📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Éphésiens 1, 15-23

DE LA LETTRE AUX EPHESIENS

Texte

15 C’est pourquoi moi-même, ayant appris votre foi dans le Seigneur Jésus et votre charité à l’égard de tous les saints,
16 je ne cesse de rendre grâces à votre sujet et de faire mémoire de vous dans mes prières.
17 Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître !
18 Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints,
19 et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force,
20 qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux,
21 bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir.
22 Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église,
23 laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.

L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.

La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.

Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.

L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.

Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21)sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.

2. Message

Bel exemple d’une prière d’encouragement pour des frères croyants. “Paul” rend grâces pour leur foi, et les resitue devant Dieu, à qui il demande de les bénir particulièrement.

Que Dieu les aide à le découvrir vraiment, et que cette connaissance soit illumination de leurs coeurs pour apprécier ce qu’il leur propose : une espérance inouïe, sa gloire, l’héritage des saints.

Mais cela n’est possible qu’avec l’expérience de la puissance extraordinaire de son salut, que seul le Christ a réalisé dans sa mort, sa résurrection, et son ascension-glorification au dessus de tout être et de tout nom qui ait jamais existé et existera jamais.

Et ce Christ nous le rencontrons comme tête de tout ce que vit notre Eglise, qui est son corps, et le lieu qu’il remplit de sa vie divine, vie divine qu’il nous y transmet parce qu’il en est lui-même totalement rempli.

3. Decouvertes

Une telle prière pour ceux à qui il écrit se retrouve dans de nombreuses lettres de Paul (Romains, 1, 8 - 15; 1 Corinthiens, 1, 4 - 9; Colossiens, 1, 3 - 8), avec sa double dimension de prise en compte de leur foi en Jésus, et de l’amour qu’ils portent à tous les croyants, qu’il appelle “saints”.

A noter que cette prière s’adresse “au Dieu de Notre Seigneur Jésus Christ”, qui est le Père. Même au sommet de son exaltation, le Christ se soumet à Dieu : voir 1 Corinthiens, 15, 24 - 28.

Deux demandes sont formulées dans cette prière : d’abord, la connaissance du mystère, sous tous les aspects de sa rencontre (sagesse, illumination, révélation). Ensuite, l’expérience de l’action toute puissante de Dieu, par et dans le Christ exalté au terme de sa passion-mort-résurrection, et en accomplissement des psaumes 110, 1 et 8, 6.

L’image de l’Eglise “corps du Christ” remonte à 1 Corinthiens, 12, et va connaître un développement nouveau, avec la précision que Christ est la tête de ce corps (4, 15 -16). Ici le Christ est la tête de toute réalité donnée par Dieu pour l’Eglise (voir Colossiens, 1, 17 - 18).

Le dernier membre de phrase de cette page peut se traduire de 3 façons : - “la plénitude de celui que Dieu remplit totalement”, - “la plénitude de celui qui remplit tout en toutes choses”, - “la plénitude de celui qui remplit tout en tous”. Mystère de la plénitude de Dieu, qui demeure en Christ, et est transmise, par lui, et en lui, à l’Eglise et à tout l’univers.

4. Prolongement

Nous ne pouvons rien ajouter à une prière d’une telle densité et d’une telle ouverture sur la réalité divine de notre salut. C’est pour nous que cette bénédiction de Dieu est demandée. Nous n’avons plus qu’à la relire et à demeurer en silence, dans l’accueil de ce qui nous y est offert, à chacun et chacune de nous, et qui est d’une insondable richesse autant pour notre vie personnelle que pour notre partage en communauté d’Eglise.

“Dieu-avc-nous”, “l’Emmanuel”, nous conduit jusque là !

Prière

*Seigneur Jésus, nous demeurons confondus devant la grandeur et la profondeur de ce salut de Dieu, que tu nous transmets par ta parole et ton action, accomplies une fois pour toutes, et dont ton Esprit Saint nous rend sans cesse contemporains, et bénéficiaires, à la fois personnellement, et dans notre “faire-Eglise” ensemble, à l’écoute de ta parole, et dans le partage de quelques gestes simples , que tu nous as laissés pour faire mémoire de ta mort et de ta glorification : de nouveau, Seigneur, ouvre-moi les yeux , ouvre-moi le cœur, ouvre-moi l’intelligence, pour que je puisse accueillir, comme il convient, cette plénitude qui doit chaque jour transfigurer mon existence, ressaisie en toi, par ton Esprit Saint. AMEN.

19.10.2002.*

Évangile : Luc 12, 8-12

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

8 ” Je vous le dis, quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu ;
9 mais celui qui m’aura renié à la face des hommes sera renié à la face des anges de Dieu.
10 ” Et quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis, mais à qui aura blasphémé contre le Saint Esprit, cela ne sera pas remis.
11 ” Lorsqu’on vous conduira devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre ou que dire,
12 car le Saint Esprit vous enseignera à cette heure même ce qu’il faut dire. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

L’on divise habituellement toute cette marche en 3 séries d’instructions que Jésus donne de diverses façons à l’ensemble de ses disciples :

  • la 1ère série d’instructions se déroule de 9, 51 à 13, 21,
  • la 2ème série de 13, 22 à 17, 10,
  • la 3ème, de 17, 11 à 19, 27.

Toutes ces instructions ne visent qu’un seul thème : quel est le sens de notre chemin à parcourir avec Jésus, de ce qu’on appelle “la Voie” chrétienne, ou la “route avec le Christ” ?

Notre page d’Evangile fait toujours partie de la première série de ces instructions en paroles et en actes.

2. Message

Notre témoignage public en faveur de Jésus engage son propre témoignage de Fils de l’homme en gloire, à la fin des temps et l’heure dite du “Jugement”, devant de Père dans le Royaume de Dieu.

Telle est l’exigence de la vérité : Jésus demande et attend que nous soyons pour lui et le manifestions, sinon comment pourrions nous prétendre lui appartenir, et comment pourrait-il alors témoigner pour nous ?

Jésus maintient cependant, dans nos relations avec lui, la possibilté toujours ouverte de la miséricorde et du pardon, qu’il peut accorder à ceux qui l’auraient renié. Pardon qui suppose, pour être efficace en nous, que nous voulions sincèrement le recevoir, l’attitude contraire étant un aspect de ce que Jésus appelle le “blasphème” contre l’Esprit Saint.

Ce péché ne peut être remis, parce qu’il est rejet volontaire et absolu de la Vérité, refus de se laisser conduire par cette présence intérieure qui nous propose gratuitement le salut de Dieu, et identification de Jésus à la Puissance du mal dont il est lui-même l’adversaire toujours victorieux. Le pardon, en ce cas, serait la négation par Dieu de la liberté qu’il a donnée à tout homme de choisir la réponse qu’il veut bien lui faire, avec l’assistance de l’Esprit Saint.

En effet, c’est le même Esprit Saint qui nous aide de sa lumière et de sa force, quand nous sommes, pour la cause de Jésus, confrontés à l’adversité, l’opposition ou la persécution.

Celui ou celle qui témoigne pour Jésus doit savoir qu’il peut toujours compter sur l’animation intérieure de l’Esprit Saint, Esprit de Jésus, qui lui suggèrera la meilleure façon de se situer face aux circonstances les plus diverses et variées.

3. Decouvertes

Y-a-t-il, dans ces propos attribués à Jésus, un écho de la vie puissamment marquée par l’Esprit Saint de certaines communautés chrétiennes du temps de Luc ? Certains le pensent.

Cette page conclut, semble-t-il, l’ensemble 11, 37 - 12, 12, où Luc nous montre Jésus opposé aux Pharisiens et aux docteurs de la Loi, qui, pour avoir contesté ses comportements, sont fortement mis en cause par lui, ce qui a renforcé leur agressivité à son égard.

