📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Éphésiens 1, 11-14

DE LA LETTRE AUX EPHESIENS

Texte

11 En lui nous sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté,
12 afin que nous servions à la louange de sa gloire, nous qui d’avance avons espéré en Christ.
13 En lui vous aussi, après avoir entendu la parole de la vérité, l’Évangile de votre salut, en lui vous avez cru et vous avez été scellés du Saint Esprit qui avait été promis,
14 lequel est un gage de notre héritage, pour la rédemption de ceux que Dieu s’est acquis, à la louange de sa gloire.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.

L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.

La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.

Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.

L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.

Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21)sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.

2. Message

Paul resitue ici toute la mission du peuple d’Israël en son point d’achèvement qui est le Christ, le Christ qui est en même temps le seuil d’un nouveau commencement et d’un dépassement du passé.

L’espérance d’Israël dans le Christ à venir, au cours des âges de préparation de l’Ancien Testament, le destinait à devenir un nouveau peuple dans une alliance nouvelle réalisée seulement lors de la venue de Jésus Christ.

Dans ce nouveau peuple sont intégrés à part entière les païens devenus croyants au Christ en raison de leur accueil de son message en sa Parole et en son action mystérieuse qui nous sauve.

Et ce qui rassemble dans l’unité tous des disciples de Jésus qui viennent d’horizons bien différents, c’est l’Esprit Saint qui représente en ce monde les arrhes du monde nouveau où Dieu nous appelle à partager sa vie profonde, et dont Jésus nous a assuré l’entrée par sa mission vécue jusqu’à son terme.

3. Decouvertes

Cette page fait partie du grand ensemble 1, 3 - 5, 21, que l’on peut considérer comme une grande prière de bénédiction méditative, et dans laquelle les versets 1, 3 - 14 mettent l’accent sur la bénédiction reçue de Dieu.

Cette bénédiction se présente comme la plus large et la plus étendue possible : elle précède la fondation même du monde, (1,4), elle est une prédestination d’amour (1, 5 ) qui nous est maintenant révélée (1, 9 - 11), elle rejoint la fin des temps (1, 10 - 14), où tout est récapitulé en Christ. Tel est l’unique plan de Dieu, tout de grâce.

Tout ce projet de Dieu se concentre en son point focal et son sommet, le Christ (1,4. 9. 11 - 12), qui l’a accompli en plénitude en sa mort-résurrection (1; 7 ). Mais en tout cela c’est bien Dieu lui-même qui agit de façon absolument gratuite dans l’envoi du Christ et le don de sa grâce bienveillante.

A noter que le langage et le style de cette bénédiction sont, de façon caractéristique, Juifs : voir des approches et expressions semblables en Psaume 41, 13; 72, 18 - 19; Deutéronome, 33, 12; Isaïe, 5, 1.

A remarquer également que notre passage distingue bien trois acteurs du salut, signifiés par l’utilisation de différents pronoms personnels : Dieu (“il”, “lui”), ainsi que le peuple d’Israël (“nous”), et l’ensemble des païens devenus croyants en Jésus Christ (“vous”).

4. Prolongement

Notre existence croyante d’aujourd’hui, plus de 2000 ans plus tard, reste autant marquére par l’unique plan de Dieu achevé en Jésus Christ mort et ressuscité. Notre mission n’est autre que de rendre présente la fin des temps inaugurée par le Christ, et qui nous est communquée par la présence en nous de son Esprit Saint, comme le ferment et le levain de notre vie quotidienne.

Tant que l’histoire des hommes continue, il appartient aux disciples du Christ de chaque époque d’inscrire, dans leurs comportements individuels et collectifs, la mission réalisée et le mystère révélé une fois pour toutes, quand le Verbe ou Parole de Dieu s’est fait chair dans un temps et dans un lieu donnés, et ce, justement pour inaugurer le Règne définitif de Dieu qui ouvre vraiment la “fin des temps” et donne naissance à une humanité nouvelle au coeur et au-delà de ce monde.

Prière

*Seigneur Jésus, que dans le don de ta grâce et la présence en nous de ton Esprit Saint, je me trouve davantage saisi en toi, en cherchant à te saisir et à te suivre mieux en toutes circonstances. AMEN.

15.10.2004.*

Évangile : Luc 12, 1-7

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Sur ces entrefaites, la foule s’étant rassemblée par milliers, au point qu’on s’écrasait les uns les autres, il se mit à dire, et d’abord à ses disciples : ” Méfiez-vous du levain - c’est-à-dire de l’hypocrisie - des Pharisiens.
2 Rien, en effet, n’est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu.
3 C’est pourquoi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu au grand jour, et ce que vous aurez dit à l’oreille dans les pièces les plus retirées sera proclamé sur les toits.
4 ” Je vous le dis à vous, mes amis : Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus.
5 Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez Celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne ; oui, je vous le dis, Celui-là, craignez-le.
6 Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux as ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant Dieu !
7 Bien plus, vos cheveux même sont tous comptés. Soyez sans crainte ; vous valez mieux qu’une multitude de passereaux.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Jésus, qui vient de quitter la maison du Pharisien qui l’avait invité, et où il avait prononcé des paroles très dures contre les Pharisiens et les docteurs de la Loi, conclut maintenant son réquisitoire à leur égard devant ses disciples et une grande foule.

Le terme “hypocrisie” résume ce que Jésus reproche aux Pharisiens et docteurs de la Loi. Nous sommes donc invités, à l’inverse, à faire et pratiquer la vérité sans détour et sans masque, en vivant dans la droiture et la loyauté.

Jésus invoque ici le jugement de Dieu face auquel rien ne saurait demeurer caché, et qui constitue la seule épreuve de vérité définitive : nous devons donc agir en fonction de ce jugement qui engagera notre destinée éternelle.

Cette perspective du jugement de Dieu nous fait tenir bon, et nous empêche de reculer, devant les pires difficultés ou persécutions que nous pourrions affronter, y compris la mort.

Ce jugement de Dieu est néanmoins toujours à situer à la suite de la prise en charge qu’il nous propose de tous les aspects de notre existence, qu’il accompagne, puisqu’il est “avec-nous”.

3. Decouvertes

Avec cette page, nous arrivons presque au bout de cet épisode de l’Evangile de Luc, où Jésus nous est présenté dans une attitude très forte d’opposition aux Pharisiens et docteurs de la Loi (11, 37 - 12, 12).

L’hypocrisie des Pharisiens nous est décrite comme un “levain”, symbole d’une influence cachée - mauvaise en ce cas précis - qui se propage. Cette hypocrisie finira cependant par être dévoilée.

L’importance du jugement de Dieu est telle que les disciples ne doivent pas craindre la persécution, dans laquelle, si elle leur arrive, ils peuvent compter avec confiance sur l’assistance de Dieu.

Ce qui compte avant tout pour le moment, c’est le témoignage que nous rendons à Jésus devant les hommes, et pour lequel l’Esprit de Jésus nous aide, témoignage qui aura pour conséquence que le Fils de l’homme se prononcera en notre faveur à la fin ultime des temps, nous accordera son pardon, s’il y a lieu, et dans la mesure où nous n’aurons pas refusé le salut de Dieu en blasphémant contre l’Esprit Saint, comme le précise la fin de l’épisode, qui suit notre page (12, 8 - 12).

4. Prolongement

C’est au niveau de notre être intérieur le plus profond, comme à celui de nos relations communautaires en recherche du Royaume de Dieu, en Eglise, que se propagent la vérité et la vie du Royaume, comme les dérives qui vont à l’opposé de ce que Dieu attend de nous :

33 Il leur dit une autre parabole : ” Le Royaume des Cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé. ”

6 Il n’y a pas de quoi vous glorifier ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ?

7 Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes. Car notre pâque, le Christ, a été immolée.

8 Ainsi donc, célébrons la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de pureté et de vérité.

9 En vous écrivant, dans ma lettre, de n’avoir pas de relations avec des débauchés,

10 je n’entendais nullement les débauchés de ce monde, ou bien les cupides et les rapaces, ou les idolâtres ; car il vous faudrait alors sortir du monde.

11 Non, je vous ai écrit de n’avoir pas de rapport avec celui qui, tout en portant le nom de frère, serait débauché, cupide, idolâtre, insulteur, ivrogne ou rapace, et même, avec un tel homme, de ne point prendre de repas.

Prière

*Seigneur Jésus, la présence en nous de ton Esprit Saint nous rend capables de proclamer Dieu comme notre Père, de te reconnaître en tant que Seigneur, de nous laisser saisir par ta façon d’aimer, qui se trouve alors déposée en notre coeur, et c’est cette puissance de vie nouvelle de ton Esprit Saint qui fait de nous les témoins de ta résurrection, comme de ta présence au coeur de nos vies et de nos communautés : aide-moi à ne jamais concurrencer cette force divine de ton Esprit, par une recherche de moi-même, qui, telle un levain, s’emparerait de mon être profond, et, par son influence, détournerait mes frères et soeurs de la vérité authentique de ton Royaume. AMEN.

18.10.2002.*


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