📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Galates 5, 16-26
DE LA LETTRE AUX GALATES
Texte
16 Je dis donc: Marchez selon l’Esprit, et vous n’accomplirez pas les désirs de la chair.
17 Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez.
18 Si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes point sous la loi.
19 Or, les oeuvres de la chair sont manifestes, ce sont l’impudicité, l’impureté, la dissolution,
20 l’idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes,
21 l’envie, l’ivrognerie, les excès de table, et les choses semblables. Je vous dis d’avance, comme je l’ai déjà dit, que ceux qui commettent de telles choses n’hériteront point le royaume de Dieu.
22 Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance;
23 la loi n’est pas contre ces choses.
24 Ceux qui sont à Jésus Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs.
25 Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit.
26 Ne cherchons pas une vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous portant envie les uns aux autres.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Galates, envoyée à plusieurs Eglises de Galatie, est la plus passionnée des lettres de Paul, car l’apôtre y défend âprement la vérité de l’Evangile (2, 5), et sa présentation de la vérité de Dieu en Jésus Christ (1, 12).
Cette Lettre se situe dans le contexte du combat mené, et gagné, à la longue au moins, par Paul dans l’Eglise primitive, pour que l’on n’impose pas aux païens devenus chrétiens la circoncision Juive et la Loi de Moïse comme partie intégrante de la Bonne Nouvelle de Jésus. Cela n’a cependant pas empêché des opposants aux positions de Paul sur ce point d’intervenir, derrière lui en son absence, dans les Eglises évangélisées par Paul pour contredire son enseignement et semer le trouble dans les communautés.
D’une façon générale, on pense que cette Lettre a été écrite entre 49 et 58, mais on la situe majoritairement autour des années 49 - 53, cette dernière date semblant la plus probable.
Après une introduction (1, 1 - 9), trois grandes sections se détachent : - témoignage personnel de Paul sur sa conversion et les débuts de son apostolat (1, 10 - 2, 21), - argument central de la Lettre sur la valeur de l’Evangile annoncé par Paul (3, 1 à 4, 11 ou 4, 30, ou encore 5, 1, selon les commentateurs), - une série d’exhortations morales, qui se terminent en , 6, 10. Vient finalement une conclusion (6, 11 - 18).
A noter que les Galates, comme leur nom l’indique, étaient des tribus d’origine celtique, sinon gauloise.
2. Message
Vivre de la foi au Christ en étant libérés de l’esclavage de la Loi, c’est vivre selon la liberté de l’Esprit Saint que Jésus nous a donné, et nous comporter comme d’authentiques libérés.
Celui qui vit selon la Loi et se soumet à elle devient en fait prisonnier de ce que Paul appelle la “chair”, c’est-à-dire l’homme en sa faiblesse qui se trouve porté à se replier sur lui-même et à sa fermer à toute ouverture à Dieu et aux autres, d’où cette liste d’actions néfastes que nous énumère Paul pour nous indiquer où conduit la chair, et qui couvrent tout le champ de nos relations à Dieu, aux autres et à nous-mêmes. Et à se comporter ainsi on se situe hors du cheminement vers le Royaume de Diau, lequel n’est autre que le “Règne” du Seigneur en nos existences qui sont appelées à rayonner sa présence.
Tous différents sont les fruits de l’Esprit que Paul nous détaille en un second temps comme autant d’attitudes d’ouverture à Dieu, aus autres et à nous mêmes, attitudes qui sont toutes des nuances de l’amour.
Telle est la conséquence de notre appartenance à Jésus Christ qui demeure en nous et nous conduit ainsi par son Esprit, auquel nous avons accordé la priorité absolue en nous libérant de la dimension “chair-faiblesse-égoisme” que nous avons annihilée en la “crucifiant” pour reprendre le mot même de Paul.
3. Decouvertes
Dans la partie exhortative de cette Lettre aux Galates (5, 2 - 6, 10), Paul consacre tout un ensemble (5, 13 - 26) à la vie selon l’Esprit du Christ.
Dès le verset 13, Paul invite les Galates à ne pas laisser leur liberté doner prise à la chair. Au verset 16, il oppose radicalement suivre les désirs de la chair et marcher sous l’impulsion de l’Esprit, point de vue qu’il développe au verset 17 en précisant, à la fin de ce verset, que ce combat entre la chair et l’Esprit est une difficulté à surmonter par le croyant qui est incapable de se libérer lui-même de sa dimension charnelle en tant qu’elle est liée au péché. Il y faut l’intervention de l’Esprit pour nous orienter de façon nettement différente.
Le contraste du verset 18 entre être conduit par l’Esprit et être sujet de la Loi, n’est pas nouveau dans cette Lettre aux Galates : voir 2, 16; 3, 1 - 5; 4, 6 - 7.
Les listes de vices et de vertus sont fréquentes dans la littérature philosophique grecque, comme elles nous rappellent la théorie des deux voies entre lesquelles il faut choisir, que la Bible mentionne ici ou là, dans l’Ancien et le Nouveau Testaments. Voir également la Lettre de Jacques, 3, 13 - 17.
Les “fruits de l’Esprit”indiquent bien qu’il s’agit de dons gratuits que nous avons reçus et qui fructifient en nous.
Si l’on s’identifie au Christ crucifié, il est normal, comme le dit ici Paul, que nous crucifiions notre être de chair, autre manière de manifester l’antagonisme entre la chair et l’Esprit.
4. Prolongement
Paul écrit ailleurs (Romains, 5, 1 - 5) que la charité a été mise en nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné, et il a, de même, déjà insisté, en cette même Lettre aux Galates, 5, 6 que ce qui compte d’abord et surtout pour les croyants que nous essayons d’ être, c’est la foi qui agit par l’amour.
Prière
*Seigneur Jésus, donne-moi d’accueillir toujours davantage au coeur de mon existence l’Esprit qui nous rend capables d’être vrais comme tu l’as été en toutes cuirconstances, et d’aimer commue tu nous aimes. AMEN.
13.10.2004.*
Évangile : Luc 11, 42-46
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
42 Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l’amour de Dieu ! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela.
43 Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques !
44 Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir ! “
45 Prenant alors la parole, un des légistes lui dit : ” Maître, en parlant ainsi, tu nous outrages, nous aussi ! “
46 Alors il dit : ” A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d’un seul de vos doigts !
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Invité à prendre son repas chez un Pharisien, Jésus, après avoir reproché à son hôte et ses amis de ne s’intéresser qu’aux pratiques légales extérieures et non pas à l’attitude intérieure de leur coeur (11, 37 - 41), se met à les déclarer, à plusieurs reprises, “malheureux” (11, 42 - 54).
Il leur indique chaque fois la raison de cette qualification qu’il leur adresse :
- ils sacrifient des valeurs essentielles, telles que la justice et l’amour, alors qu’il appliquent la Loi dans le calcul de détails insignifiants,
- ils revendiquent partout les premières places,
- comme ils dissimulent leurs pratiques douteuses, il sont comme des tombeaux cachés qu’on ne remarque pas et auprès desquels on se souille,
- quand ils sont docteurs de la Loi, ils chargent les hommes de fardeaux accablants, qu’ils ne prennent pas eux-mêmes la peine de toucher du bout du doigt.
3. Decouvertes
Luc nous présente un certain nombre de Pharisiens assez favorables à Jésus pour l’inviter à leur table (7, 36; 11, 37; 14, 1). Cette ouverture de Luc à leur égard, qu’on ne trouve pas du tout chez Matthieu, serait peut-être dûe à l’influence de Paul, ancien Pharisien (Philippiens, 3, 5), sur Luc.
Cette rencontre de Pharisiens par Jésus fait partie d’un ensemble qui va de 11, 37 à 12, 12. Ce passage contient les critiques les plus dures de Jésus à l’encontre des Pharisiens (voir Matthieu 23). A noter cependant que Jésus les leur lance en milieu restreint, dans un contexte de repas, donc d’un certain dialogue.
Un docteur de la Loi, qui se trouve là, et qui se déclare également attaqué par les propos de Jésus, se voit, de ce fait, traité par lui de la même façon. Les Pharisiens, membres d’un mouvement de piété religieuse, n’étaient pas nécesssairement docteurs de la Loi.
4. Prolongement
Ce que Paul nous dit de la transformation qu’a opérée en lui sa conversion souligne encore plus le décalage entre les pratiques légalistes Juives, prônées par les Pharisiens et les Légistes, et le message de Jésus :
4 J’aurais pourtant sujet, moi, d’avoir confiance même dans la chair ; si quelque autre croit avoir des raisons de se confier dans la chair, j’en ai bien davantage :
5 circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux ; quant à la Loi, un Pharisien ;
6 quant au zèle, un persécuteur de l’Église ; quant à la justice que peut donner la Loi, une homme irréprochable.
7 Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, combien de fois n’as-tu pas dit et redit que c’est du plus profond de notre coeur que nous devons nous attacher à te suivre, à aimer nos frères et nos soeurs comme tu nous as aimés, à accomplir la volonté du Père dans toutes les circonstances de notre vie de baptisés, nous qui marchons avec toi comme des disciples : toi, que personne n’a pu convaincre de péché, aide-moi à vivre mieux cette sincérité profonde du coeur, face à moi-même, à Dieu, et aux autres, ainsi qu’à bien percevoir toujours que c’est intérieurement d’abord que se manifeste en moi la qualité profonde de ce qu’expriment mes paroles, mes gestes et attitudes extérieures. AMEN.
16.10.2002.*