D’où, face à cette situation d’opposition, l’invitation faite aux disciples par Jésus de ne pas avoir peur de l’adversité et de la persécution, car, finalement, c’est lui-même qui assurera l’entrée dans le Royaume de Dieu, en reconnaissant pour siens en tant que Fils de l’homme tous ceux qui l’auront reconnu devant le monde.

Lorsque sur sa croix, il a demandé au Père de pardonner à ceux qui le conduisaient à la mort, Jésus a manifesté lui-même cette ouverture au pardon qui demeure face à ceux qui le rejettent (Luc, 23, 34). Blasphémer, ou pécher contre l’Esprit Saint, c’est refuser totalement la vérité que révèle l’Esprit Saint que Jésus envoie vers les hommes qu’il a sauvés par sa mort-résurrection en accomplissant le dessein de Dieu, pour leur communiquer ce salut de Dieu. C’est également renier la communauté avec tous les croyants que l’Esprit Saint, Esprit de Jésus, rassemble au Nom de Jésus (voir Actes, 5, 3).

Cet Esprit saint est si fort qu’il peut diriger notre témoignage pour Jésus en toutes circonstances (Actes, 4, 8 et 6, 10).

On comprend que Jésus condamne vigoureusement ceux qui refusent cette action en eux de l’Esprit Saint, qui leur a justemnet été donné pour leur transmettre le salut de Dieu accompli, une fois pour toutes.

Jésus se déclare ici à la fois comme celui dont on doit accepter la Parole et la mission en ce monde et comme le Fils de l’homme de la fin des temps qui plaidera en notre faveur devant le tribunal de Dieu, où il jouera le rôle de témoin, et non pas de Juge.

4. Prolongement

34 Et Jésus disait : ” Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. ”

8 Alors Pierre, rempli de l’Esprit Saint, leur dit : ” Chefs du peuple et anciens,

9 puisqu’aujourd’hui nous avons à répondre en justice du bien fait à un infirme et du moyen par lequel il a été guéri,

10 sachez-le bien, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus Christ le Nazôréen, celui que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts, c’est par son nom et par nul autre que cet homme se présente guéri devant vous.

9 Alors intervinrent des gens de la synagogue dite des Affranchis, des Cyrénéens, des Alexandrins et d’autres de Cilicie et d’Asie. Ils se mirent à discuter avec Étienne,

10 mais ils n’étaient pas de force à tenir tête à la sagesse et à l’Esprit qui le faisaient parler.

1 Un certain Ananie, d’accord avec Saphire sa femme, vendit une propriété ;

2 il détourna une partie du prix, de connivence avec sa femme, et apportant le reste, il le déposa aux pieds des apôtres.

3 ” Ananie, lui dit alors Pierre, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes une partie du prix du champ ?

4 Quand tu avais ton bien, n’étais-tu pas libre de le garder, et quand tu l’as vendu, ne pouvais-tu disposer du prix à ton gré ? Comment donc cette décision a-t-elle pu naître dans ton cœur ? Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu. ”

5 En entendant ces paroles, Ananie tomba et expira. Une grande crainte s’empara alors de tous ceux qui l’apprirent.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous demandes de rendre sans cesse témoignage à ton Nom dans toutes les circonstances et occasions de notre existence, et tu nous asssures de la présence puissante de ton Esprit Saint en nos coeurs pour nous rendre capables de remplir cette mission que tu attends de tous ceux que tu as appelés à te suivre : renforce en moi la docilité à ton Esprit, qui est l’Esprit du Père envoyé par lui en ton Nom, crée en moi une écoute attentive à ta Parole qu’il nous fait redécouvrir dans toute sa nouveauté et son actualité, augmente en moi la disponibilité à me laisser “saisir” et conduire par lui sur ton chemin, et à ton exemple. AMEN.

18.10.2003.*


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