📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 10, 1-10
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
1 N’ayant, en effet, que l’ombre des biens à venir, non la substance même des réalités, la Loi est absolument impuissante, avec ces sacrifices, toujours les mêmes, que l’on offre perpétuellement d’année en année, à rendre parfaits ceux qui s’approchent de Dieu.
2 Autrement, n’aurait-on pas cessé de les offrir puisque les officiants de ce culte, purifiés une fois pour toutes, n’auraient plus conscience d’aucun péché ?
3 Bien au contraire, par ces sacrifices eux-mêmes, on rappelle chaque année le souvenir des péchés.
4 En effet, du sang de taureaux et de boucs est impuissant à enlever des péchés.
5 C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu m’as façonné un corps.
6 Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés.
7 Alors j’ai dit : Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté.
8 Il commence par dire : Sacrifices, oblations, holocaustes, sacrifices pour les péchés, tu ne les as pas voulus ni agréés - et cependant ils sont offerts d’après la Loi -,
9 alors il déclare : Voici, je viens pour faire ta volonté. Il abroge le premier régime pour fonder le second.
10 Et c’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus Christ, une fois pour toutes.
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe au coeur de la 3ème partie de cette homélie, et du débat ouvert sur la nature du sacerdoce du Christ, débat important s’il en est.
2. Message
Seul un sacrifice qui engage personnellement le coeur de l’homme peut vraiment être efficace. Le fait que, dans l’Ancienne Alliance conclue entre Dieu et Moïse, il ait fallu sans cesse recommencer à offrir des sacrifices sanglants d’animaux, montre bien que de tels sacrifices étaient incapables d’enlever les péchés des hommes, donc de changer leur coeur.
Le sacrifice du Christ, au contraire, est totalement intériorisé, puisque la mort de Jésus nous est présentée vécue par lui comme la conséquence d’un engagement, dont le seul but était de faire la volonté de Dieu dans une obéissance sans faille.
Dans cette offrande de lui-même en prenant tous les risques pour annoncer, et pratiquer, la vérité et la miséricorde de Dieu, signes et manifestation de ce salut de Dieu, le Christ qui, par ailleurs, n’a jamais connu le péché, a présenté, une fois pour toutes, l’unique sacrifice du don de toute sa personne à l’oeuvre et à la parole du Père, don de lui-même qui l’a conduit à la croix, et qui nous sanctifie, par la vigueur et la pureté de son attitude intérieure de parfaite harmonie avec le vouloir divin.
3. Decouvertes
Déjà les prophètes et certains psaumes de l’Ancien Testament avaient souligné l’inutilité des sacrifices sanglants d’animaux (Isaïe, 1, 11 - 13; Jérémie, 6, 20 et 7,22; Osée, 6, 6; Amos, 5, 21 - 25; Psaume 51, 16 - 19). Mais ce qu’ils critiquaient, c’était surtout le manque de sincérité devant Dieu qui accompagnait ces sacrifices.
Le don de sa vie par Jésus (le sang, c’est la vie livrée), du fait qu’il est bien l’engagement personnel d’un être sans péché, et animé par l’Esprit Saint, s’est acquis une efficacité capable de transformer les coeurs (voir 9, 14).
Une fois de plus, l’auteur cite la Bible, qu’il considère comme Parole de Dieu inspirée par l’Esprit Saint, en se servant, cette fois, du Psaume 40, 7 - 9, à partir de sa traduction grecque, dans laquelle l’expression du texte hébreu “tu m’as ouvert l’oreille” est devenue “tu m’as façonné un corps”. L’auteur de la Lettre aux Hébreux relit ainsi ce psaume comme une annonce du mystère de l’incarnation du Christ, et il en place les paroles sur les lèvres du Christ. Et, à partir de là, dans le commentaire qu’il fait de ce psaume ainsi interprété, il montre bien que le culte rendu à Dieu par l’obéissance du Christ, vécue jusqu’à son point le plus ultime, a effectivement remplacé le culte ancien. Telle est la Nouvelle Alliance achevée par le Christ, une fois pour toutes, et qui nous est insérée par l’Esprit au plus profond de nos vies transformées et pardonnées.
4. Prolongement
Cette obéissance du Christ traverse vraiment, comme une constante sans faille, tous les textes du Nouveau Testament :
6 Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
7 Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme,
8 il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !
42 A nouveau, pour la deuxième fois, il s’en alla prier : ” Mon Père, dit-il, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! ”
32 Mais il leur dit : ” J’ai à manger un aliment que vous ne connaissez pas. ”
33 Les disciples se disaient entre eux : ” Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? ”
34 Jésus leur dit : ” Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin.
30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
38 car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
39 Or c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour.
40 Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. ”
30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : ” C’est achevé ” et, inclinant la tête, il remit l’esprit.
Prière
*Seigneur Jésus, tel est le mystère de notre salut, présenté dans le langage religieux du culte qui se traduit par des sacrifices, et qui tente d’expliquer, dans ce contexte, le don du pardon et de la capacité d’aimer en vérité, que Dieu a voulu nous faire, par toi et en toi, pour nous partager son attitude de vérité et de miséricorde, et transfigurer ainsi notre existence “fermée”, repliée sur elle-même, en une vie pleinement ouverte à sa parole et à son action manifestées par ton engagement et la présence de l’Esprit Saint : accorde-moi de me laisser conduire dans tous les aspects de ce changement profond qui nous transforme en fils de lumière, porteurs de ton image. AMEN.
28.01.2003.*
Évangile : Marc 3, 31-35
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
31 Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler.
32 Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit: “Voilà que ta mère et tes frères et tes soeurs sont là dehors qui te cherchent.”
33 Il leur répond: “Qui est ma mère? Et mes frères?“
34 Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit: “Voici ma mère et mes frères.
35 Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une soeur et une mère.”
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52)
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Dans le 2ème grand épisode de l’Evangile de Marc, où l’on assiste au rejet de Jésus en Galilée (3,7 - 6, 6a), nous découvrons d’abord un ensemble de réponses variées adressées à Jésus (3, 7 - 35), certaines de ces réponses étant positives (3, 7 - 19a), d’autres étant négatives (3, 19b - 35, notre page se situant tout à la fin de cette série).
2. Message
Notre page liturgique de ce jour (3, 31 - 35) ne peut, en effet, se lire indépendamment de tout cet ensemble des versets 19b -35 du chapitre 3.
Car Jésus s’y trouve successivement affronté aux membres de sa famille proche, qui viennent pour s’emparer de lui, disant qu’il a perdu la tête (3, 20 - 21), puis à des scribes descendus de Jérusalem, qui affirment qu’il est possédé par Béelzéboul, le prince des démons (3, 22).
Face à cette double accusation, nous pouvons lire ici les réponses de Jésus. D’abord, en ce qui concerne le chef des démons, dont le royaume ne peut que s’écrouler s’il est ainsi divisé contre lui-même, dans la mesure où c’est par la puissance des démons que Jésus chasserait les démons.
Et Jésus de montrer, par une petite parabole, qu’il est bien, lui, le plus fort contre toutes les puisssances du Mal, et de porter un jugement sévère sur ceux qui osent ainsi attribuer au prince des démons ce qui est l’action de l’Esprit Saint, à travers les paroles et les gestes de Jésus.
C’est lorsqu’on lui signale l’arrivée des membres de sa famille que Jésus répond à l’accusation de ne plus être dans son bon sens, que les siens portaient contre lui, en déclarant que sa mission de salut, qui vient de Dieu, génère un autre genre de famille, la “famille de Dieu”, rassemblée autour de lui pour faire la volonté du Père.
Quand il s’agit d’obéir à Dieu, la famille humaine passe à un “second plan” : c’est ce que lui, Jésus, a vécu. C’est ce qu’il nous demande de vivre.
3. Decouvertes
Cet ensemble de versets que nous lisons (3, 19b - 35) est construit en forme concentrique, de parallèlisme inversé, la 1ère partie correspondant à la dernière, et les 2 parties mtermédiaires se répondant immédiatement et mutuellement.
A noter que ces accusations, relevées plus particulièrement dans cette page, ont été portées contre Jésus pratiquement tout au long de son mmistère, et jusqu’après sa mort : “il n’est pas dans son bon sens, c’est un possédé et un agent de Satan”.
A remarquer également que ces accusations permettent à Jésus de développer un enseignement théologique sur le pardon des péchés (refusé à ceux qui, en fait, n’en veulent pas s’ils prennent l’Esprit Saint pour l’esprit du mal), et sur la dignité d’enfants de Dieu, et donc de membres de la famille de Dieu, offerte à tous les croyants.
4. Prolongement
C’est en fonction de notre relation de foi au Père, par Jésus, dans l’Esprit, que nous sommes reliés en profondeur à nos frères et nos soeurs “en Christ”, qui, eux aussi, autant que nous, sont reliés à Dieu. Notre relation à Dieu est le terrain commun de notre fraternité.
C’est parce que Jésus ressuscité est, dès maintenant, “tout en tous”, que nous pouvons vivre de cette fraternité du Royaume, selon “la foi qui agit par la charité” (Galates, 5, 6) :
8 Eh bien! à présent, vous aussi, rejetez tout cela: colère, emportement, malice, outrages, vilains propos, doivent quitter vos lèvres ;
9 ne vous mentez plus les uns aux autres. Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements,
10 et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur.
11 Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, homme libre; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tous.
12 Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ;
13 supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour.
14 Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection.
Prière
*Seigneur Jésus, toi, le Ressuscité d’entre les morts, qui nous appelle à vivre pour Dieu en toi et par toi, et qui es déjà “tout en tous” pour tous ceux qui répondent dans la foi à ton appel à te suivre : que ton Esprit Saint me fasse dépasser tous particularismes, et voir d’abord en tout homme ou toute femme celui ou celle en qui tu demeures et qu’ainsi tu configures à ton image, et que, dès lors, toutes mes relations proches et privilégiées de famille ou d’amitié se trouvent, en un second temps, enrichies de ce regard nouveau que tu nous mets en nous, et qui nous permet de rayonner cette Lumière qui vient de Dieu, et que tu nous as donnée définitivement pour une création nouvelle de toutes nos valeurs humaines, fussent-elles les meilleures. AMEN.
24.01.2004.*