📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 9, 15-28
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
15 Et c’est pour cela qu’il est le médiateur d’une nouvelle alliance, afin que, la mort étant intervenue pour le rachat des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent l’héritage éternel qui leur a été promis.
…
24 Car Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, en imitation du véritable, mais il est entré dans le ciel même, afin de comparaître maintenant pour nous devant la face de Dieu.
25 Et ce n’est pas pour s’offrir lui-même plusieurs fois qu’il y est entré, comme le souverain sacrificateur entre chaque année dans le sanctuaire avec du sang étranger;
26 autrement, il aurait fallu qu’il eût souffert plusieurs fois depuis la création du monde, tandis que maintenant, à la fin des siècles, il a paru une seul fois pour abolir le péché par son sacrifice.
27 Et comme il est réservé aux hommes de mourir une seul fois, après quoi vient le jugement,
28 de même Christ, qui s’est offert une seul fois pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra sans péché une seconde fois à ceux qui l’attendent pour leur salut.
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe en pleine partie centrale de cette homélie.
2. Message
La Lettre aux Hébreux continue son argumentation sur l’oeuvre réalisée par le Christ, et qui le constitue médiateur d’une alliance nouvelle.
En sa mort il purifie les hommes et les rend capables de recevoir l’héritage du Royaume. Il est ainsi entré da,ns le sanctuaire céleste véritable, où il “officie” en quelque sorte pour nous en sa qualité de Grand Prêtre unique, et ce, en y préparant notre propre entrée.
En raison de sa résurrection, il demeure à jamais porteur de son offrande unique qui accomplit le salut de Dieu et n’a donc pas besoin d’être réitérée.
Son sacrifice spirituel qui détruit la mort, et qui a été vécu tout au long de son parcours terrestre et achevé à travers les souffrances de sa passion et de sa mort, a donc été offert définitivement une fois pour toutes, préalablement à son retour en gloire à la fin ultime de l’histoire qui le révélera comme sauveur universel.
3. Decouvertes
A noter que le terme grec que traduit notre mot “alliance” peut également se traduire par le mot “testament”, ce qui peut conduire à certains “jeux de mots”. Voir à ce sujet Galates, 3, 15 - 18.
Le verset 15 de notre page ouvre une réflesion sur la nouvelle alliance, réflexion qu se poursuit jusqu’au verset 22, et qu’a sautée notre version liturgique catholique romaine.
Les versets 23 - 28 traitent ensuite du sacrifice “nouveau” accompli par le Christ, sacrifice unique de par sa dimension eschatologique (de la fin des temps liée à la résurrection de Jésus). Car si le Christ n’avait été qu’un autre Grand Prêtre terrestre, son sacrifice aurait dû être sans fin répété ou renouvelé.
La caractéristique d’avoir été offert “une fois pour toutes” de ce sacrifice est affirmée fortement à plusieurs reprises dans cette Lettre aux Hébreux : voir 7, 27; 9, 12; 10, 10. S’il est ainsi unique, c’est qu’il est situé “à la fin des temps” dans l’accomplissement défintif du dessein de Dieu réalisé dans l’envoi et la mission du Christ Jésus.
Le verset 28 évoque le poème du “Serviteur souffrant” de Isaïe, 53, 12 : voir également Marc, 10, 15 et Romains, 5, 19.
4. Prolongement
Philippiens
2.5 Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ,
2.6 lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu,
2.7 mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme,
2.8 il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix.
2.9 C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom,
2.10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
2.11 et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.
Prière
*Seigneur Jésus, aide-moi à mieux percevoir que plus j’ai été saisi par toi dans l’Esprit Saint, plus je dois chercher à te saisir et à vivre de toi, par toi et pour toi, dans l’imitation constante de ta Parole et de tes gestes de miséricorde. AMEN.
24.01.2005.*
Évangile : Marc 3, 22-30
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : ” Il est possédé de Béelzéboul ”, et encore : ” C’est par le prince des démons qu’il expulse les démons. “
23 Les ayant appelés près de lui, il leur disait en paraboles : ” Comment Satan peut-il expulser Satan ?
24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume-là ne peut subsister.
25 Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison-là ne pourra se maintenir
26 Or, si Satan s’est dressé contre lui-même et s’est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini.
27 Mais nul ne peut pénétrer dans la maison d’un homme fort et piller ses affaires s’il n’a d’abord ligoté cet homme fort, et alors il pillera sa maison.
28 ” En vérité, je vous le dis, tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu’ils en auront proféré ;
29 mais quiconque aura blasphémé contre l’Esprit Saint n’aura jamais de rémission : il est coupable d’une faute éternelle. “
30 C’est qu’ils disaient : ” Il est possédé d’un esprit impur. “
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se situe au début de la 2ème étape du ministère de Jésus, qui se déroule toujours en Galilée, où Jésus va se trouver de plus en plus rejeté.
2. Message
Au moment où les parents de Jésus se demandent s’il a perdu la tête, et cherchent à s’emparer de lui (3, 20 - 22), voici que des scribes, venus de Jérusalem, se mettent à déclarer que Jésus chasse les démons parce qu’il est lui-même “possédé” par le chef des démons.
Jésus souligne d’abord la stupidité d’un tel raisonnement, qui suppose que Satan s’expulserait lui-même, et se ferait la guerre à lui-même, dans le but, ainsi, de se ruiner ou de se détruire.
Puis, en racontant la parabole de “l’homme fort” qui se fait dépouiller par un “plus fort que lui”, Jésus donne le sens des exorcismes qu’il pratique : c’est bien lui-même qui est le plus fort contre toutes les puissances du mal qui s’opposent à Dieu.
Jésus fustige enfin l’attitude blasphématoire de ses accusateurs, qui, par de tels propos, insultent l’Esprit de Dieu qui agit par lui, en l’identifiant, et en le confondant, avec l’esprit du mal : ces gens, par leur démarche, et leur refus de la mission de Jésus, refusent bel et bien absolument le salut de Dieu, ainsi que le pardon et la réconciliation qu’il leur offre par Jésus. Dans la mesure où ils s’obstinent dans un tel refus, ils ne pourront jamais être pardonnés.
3. Decouvertes
Nous constatons que l’hostilité grandit à l’encontre de Jésus.
Ces scribes viennent de Jérusalem, qui va être le lieu majeur de l’hostilité contre Jésus et du refus de sa mission, et c’est là qu’il sera condamné. La perspective de la croix se précise.
En comparant Satan à “l’homme fort” de sa parabole, Jésus situe sa mission de combat contre un esprit du mal qui n’est pas encore abattu, mais qu’il est en train de détruire par sa mission et son engagement total d’obéissance au Père.
Cette victoire sur l’Adversaire, que Jésus accomplit ainsi, est un signe de la “fin des temps” qu’il inaugure avec son ministère de “Fils” et de “Serviteur”. Lire Apocalypse, 20, 2 et 20, 7 - 10.
Marc nous affirme ainsi, une fois de plus, l’autorité unique de Jésus, aussi bien que le caractère définitif de sa victoire.
4. Prolongement
Nous participons à cette victoire définitive de Jésus, quand nous l’accueillons en nous, dans l’Esprit Saint, par notre foi :
4 … tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Et telle est la victoire qui a triomphé du monde : notre foi.
5 Quel est le vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?
Il n’est pas d’autre voie que Jésus pour aller à Dieu, notre Père (Jean, 14, 6 et Actes, 4, 12) :
9 Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Car c’est le témoignage de Dieu, le témoignage que Dieu a rendu à son Fils.
10 Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui. Celui qui ne croit pas en Dieu fait de lui un menteur, puisqu’il ne croit pas au témoignage que Dieu a rendu à son Fils.
11 Et voici ce témoignage : c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle et que cette vie est dans son Fils.
12 Qui a le Fils a la vie ; qui n’a pas le Fils n’a pas la vie.
Prière
*SEIGNEUR JESUS, C’EST PAR TOI, ET EN TOI, QUE DIEU SE REVELE A NOUS, ET NOUS FAIT PARTICIPER A SA VIE, AINSI QU’AU SALUT QU’IL NOUS OFFRE EN SON ROYAUME, C’EST PAR TOI QUE NOUS EST TRANSMIS L’ESPRIT DE VERITE QUI CONTINUE, DE FAçON PERMANENTE, DE FAIRE GRANDIR, EN NOS COEURS, LA VICTOIRE DEFINITIVE CONTRE LES FORCES DU MAL, QUE TU NOUS AS ACQUISE, UNE FOIS POUR TOUTES, EN TA MORT-RESURRECTION : AUGMENTE MA DOCILITE A TON ESPRIT SAINT, AFIN QUE, SOUS SON IMPULSION ET SA CONDUITE, JE NE M’ECARTE JAMAIS DU CHEMIN DE VERITE ET D’AMOUR QUE TU ME DEMANDES DE PRENDRE A TA SUITE. AMEN.
27.01.2003.*