📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Hébreux 10, 32-39

DE LA LETTRE AUX HEBREUX

Texte

32 Souvenez-vous de ces premiers jours, où, après avoir été éclairés, vous avez soutenu un grand combat au milieu des souffrances,
33 d’une part, exposés comme en spectacle aux opprobres et aux tribulations, et de l’autre, vous associant à ceux dont la position était la même.
34 En effet, vous avez eu de la compassion pour les prisonniers, et vous avez accepté avec joie l’enlèvement de vos biens, sachant que vous avez des biens meilleurs et qui durent toujours.
35 N’abandonnez donc pas votre assurance, à laquelle est attachée une grande rémunération.
36 Car vous avez besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis.
37 Encore un peu, un peu de temps: celui qui doit venir viendra, et il ne tardera pas.
38 Et mon juste vivra par la foi; mais, s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui.
39 Nous, nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre, mais de ceux qui ont la foi pour sauver leur âme.

Commentaire

1. Situation

Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.

Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.

Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.

Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).

Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.

Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.


Notre page se situe à la fin de la 3ème partie de cette homélie, et du débat ouvert sur la nature du sacerdoce du Christ, débat important s’il en est.

2. Message

Nous arrivons ainsi au terme de la conclusion de cette 3ème partie de la Lettre aux Hévreux (10, 19 - 39), avec notre page qui pose la question suivante : comment faire pour nous préparer à rejoindre le Seigneur Jésus, notre Grand Prêtre unique, qui a pénétré définitivement dans le sanctuaire céleste de la Gloire de Dieu ?

Après nous avoir invités à renoncer au péché délibéré en nous montrant à quel point il est mépris de l’Alliance Nouvelle établie par le Christ en son offrande totale de lui-même, l’auteur nous rappelle que notre vie chrétienne est un témoignage à vivre dans le combat.

Et cela parce que nous devons affronter des difficultés en tous genres, voire même des persécutions.

Nous avons donc besoin d’endurance, ce qui nous est possible dans la mesure où nous vivons dans la foi. Et par cette allusion à la foi, l’auteur, au verset 39, annonce le thème de la grande partie suivante de son homélie.

3. Decouvertes

Dans les versets 24 - 39, porteurs d’un double message d’avertissement et d’encouragement, l’auteur vient de donner quelques avertissements à ses lecteurs (10, 24 - 31), et il prend maintenant dans notre page le ton de l’encouragement.

Pour ce faire, il rapppelle aux destinataires de son messge le ou les combat(s) qu’ils ont livrés et subis dans le passé.

C’est la raison pour laquelle ils doivent se montrer compatissants à l’égard de tous ceux qui souffrent en prison à l’heure où il écrit.

Dans cette exhortation les termes employés conjointement de “confiance”, “d’endurance”, de “foi” ou de “fidélité” résument bien l’attitude des chrétiens dans leur attente de leur Seigneur qui “vient” et qui “viendra”.

4. Prolongement

Ephésiens

3.12 … en lui (Jésus Christ, notre Sauvuer) nous avons, par la foi en lui, la liberté de nous approcher de Dieu avec confiance.

3.13 Aussi je vous demande de ne pas perdre courage à cause de mes tribulations pour vous: elles sont votre gloire.

3.14 A cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père,

3.15 duquel tire son nom toute famille dans les cieux et sur la terre,

3.16 afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur,

3.17 en sorte que Christ habite dans vos coeurs par la foi; afin qu’étant enracinés et fondés dans l’amour,

3.18 vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur,

3.19 et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.

3.20 Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au delà de tout ce que nous demandons ou pensons,

3.21 à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles! Amen!

Prière

*Seigneur Jésus, que dans ton Esprit Saint nous n’oublions jamais, chaque fois que nous renouvelons notre démarche de foi et de confiance en toi, de te demander d’augmenter sans cesse ntre foi. AMEN.

28.01.2005.*

Évangile : Marc 4, 26-34

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

26 Et il disait : ” Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui aurait jeté du grain en terre :
27 qu’il dorme et qu’il se lève, nuit et jour, la semence germe et pousse, il ne sait comment.
28 D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, puis plein de blé dans l’épi.
29 Et quand le fruit s’y prête, aussitôt il y met la faucille, parce que la moisson est à point. “
30 Et il disait : ” Comment allons-nous comparer le Royaume de Dieu ? ou par quelle parabole allons-nous le figurer ?
31 C’est comme un grain de sénevé qui, lorsqu’on le sème sur la terre, est la plus petite de toutes les graines qui sont sur la terre ;
32 mais une fois semé, il monte et devient la plus grande de toutes les plantes potagères, et il pousse de grandes branches, au point que les oiseaux du ciel peuvent s’abriter sous son ombre. “
33 C’est par un grand nombre de paraboles de ce genre qu’il leur annonçait la Parole selon qu’ils pouvaient l’entendre ;
34 et il ne leur parlait pas sans parabole, mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Notre passage se situe au début de la 2ème étape du ministère de Jésus, qui se déroule toujours en Galilée, où Jésus va se trouver de plus en plus rejeté.

2. Message

Le Règne de Dieu, semé en nos vies et sur le monde, comme Parole et action mystérieuse de Dieu par le ministère de Jésus, possède en lui-même sa propre force de croissance, indépendament de nos efforts humains. Tel est le sens de la première des deux paraboles que relate notre passage de Marc, la parabole de la semence qui pousse d’elle-même.

Selon la seconde de nos deux paraboles, la puissance et l’étendue du Règne de Dieu, qui est à l’oeuvre dans les actes et l’enseignement de Jésus, sont bien différentes de ce que l’on en perçoit à l’origine. Le contraste est, en effet, très grand entre les débuts du Règne de Dieu, comparable à une toute petite graine, et l’ampleur qu’il atteindra au terme de sa croissance, comparable alors à une plante très grande et très développée. Respectons et accueillons l’oeuvre du salut de Dieu, en son mystère qui nous dépassera toujours.

3. Decouvertes

Dans la parabole de la semence qui pousse d’elle-même, le semeur est également le moissonneur. C’est Dieu qui est à l’oeuvre, par Jésus Christ, dans l’Esprit, à l’origine comme au terme de son action.

La faucille et la moisson sont des images de jugement (voir Apocalypse, 14, 15).

Les oiseaux du ciel, dont il est question au verset 32, sont souvent interprétés comme un signe de l’extension du Règne de Dieu à toutes les nations païennes (Ezéchiel, 17, 23 et 31, 6).

Aux versets 33 et 34, il apparaît bien que l’ouverture, avec un coeur qui écoute, à l’enseignement de Jésus, permet de comprendre les paraboles. Et c’est la raison pour laquelle Jésus en explique la portée à ceux qui le suivent de près en qualité de disciples.

A noter que la première de nos deux petites paraboles ne se trouve que dans l’Evangile de Marc.

Ces deux paraboles indiquent que le Règne de Dieu est déjà à l’oeuvre maintenant, bien que de façon minuscule et cachée. De plus, dans ces deux paraboles, l’accent est mis sur l’oeuvre spécifique de Dieu, qui, seul, assure la croissance de la semence ou de la graine. Son action, présente dans le ministère de Jésus, finira par porter les fruits qu’il en attend. Vivons donc toujours dans la confiance et l’espérance.

4. Prolongement

35 Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et vient la moisson ? Eh bien ! je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson. Déjà

36 le moissonneur reçoit son salaire et récolte du fruit pour la vie éternelle, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur.

37 Car ici se vérifie le dicton : autre est le semeur, autre le moissonneur ;

38 je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d’autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues. ”

6 Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance.

7 Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu.

8 Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire selon son propre labeur.

9 Car nous sommes les coopérateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu.

10 Selon la grâce de Dieu qui m’a été accordée, tel un bon architecte, j’ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit.

Prière

*SEIGNEUR JESUS, AU DELA DE NOS PAUVRES EFFORTS DE “SERVITEURS INUTILES” POUR PROLONGER ET “ACTUALISER” TON TRAVAIL DE SEMEUR, EN ANNONçANT TA PAROLE, ET EN FAISANT CONNAÎTRE LA PORTEE DE TON ENGAGEMENT, A TEMPS ET A CONTRETEMPS, C’EST L’UNIQUE PUISSANCE DE DIEU, QUI, PAR TOI, DANS L’ESPRIT SAINT, SE DEPLOIE MYSTERIEUSEMENT DANS TOUTE SON AMPLEUR : DONNE-MOI LA FORCE DE PERSEVERER, DANS LA PATIENCE ET LA PERSEVERANCE, A TEMOIGNER, SANS CESSE, ET DE MON MIEUX, DE TON EVANGILE, AVEC L’HUMILITE DU SERVITEUR QUI NE SE CROIT JAMAIS PROPRIETAIRE DE L’OEUVRE DE SON MAÎTRE. AMEN.

31.01.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour