📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Romains 6, 12-18
DE LA LETTRE AUX ROMAINS
Texte
12 Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel de manière à
vous plier à ses convoitises.
13 Ne faites plus de vos membres des armes d’injustice au service du
péché; mais offrez-vous à Dieu comme des vivants revenus de la mort et faites
de vos membres des armes de justice au service de Dieu.
14 Car le péché ne dominera pas sur vous : vous n’êtes pas sous la Loi,
mais sous la grace.
15 Quoi donc ? Allons-nous pécher parce que nous ne sommes pas sous
la Loi, mais sous la grâce ? Certes non !
16 Ne savez-vous pas qu’en vous offrant à quelqu’un comme esclaves
pour obéir, vous devenez les esclaves du maître à qui vous obéissez, soit du
péché pour la mort, soit de l’obéissance pour la justice ?
17 Mais grâces soient rendues à Dieu; jadis esclaves du péché, vous vous
êtes soumis cordialement à la règle de doctrine à laquelle vous avez été confiés,
18 et, affranchis du péehé, vous avez été asservis à la justiee.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.
Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).
C’est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.
Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.
Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.
En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.
Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).
La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ, et elle se développe en trois thèmes : - La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi (1, 16 - 4, 25), - L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39), - Cette réalisation du salut de Dieu n’est pas en contradiction avec la promesse de Dieu faite jadis à Israël (9, 1 - 11, 36)
A côté de cette répartition de cette Lettre en deux parties, comme il vient d’être indiqué, on peut tout aussi bien n’y voir, d’un bout à l’autre que le développement, en trois temps successifs, d’une seule idée force très prégnante : - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière selon laquelle Dieu traite les Juifs et les paiens (1 - 8), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière dont Dieu traite le peuple d’Israël (9 - 11), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la vie de ceux qui croient au Christ. (12 - 15).
Selon le premier découpage de cette Lettre, que nous continuons de suivre, Paul développe ensuite une 2ème série d’arguments autour d’un 2ème thème : L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39).
Ce thème est successivement : annoncé (le chrétien, justifié par la foi, réconcilié à Dieu, sera sauvé : 5, 1 - 11), puis expliqué (la vie chrétienne apporte une triple libération : du péché et de la mort, en 5, 12 - 21, de l’homme lui-même, désormais uni au Christ, en 6, 1 - 23, de la Loi, en 7, 1 - 25), enfin développé (la vie chrétienne est vie dans l’Esprit, destinée à la gloire, selon la force de l’Esprit qui fait de nous des enfants de Dieu, dont nous devons chanter l’amour indéfectible : 8, 1 - 39).
Notre passage se situe au niveau de la 2ème des 3 libérations mentionnées ci-dessus (5, 12 - 7, 25) : la libération de soi-même dans l’union au Christ Vivant (6, 1 -23), qui fait suite à !a libération du péché et de la mort (5, 12 - 21), et qui précède la libération de la Loi (7, 1 - 25).
2. Message
Comme le chrétien a reçu une nouvelle vie dans le Christ (5, 12 - 21), c’est le Christ qui désormais tient la première place dans son existence, et non plus le péché et la mort.
Cette nouvelle vie, cependant, change radicalement l’existence et l’être de celui ou de celle qui, par son baptême, a été associé à la mort-résurrection du Christ et a reçu, de ce fait, une nouvelle identité.
Ainsi, morts au péché, comme des vivants revenus de la mort, nous ne sommes plus sujets que de la grâce de Dieu, attachés à Dieu comme un esclave l’est à son Maître.
En ce sens, Paul peut dire que, libérés du péché, nous sommes devenus “esclaves de la justice”.
3. Decouvertes
Au verset 12 : Bien que, par le baptême dans la mort-résurrection du Christ, le chrétien soit libéré du péché, cette libération n’est pas encore définitive et il y a risque de rechute, D’où l’exhortation de Paul aux versets 12 - 13 - 14.
Au verset 13, Paul emploie un vocabulaire militaire lorsqu’iI parle des armes de l’mjustice.
Au verset 16 : I’image de “l’esclave” est à interpréter au sens d’attachement à un maître au service duquel l’on se met.
A travers tout ce texte, Paul nous signale que nous avons changé de maître : libérés du péché, de la mort et de la Loi, nous sommes attachés à Dieu par le Christ, ainsi qu’à la justice que Dieu nous transmet si nous l’accueillons dans l’obéissance de la foi à l’Evangile du salut.
4. Prolongement
Pour aller jusqu’au hout de la compréhension de notre page, il faut lire le chapitre 6 tout entier
En écho à notre page ainsi située, relisons la reprise que nous en donne, sous forme de résumé, la Lettre aux Ephésiens, 2, 4 - 10, Et que cela nous conduise à l’action de grâces !
4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,
5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -
6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.
7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus,
8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi, Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu;
9 il ne vient pas des oeuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.
10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes oeuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions,
Prière
*Seigneur Jésus, de même que tu nous as déclare que tu ne faisais “qu’un” avec le Père, accomplissant en tous temps sa volonté, attache-moi sans cesse davantage à toi, de façon à ce que rien ne puisse jamais m’éloigner de ta présence vivante dans ton Esprit Saint, avec la force duquel tu nous proposes de nous conduire au Père. AMEN.
22.10.2003.*
Évangile : Luc 12, 39-48
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
39 Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. “
41 Pierre dit alors : ” Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tout le monde ? “
42 Et le Seigneur dit : ” Quel est donc l’intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur ses gens pour leur donner en temps voulu leur ration de blé ?
43 Heureux ce serviteur, que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte !
44 Vraiment, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens.
45 Mais si ce serviteur dit en son cœur : “Mon maître tarde à venir”, et qu’il se mette à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, boire et s’enivrer,
46 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas ; il le retranchera et lui assignera sa part parmi les infidèles.
47 ” Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups.
48 Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre. A qui on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
L’attente du retour final du Fils de l’homme, comme son passage dans nos vies, demande au moins autant de vigilance que celle de l’habitant d’une maison toujours sur le qui vive face à l’éventualité d’un cambriolage.
Suite à cette petite parabole, Jésus nous raconte celle de l’intendant fidèle pour répondre à une question de Pierre, visant, semble-t-il, les responsables de communautés : plus encore que les autres, ceux qui ont reçu une charge dans les groupes de disciples de Jésus doivent se montrer vigilants.
Ils sont en effet responsables des frères qui leur ont été confiés, et doivent donc se trouver prêts, à tout moment, à rendre compte à leur maître de la qualité de leur service.
3. Decouvertes
Dans cet ensemble 12, 13 - 53, où Jésus parle de l’imminence de la fin des temps, il aborde, à partir du verset 35, la question de la nécessité de la vigilance dans l’attente de son retour, et nous propose 3 paraboles sur ce thème : celle de l’attente, en tenue de service, du maître qui revient des noces (12, 35 - 38), puis les deux de notre page.
Le “banquet de noces” de la 1ère parabole semblant symboliser l’inauguration du Règne de Jésus au ciel de Dieu, nos deux paraboles s’inscrivent logiquement dans la perspective du retour du Seigneur à la Parousie.
Deux convictions s’en dégagent : d’une part, que les disciples doivent être prêts en vue d’un retour de Jésus à n’importe quelle heure, et, d’autre part, qu’ils doivent accepter que ce retour se fasse attendre, sans pour autant réduire, en quoi que ce soit, leur vigilance ou la qualité de leur service.
La question de Pierre actualise ce message pour les chrétiens auxquels s’adresse l’évangéliste Luc, ainsi que pour nous aujourd’hui : l’attitude d’attente, dans l’urgence, et l’exigence qu’elle implique, sont fondées sur la promesse de Jésus que le Père veut donner le Royaume aux disciples de Jésus (12, 32).
Et ce don est d’une telle qualité qu’il vaut la peine qu’on reste vigilants à l’extrême, et cela autant qu’au début, même si l’échéance se fait attendre.
Notons que Pierre s’adresse à Jésus en l’appelant “Seigneur”, titre qui s’applique spécifiquement au Christ ressuscité et glorifié.
4. Prolongement
Paul, qui écrivait quelque 30 - 35 ans plus tôt que Luc, disait déjà que, pour lui, le “temps est écourté”. Car, s’il reste des milliers d’années à parcourir pour atteindre le terme du temps de l’histoire, le monde à venir nous est déjà présent dans le Christ ressuscité (1 Corinthiens, 7, 29) :
10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude.
11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru.
12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière.
13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies.
14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises.
Thème de la vigilance, repris comme appel à une attitude constante, dans le document de résumé de la théologie de Paul qu’est la Lettre dite “aux Ephésiens”, en 5, 8 - 16, ainsi que dans les versets suivants du chapitre 6 :
13 C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en œuvre, rester fermes.
14 Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse,
15 et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile de la paix ;
16 ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ;
17 enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu.
18 Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as promis que tu serais avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps, c’est la raison pour laquelle nous croyons que ta présence au coeur de nos vies, dans le don de ton Esprit Saint, insère en nous ta capacité d’aimer et de faire la vérité dans la lumière, mais, en même temps, tu nous rappelles que nous devons toujours, dans une attitude constante et renouvelée, nous tenir en attente de ta rencontre, comme d’un événement qui nous bouscule : augmente en moi cette attente et ce désir de ta proximité plus intime, à mesure que se déroulent les étapes de mon cheminement dans l’histoire, de façon à ce que tous mes projets et engagements y trouvent sans cesse un surplus de sens authentique, selon la Bonne Nouvelle de ton Royaume. AMEN.
23.10.2002*