📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Éphésiens 6, 10-20

DE LA LETTRE AUX EPHESIENS

Texte

10 En définitive, rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force.
11 Revêtez l’armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du diable.
12 Car ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes.
13 C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en œuvre, rester fermes.
14 Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse,
15 et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile de la paix ;
16 ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ;
17 enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu.
18 Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints.
19 Priez aussi pour moi, afin qu’il me soit donné d’ouvrir la bouche pour parler et d’annoncer hardiment le mystère de l’Évangile,
20 dont je suis l’ambassadeur dans mes chaînes ; obtenez-moi la hardiesse d’en parler comme je le dois.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.

L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.

La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.

Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.

L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.

Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21) sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.

2. Message

Face à la réalité de forces du mal, qui sont nos véritables adversaires dans la perspective du Royaume de Dieu, nous avons besoin de l’énergie du Christ pour mener un combat spirituel.

Pour ce combat, il nous faut un équipement, qui ne peut être que celui-là même de Dieu.

Les différents éléments de cet équipement, décrits en termes d’armure pour la guerre, nous précisent vraiment ce que nous recevons de Dieu, et que nous devons laisser s’exprimer en nous, en les assumant : la vérité, la justice, la paix liée à la Bonne Nouvelle de Jésus, la foi, par laquelle nous nous remettons entre les mains de Dieu, la Parole de Dieu reçue dans l’Esprit Saint et qui devient aussi tranchante qu’une épée.

Assumer ce combat spirituel dans la force de Dieu, c’est demeurer également toujours en contact avec lui, dans l’Esprit Saint qui anime notre dialogue de prière avec lui, dialogue que nous poursuivons avec et pour nos frères, qui ont à mener le même combat.

3. Decouvertes

Voici un des portraits les plus vivants de la vie chrétienne présentée comme un combat spirituel avec : l’identification des forces hostiles (6, 10 - 12), les moyens mis à notre disposition pour les vaincre (6, 13 - 17), la nécessité d’accompagner notre effort par la prière, et une prière fraternelle (6, 18 - 20).

Les images sont ici celles d’un combat guerrier, qui s’inspire, semble-t-il, de motifs tirés de l’Ancien Testament (Isaïe, 59, 17; Sagesse, 5, 17 - 20). L’armure décrite ici est celle que revêt Yahvé pour effectuer le jugement (Isaïe, 59, 12 - 18).

L’adversaire mentionné est, non seulement de diable, mais également des puissances cosmiques spirituelles qui habitent les espaces célestes. C’est la raison pour laquelle seul l’équipement de Dieu peut nous permettre d’en venir à bout.

4. Prolongement

Jésus nous a précisé que “hors de lui, nous ne pouvons rien faire ” (Jean, 15, 4 - 5).

Depuis sa résurrection, l’Esprit Saint répandu dans nos coeurs nous permet de reconnaître Dieu pour Père, Jésus comme Seigneur, de rendre témoignage à la vérité de l’Evangile par toute notre vie, et d’agir dans la charité.

Cela dit, nous avons, selon saint Ignace de Loyola, dont on peut considérer les “Exercices Spirituels” comme un développement très détaillé de cette page de la “Lettre” aux Ephésiens, à faire comme si tout dépendait de nous, et à prier dans la conviction que tout dépend de Dieu.. Notre combat spirituel est accueil en nous, par la foi, de la toute puissante force de Dieu, pour que nous la laissions agir et s’exprimer en nous, à travers, et avec le concours de, toutes nos capacités humaines.

Prière

*Seigneur Jésus, c’est nous que tu charges aujourd’hui d’actualiser ta victoire contre les forces du mal, que tu as vaincues définitivement, dans ton obéissance jusqu’à la mort de la croix, et, pour cela, tu nous as transmis, par ton Esprit Saint, la capacité de rendre présente ta mission à notre époque de l’histoire de l’humanité, pour que soit manifestée la puissance unique de ton salut : aide-moi à bien ré-exprimer, en toutes mes démarches, ton bon combat de la vérité et de la miséricorde, approfondis en moi ton image de serviteur, de façon à ce que les différents domaines de mon existence rayonnent la lumière du “déjà-la”, et l’espérance du “pas-encore”, du Royaume de Dieu que tu nous offres. AMEN.

31.10.2002.*

Évangile : Luc 13, 31-35

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

31 A cette heure même s’approchèrent quelques Pharisiens, qui lui dirent : ” Pars et va-t’en d’ici ; car Hérode veut te tuer. “
32 Il leur dit : ” Allez dire à ce renard : Voici que je chasse des démons et accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour je suis consommé !
33 Mais aujourd’hui, demain et le jour suivant, je dois poursuivre ma route, car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem.
34 ” Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes…, et vous n’avez pas voulu !
35 Voici que votre maison va vous être laissée. Oui, je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu’à ce qu’arrive le jour où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

L’on divise habituellement toute cette marche en 3 séries d’instructions que Jésus donne de diverses façons à l’ensemble de ses disciples :

  • la 1ère série d’instructions se déroule de 9, 51 à 13, 21,
  • la 2ème série de 13, 22 à 17, 10,
  • la 3ème, de 17, 11 à 19, 27.

