📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Éphésiens 2, 1-10
DE LA LETTRE AUX EPHESIENS
Texte
1 Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés,
2 dans lesquels vous marchiez autrefois, selon le train de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air, de l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion.
3 Nous tous aussi, nous étions de leur nombre, et nous vivions autrefois selon les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et de nos pensées, et nous étions par nature des enfants de colère, comme les autres…
4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés,
5 nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés);
6 il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus Christ,
7 afin de montrer dans les siècles à venir l’infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus Christ.
8 Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.
9 Ce n’est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie.
10 Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.
L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.
La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.
Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.
L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.
Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21)sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.
2. Message
Paul rappelle ici que l’adhésion au Christ dans la conversion est un passage de la mort à la vie qu’ont effectué tous les croyants, aussi bien Juifs (“nous tous d’ailleurs”), que les païens (“vous”).
Ensuite, dans les versets 4 - 10, il reprend en très grande partie le message qu’il avait largement développé dans ses lettres aux Galates et aux Romains : Dieu nous sauve tout-à-fait gratuitement en sa grâce et sa miséricorde, sans que nos “oeuvres” ou engagements personnels y soient pour quelque chose, sauf à être les fruits du don de Dieu, épanoui en nous.
Ce salut qui nous est ainsi accordé est déjà notre entrée dans le mystère, qui nous est communiqué, de la résurrection du Christ et de la fin des temps, mystère “déjà là” pour nous aujourd’hui en sa réalité inaugurée. Ce qui fait dire à Paul que nous sommes ressuscités avec le Christ, ayant part mystérieusement à son ascension céleste.
3. Decouvertes
Cette page est l’une des déclarations les plus ramassées etles plus fortes, pour ne pas dire la plus ramassée et la plus forte, montrant notre impuissance radicale face au salut de Dieu, si nous ne recevons pas la grâce de Dieu en nous et ce que cette grâce accomplit.
Relire à ce sujet : Romains, 3, 19 - 20. 27 - 31; 5, 6. 8 - 10. 30 - 32; 6, 5 - 11; 7, 7 - 11; 11, 30 - 32; Galates, 2, 15 - 16.
Avec toutefois cette nuance que Paul parle maintenant de cette oeuvre-action de Dieu comme d’une réalité présente déjà accomplie, alors que dans ses grandes lettres précédentes, elle était présentée comme en cheminement vers un accomplissemnt futur.
De plus, nos oeuvres humaines dont Paul fait ici état pour en souligner l’impuissance vers le salut, ne sont plus seulement les oeuvres de la Loi Juive, mais toutes les productions de nos efforts humains, quels qu’il soient.
4. Prolongement
Un des problèmes centaux de la vie chrétienne est la conciliation de notre création à l’image de Dieu, accompagnée du commandement du récit des deux premiers chapitres de la Genése : “croissez … soumettez la terre”, et de notre incapacité radicale de parvenir, de nous-mêmes, au salut de Dieu qui est totalement don gratuit et grâce du Seigneur, dans un passage de cette image de Dieu à l’image du Christ, et de l’homme initial à l’homme nouveau transfiguré par le Christ, qui nous intègre à son mystère de résurrection.
Comment vivre cela concrètement ?
Les Pères de l’Eglise et tous les grands auteurs spirituels se sont tous, d’une manière ou d’une autre, penchés sur ce double appel de Dieu à nous réaliser, tout en nous abandonnant à lui. Citons à titre d’exemple le conseil fameux d’Ignace de Loyola, fondateur des Jésuites : “Faire comme si tout dépendait de moi, et prier dans l’humilité car tout dépend de Dieu”.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as donné la clé des béatitudes, que Paul nous redit à sa façon dans ce passage : apprends-moi, dans ton Esprit Saint, à devenir toujours plus pauvre de moi pour être riche seulement de toi qui me saisis et me transformes à ton image. AMEN.
18.10.2004.*
Évangile : Luc 12, 13-21
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
13 Quelqu’un de la foule lui dit : ” Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. “
14 Il lui dit : ” Homme, qui m’a établi pour être votre juge ou régler vos partages ? “
15 Puis il leur dit : ” Attention ! gardez-vous de toute cupidité, car, au sein même de l’abondance, la vie d’un homme n’est pas assurée par ses biens. “
16 Il leur dit alors une parabole : ” Il y avait un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté.
17 Et il se demandait en lui-même : “Que vais-je faire ? car je n’ai pas où recueillir ma récolte. “
18 Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : j’abattrai mes greniers, j’en construirai de plus grands, j’y recueillerai tout mon blé et mes biens,
19 et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois, fais la fête. “
20 Mais Dieu lui dit : “Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura ?“
21 Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s’enrichir en vue de Dieu. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
Problèmes d’argent : Jésus n’a pas été envoyé en mission pour les régler.
En effet, la qualité de vie, dont il est venu témoigner comme un appel pour les hommes et les femmes, ne dépend pas de l’abondance des richesses.
Bien au contraire, la passion de l’argent, avec le désir d’amasser et de posséder les biens de ce monde, est un obstacle majeur au Royaume de Dieu, car elle fait de l’homme un insensé.
On ne peut pas être riche aux yeux de Dieu si l’on recherche les richesses matérielles.
3. Decouvertes
L’ensemble 12, 13 - 53 de cet Evangile de Luc peut s’intituler : “Alerte pour le Royaume de Dieu”. Nous avons ici le premier épisode dans lequel Jésus, tel que nous le présente Luc, insiste sur l’imminence du Royaume.
Suite à une requête qu’on lui fait, et qu’il refuse, de partager un héritage, Jésus, une fois de plus saisissant l’occasion, parle du danger des richesses, et de l’inutilité pour notre vie de nous faire du souci à leur égard.
Pöur illustrer le fait que la vie de qui que ce soit ne saurait consister dans l’abondance des biens matériels qu’il accumule, Jésus nous raconte la parabole du riche insensé, à qui la confiance dans les richesses fait oublier les fragilités de l’existence humaine, et tout ce qu’il doit accomplir dans l’obéissance pour être riche en vue de Dieu.
4. Prolongement
Jésus résume son message sur Dieu et les richesses en une formule choc :
24 ” Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent.
Paul nous montre, de son côté comment il se situe personnellement face à l’argent, lui qui avait choisi de travailler pour sa subsistence, tout en annonçant de toutes ses forces la Bonne Nouvelle de Jésus :
13 Ne savez-vous pas que les ministres du temple vivent du temple, que ceux qui servent à l’autel partagent avec l’autel ?
14 De même, le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l’Évangile de vivre de l’Évangile.
15 Mais je n’ai usé, moi, d’aucun de ces droits, et je n’écris pas cela pour qu’il en soit ainsi à mon égard ; plutôt mourir que de… Mon titre de gloire, personne ne le réduira à néant.
16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
11 Ce n’est pas mon dénuement qui m’inspire ces paroles ; j’ai appris en effet à me suffire en toute occasion.
12 Je sais me priver comme je sais être à l’aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l’abondance comme au dénuement.
13 Je puis tout en Celui qui me rend fort.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as recommandé de ne jamais nous soucier des richesses de ce monde, de ne pas chercher à les posséder, mais à les utiliser pour les partager avec nos frères et soeurs, et tu nous as encouragés à nous mettre toujours d’abord en quête du Royaume de Dieu et de sa justice, le reste devenant tout-à-fait secondaire : apprends-moi à bien me situer face aux richesses et aux différents aspects du confort de notre vie moderne, ouvre mon coeur au cri des pauves qui manquent de tout, près de chez nous comme dans les pays du Tiers-monde de notre planète, creuse en moi le souci de partager ce que j’ai reçu, et dont tu me rappelles que je ne dois jamais me considérer propriétaire. AMEN.
21.10.2002.*