📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 11, 1-19
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
1 Or la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas.
2 C’est elle qui a valu aux anciens un bon témoignage.
…
8 Par la foi, Abraham obéit à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait.
9 Par la foi, il vint séjourner dans la Terre promise comme en un pays étranger, y vivant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers avec lui de la même promesse.
10 C’est qu’il attendait la ville pourvue de fondations dont Dieu est l’architecte et le constructeur.
11 Par la foi, Sara, elle aussi, reçut la vertu de concevoir, et cela en dépit de son âge avancé, parce qu’elle estima fidèle celui qui avait promis.
12 C’est bien pour cela que d’un seul homme, et déjà marqué par la mort, naquirent des descendants comparables par leur nombre aux étoiles du ciel et aux grains de sable sur le rivage de la mer, innombrables…
13 C’est dans la foi qu’ils moururent tous sans avoir reçu l’objet des promesses, mais ils l’ont vu et salué de loin, et ils ont confessé qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre.
14 Ceux qui parlent ainsi font voir clairement qu’ils sont à la recherche d’une patrie.
15 Et s’ils avaient pensé à celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner.
16 Or, en fait, ils aspirent à une patrie meilleure, c’est-à-dire céleste. C’est pourquoi, Dieu n’a pas honte de s’appeler leur Dieu ; il leur a préparé, en effet, une ville…
17 Par la foi, Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac, et c’est son fils unique qu’il offrait en sacrifice, lui qui était le dépositaire des promesses,
18 lui à qui il avait été dit : C’est par Isaac que tu auras une postérité.
19 Dieu, pensait-il, est capable même de ressusciter les morts ; c’est pour cela qu’il recouvra son fils, et ce fut un symbole.
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe au commencement de la 4ème partie de cette homélie.
2. Message
Dans les tout derniers versets du chapitre 10, l’auteur vient de nous dire que, face à la proposition du mystère de Dieu qui nous sauve (en nous faisant pénétrer dans son sanctuaire du ciel, à la suite du Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux), mystère donc accompli en Jésus Christ, nous devons nécessairement être des hommes de foi.
Il nous décrit maintenant cette attitude fondamentale de la foi, attitude d’ouverture à l’avenir et à l’invisible du Règne et de la rencontre de Dieu, attitude liée à l’espérance d’obtenir tout ce que Dieu nous offre, attitude paradoxale qui “possède” sans “tenir”, qui “connaît” sans “voir”, et qui est, pour nous aujourd’hui, puissance de vie.
A partir de cette définition, l’auteur de la Lettre aux Hébreux nous montre la qualité de la foi des anciens d’Israël, pour nous inviter à nous situer à leur suite, et surtout à la suite de Jésus, qu’il va nous présenter comme le “chef” de notre foi (12, 1 - 2).
Notre lecture de ce jour, après avoir sauté le regard de notre foi sur le monde créé par Dieu, ainsi que les exemples d’ Abel, Hénocq et Noé (11, 3 - 7), Noé nous étant présenté comme quelqu’un qui se situe très bien dans le cadre de la définition donnée, nous fait rejoindre l’expérience d’Abraham.
Ce dernier répond à l’appel de Dieu dans la nuit de sa foi. Il vit dans l’espérance de la “terre promise”, et d’une postérité gigantesque, en dépit de gros obstacles à surmonter, et de contradictions à accepter, qui sont autant d’occasions pour lui de manifester sa confiance totale envers Dieu qui l’a appelé, et qui lui demande tout lui donner.
3. Decouvertes
Les 3 premiers versets, très denses, de notre passage constituent l’introduction de tout ce chapitre 11. La foi nous y est définie simultanément comme démarche intellectuelle et morale, de dépassement vers Dieu qui est “au-delà”, et d’ouverture à la fin des temps.
La foi joue également un rôle dans la réception de la Vérité inscrite dans l’Ecriture, car nous sommes conduits par elle à la contemplation.
La liste des témoins commence avec ceux que nous ont rapportés les traditions primitives, concernant les trois premiers d’entre eux (11, 4- 7), s’arrête ensuite longuement à Abraham (11, 8 - 22), puis à Moïse (11, 23 - 28), et nous parle, pour finir, des prophètes et martyrs de l’Ancien Testament (11, 29 - 40).
Si la promesse à Abraham est bien ferme, il n’en vit pas moins comme un nomade étranger sur la terre que Dieu que Dieu lui a promise, ainsi qu’à ses descendants, et dans des campements précaires.
Abraham croit que Dieu est fidèle à sa promesse, quels que soient les événements contraires rencontrés, et ce que Dieu peut demander, de façon inattendue, à qui croit en lui.
4. Prolongement
La foi est le gage des réalités que nous recevons, ou recevrons, de Dieu, elle est attitude de confiance, et d’accueil du don de Dieu :
17 que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour.
18 Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur,
19 vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu.
20 A Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir,
21 à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous révèles que la soumission à la parole de Dieu de nos pères de l’ancien testament, ta propre attitude face à Dieu ton Père dans l’obéissance, ainsi que cette confiance totale que tu attends de nous, sont autant d’aspects de la foi qui nous est commune et qui nous renvoie sans cesse vers le “tout autre que l’autre”, qui est Dieu, et vers ceux qui, par toi et en toi, sont devenus nos frères et nos sœurs : ré-apprends-moi à témoigner de ma foi, comme cette attente de ton salut, et cette capacité d’acquerir un cœur vraiment pauvre de moi et riche de Dieu. AMEN.
01.02.2003.*
Évangile : Marc 4, 35-41
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
35 Ce jour-là, le soir venu, il leur dit: “Passons sur l’autre rive.”
36 Et laissant la foule, ils l’emmènent, comme il était, dans la barque; et il y avait d’autres barques avec lui.
37 Survient alors une forte bourrasque, et les vagues se jetaient dans la barque, de sorte que déjà elle se remplissait.
38 Et lui était à la poupe, dormant sur le coussin. Ils le réveillent et lui disent: “Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons?“
39 S’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer: “Silence! Tais-toi!” Et le vent tomba et il se fit un grand calme.
40 Puis il leur dit: “Pourquoi avez-vous peur ainsi? Comment n’avez-vous pas de foi?“
41 Alors ils furent saisis d’une grande crainte et ils se disaient les uns aux autres: “Qui est-il donc celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent?”
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :
- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
A la fin du 2ème grand épisode de son ministère public, tel que Marc nous le propose (3, 7 - 6, 6a), Jésus, qui a enregistré des réponses positives et négatives à son Evangile et à ses gestes de miséricorde (3, 7 - 35), qui, ensuite, s’est exprimé en paraboles qu’il a expliquées à ses disciples (4, 1 - 34), accomplit 3 actions miraculeuses (4, 35 - 5, 43) : il apaise une tempête sur le Lac, il exorcise un démon qui s’appelle “Légion” au pays des Géraséniens, il guérit 2 malades.
Marc précisera pour conclure, que Jésus est bien, de fait, rejeté par son peuple (6, 1 - 6a).
2. Message
Cette page nous rapporte le premier d’une série de 3 miracles importants de Jésus qui ont une incidence sur le monde de la nature, encore que l’auteur de cet Evangile ne faisait sans doute pas de distinctions ou de classifications entre les miracles de Jésus, dans lesquels il manifeste la puissance de l’action créatrice et salvatrice de Dieu qui l’habite.
Double contraste dans cette scène entre, d’une part, Jésus qui dort dans la barque, et la violence de cette tempête, ainsi que, d’autre part , la panique des disciples devant une tempête et leur expérience de marins professionnels sur une mer qu’ils connaissent bien pour y naviguer régulièrement .
Jésus manifeste ici son autorité sur les éléments déchaînés en leur commandant comme à un esprit mauvais, c’est-à-dire d’une certaine manière, en les exorcisant.
Comme cela nous est rapporté dans le récit de la première création au chapitre 1 du Livre de la Genèse, Jésus maîtrise les forces du chaos, forces considérées comme maléfiques, d’une manière générale, dans la Bible, et c’est cela que reconnaissent les disciples en manifestant leur étonnement, sans comprendre, semble-t-il, la portée de la réprimande que leur adresse Jésus concernant leur manque de foi.
3. Decouvertes
A noter la ressemblance entre la situation de Jésus dans la barque et celle de Jonas sur son bateau, lorsqu’il fuit le Seigneur (Jonas, 1).
Il paraît clair que les disciples ont beaucoup de mal à croire vraiment en Jésus. Leur réaction se limite à la peur et à l’étonnement. S’ils posent la question : “quel est cet homme , qui est-il donc ?” ils semblent n’avoir aucune idée de la réponse de foi qu’attend Jésus.
Ils emmènent Jésus dans la barque, tel qu’il est, comme un “client” ou un “passager”, en se comportant comme des professionnels, lorsqu’il leur propose de passer sur l’autre rive, et voilà qu’il se montre éminemment plus à l’aise qu’eux face à une situation de crise qui est une dimension de leur métier.
Ils ne se rendent pas compte que lorsqu’il leur dit : “pourquoi avoir peur ?”, il dépasse le cadre immédiat de la tempête qu’il vient d’apaiser, et les invite à découvrir qu’il leur apporte un salut qui est celui du Règne de Dieu à accueillir dans la foi en sa personne, sa mission, sa Parole, ce à quoi il les sollicite par ses signes miraculeux et ses actes gratuits de miséricorde.
4. Prolongement
La création du monde, le passage de la Mer lors de la sortie d’Egypte, et toutes les reprises ou relectures qui en ont été faites dans les psaumes en particulier, nous attestent la domination de Dieu sur l’abîme des eaux, domination que nous voyons Jésus partager : Genèse 1
1 6 Dieu dit: “Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux” et il en fut ainsi.
1 7 Dieu fit le firmament, qui sépara les eaux qui sont sous le firmament d’avec les eaux qui sont au-dessus du firmament,
1 8 et Dieu appela le firmament “ciel.” Il y eut un soir et il y eut un matin: deuxième jour.
1 9 Dieu dit: “Que les eaux qui sont sous le ciel s’amassent en une seule masse et qu’apparaisse le continent” et il en fut ainsi. Exode 14
14 21 Moïse étendit la main sur la mer, et Yahvé refoula la mer toute la nuit par un fort vent d’est; il la mit à sec et toutes les eaux se fendirent.
14 22 Les Israélites pénétrèrent à pied sec au milieu de la mer, et les eaux leur formaient une muraille à droite et à gauche.
Psaume 77 77 17 Les eaux te virent, ô Dieu, les eaux te virent et furent bouleversées, les abîmes aussi s’agitaient.
77 18 Les nuées déversèrent les eaux, les nuages donnèrent de la voix, tes flèches aussi filaient.
77 19 Voix de ton tonnerre en son roulement. Tes éclairs illuminaient le monde, la terre s’agitait et tremblait.
77 20 Sur la mer fut ton chemin, ton sentier sur les eaux innombrables. Et tes traces, nul ne les connut.
Après la résurrection de Jésus, dans le monde nouveau qu’il inaugure, et dont nous parle l’Apocalypse, il n’y a plus de mer pour s’opposer aux “cieux nouveaux” et à la “terre nouvelle” : Apocalypse 21
21 1 Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle — car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.
Prière
Seigneur Jésus, au moment où tu te revèles ainsi comme notre libérateur et l’acteur de notre création nouvelle, donne- moi de t’accueillir avec la confiance d’un pauvre qui est convaincu de sa faiblesse et de ses manques, et qui s’en remet à toi pour se laisser transformer par la puissance de ton Esprit et entrer dans la nouvelle vie de ton Royaume, qui me rendra capable d’imiter chaque jour davantage tes gestes lumineux de partage, de don, de miséricorde et de pardon. 31.01.2004