📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Hébreux 10, 19-25

DE LA LETTRE AUX HEBREUX

Texte

19 Ayant donc,
frères, l’assurance voulue pour l’accès au sanctuaire par le sang de
Jésus,
20 par cette voie qu’il a inaugurée pour nous, récente
et vivante, à travers le voile - c’est-à-dire sa chair -,
21 et
un prêtre souverain à la tête de la maison de Dieu,
22
approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les
cœurs nettoyés de toutes les souillures d’une conscience mauvaise et le
corps lavé d’une eau pure.
23 Gardons indéfectible la confession
de l’espérance, car celui qui a promis est fidèle,
24 et
faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et
les œuvres bonnes ;
25 ne désertez pas votre propre assemblée,
comme quelques-uns ont coutume de le faire, mais encouragez-vous
mutuellement, et d’autant plus que vous voyez approcher le Jour.

Commentaire

1. Situation

Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.

Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.

Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.

Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).

Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.

Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.


Notre page se situe à la fin de la 3ème partie de cette homélie, et du débat ouvert sur la nature du sacerdoce du Christ, débat important s’il en est.

2. Message

Avec cette page nous entrons dans la conclusion de la 3ème partie, centrale, de la Lettre aux Hébreux (10, 19 - 39). Puisque le Christ, Grand Prêtre d’un genre nouveau, nous a ouvert l’accès au véritable sanctuaire de Dieu, par l’offrande-sacrifice de toute son existence vécue selon la volonté de Dieu, nous a ainsi obtenu le pardon des péchés et a établi une Alliance Nouvelle et définitive avec Dieu, que nous reste-t-il à faire ?

Le passage précédent s’était conclu sur ce que le Christ avait réalisé, par son offrande unique, une fois pour toutes, en nous obtenant le don de la transformation de nos dispositions intérieures les plus intimes pour les rendre conformes à la volonté de Dieu. Et cela, selon l’accomplissement de la grande prophétie de Jérémile, 31, 33 - 34 (déja citée en 8, 8 - 12), prophétie dans laquelle l’auteur de la Lettre aux Hébreux lit une attestation de l’Esprit Saint, qui inspire les Ecritures.

Il nous appartient donc désormais de suivre la voie d’accès au sanctuaire de Dieu, lieu de son Règne, que nous a ouverte le Christ, dans sa vie humaine vécue uniquement pour Dieu jusqu’en sa mort sur la croix.Cela suppose que nous vivions notre engagement baptismal, avec un coeur pur tourné vers Dieu dans la confiance, rempli d’espérance, et ouvert au service et à la prise en charge des autres dans la charité.

Et c’est, ensemble, en communauté d’Eglise, et particulièrement lors de nos Assemblées liturgiques écclésiales, que nous pouvons nous stimuler et nous encourager réciproquement.

3. Decouvertes

Nous lisons ici une admonition nous invitant à tenir bon dans la foi (10, 19 - 24), admonition qui sera suivie de paroles de mise en garde et d’encouragement. Vivons donc comme membres de la Nouvelle Alliance, c’est-à-dire avec foi (10, 22), espérance (10, 23), et charité (voir 1 Corinthiens, 13, 13).

Tous les croyants sont maintenant appelés à entrer dans la partie la plus sacrée du sanctuaire de Dieu, et de sa présence, alors que seul le Grand Prêtre Juif pouvait pénétrer, en certaines circonstances bien précisées, dans le “Saint des Saints” du Temple. Et cela, à cause du renouvellement intérieur radical que cause en nous l’offrande du Christ, par son attitude intérieure qu’il nous partage dans le don de son Esprit Saint.

Le “chemin, la “voie”, du Christ, c’est le parcours vécu de notre existence, selon l’Alliance Nouvelle, c’est-à-dire toute notre vie chrétienne vécue pour lui, en toutes ses expressions de parole et d’engagement à la suite de Jésus, et selon son Evangile, qui nous a été transmis.

L’humanité du Christ, sa vie de “Fils” au milieu de nous dans l’obéissance au Père, est le seul chemin vers Dieu, qui, par lui, est ainsi venu à notre rencontre

4. Prolongement

Les paroles de Jésus, ainsi que tout l’enseignement des textes du Nouveau Testament, nous offrent constamment le même message : Dieu intervient dans l’histoire du monde, ainsi que dans nos existences personnelles par la mission du Christ en son humanité : telle est la révélation de son mystère de salut. Recevoir ce mystère dans la foi nous transforme totalement en “hommes nouveaux” et “fils adoptifs”, d’un même Père, frères et soeurs les uns des autres. Et cette transformation doit se manifester visiblement à travers tous nos comportements renouvelés :

14 Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée, proclamant l’Évangile de Dieu et disant :

15 ” Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l’Évangile. ”

1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.

2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre.

3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu :

4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire.

5 Mortifiez donc vos membres terrestres : fornication, impureté, passion coupable, mauvais désirs, et la cupidité, qui est une idolâtrie ; …

9 ne vous mentez plus les uns aux autres. Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements,

10 et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur.

11 Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, homme libre ; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout.

Prière

*Seigneur Jésus, toi seul demeures à jamais le chemin, la vérité, et la vie, toi seul es le passage obligé pour rejoindre le Père, et ce chemin sur lequel nous avançons, c’est toi qui habites en nous et nous fais le don d’une vie nouvelle qui nous conduit au Royaume de Dieu, si nous nous laissons saisir dans la foi qui agit par la charité, et qui s’attaché toujours plus à toi dans l’espérance : fais que je ne suive aucun autre parcours que celui que tu me proposes, et que j’y situe toutes mes démarches, pensées, paroles et actions, sans la moindre exception. AMEN.

30.01.2003.*

Évangile : Marc 4, 21-25

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

21 Et il leur disait: “Est-ce que la lampe vient pour qu’on la mette sous le boisseau ou sous le lit? N’est-ce pas pour qu’on la mette sur le lampadaire?
22 Car il n’y a rien de caché qui ne doive être manifesté et rien n’est demeuré secret que pour venir au grand jour.
23 Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende!“
24 Et il leur disait: “Prenez garde à ce que vous entendez! De la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous, et on vous donnera encore plus.
25 Car celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé.”

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :

  • Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
  • Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
  • Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
  • Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
  • Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
  • Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).

Dans le 2ème grand épisode de cet Evangile de Marc, qu’on intitule volontiers : “Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), après deux séries de réponses rencontrées par Jésus dans son ministère, la première positive (3, 7 - 19a), la seconde négative (3, 19b - 35), un 3ème ensemble est consacré à des paraboles de Jésus et aux explications qu’il en fournit (4, 1 - 34).

Quand nous rejoignons notre texte, Jésus a déjà présenté, et expliqué, la parabole du “semeur”, ainsi que la raison de son emploi du langage des paraboles (4, 1 - 20).

2. Message

Notre page propose 2 courts “dictons” ou “proverbes” en forme de paraboles, l’un concernant la lampe (4, 21 - 22), et l’autre la mesure (4, 24 - 25). Ces paroles de Jésus continuent, semble-t-il, la discussion que Jésus avait tenue avec ses disciples concernant la raison de son enseignement en forme de paraboles.

La structure de ces 2 petites paraboles est strictement la même : chacune commence par la mention d’une prise de parole par Jésus, suivie de la présentation de l’énigme, et ensuite de son explication (qu’ouvre la conjonction “car”). De plus, entre ces 2 petites paraboles, se retrouve une invitation à entendre le message de Jésus (4, 23).

La première de ces 2 paraboles affirme que, finalement, l’enseignement “mystérieux” de Jésus sera rendu manifeste pour tous. L’aspect énigmatique du langage parabolique, sous lequel Jésus cachait, d’une certaine façon, les mystères du Royaume derrière des énigmes (4, 10 - 12), n’est donc pas son objectif ultime. En effet, le Royaume qu’il proclame ainsi sera un jour clairement découvert aux regards de toute la création.

La 2nde parabole reprend le message de 4, 10 - 12 sous l’analogie du riche qui va devenir plus riche et le pauvre davantage pauvre. Ce qui veut dire que celui qui est capable d’ouverture et de pénétration spirituelles va grandir dans cette dimension, à l’écoute des paraboles-énigmes de Jésus, tandis que celui qui se ferme aux valeurs spirituelles va se trouver encore plus étranger à ces valeurs en écoutant le message de Jésus en paraboles.

En ce sens, le fruit porté en nous par l’enseignement de Jésus dépend bien de la mesure, c’est-à- dire du niveau d’ouverture avec lequel nous abordons son message.

3. Decouvertes

Si l’Evangéliste Marc insiste beaucoup sur ce qu’on appelle le “secret messianique”, c’est-à- dire la prudence que montre Jésus au sujet de sa mission, de crainte qu’elle ne soit mal comprise et déformée, le verset 22 de la 1ère petite parabole précise bien que ce secret est appelé à être levé.

Aux versets 24 et 25, derrière le mot “mesure”, il s’agit de lire le degré d’attention profonde et de bonne disposition à l’égard du message de Jésus, chez les auditeurs de ses paraboles.

Nous sommes proches ici de l’attitude du “pauvre” qui attend une parole de vie, un salut qui lui vient d’ailleurs, tout à l’opposé de “l’homme suffisant”, qui n’a pas besoin d’une Bonne Nouvelle.

4. Prolongement

L’accueil de Jésus consiste bien toujours dans l’attitude d’ouverture au message qu’il proclame, comme aux gestes qu’il accomplit, et qui sont porteurs d’une révélation et d’une présence du Règne de Dieu, qu’il nous propose de laisser pénétrer au coeur de nos vies.

Relire, à ce propos, ces quelques lignes de la Lettre de Jacques :

21 …Recevez avec docilité la Parole qui a été implantée en vous et qui peut sauver vos âmes.

22 Mettez la Parole en pratique. Ne soyez pas seulement des auditeurs qui s’abusent eux-mêmes !

23 Qui écoute la Parole sans la mettre en pratique ressemble à un homme qui observe sa physionomie dans un miroir.

24 Il s’observe, part, et oublie comment il était.

25 Celui, au contraire, qui se penche sur la Loi parfaite de liberté et s’y tient attaché, non pas en auditeur oublieux, mais pour la mettre activement en pratique, celui-là trouve son bonheur en la pratiquant

Prière

*Seigneur Jésus, apprends-moi à écouter et méditer tes Paroles, car elles sont Esprit et Vie, puisqu’elles nous communiquent la richesse de Dieu à laquelle tu as pleinement part, toi dont le Nom suprême est “Parole de Dieu”, en qui est la Vie et la Lumière, toi en qui nous sommes recréés, transformés, transfigurés, appelés à reproduite ton image de fils et héritiers du Père, dans l’Esprit Saint. AMEN.

29.01.2004.*


La Bible commentée · Liturgie du jour