d’Abraham (qui a été rendu juste par la foi : 4, 1 - 25).
2. Message
Cette page s’inscrit dans la discussion que Paul tient avec nous. Il nous explique que, sans l’Evangile, ni les Juifs ni les païens ne peuvent parvenir à une rectitude ou à une justice morale (1,18 - 3, 20).
Laissés à eux-mêmes, les païens du monde Grec n’ont pas réussi à reconnaître Dieu et sont tombés dans la décrépitude morale (1, 18 - 22).
Cela dit, Paul se tourne maintenant vers son lecteur “imaginaire ” (Juif ou chrétien), qui reconnaît, comme Paul, l’échec moral des païens. Mais, constate l’apôtre, celui qui condamne ainsi les païens doit reconnaître qu’il n’est, ni ne fait, mieux qu’eux.
La connaissance de Dieu que nous avons peut être supérieure à celle des païens, nous ne vivons pas mieux pour autant et ne sommes pas plus dispensés qu’eux du Jugement de Dieu.
Une seule attitude s’offre donc à tout homme, quel qu’il soit, Juif ou païen : se convertir à Dieu et essayer de vivre bien.
Car Dieu est souverainement juste. Il rend à chacun selon ses oeuvres : la vie éternelle pour quiconque cherche à faire le bien selon la vérité et la justice, détresse et angoisse pour quiconque commet le mal.
Il est important de noter à quel point Dieu nous est présenté ici comme le Juge parfaitement objectif qui ne fait pas acception de personnes, et qui agit selon une impartialité absolue.
Les Juifs ne sont donc pas mieux lotis que les païens, s’ils ne font pas ce qui est attendu d’eux.
3. Decouvertes
De quel “jugement” de Dieu s’agit-il au verset 2 ? Le terme grec utilisé par Paul peut signifier “procès”, “décision de justice”, ou encore, comme c’est le cas ici, “condamnation”.
Qui sommes-nous pour juger nos frères et soeurs, les femmes et les hommes de ce monde, quels qu’ils soient ?
Nous savons bien que nous ne sommes jamais parfaits ni sans reproche et que, finalement, nous ne pouvons pas dire que nous vivons mieux qu’eux.
Rappelons-nous les consignes de Jésus, accompagnées de l’image de la “paille” que nous discernons dans l’oeil du frère, et de la”poutre” dont nous ne voyons pas qu’elle obscurcit notre oeil : “Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés” (Matthieu, 7, 1 - 5).
4. Prolongement
Devant le regard totalement vrai et objectif de Dieu, qui nous scrute au plus profond de nous-mêmes (psaume 139), nous sommes d’abord renvoyés à notre conscience, dont Paul nous dit qu’il ne suffit pas qu’elle ne nous reproche rien :
4 Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant; mon juge, c’est le Seigneur.
5 Ainsi donc, ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des coeurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient.
D’autre part, selon la Parole même de Jésus, la foi crée en nous la différence face au jugement de Dieu :
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous renvoies à nos responsabilités de croyants, qui, pour avoir découvert la miséricorde gratuite de Dieu à leur égard, se trouvent invités en permanence à l’humilité et à la pauvreté du coeur, ce qui interdit tout regard de puissance ou de domination, et donc de jugement, sur quiconque : renouvelle en moi cette attitude profonde de vérité et de diisponibilité à l’oeuvre de Dieu en ma vie, que tu as accomplie en ta mort-résurrection et que tu me transmets comme un don de ton Esprit Saint, purifie mon coeur de toute recherche de moi-même, et apprends-moi à renoncer à toute forme de pouvoir que je serais tenté d’exercer. AMEN.
15.10.2003.*
Évangile : Luc 11, 42-46
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l’amour de Dieu ! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela.
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques !
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! “
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : ” Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! “
46 Alors il dit : ” A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d’un seul de vos doigts !
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Invité à prendre son repas chez un Pharisien, Jésus, après avoir reproché à son hôte et ses amis de ne s’intéresser qu’aux pratiques légales extérieures et non pas à l’attitude intérieure de leur coeur (11, 37 - 41), se met à les déclarer, à plusieurs reprises, “malheureux” (11, 42 - 54).
Il leur indique chaque fois la raison de cette qualification qu’il leur adresse :
- ils sacrifient des valeurs essentielles, telles que la justice et l’amour, alors qu’il appliquent la Loi dans le calcul de détails insignifiants,
- ils revendiquent partout les premières places,
- comme ils dissimulent leurs pratiques douteuses, il sont comme des tombeaux cachés qu’on ne remarque pas et auprès desquels on se souille,
- quand ils sont docteurs de la Loi, ils chargent les hommes de fardeaux accablants, qu’ils ne prennent pas eux-mêmes la peine de toucher du bout du doigt.
3. Decouvertes
Luc nous présente un certain nombre de Pharisiens assez favorables à Jésus pour l’inviter à leur table (7, 36; 11, 37; 14, 1). Cette ouverture de Luc à leur égard, qu’on ne trouve pas du tout chez Matthieu, serait peut-être dûe à l’influence de Paul, ancien Pharisien (Philippiens, 3, 5), sur Luc.
Cette rencontre de Pharisiens par Jésus fait partie d’un ensemble qui va de 11, 37 à 12, 12. Ce passage contient les critiques les plus dures de Jésus à l’encontre des Pharisiens (voir Matthieu 23). A noter cependant que Jésus les leur lance en milieu restreint, dans un contexte de repas, donc d’un certain dialogue.
Un docteur de la Loi, qui se trouve là, et qui se déclare également attaqué par les propos de Jésus, se voit, de ce fait, traité par lui de la même façon. Les Pharisiens, membres d’un mouvement de piété religieuse, n’étaient pas nécesssairement docteurs de la Loi.
4. Prolongement
Ce que Paul nous dit de la transformation qu’a opérée en lui sa conversion souligne encore plus le décalage entre les pratiques légalistes Juives, prônées par les Pharisiens et les Légistes, et le message de Jésus :
4 J’aurais pourtant sujet, moi, d’avoir confiance même dans la chair ; si quelque autre croit avoir des raisons de se confier dans la chair, j’en ai bien davantage :
5 circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux ; quant à la Loi, un Pharisien ;
6 quant au zèle, un persécuteur de l’Église ; quant à la justice que peut donner la Loi, une homme irréprochable.
7 Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, combien de fois n’as-tu pas dit et redit que c’est du plus profond de notre coeur que nous devons nous attacher à te suivre, à aimer nos frères et nos soeurs comme tu nous as aimés, à accomplir la volonté du Père dans toutes les circonstances de notre vie de baptisés, nous qui marchons avec toi comme des disciples : toi, que personne n’a pu convaincre de péché, aide-moi à vivre mieux cette sincérité profonde du coeur, face à moi-même, à Dieu, et aux autres, ainsi qu’à bien percevoir toujours que c’est intérieurement d’abord que se manifeste en moi la qualité profonde de ce qu’expriment mes paroles, mes gestes et attitudes extérieures. AMEN.
16.10.2002.*