📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Romains 4, 1-8

DE LA LETTRE AUX ROMAINS

Texte

1 Que dirons-nous donc d’Abraham, notre ancêtre selon la chair ?
2 Abraham tint sa justice des œuvres, il a de quoi se glorifier. Mais non au regard de Dieu !
3 Que dit en effet l’Écriture ? Abraham crut à Dieu, et ce lui fut compté comme justice.
4 A qui fournit un travail on ne compte pas le salaire à titre gracieux : c’est un dû ;
5 mais à qui, au lieu de travailler, croit en celui qui justifie l’impie, on compte sa foi comme justice.
6 Exactement comme David proclame heureux l’homme à qui Dieu attribue la justice indépendamment des œuvres :
7 Heureux ceux dont les offenses ont été remises, et les péchés couverts.
8 Heureux l’homme à qui le Seigneur n’impute aucun péché

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.

Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).

C.est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.

Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.

Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.

En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.

Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).


La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ.

Paul développe d’abord une 1ère série d’arguments autour d’un 1er thème, et que l’on peut intituler ainsi : “La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi” (1, 16 - 4, 25).

Ce thème est successivement : annoncé (l’Evangile comme source du salut, pour tous, révélant la justice de Dieu : 1, 16 - 17), puis expliqué de façon négative (sans cet Evangile de Dieu, la colère de Dieu se manifeste à l’encontre de tous les êtres humains (1, 18 - 3, 20).

Ce thème est ensuite développé de façon positive (la justice de Dieu est révélée par le Christ, et reçue dans la foi : 3, 21 - 31), avant d’être illustré par l’exemple d’Abraham (qui a été rendu juste par la foi : 4, 1 - 25).

2. Message

Pour illustrer son argumentation sur la justice miséricordieuse de Dieu qui justifie celui qui met toute sa confiance en Dieu avec foi, Paul fait finalement appel à l’exemple d’Abraham. C’est Dieu lui-même, qui, de sa seule et propre initiative, l’a appelé.

Abraham n’a eu qu’à se situer devant Dieu qui l’interpellait : ce qu’il a fait avec foi dans la confiance. D’où la conséquence soulignée par Paul : “il eut foi en Dieu et fut déclaré juste”.

Justice (ou sainteté) qu’Abraham n’a en rien méritée, et qui ne saurait donc être assimilée à un salaire ou à une récompense. Il lui a suffi de croire, de faire confiance à Dieu qui pouvait donner sens à sa vie et le rendre juste.

Pour renforcer encore plus son argumentation, Paul cite alors le psaume 31, qu’il attribue à David : heureux, nous y est-il dit, celui que le Seigneur déclare juste indépendamment de ses actions. Nous sommes bien toujours iici dans le domaine de la gratuité absolue et totale du “don” de Dieu.

3. Decouvertes

Cette page ne représente que le début de tout un passage, qui traite de cet exemple d’Abraham, que Paul étudie avec précision, jusqu’au verset 25 de ce chapitre 4.

Paul se sert de cet exemple d’Abraham pour montrer la vérité de ce qu’il a déclaré en 3, 21 - 31, à savoir que la justice miséricordieuse de Dieu était attestée dans les Livres de la Loi et des Prophètes.

Il fait ainsi appel à la prestigieuse figure d’Abraham, le fondateur du Judaïsme, comme il l’avait déjà fait au chapitre 3 de sa Lettre aux Galates, écrite quelque temps avant cette Lettre aux Romains.

L’argumentation de Paul paraît ici très simple. Selon Genèse, 15, 6, qu’il cite, il a suffi à Abraham de croire à Dieu pour étre proclamé juste par le Seigneur, c’est-à-dire de croire Dieu sur parole, en se remettant à lui avec confiance à propos de la promesse qui lui avait été faite.

Abraham n’était pas juste par lui-même : c’est Dieu qui lui a fait don de sa justice, don gratuit qui implique accueil et ouverture dans la confiance. Remarquons que Paul ne traite pas ici du tout de la façon selon laquelle Abraham a bien obéi concrètement, en se comportant selon les ordres qu’il avait reçus de Dieu. Paul se limite à la foi vue comme une attitude profonde consistant à “faire confiance” en tout au Seigneur.

4. Prolongement

Quelques versets de la Lettre de Paul aux Ephésiens, bien qu’il n’y soit pas question directement de l’attitude de foi, résument bien l’approche “générale” de l’apôtre concernant le salut que Dieu nous offre si nous croyons en lui (même si cette Lettre est déjà l’oeuvre d’un disciple de Paul, mais, semble-t-il, très proche de sa pensée) :

4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,

5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -

6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;

9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier

10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

Notons également la priorité de l’initiative gratuite de Dieu dans notre propre appel personnel, quelle que soit notre vocation spécifique dans l’Eglise et le monde :

3 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ.

4 C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour,

5 déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté,

6 à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé.

7 En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce,

8 qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence :

15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna

16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens,…

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as révélé, par toutes tes paroles et ton engagement, à quel point toute ton existence terrestre s’est déroulée dans une parfaite foi-confiance en celui qui t’avait envoyé et dont tu n’as cherché qu’à faire en toutes choses la volonté : rends-moi capable de te dire, et par toi, de redire sans cesse au Père, ce que ton apôtre Paul nous a laissé comme témoignage de son attachement à toi dans sa foi confiante : “je sais en qui j’ai mis ma foi” (2 Timothée, 1, 12). AMEN.