Toutes ces instructions ne visent qu’un seul thème : quel est le sens de notre chemin à parcourir avec Jésus, de ce qu’on appelle “la Voie” chrétienne, ou la “route avec le Christ” ?

Donc, au cours de cette montée vers Jérusalem (9, 51 - 19, 27),Jésus a commencé une 2ème série d’instructions données à ses disciples au fil des occasions rencontrées. C’est ainsi qu’après avoir répondu à une question concernant le nombre des sauvés (13, 22 - 30), il se trouve maintenant informé sur l’attitude d’Hérode à son égard.

2. Message

Jésus vient de constater une fois de plus qu’Israël ne saisit pas l’occasion de salut qu’il lui apporte par sa mission, et de rappeler à ses auditeurs qu’il n’est pas d’autre chemin à prendre, pas d’autre porte à franchir, que lui-même.

Dans ce contexte, il est logique que Luc ait placé ici ces deux allusions que Jésus fait à sa mort prochaine, l’une liée à une remarque de quelques Pharisiens concernant l’attitude agressive d’Hérode à son égard, l’autre au sujet du sort que lui réserve Jérusalem, la ville sainte où il se rend.

Face à la prétendue menace d’Hérode, Jésus maintient qu’il continue son parcours missionnaire jusqu’à l’heure de son terme, terme signifié par la mention que Jésus fait d’un “troisième jour”, après avoir parlé “d’aujourd’hui” et de “demain”.

Jésus indique ensuite qu’il s’attend à subir le sort des prophètes qui ont payé de leur vie leur engagement de témoins de la Parole et du Projet de salut de Dieu.

Jérusalem, qui symbolise l’ensemble du peuple en son coeur qui est le Temple, n’a plus d’avenir parce qu’elle a refusé Jésus, qu’elle ne pourra empêcher de triompher définitivement de sa victoire, qui est la victoire de Dieu.

3. Decouvertes

Ces Pharisiens qui viennent prévenir ainsi Jésus, lui seraient-ils favorables ? On peut le penser, sans pour autant en être vraiment certains.

En traitant Hérode de “renard”, Jésus semble indiquer qu’il ne le considère pas comme dangereux, auquel cas il aurait parlé de lui comme d’un “lion”.

Luc est le seul à nous rapporter cette remarque concernant l’attitude d’Hérode vis-à-vis de Jésus, comme il est le seul à nous relater une rencontre de Jésus prisonnier avec Hérode auquel Pilate l’a renvoyé au cours de la passion (23, 6 - 12).

Au verset 35, Jésus fait probablement allusion à la ruine du Temple (qui avait été détruit bien avant que Luc n’écrive son Evangile), reprenant ainsi le langage menaçant des grands prophètes contre le sanctuaire, en raison de la désobéissance du peuple à son Dieu. Notons l’émotion de Jésus dans cette adresse à Jérusalem, qui nous révèle à quel point il était solidaire de la mission d’Israël, et se situait dans la ligne de son histoire.

La reconnaissance de sa venue, comme bénédiction de Dieu proclamée par le peuple, et dont parle ici Jésus, vise, semble-t-il, la fin ultime des temps, et peut-être également un accueil final de sa mission par Israël à cette heure décisive (à la façon dont Paul en parle en Romains 9 - 11).

4. Prolongement

Nous resituer face au mystère de Dieu qui vient à nous en Jésus le Christ (sa mission de prophète en paroles et gestes de miséricorde, son engagement jusqu’à la mort, sa résurrection et le don de l’Esprit) :

4 Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi,

5 afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale.

6 Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père !

7 Aussi n’es-tu plus esclave mais fils ; fils, et donc héritier de par Dieu.

1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu,

2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles.

3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs,

11 Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, s’est manifestée,

12 nous enseignant à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, pour vivre en ce siècle présent dans la réserve, la justice et la piété,

13 attendant la bien-heureuse espérance et l’Apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus

14 qui s’est livré pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier un peuple qui lui appartienne en propre, zélé pour le bien.

Prière

*Seigneur Jésus, en toi se révèle en plénitude “Celui qui est, qui était et qui vient”, car en toi Dieu nous a rejoints au plus près qu’on puisse imaginer : ouvre mes yeux, ouvre mon coeur à ta venue, qui est toujours pour moi présence renouvelée en ton Esprit Saint, source en moi de vérité et d’amour, qu’il m’appartient de faire rayonner partout et devant tous. AMEN.

30.10.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour