📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Éphésiens 3, 1-12
DE LA LETTRE AUX EPHESIENS
Texte
1 A cause de cela, moi Paul, le prisonnier de Christ pour vous païens…
2 si du moins vous avez appris quelle est la dispensation de la grâce de Dieu, qui m’a été donnée pour vous.
3 C’est par révélation que j’ai eu connaissance du mystère sur lequel je viens d’écrire en peu de mots.
4 En les lisant, vous pouvez vous représenter l’intelligence que j’ai du mystère de Christ.
5 Il n’a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit aux saints apôtres et prophètes de Christ.
6 Ce mystère, c’est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps, et participent à la même promesse en Jésus Christ par l’Évangile,
7 dont j’ai été fait ministre selon le don de la grâce de Dieu, qui m’a été accordée par l’efficacité de sa puissance.
8 A moi, qui suis le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée d’annoncer aux païens les richesses incompréhensibles de Christ,
9 et de mettre en lumière quelle est la dispensation du mystère caché de tout temps en Dieu qui a créé toutes choses,
10 afin que les dominations et les autorités dans les lieux célestes connaissent aujourd’hui par l’Église la sagesse infiniment variée de Dieu,
11 selon le dessein éternel qu’il a mis à exécution par Jésus Christ notre Seigneur,
12 en qui nous avons, par la foi en lui, la liberté de nous approcher de Dieu avec confiance.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.
L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.
La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.
Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.
L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.
Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21) sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.
2. Message
Paul rappelle aux Ephésiens quelle est sa vocation spécifique dans l’Eglise, et il les invite à en mesurer tous les enjeux et dimensions. En le saisissant dans son activité de persécuteur des chrétiens pour l’envoyer en mission, Dieu lui a révélé le mystère de son projet de salut universel, rassemblant tous ceux qui sont devenus, ou sont appelés à devenir, disciples de Jésus Christ.
Cette révélation ne peut être qu’une parole des derniers temps qui viennent d’être inaugurés dans l’événement qui achève tout le projet de Dieu, à savoir la mission, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Elle ne pouvait donc pas avoir eu lieu auparavant.
Ce mystère du projet de Dieu, diont Paul a été le “récepteur” privilégié et choisi, a justement été rendu visible dans la mission même de l’apôtre, et manifesté dans toutes les Eglises que Paul a fondées dans les cités païennes du monde grec méditerranéen.
La preuve a été ainsi faite, dans l’action, de l’intelligence qu’avait reçue Paul du dessein unique de salut, que Dieu a formé, en lui-même et au coeur de son propre mystère, pour rassembler toute l’humanité dispersée.
3. Decouvertes
Paul rattache donc sa connaissance profonde et unique du mystère du Christ à la grâce aussi unique de sa conversion-vocation, vocation qu’il met en lien avec celle des apôtres et prophètes.
Ainsi situé, Paul signale l’originalité de sa mission, qui est de mettre l’accent sur la participation complète, sans équivoque et à part entière, des païens au peuple de Dieu transformé et renouvelé par la mission du Christ.
Cette vocation de Paul est pure grâce qu’il n’a pas méritée, et pour laquelle il se considère le moins digne, vu son passé de persécuteur des chrétiens. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir été chargé par Dieu, de façon particulière et privilégiée, d’annoncer toute la plénitude du mystère insondable du salut de Dieu, manifesté en Jésus Christ, à la fin des temps.
Paul, aussi bien que tous ceux auxquels il a été envoyé, n’a donc qu’à se situer et à répondre dans la foi face au mystère du Christ qu’ils ont découvert, chacun à leur manière, et selon son expérience, vécue dans l’Esprit Saint qu’ils ont reçu.
4. Prolongement
En étant les récipiendaires de la Lettre de Paul d’abord adressée aux Ephésiens (s’il s’agit vraiment d’une Lettre), nous recevons son message et participons à notre tour au mystère de la révélation qu’il nous partage.
A nous donc de mesurer les enjeux de ce salut universel ouvert par le Christ à tous les hommes de notre univers, et de les considérer tous comme, d’une certaine façon, en marche vers le Christ, même s’ils ne le connaissent pas et ne le connaîtront jamais dans la mesure où ils ont reçu de leurs pères une religion autre à laquelle ils adhèrent en conscience.
Les affirmations de Paul, qu’il emploie à plusieurs reprises (en 2 Ccorinthiens 8 - 9 et Romains 14), nous invitant à voir en tout homme un “frère pour lequel Christ est mort”, et nous déclarant (en 1 Timothée 2) que “Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité”, doivent prendre pour nous un relief nouveau valorisé par les rencotres inter-religions qu se déroulent depuis plusieurs anées dans notre monde du 21ème siècle.
Prière
*Seigneur Jésus, donne-nous d’accueillir la profondeur du mystère du salut de Dieu au coeur de notre existence quotidienne, et d’en vivre dans l’ouverture toujours plus grande à tous les hommes et toutes les femmes de ce monde qui sont nos frères et nos soeurs, que tu appelles, à ta façon, et en comptant sur notre témoignage, à partager ta gloire. AMEN.
20.10.2004.*
Évangile : Luc 12, 39-48
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
39 Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. “
41 Pierre dit alors : ” Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tout le monde ? “
42 Et le Seigneur dit : ” Quel est donc l’intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur ses gens pour leur donner en temps voulu leur ration de blé ?
43 Heureux ce serviteur, que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte !
44 Vraiment, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens.
45 Mais si ce serviteur dit en son cœur : “Mon maître tarde à venir”, et qu’il se mette à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, boire et s’enivrer,
46 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas ; il le retranchera et lui assignera sa part parmi les infidèles.
47 ” Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups.
48 Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre. A qui on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
2. Message
L’attente du retour final du Fils de l’homme, comme son passage dans nos vies, demande au moins autant de vigilance que celle de l’habitant d’une maison toujours sur le qui vive face à l’éventualité d’un cambriolage.
Suite à cette petite parabole, Jésus nous raconte celle de l’intendant fidèle pour répondre à une question de Pierre, visant, semble-t-il, les responsables de communautés : plus encore que les autres, ceux qui ont reçu une charge dans les groupes de disciples de Jésus doivent se montrer vigilants.
Ils sont en effet responsables des frères qui leur ont été confiés, et doivent donc se trouver prêts, à tout moment, à rendre compte à leur maître de la qualité de leur service.
3. Decouvertes
Dans cet ensemble 12, 13 - 53, où Jésus parle de l’imminence de la fin des temps, il aborde, à partir du verset 35, la question de la nécessité de la vigilance dans l’attente de son retour, et nous propose 3 paraboles sur ce thème : celle de l’attente, en tenue de service, du maître qui revient des noces (12, 35 - 38), puis les deux de notre page.
Le “banquet de noces” de la 1ère parabole semblant symboliser l’inauguration du Règne de Jésus au ciel de Dieu, nos deux paraboles s’inscrivent logiquement dans la perspective du retour du Seigneur à la Parousie.
Deux convictions s’en dégagent : d’une part, que les disciples doivent être prêts en vue d’un retour de Jésus à n’importe quelle heure, et, d’autre part, qu’ils doivent accepter que ce retour se fasse attendre, sans pour autant réduire, en quoi que ce soit, leur vigilance ou la qualité de leur service.
La question de Pierre actualise ce message pour les chrétiens auxquels s’adresse l’évangéliste Luc, ainsi que pour nous aujourd’hui : l’attitude d’attente, dans l’urgence, et l’exigence qu’elle implique, sont fondées sur la promesse de Jésus que le Père veut donner le Royaume aux disciples de Jésus (12, 32).
Et ce don est d’une telle qualité qu’il vaut la peine qu’on reste vigilants à l’extrême, et cela autant qu’au début, même si l’échéance se fait attendre.
Notons que Pierre s’adresse à Jésus en l’appelant “Seigneur”, titre qui s’applique spécifiquement au Christ ressuscité et glorifié.
4. Prolongement
Paul, qui écrivait quelque 30 - 35 ans plus tôt que Luc, disait déjà que, pour lui, le “temps est écourté”. Car, s’il reste des milliers d’années à parcourir pour atteindre le terme du temps de l’histoire, le monde à venir nous est déjà présent dans le Christ ressuscité (1 Corinthiens, 7, 29) :
10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude.
11 D’autant que vous savez en quel moment nous vivons. C’est l’heure désormais de vous arracher au sommeil ; le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru.
12 La nuit est avancée. Le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière.
13 Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : point de ripailles ni d’orgies, pas de luxure ni de débauche, pas de querelles ni de jalousies.
14 Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ et ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises.
Thème de la vigilance, repris comme appel à une attitude constante, dans le document de résumé de la théologie de Paul qu’est la Lettre dite “aux Ephésiens”, en 5, 8 - 16, ainsi que dans les versets suivants du chapitre 6 :
13 C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en œuvre, rester fermes.
14 Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse,
15 et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile de la paix ;
16 ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ;
17 enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu.
18 Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as promis que tu serais avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps, c’est la raison pour laquelle nous croyons que ta présence au coeur de nos vies, dans le don de ton Esprit Saint, insère en nous ta capacité d’aimer et de faire la vérité dans la lumière, mais, en même temps, tu nous rappelles que nous devons toujours, dans une attitude constante et renouvelée, nous tenir en attente de ta rencontre, comme d’un événement qui nous bouscule : augmente en moi cette attente et ce désir de ta proximité plus intime, à mesure que se déroulent les étapes de mon cheminement dans l’histoire, de façon à ce que tous mes projets et engagements y trouvent sans cesse un surplus de sens authentique, selon la Bonne Nouvelle de ton Royaume. AMEN.
23.10.2002*