📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Romains 4, 13-21

DE LA LETTRE AUX ROMAINS

Texte

13 De fait ce n’est point par l’intermédiaire d’une loi qu’agit la promesse faite à Abraham ou à sa descendance de recevoir le monde en héritage, mais par le moyen de la justice de la foi.
14 Car si l’héritage appartient à ceux qui relèvent de la Loi, la foi est sans objet, et la promesse sans valeur;
15 la Loi en effet produit la colère, tandis qu’en l’absence de loi il n’y a pas non plus de transgression.
16 Aussi dépend-il de la foi, afin d’être don gracieux, et qu’ainsi la promesse soit assurée à toute la descendance, qui se réclame non de la Loi seulement, mais encore de la foi d’Abraham, notre père à tous,
17 comme il est écrit: Je t’ai établi père d’une multitude de peuples — notre père devant Celui auquel il a cru, le Dieu qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence.
18 Espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi père d’une multitude de peuples, selon qu’il fut dit: Telle sera ta descendance.
19 C’est d’une foi sans défaillance qu’il considéra son corps déjà mort — il avait quelque cent ans — et le sein de Sara, mort également;
20 appuyé sur la promesse de Dieu, sans hésitation ni incrédulité, mais avec une foi puissante, il rendit gloire à Dieu,
21 certain que tout ce que Dieu a promis, il est assez puissant ensuite pour l’accomplir.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.

Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).

C.est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.

Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.

Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.

En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.

Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).

La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ, et elle se développe en trois thèmes : - La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi (1, 16 - 4, 25), - L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39), - Cette réalisation du salut de Dieu n’est pas en contradiction avec la promesse de Dieu faite jadis à Israël (9, 1 - 11, 36)

A côté de cette répartition de cette Lettre en deux parties, comme il vient d’être indiqué, on peut tout aussi bien n’y voir, d’un bout à l’autre que le développement, en trois temps successifs, d’une seule idée force très prégnante : - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière selon laquelle Dieu traite les Juifs et les paiens (1 - 8), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière dont Dieu traite le peuple d’Israël (9 - 11), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la vie de ceux qui croient au Christ. (12 - 15).


Notre texte est extrait de la 1ère section de la 1ère partie de cette Lettre, qui développe le thème suivant : par l’Evangile de Jésus Christ, la justice miséricordieuse de Dieu nous est révélée comme rendant justes tous ceux qui croient. Après avoir été annoncé, puis expliqué, ce thème est ici illustré par l’exemple d’Abraham, le croyant, qui a été rendu juste à cause de sa foi.

2. Message

C’est en raison de la confiance qu’il a accordée à la promesse reçue de Dieu, et non en obéissant à une Loi, qu’ Abraham est devenu juste. l.a Parole et la promesse de Dieu ont atteint en lui leur efficacité. Ainsi, il est devenu notre père dans la foi, son attitude devenant typique de ce que doit être la nôtre.

3. Decouvertes

L,a promesse de Dieu et la capacité de la recevoir dans la confiance (e’est-à-dire la foi) sont un don gratuit de Dieu.

Dieu a promis à Abraham qu’il serait père d’une multitude de nations, par Ismaël et surtout Isaac. Au delà des obstacles à l’accomplissement de la promesse de Dieu (l’âge avancé de lui-même et de son épouse, Sarah) Abraham a cru Dieu sur parole, en lui accordant une confiance totale, estimant que Dieu était maître de l’impossible, et capable de donner vie à ce qui était mort.

Il a donc espéré “contre toute espérance”, selon une attitude intérieure de foi, indépendamment de toute démarche ou oeuvre de sa part qu’il aurait à accomplir pour Dieu.

4. Prolongement

Hébreux 11

11 1 Or la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas.

11 2 C’est elle qui a valu aux anciens un bon témoignage. …

11 8 Par la foi, Abraham obéit à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait

11 9 Par la foi, il vint séjourner dans la Terre promise comme en un pays étranger, y vivant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers avec lui de la même promesse.

11 10 C’est qu’il attendait la ville pourvue de fondations dont Dieu est l’architecte et le constructeur.

11 11 Par la foi, Sara, elle aussi, reçut la vertu de concevoir, et cela en dépit de son âge avancé, parce qu’elle estima fidèle celui qui avait promis.

11 12 C’est bien pour cela que d’un seul homme, et déjà marqué par la mort, naquirent des descendants comparables par leur nombre aux étoiles du ciel et aux grains de sable sur le rivage de la mer, innombrables…

Prière

*Seigneur Jésus, à la suite de tous ces croyants de l’Ancienne Alliance, c’est à notre tour de suivre la volonté de Dieu, en te reconnaissant à la fois comme le Fils éternel de Dieu, envoyé pour réaliser notre salut définitif, et comme le chef de notre propre foi, toi qui as vécu tout ton parcours humain dans l’obéissance parfaite au Père dans la foi : fais que je me laisse conduire par ton Esprit Saint pour suivre ton chemin dans la confiance du “pauvre” qui remet son sort entre tes mains, et essaye d’imiter touts tes comportements, devant mes frères et mes soeurs, face auxquels je dois sans cesse témoigner de toi. AMEN.

15.10.2005.*

Évangile : Luc 12, 8-12

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

8 ” Je vous le dis, quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu ;
9 mais celui qui m’aura renié à la face des hommes sera renié à la face des anges de Dieu.
10 ” Et quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis, mais à qui aura blasphémé contre le Saint Esprit, cela ne sera pas remis.
11 ” Lorsqu’on vous conduira devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre ou que dire,
12 car le Saint Esprit vous enseignera à cette heure même ce qu’il faut dire. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

L’on divise habituellement toute cette marche en 3 séries d’instructions que Jésus donne de diverses façons à l’ensemble de ses disciples :

  • la 1ère série d’instructions se déroule de 9, 51 à 13, 21,
  • la 2ème série de 13, 22 à 17, 10,
  • la 3ème, de 17, 11 à 19, 27.

Toutes ces instructions ne visent qu’un seul thème : quel est le sens de notre chemin à parcourir avec Jésus, de ce qu’on appelle “la Voie” chrétienne, ou la “route avec le Christ” ?

Notre page d’Evangile fait toujours partie de la première série de ces instructions en paroles et en actes.

2. Message

Notre témoignage public en faveur de Jésus engage son propre témoignage de Fils de l’homme en gloire, à la fin des temps et l’heure dite du “Jugement”, devant de Père dans le Royaume de Dieu.

Telle est l’exigence de la vérité : Jésus demande et attend que nous soyons pour lui et le manifestions, sinon comment pourrions nous prétendre lui appartenir, et comment pourrait-il alors témoigner pour nous ?

Jésus maintient cependant, dans nos relations avec lui, la possibilté toujours ouverte de la miséricorde et du pardon, qu’il peut accorder à ceux qui l’auraient renié. Pardon qui suppose, pour être efficace en nous, que nous voulions sincèrement le recevoir, l’attitude contraire étant un aspect de ce que Jésus appelle le “blasphème” contre l’Esprit Saint.

Ce péché ne peut être remis, parce qu’il est rejet volontaire et absolu de la Vérité, refus de se laisser conduire par cette présence intérieure qui nous propose gratuitement le salut de Dieu, et identification de Jésus à la Puissance du mal dont il est lui-même l’adversaire toujours victorieux. Le pardon, en ce cas, serait la négation par Dieu de la liberté qu’il a donnée à tout homme de choisir la réponse qu’il veut bien lui faire, avec l’assistance de l’Esprit Saint.

En effet, c’est le même Esprit Saint qui nous aide de sa lumière et de sa force, quand nous sommes, pour la cause de Jésus, confrontés à l’adversité, l’opposition ou la persécution.

Celui ou celle qui témoigne pour Jésus doit savoir qu’il peut toujours compter sur l’animation intérieure de l’Esprit Saint, Esprit de Jésus, qui lui suggèrera la meilleure façon de se situer face aux circonstances les plus diverses et variées.

3. Decouvertes

Y-a-t-il, dans ces propos attribués à Jésus, un écho de la vie puissamment marquée par l’Esprit Saint de certaines communautés chrétiennes du temps de Luc ? Certains le pensent.

Cette page conclut, semble-t-il, l’ensemble 11, 37 - 12, 12, où Luc nous montre Jésus opposé aux Pharisiens et aux docteurs de la Loi, qui, pour avoir contesté ses comportements, sont fortement mis en cause par lui, ce qui a renforcé leur agressivité à son égard.

D’où, face à cette situation d’opposition, l’invitation faite aux disciples par Jésus de ne pas avoir peur de l’adversité et de la persécution, car, finalement, c’est lui-même qui assurera l’entrée dans le Royaume de Dieu, en reconnaissant pour siens en tant que Fils de l’homme tous ceux qui l’auront reconnu devant le monde.

Lorsque sur sa croix, il a demandé au Père de pardonner à ceux qui le conduisaient à la mort, Jésus a manifesté lui-même cette ouverture au pardon qui demeure face à ceux qui le rejettent (Luc, 23, 34). Blasphémer, ou pécher contre l’Esprit Saint, c’est refuser totalement la vérité que révèle l’Esprit Saint que Jésus envoie vers les hommes qu’il a sauvés par sa mort-résurrection en accomplissant le dessein de Dieu, pour leur communiquer ce salut de Dieu. C’est également renier la communauté avec tous les croyants que l’Esprit Saint, Esprit de Jésus, rassemble au Nom de Jésus (voir Actes, 5, 3).

Cet Esprit saint est si fort qu’il peut diriger notre témoignage pour Jésus en toutes circonstances (Actes, 4, 8 et 6, 10).

On comprend que Jésus condamne vigoureusement ceux qui refusent cette action en eux de l’Esprit Saint, qui leur a justemnet été donné pour leur transmettre le salut de Dieu accompli, une fois pour toutes.

Jésus se déclare ici à la fois comme celui dont on doit accepter la Parole et la mission en ce monde et comme le Fils de l’homme de la fin des temps qui plaidera en notre faveur devant le tribunal de Dieu, où il jouera le rôle de témoin, et non pas de Juge.

4. Prolongement

34 Et Jésus disait : ” Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. ”

8 Alors Pierre, rempli de l’Esprit Saint, leur dit : ” Chefs du peuple et anciens,

9 puisqu’aujourd’hui nous avons à répondre en justice du bien fait à un infirme et du moyen par lequel il a été guéri,

10 sachez-le bien, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus Christ le Nazôréen, celui que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts, c’est par son nom et par nul autre que cet homme se présente guéri devant vous.

9 Alors intervinrent des gens de la synagogue dite des Affranchis, des Cyrénéens, des Alexandrins et d’autres de Cilicie et d’Asie. Ils se mirent à discuter avec Étienne,

10 mais ils n’étaient pas de force à tenir tête à la sagesse et à l’Esprit qui le faisaient parler.

1 Un certain Ananie, d’accord avec Saphire sa femme, vendit une propriété ;

2 il détourna une partie du prix, de connivence avec sa femme, et apportant le reste, il le déposa aux pieds des apôtres.

3 ” Ananie, lui dit alors Pierre, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes une partie du prix du champ ?

4 Quand tu avais ton bien, n’étais-tu pas libre de le garder, et quand tu l’as vendu, ne pouvais-tu disposer du prix à ton gré ? Comment donc cette décision a-t-elle pu naître dans ton cœur ? Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu. ”

5 En entendant ces paroles, Ananie tomba et expira. Une grande crainte s’empara alors de tous ceux qui l’apprirent.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous demandes de rendre sans cesse témoignage à ton Nom dans toutes les circonstances et occasions de notre existence, et tu nous asssures de la présence puissante de ton Esprit Saint en nos coeurs pour nous rendre capables de remplir cette mission que tu attends de tous ceux que tu as appelés à te suivre : renforce en moi la docilité à ton Esprit, qui est l’Esprit du Père envoyé par lui en ton Nom, crée en moi une écoute attentive à ta Parole qu’il nous fait redécouvrir dans toute sa nouveauté et son actualité, augmente en moi la disponibilité à me laisser “saisir” et conduire par lui sur ton chemin, et à ton exemple. AMEN.

18.10.2003.*


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