📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Éphésiens 4, 7-16

DE LA LETTRE AUX EPHESIENS

Texte

7 Cependant chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine selon que le Christ a mesuré ses dons.
8 C’est pourquoi l’on dit : Montant dans les hauteurs il a emmené des captifs, il a donné des dons aux hommes.
9 ” Il est monté ”, qu’est-ce à dire, sinon qu’il est aussi descendu, dans les régions inférieures de la terre ?
10 Et celui qui est descendu, c’est le même qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses.
11 C’est lui encore qui ” a donné ” aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs
12 organisant ainsi les saints pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ,
13 au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ.
14 Ainsi nous ne serons plus des enfants, nous ne nous laisserons plus ballotter et emporter à tout vent de la doctrine, au gré de l’imposture des hommes et de leur astuce à fourvoyer dans l’erreur.
15 Mais, vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons de toutes manières vers Celui qui est la Tête, le Christ,
16 dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.

L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.

La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.

Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.

L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.

Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21) sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.

2. Message

Monté au ciel à la fin de son parcours terrestre, le Christ ressuscité continue sa mission de salut de tous les hommes par ses disciples rassemblés en Eglise.

Pour cela, le don unique qu’il fait de son Esprit prend, en chacun de ceux qu’il envoie en mission, des effets différents correspondant à la contribution que chacun doit apporter à la construction du Corps du Christ.

Les divers “ministères” d’apôtres, de prophètes, d’évangélistes, de pasteurs et de docteurs sont donc autant d’aspects de ce même don du Christ, au service de toute l’Eglise, le but étant que l’ensemble de tous les chrétiens accomplissent leur ministère fondamental, qui est de bâtir le Corps du Christ : action qui se réalise par la croissance de tous dans l’unité de la foi, ainsi que dans la connaissance, et la rencontre en plénitude, du Christ.

Ainsi le Corps du Christ, l’Eglise, dans le fonctionnement de toutes ses articulations, grandit-il dans la charité, en direction de sa Tête, le Christ.

3. Decouvertes

Ces versets 7 - 16 de ce chapitre 4, qui appartiennent à la 2ème partie, exhortative, de cette “Lettre” aux Ephésiens, se présentent à la fois comme un enseignement et une exhortation de forme liturgique, sur le mystère de l’Eglise.

Ce passage rappelle les développpements de 1 Corinthiens, 12, 4 - 31, et de Romains, 12, 4 - 8, sur l’Eglise Corps du Christ, avec la différence toutefois que le Christ est ici considéré spécifiquement comme la Tête de ce Corps.

La citation du Psaume 68, 19, appliquée ici au Christ, est l’expression de la tradition de la descente du Christ aux enfers, préalablement à son ascension glorieuse.

Les ministères confiés à quelques-uns par le don “adapté”de l’Esprit n’ont d’autre but que de favoriser le ministère commun de tous. Le terme en est la maturité de toute l’Eglise collectivement conçue.

Aux versets 15 - 16, le Christ est, à la fois, la source et le but de la croissance de l’Eglise qui est son Corps, rattaché à lui, qui en est la Tête.

4. Prolongement

L’insistance sur cette croissance, ensemble, en communauté, et dans la communion avec le Christ, dans la vérité et l’amour partagés, demeure pour nous un véritable appel constant.

Notre “lieu” de rencontre du Christ, c’est le groupe de chrétiens avec qui nous “faisons” Eglise, en communion avec toutes les autres communautés d’Eglise, qui, ensemble, forment le Corps du Christ.

Les ministres que le Christ donne à son Eglise ne sont là que pour permettre cette croissance de nous tous ensemble dans l’unité la plus totale avec le Christ.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es mort pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés, du haut de ta croix glorieuse, tu as attiré tous les hommes à toi, et c’est pour cela que, dans le don de ton Esprit Saint, tu continues de nous unir tous à toi dans une communion de foi, de connaissance et d’amour partages : empêche- moi de donner cours à mes tendances individualistes de te suivre en solitaire, aide-moi a vraiment te rencontrer dans la communauté que je forme avec d’autres croyants et disciples, qui vivent en communion, et qui, ensemble, construisent et rendent visible ce “corps” d’hommes et de femmes sauvés et saisis par toi, dont tu es la tête et la source de vie. AMEN.

26.10.2002.*

Évangile : Luc 13, 1-9

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes.
2 Prenant la parole, il leur dit : ” Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ?
3 Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement.
4 Ou ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ?
5 Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même. “
6 Il disait encore la parabole que voici : ” Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n’en trouva pas.
7 Il dit alors au vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le ; pourquoi donc use-t-il la terre pour rien ?“
8 L’autre lui répondit : “Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier.
9 Peut-être donnera-t-il des fruits à l’avenir… Sinon tu le couperas”. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

L’on divise habituellement toute cette marche en 3 séries d’instructions que Jésus donne de diverses façons à l’ensemble de ses disciples :

  • la 1ère série d’instructions se déroule de 9, 51 à 13, 21,
  • la 2ème série de 13, 22 à 17, 10,
  • la 3ème, de 17, 11 à 19, 27.

Toutes ces instructions ne visent qu’un seul thème : quel est le sens de notre chemin à parcourir avec Jésus, de ce qu’on appelle “la Voie” chrétienne, ou la “route avec le Christ” ?

Donc au cours de cette montée vers Jérusalem (9, 51 - 19, 27), lors de la première série d’instructions qu’il donne à ses disciples (9, 51 - 13, 21), Jésus, juste après leur avoir indiqué comment faire face aux diverses oppositions et tentations qu’ils rencontreront dans leur ministère (12, 1 - 59), en vient à proposer un nouveau message à ceux qui le suivent et l’accompagnent : tous doivent se convertir et demander pardon à Dieu de leurs fautes. Et notre passage pour ce samedi coïncide exacement avec toute l’étendue de ce nouveau message (13, 1 - 9).

2. Message

Cette page, qu’on ne trouve que dans l’Evangile de Luc, apprend aux disciples que Jésus est rempli de compassion sans pour autant renoncer à une analyse lucide et vraie des situations. Jésus souligne la nécessité qu’ont les pécheurs de se convertir avant qu’il ne soit trop tard.

Le massacre des Galiléens par Pilate, qu’on lui rapporte, ou l’écroulement de la tour de Siloé, que lui-même cite, sont des catastrophes qui ont atteint des victimes qui n’étaient ni plus responsables, ni plus pécheurs que les autres hommes ou femmes.

Jésus se sert cependant de l’exemple de ces accidents mortels pour inviter ceux qui en ont eu connaissance à se repentir et à se tenir ainsi prêts pour le jugement de Dieu, qui concerne tout être humain, sans être lié le moins du monde à de tels événements.

La parabole du figuier qui ne porte pas de fruit, mais auquel un sursis est accordé, est, d’une part. une parabole de compassion : tout disciple peut trébucher ou se trouver insuffisant, et, en ce cas, une chance supplémentaire lui est offerte de se convertir.

Mais c’est aussi une parabole de crise, qui invite tous les disciples à porter au plus vite du fruit en vue du Royaume de Dieu.

3. Decouvertes

Jésus s’oppose ici à la conception, encore courante chez beaucoup de gens de son époque, de la rétribution temporelle. De ce point de vue, les catastrophes sont considérées comme des châtiments divins qui atteignent des pécheurs. Et, du même coup, ceux qui en ont été épargnés se croient rassurés sur leur propre justice. Jésus refuse absolument un tel raisonnement.

Même si cet incident particulier d’un massacre de Juifs par Pilate n’est pas attresté ailleurs, on sait suffisamment que Pilate n’a pas hésité à intervenir de façon sanglante à Jérusalem durant le temps de son mandat.

Notons que Jésus ne manifeste aucun signe de haine ou de vengeance lorsqu’il apprend ce geste de cruauté de Pilate à l’encontre de ses coreligionnaires Juifs.

Le thème de l’arbre improductif menacé de destruction se trouve également en 3, 8 - 9 (dans les paroles de Jean Baptiste), et en 6, 43 - 44 (un bon arbre porte de bons fruits).

4. Prolongement

Dans l’Evangile de Jean, au chapitre 9, 2 - 3, Jésus répond on ne peut plus nettement à ses disciples qui lui demandent qui a péché pour que cet aveugle-né soit né aveugle: Personne n’a péché.

Pour Jésus, tout événement est un appel à se situer dans le plan et le projet de Dieu, soit en lui rendant grâces, soit dans le repentir.

Dieu n’est certes pas “dans” l’événement, mais il est à côté de nous et en nous, au moment où nous rencontrons les événements de notre histoire ou de l’histoire des hommes et du monde.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous invites à un regard de vérité, d’une part sur les événements qui peuvent nous nuire, et dont tu nous assures qu’ils ne sont pas à interpréter comme des châtiments divins, et d’autre part, sur nous-mêmes, qui avons sans cesse à nous retourner vers Dieu dans une démarche de conversion permanente, quelles que soient les situations que nous rencontrons : apprends-moi à vivre toujours en présence de Dieu qui, par toi, dans l’Esprit Saint, m’accompagne dans toutes mes démarches, et en toutes occasions, et donne-moi d’entendre, en présence de tout événement, cette urgence de me convertir aux valeurs du Royaume de Dieu que tu nous fais découvrir dans ton Evangile. AMEN.

25.10.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour