📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Éphésiens 2, 12-22

DE LA LETTRE AUX EPHESIENS

Texte

12 rappelez-vous qu’en ce temps-là vous étiez sans Christ, exclus de la cité d’Israël, étrangers aux alliances de la Promesse, n’ayant ni espérance ni Dieu en ce monde !
13 Or voici qu’à présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ.
14 Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine,
15 cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix,
16 et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix : en sa personne il a tué la Haine.
17 Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches :
18 par lui nous avons en effet, tous deux en un seul Esprit, libre accès auprès du Père.
19 Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu.
20 Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même.
21 En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ;
22 en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.

L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.

La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.

Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.

L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.

Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21) sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.

2. Message

La plupart des membres de l’Eglise sont maintenant des païens convertis. Paul leur rappelle d’abord ce qui leur manquait auparavant : Dieu, l’Alliance, la Promesse, le Messie, c’est—à-dire les relations de Dieu avec un peuple choisi par lui, dans l’Ancien Testament, pour souligner ensuite l’avancée extraordinaire qu’ils ont effectuée depuis leur adhésion au Christ Jésus.

Ils sont désormais proches de tous les croyants et intégrés au projet de Dieu. En effet, en “tuant” toute haine par sa mort, le Christ a supprimé toute division entre Juifs et païens, et réconcilié toute l’humanité avec son Père dans l’unité d’un seul Homme Nouveau collectif. Les privilèges du peuple Juif face au Royaume de Dieu, annoncé et réalisé par Jésus, sont désormais abolis (mais non la Promesse qui leur a été faite), et la Loi, qui les séparait des païens est remplacée par l’Esprit Saint.

Les païens convertis à Jésus sont donc devenus des chrétiens à part entière, membres du peuple de Dieu fondé sur les Apôtres et la pierre d’angle qui est Jésus lui-même. Ils sont donc, autant que les autres, des éléments actifs de la construction de l’Eglise, décrite ici comme “Temple” de Dieu, dans l’Esprit Saint.

3. Decouvertes

Après avoir montré, dans le passage qui précède cette page, que Juifs et païens sont, en Jésus Christ, passés du péché à la grâce, et donc de la mort à la vie, par la miséricorde gratuite de Dieu, Paul montre maintenant comment les païens convertis sont passés d’un statut d’étrangers à celui de fils et de membres de la famille de Dieu, famille initiée par Dieu dans l’appel d’Abraham et de sa descendance.

Par et dans le Christ, ils sont membres d’une humanité nouvelle, créée par le Seigneur dans la continuité et la transformation radicale de l’Israël ancien.

Noter aux versets 13 - 18, les contrastes entre “être loin” et “être proche”, l’insistance sur la “paix”, encadrant l’affirmation centrale de la réconciliation universelle, de la fin de la haine, de la destruction des murs et barrières.

En plus de l’image de “l’Eglise-Temple”, remarquons également, à la fin de cette page, la mention associée de Dieu, du Christ et de l’Esprit Saint, base de la future théologie de la Trinité.

4. Prolongement

Le Christ est notre paix. Le Christ est le fondement et le réalisateur de notre unité en lui. En lui, tous sont réconciliés, et se donnent et reçoivent sa paix, et construisent ensemble l’avenir d’une humanité totalement nouvelle.

Nos communautés d’Eglise, en communion les unes avec les autres, sont bien notre “lieu” commun de participation à cette famille de Dieu, en qui tous sont réunis, par le Christ, dans l’Esprit Saint. Quel regard de foi portons-nous sur notre communauté ?

Prière

*Seigneur Jésus, tu as pris sur toi toutes nos divisions pour les rompre dans le débordement du don de la paix de Dieu, qui tue toute haine, qui brise tous les murs de division, qui nous rassembles en un seul corps, avec tous ceux que Dieu a appelés, comme nous, a partager sa gloire, qu’ils soient humainement proches ou très loin de nous : donne-moi, dans ton Esprit Saint, la “clef” qui me permette d’intégrer vraiment ce mystère en toute ma vie, de me laisser transformer par lui en témoin actif de cette réconciliation entre tous, selon cette unité qui est source d’une humanité nouvelle fondée sur toi, et à laquelle tu nous offres d’avoir part, dans la mesure où nous construisons sur toi notre existence personnelle, et notre partage avec nos frères et nos sœurs, dans nos communautés d’Eglise. AMEN.

22.10.2002.*

Évangile : Luc 12, 35-38

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

35 “Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées.
36 Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son
retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera.
37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de
veiller! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant
de l’un à l’autre, il les servira.
38 Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s’il trouve les
choses ainsi, heureux seront-ils !”

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

L’on divise habituellement toute cette marche en 3 séries d’instructions que Jésus donne de diverses façons à l’ensemble de ses disciples :

  • la 1ère série d’instructions se déroule de 9, 51 à 13, 21,
  • la 2ème série de 13, 22 à 17, 10,
  • la 3ème, de 17, 11 à 19, 27.

Toutes ces instructions ne visent qu’un seul thème : quel est le sens de notre chemin à parcourir avec Jésus, de ce qu’on appelle “la Voie” chrétienne, ou la “route avec le Christ” ?

Notre page d’Evangile fait toujours partie de la première série de ces instructions en paroles et en actes. Jésus a commencé d’indiquer à ceux qui l’entourent comment faire face aux diverses oppositions et tentations qu’ils rencontreront dans leur ministère (12, 1 - 59) : quoi qu’il arrive, il faut confesser ouvertement que Jésus est le Fils de l’homme (12, 1

  • 12), il faut demeurer très prudent et vigilant face aux biens de ce monde, que Jésus n’est pas chargé de gérer dans sa mission (12, 13 - 21), il faut se maintenir libre et sans inquiétude face aux problèmes de subsistance (12, 22 - 32), il faut distribuer ses biens en aumônes (12, 33 -34).

Ainsi en arrivons-nous à notre passage, qui fait partie d’un ensemble de paraboles sur la vigilance (12, 35 - 48).

2. Message

Ces paraboles sur la vigilance des serviteurs sont interprétées par Luc comme visant surtout la vie des communautés d’Eglise après la résurrection.

Pour lui, le mot “serviteur” désigne, le plus souvent, celui qui rend service à la communauté chrétienne, ou qui est chargé de le faire avec plus ou moins de responsabililtés. C’est dire que cette page nous est, semble-t-il, adressée directement.

Pour cette même raison, cette vigilance doit s’exercer dans la période “intermédiaire” entre la résurrection-ascension de Jésus (son départ) et son retour (lié à la fin ultime des temps).

Pour celui qui sera trouvé en train de veiller lors de ce retour du Seigneur, il y aura un renversement des rôles : celui qui doit servir sera servi par son Maître. Telle est l’annonce et l’image de l’absolue gratuité de Dieu. Le serviteur fidèle et vigilant siègera au banquet eschatologique de la fin ultime des temps.

Ce qui est demandé aux disciples c’est au moins d’accueillir ou de se mettre en situation d’accueil du don de Dieu, toujours immérité, toujours généreux, “au delà de tout ce qu’on peut imaginer ou concevoir” (Ephésiens, 3, 20 - 21).

3. Decouvertes

Au verset 35 : la traduction littérale est bien: “que vos reins soient ceints et vos lampes allumées”.

C’est là la tenue de travail et la tenue de voyage. On relève les pans de sa robe dans sa ceinture pour travailler.

C’est également la tenue de la Pâque pour les Juifs qui attendent ainsi le passage du Seigneur (Exode 12, 11) ou la venue du Messie.

4. Prolongement

N’oublions pas que si nous sommes tous des serviteurs, nous le sommes d’un Maître qui s’est présenté come “Serviteur de tous” (Luc, 22, 24 - 27), et qui a accepté de vivre le terme suprême de sa mission comme “Serviteur souffrant”, en étant traité et condamné comme un esclave par Pilate et Hérode, le vendredi de sa mort sur la croix (Luc, 23, 6 - 25).

N’hésitons pas à relire cette partie importante du récit de la passion de Jésus. Voici le texte où Jésus se définit “Serviteur” la veille de sa mort :

24 Il s’éleva aussi entre eux une contestation : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ‘!

25 Il leur dit : ” Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs.

26 Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert.

27 Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert !

Prière

*Seigneur Jésus, même si, en fin de compte, nous ne sommes, face à toi et au Père, que des serviteurs “quelconques”, tu nous ne nous en demandes pas moins de nous comporter en serviteurs de ton Royaume, de ton Evangile, de ta vie au coeur de nos frères et soeurs et de nos communautés, en nous chargeant d’une mission de vigilance permanente, en ton Nom, sur tous ceux et toutes celles auprès de qui nous sommes placés dans notre histoire : donne-moi de savoir t’imiter dans la qualité de ton service, de ne jamais refuser de répondre à une demande ou à une sollicitation qui m’est faite, de toujours penser d’abord à mettre debout et valoriser toute personne que je rencontre, en qui je reconnais un “frère” ou une “soeur”, créé(e) à l’image de Dieu, et auprès de qui le Père m’appelle à reproduire ton image. AMEN.

21.10.2003.*


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