📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Romains 4, 17-25
DE LA LETTRE AUX ROMAINS
Texte
17 comme il est écrit : Je t’ai établi père d’une multitude de peuples -
notre père devant Celui auquel il a cru, le Dieu qui donne la vie aux morts et
appelle le néant à l’existence.
18 Espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi père d’une
multitude de peuples, selon qu’il fut dit : Telle sera ta descendance.
19 C’est d’une foi sans défaillance qu’il considéra son corps déjà mort - il
avait quelque cent ans - et le sein de Sara, mort également;
20 appuyé sur la promesse de Dieu, sans hésitation ni incrédulité, mais
avec une foi puissante, il rendit gloire à Dieu,
21 certain que tout ce que Dieu a promis, il est assez puissant ensuite
pour l’accomplir.
22 Voilà pourquoi ce lui fut compté comme justice.
23 Or quand l’Écriture dit que sa foi lui fut comptée, ce n’est point pour
lui seul; elle nous visait égalenlent,
24 nous à qui la foi doit être comptée, nous qui croyons en celui qui
ressuscita d’entre les morts Jésus notre Seigneur,
25 livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.
Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).
C.est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.
Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.
Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.
En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.
Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).
La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ.
Paul développe d’abord une 1ère série d’arguments autour d’un 1er thème, et que l’on peut intituler ainsi : “La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi” (1, 16 - 4, 25).
Ce thème est successivement : annoncé (l’Evangile comme source du salut, pour tous, révélant la justice de Dieu : 1, 16 - 17), puis expliqué de façon négative (sans cet Evangile de Dieu, la colère de Dieu se manifeste à l’encontre de tous les êtres humains (1, 18 - 3, 20).
Ce thème est ensuite développé de façon positive (la justice de Dieu est révélée par le Christ, et reçue dans la foi : 3, 21 - 31), avant d’être illustré par l’exemple d’Abraham (qui a été rendu juste par la foi : 4, 1 - 25).
Notre page termine cette dernière partie concernant ce rappel de la foi d’Abraham. En effet, l’Ancien Testament nous rapporte, de différentes façons, qu’il a “cru en Dieu” (Genèse 15, 6). De cette relecture que Paul fait de cette foi qu’a manifestée Abraham, le “Père des croyants”, notre passage reprend les quelques versets de conclusion (4, 20 - 25).
2. Message
L’argument majeur de Paul, c’est bien ici toujours que la justice de Dieu se communique aux hommes, pour les transformer, par une grâce de Dieu reçue dans la foi.
Selon Paul, il en était déjà ainsi dans l’Ancien Testament. Abraham, nous précise-t-il. a été reconnu juste en raison de sa foi (4, 1 - 8).
Ce n’était ni à cause de sa circoncision (4. 9 - 12), ni à cause de sa mise en pratique de la Loi (à venir) de Moïse, mais en vertu de la promesse gratuite que Dieu lui avait faite et qu’il a accueillie dans la confiance (4, 13 - 17), en étant pleinement convaincu que Dieu avait la puissance d’accomplir ce qu’il avait promis, quels que soient les obstacles rencontrés (4, 18 - 21).
En conséquence. voici le message très précis de notre passage : Abraham est bien notre “Père” dans la foi, car sa foi, c’est-à-dire son attitude de croyant qui dit toujours “OUI” à Dieu, en commençant par lui faire confiance, est bien pour Paul le “type” de notre foi chrétienne. de la manière dont nous accueillons ce qui nous est révélé de Dieu par l’événement et la Parole de Jésus le Christ.
3. Decouvertes
Au verset 18 : contrairement à toute attente humaine, Abraham a cru à Dieu dans l’espérance. Bien qu’il eût de nombreuses raisons de désespérer d’avoir une descendance humaine, il s’en remit totalement à la promesse de Dieu, en toute confiance.
Au verset 19 : Paul fait allusion au texte de Genèse, 17, 1 - 21, dans lequel il nous est dit qu’Abraham entendit Dieu lui annoncer qu’il aurait un fils, alors qu’il avait 99 ans et que sa femme Sarah, âgée de 92 ans, avait toujours été stérile.
Aux versets 20 - 23 : Paul ne s’arrête pas au fait qu’Abraham avait été pris d’un rire convulsif en entendant pareille annonce (Genèse, 17, 1 - 21), mais insiste sur sa réaction d’accueil de la promesse de Dieu dans l’action de grâces. Et Paul de citer une 3ème fois (après l’avoir déjà fait en 4, 3 et 4, 9) la phrase de Genèse, 15, 6 : “Abraham crut à Dieu et celui lui fut compté comme justice”.
Au verset 24 : voici bien ce à quoi Paul veut nous conduire : s’il a rappelé l’exemple d’Abraham, c’est pour l’appliquer, de façon nouvelle, à nos situations. En effet, l’objet de la foi d’Abraham et de notre foi est le même : confiance totale en Dieu qui ressuscite les morts. La foi d’Abraham en Dieu “qui fait vivre les morts et appelle à l’existence ce qui n’existe pas ” (4, 17) anticipe notre foi en Dieu qui a ressuscité .Jésus d’entre les morts (4, 24).
Au verset 25 : Paul reprend le 4ème poème du Serviteur souffrant du 2ème Prophète Isaïe. En souffrant comme Serviteur de Dieu, Jésus détruit notre péché et réalise notre justification (voir Isaïe, 53, 4 - 5 et 11 - 12). C’est dire que le salut de toute l’humanité est réalisé dans la mort et la résurrection de Jésus, considérées comme un unique événement.
4. Prolongement
Notons ici la façon dont Paul relit l’Ancien Testament, pour que nous en fassions un usage présent dans notre relation à Dieu selon le mystère du Christ en qui tout est accompli. Allons relire 1 Corinthiens, 10, 1 - 11 (surtout 6 - 11) et 1 Corinthiens, 9, 9 - 10.
Dans cette Lettre aux Romains, Paul reprend, de façon plus systématique, ce qu’il avait déjà écrit, sous forme polémique, dans sa Lettre aux Galates, dont voici 2 extraits :
6 Ainsi Abraham crut-il en Dieu, et ce lui fut compté comme justice.
7 Comprenez-Ie donc : ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux les fils d’Abraham.
8 Et l’Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, annonça d’avance à Abraham cette bonne nouvelle : En toi seront bénies toutes les nations.
9 Si bien que ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham le croyant.
…
26 Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus.
27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :
28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.
29 Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse.
Prière
*Seigneur Jésus, avec ton disciple et apôtre Paul, qui nous demande de croire en toi avec une confiance totale, et qui nous présente ainsi la foi de notre ancêtre à tous, Abraham le croyant, nous sommes amenés à te redire : “nous savons en qui nous avons cru”, toi qui nous révèles le Père, nous invites d’abord à te dire “OUI” sur parole, et à te suivre ensuite jusqu’au bout dès que nous t’avons ainsi reconnu : aide-moi, par ton Esprit Saint qui demeure en moi, à tenir bon avec toi et en toi, par une confiance renouvelée, qui compte toujours plus sur ta Parole et la communication transformante de ton action de salut, qui me rend “fils” et “participant, par grâce, à ta nature divine”. AMEN.
20.10.2003.*
Évangile : Luc 12, 13-21
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
13 Quelqu’un de la foule lui dit : ” Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. “
14 Il lui dit : ” Homme, qui m’a établi pour être votre juge ou régler vos partages ? “
15 Puis il leur dit : ” Attention ! gardez-vous de toute cupidité, car, au sein même de l’abondance, la vie d’un homme n’est pas assurée par ses biens. “
16 Il leur dit alors une parabole : ” Il y avait un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté.
17 Et il se demandait en lui-même : “Que vais-je faire ? car je n’ai pas où recueillir ma récolte. “
18 Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : j’abattrai mes greniers, j’en construirai de plus grands, j’y recueillerai tout mon blé et mes biens,
19 et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois, fais la fête. “
20 Mais Dieu lui dit : “Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura ?“
21 Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s’enrichir en vue de Dieu. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Problèmes d’argent : Jésus n’a pas été envoyé en mission pour les régler.
En effet, la qualité de vie, dont il est venu témoigner comme un appel pour les hommes et les femmes, ne dépend pas de l’abondance des richesses.
Bien au contraire, la passion de l’argent, avec le désir d’amasser et de posséder les biens de ce monde, est un obstacle majeur au Royaume de Dieu, car elle fait de l’homme un insensé.
On ne peut pas être riche aux yeux de Dieu si l’on recherche les richesses matérielles.
3. Decouvertes
L’ensemble 12, 13 - 53 de cet Evangile de Luc peut s’intituler : “Alerte pour le Royaume de Dieu”. Nous avons ici le premier épisode dans lequel Jésus, tel que nous le présente Luc, insiste sur l’imminence du Royaume.
Suite à une requête qu’on lui fait, et qu’il refuse, de partager un héritage, Jésus, une fois de plus saisissant l’occasion, parle du danger des richesses, et de l’inutilité pour notre vie de nous faire du souci à leur égard.
Pöur illustrer le fait que la vie de qui que ce soit ne saurait consister dans l’abondance des biens matériels qu’il accumule, Jésus nous raconte la parabole du riche insensé, à qui la confiance dans les richesses fait oublier les fragilités de l’existence humaine, et tout ce qu’il doit accomplir dans l’obéissance pour être riche en vue de Dieu.
4. Prolongement
Jésus résume son message sur Dieu et les richesses en une formule choc :
24 ” Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent.
Paul nous montre, de son côté comment il se situe personnellement face à l’argent, lui qui avait choisi de travailler pour sa subsistence, tout en annonçant de toutes ses forces la Bonne Nouvelle de Jésus :
13 Ne savez-vous pas que les ministres du temple vivent du temple, que ceux qui servent à l’autel partagent avec l’autel ?
14 De même, le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l’Évangile de vivre de l’Évangile.
15 Mais je n’ai usé, moi, d’aucun de ces droits, et je n’écris pas cela pour qu’il en soit ainsi à mon égard ; plutôt mourir que de… Mon titre de gloire, personne ne le réduira à néant.
16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
11 Ce n’est pas mon dénuement qui m’inspire ces paroles ; j’ai appris en effet à me suffire en toute occasion.
12 Je sais me priver comme je sais être à l’aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l’abondance comme au dénuement.
13 Je puis tout en Celui qui me rend fort.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as recommandé de ne jamais nous soucier des richesses de ce monde, de ne pas chercher à les posséder, mais à les utiliser pour les partager avec nos frères et soeurs, et tu nous as encouragés à nous mettre toujours d’abord en quête du Royaume de Dieu et de sa justice, le reste devenant tout-à-fait secondaire : apprends-moi à bien me situer face aux richesses et aux différents aspects du confort de notre vie moderne, ouvre mon coeur au cri des pauves qui manquent de tout, près de chez nous comme dans les pays du Tiers-monde de notre planète, creuse en moi le souci de partager ce que j’ai reçu, et dont tu me rappelles que je ne dois jamais me considérer propriétaire. AMEN.
21.10.2002.*