17.10.2003.*

Évangile : Luc 12, 1-7

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Sur ces entrefaites, la foule s’étant rassemblée par milliers, au point qu’on s’écrasait les uns les autres, il se mit à dire, et d’abord à ses disciples : ” Méfiez-vous du levain - c’est-à-dire de l’hypocrisie - des Pharisiens.
2 Rien, en effet, n’est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu.
3 C’est pourquoi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu au grand jour, et ce que vous aurez dit à l’oreille dans les pièces les plus retirées sera proclamé sur les toits.
4 ” Je vous le dis à vous, mes amis : Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus.
5 Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez Celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne ; oui, je vous le dis, Celui-là, craignez-le.
6 Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux as ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant Dieu !
7 Bien plus, vos cheveux même sont tous comptés. Soyez sans crainte ; vous valez mieux qu’une multitude de passereaux.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Jésus, qui vient de quitter la maison du Pharisien qui l’avait invité, et où il avait prononcé des paroles très dures contre les Pharisiens et les docteurs de la Loi, conclut maintenant son réquisitoire à leur égard devant ses disciples et une grande foule.

Le terme “hypocrisie” résume ce que Jésus reproche aux Pharisiens et docteurs de la Loi. Nous sommes donc invités, à l’inverse, à faire et pratiquer la vérité sans détour et sans masque, en vivant dans la droiture et la loyauté.

Jésus invoque ici le jugement de Dieu face auquel rien ne saurait demeurer caché, et qui constitue la seule épreuve de vérité définitive : nous devons donc agir en fonction de ce jugement qui engagera notre destinée éternelle.

Cette perspective du jugement de Dieu nous fait tenir bon, et nous empêche de reculer, devant les pires difficultés ou persécutions que nous pourrions affronter, y compris la mort.

Ce jugement de Dieu est néanmoins toujours à situer à la suite de la prise en charge qu’il nous propose de tous les aspects de notre existence, qu’il accompagne, puisqu’il est “avec-nous”.

3. Decouvertes

Avec cette page, nous arrivons presque au bout de cet épisode de l’Evangile de Luc, où Jésus nous est présenté dans une attitude très forte d’opposition aux Pharisiens et docteurs de la Loi (11, 37 - 12, 12).

L’hypocrisie des Pharisiens nous est décrite comme un “levain”, symbole d’une influence cachée - mauvaise en ce cas précis - qui se propage. Cette hypocrisie finira cependant par être dévoilée.

L’importance du jugement de Dieu est telle que les disciples ne doivent pas craindre la persécution, dans laquelle, si elle leur arrive, ils peuvent compter avec confiance sur l’assistance de Dieu.

Ce qui compte avant tout pour le moment, c’est le témoignage que nous rendons à Jésus devant les hommes, et pour lequel l’Esprit de Jésus nous aide, témoignage qui aura pour conséquence que le Fils de l’homme se prononcera en notre faveur à la fin ultime des temps, nous accordera son pardon, s’il y a lieu, et dans la mesure où nous n’aurons pas refusé le salut de Dieu en blasphémant contre l’Esprit Saint, comme le précise la fin de l’épisode, qui suit notre page (12, 8 - 12).

4. Prolongement

C’est au niveau de notre être intérieur le plus profond, comme à celui de nos relations communautaires en recherche du Royaume de Dieu, en Eglise, que se propagent la vérité et la vie du Royaume, comme les dérives qui vont à l’opposé de ce que Dieu attend de nous :

33 Il leur dit une autre parabole : ” Le Royaume des Cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé. ”

6 Il n’y a pas de quoi vous glorifier ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ?

7 Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes. Car notre pâque, le Christ, a été immolée.

8 Ainsi donc, célébrons la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de pureté et de vérité.

9 En vous écrivant, dans ma lettre, de n’avoir pas de relations avec des débauchés,

10 je n’entendais nullement les débauchés de ce monde, ou bien les cupides et les rapaces, ou les idolâtres ; car il vous faudrait alors sortir du monde.

11 Non, je vous ai écrit de n’avoir pas de rapport avec celui qui, tout en portant le nom de frère, serait débauché, cupide, idolâtre, insulteur, ivrogne ou rapace, et même, avec un tel homme, de ne point prendre de repas.

Prière

*Seigneur Jésus, la présence en nous de ton Esprit Saint nous rend capables de proclamer Dieu comme notre Père, de te reconnaître en tant que Seigneur, de nous laisser saisir par ta façon d’aimer, qui se trouve alors déposée en notre coeur, et c’est cette puissance de vie nouvelle de ton Esprit Saint qui fait de nous les témoins de ta résurrection, comme de ta présence au coeur de nos vies et de nos communautés : aide-moi à ne jamais concurrencer cette force divine de ton Esprit, par une recherche de moi-même, qui, telle un levain, s’emparerait de mon être profond, et, par son influence, détournerait mes frères et soeurs de la vérité authentique de ton Royaume. AMEN.

18.10.2002.*


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