📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Romains 8, 12-17

DE LA LETTRE AUX ROMAINS

Texte

12 Ainsi donc, mes frères, nous sommes débiteurs, mais non point envers la chair pour devoir vivre selon la chair.
13 Car si vous vivez selon la chair vous mourrez. Mais si par l’Esprit vous faites mourir les œuvres du corps, vous vivrez.
14 En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.
15 Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père !
16 L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu.
17 Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.

Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).

C’est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.

Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.

Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.

En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.

Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).

La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ, et elle se développe en trois thèmes : - La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi (1, 16 - 4, 25), - L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39), - Cette réalisation du salut de Dieu n’est pas en contradiction avec la promesse de Dieu faite jadis à Israël (9, 1 - 11, 36)

A côté de cette répartition de cette Lettre en deux parties, comme il vient d’être indiqué, on peut tout aussi bien n’y voir, d’un bout à l’autre que le développement, en trois temps successifs, d’une seule idée force très prégnante : - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière selon laquelle Dieu traite les Juifs et les paiens (1 - 8), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière dont Dieu traite le peuple d’Israël (9 - 11), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la vie de ceux qui croient au Christ. (12 - 15).


Selon le premier découpage de cette Lettre, que nous continuons de suivre, Paul développe ensuite une 2ème série d’arguments autour d’un 2ème thème : L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39).

Ce thème est successivement : annoncé (le chrétien, justifié par la foi, réconcilié à Dieu, sera sauvé : 5, 1 - 11), puis expliqué (la vie chrétienne apporte une triple libération : du péché et de la mort, en 5, 12 - 21, de l’homme lui-même, désormais uni au Christ, en 6, 1 - 23, de la Loi, en 7, 1 - 25), enfin développé (la vie chrétienne est vie dans l’Esprit, destinée à la gloire, selon la force de l’Esprit qui fait de nous des enfants de Dieu, dont nous devons chanter l’amour indéfectible : 8, 1 - 39).

Avec cette page nous continuons notre avancée dans le 3ème et dernier aspect de cette 2ème série d’arguments.

Il nous y est donné maintenant de découvrir la qualité extraordinaire du don de Dieu qui nous est proposé dans l’Esprit Saint que nous avons reçu, et que nous présente tout ce chapitre 8, qui est incontestablement le “sommet” de cette Lettre de Paul aux Romains.

La vie chrétienne est une vie dans l’Esprit et elle est destinée à la gloire. En un premier temps, Paul a montré que c’est bien l’Esprit qui donne puissance et dynamisme à une existence selon le Christ (8, 1 - 13).

Dans le 2ème temps de ce chapitre 8, où se situe la plus grande partie de notre page, Paul nous annonce la transformation radicale qu’opère en nous l’Esprit, qui nous fait devenir enfants de Dieu (8, 14 - 30).

Viendra ensuite le temps de la conclusion sous la forme d’une hymne à l’amour de Dieu, révélé par le Christ, manifesté pour nous dans l’Esprit.

2. Message

Par l’Esprit Saint que nous avons reçu, nous ne sommes plus sous l’empire de la faiblesse et du péché, c’est-à-dire de la “chair”, qui est cette dimension en nous qui tend à la mort et à la révolte contre Dieu, mais sous l’emprise de l’Esprit Saint, qui est en nous la vie nouvelle selon Jésus.

L’Esprit Saint exige donc de nous que nous vivions selon l’Esprit qui fait mourir notre comportement de “chair”, centré sur nous-mêmes, et nous permet ainsi de vivre à plein selon Dieu. La “dette” que nous devons au Christ, c’est justement de vivre selon l’Esprit que nous avons reçu.

En effet, cet Esprit, non seulement nous donne une existence nouvelle, mais nous situe vis- à-vis de Dieu dans une relation de “fils” adoptifs et d’héritiers authentiques, et, de ce fait, co-héritiers avec le Christ, qui nous associe à son mystère de mort-résurrrection et nous en partage tous les fruits de salut et d’entrée dans le mystère de Dieu.

3. Decouvertes

Nous ne sommes plus esclaves, mais “fils” parce que nous sommes saisis et animés par l’Esprit Saint qui change notre statut de façon absolue.

En conséquence, notre attitude est désormais celle de “fils” qui, dans la puissance de l’Esprit, appellent vraiment Dieu “Père”, au sens fort de ce terme.

En nous faisant devenir “fils adoptifs”, l’Esprit nous place également dans une relation spéciale au Christ, le “Fils unique”.

Nous sommes, par le baptême, dans lequel nous recevons l’Esprit, introduits dans la famille même de Dieu en qualité de “fils adoptifs”, et nous pouvons désormais, à la façon de Jésus, prononcer comme lui le mot “Père” ou ” Abba” avec cette confiance suprême qu’avait Jésus quand il s’adressait ainsi à Dieu son Père.

L’Esprit Saint, non seulement nous transforme ainsi radicalement en “fils adoptifs”, mais nous rend aussi conscients de cette transformation (verset 16).

Entrés dans la famille de Dieu, nous devenons, en outre, “héritiers”, en ce sens que nous recevons le “droit” de devenir, conjointement avec le Christ, maîtres de la “propriété” de notre Père, droit acquis par cette adoption gratuite (Galates, 4, 7) de participer à la gloire du Père, que le Christ, Fils unique, a déjà reçue en partage (verset 17).

4. Prolongement

Nous avons toujours à découvrir ce mystère de notre “filiation” divine, de cette proximité extraordinaire acec Dieu. A côté de la tradition de Paul, nous avons celle de la 2ème Lettre de Pierre :

3 Car sa divine puissance nous a donné tout ce qui concerne la vie et la piété: elle nous a fait connaître Celui qui nous a appelés par sa propre gloire et vertu.

4 Par elles, les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise.

La tradition de .Jean est également très explicite sur ce point :

Jn 1:11 Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli.

Jn 1:12 Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

Jn 1;13 Ceux-Ià ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.

Jn 1:14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père. (traduction TOB)

1 Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Oieu. Et nous le sommes! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu.

2 Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.

N’est-ce pas là ce qui devrait constituer le thème majeur et incessant de notre contemplation de Dieu et de son mystère, au sommet de nos moments de prière ?

Prière

*Seigneur Jésus, puisque tu nous donnes ainsi d’être associés à ta dignité de “fils” du plus près qu’il nous est possible : fais-moi la grâce, dans ton Esprit Saint qui me permet de partager à ce point ta relation au Père, de ne jamais cesser d’essayer de me comporter de mon mieux selon cette filiation divine, que tu me demandes de rayonner comme signe de ta présence de Ressuscité en notre monde. AMEN.

27.10.2003.*

Évangile : Luc 13, 10-17

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

10 Or il enseignait dans une synagogue le jour du sabbat.
11 Et voici qu’il y avait là une femme ayant depuis dix-huit ans un esprit qui la rendait infirme ; elle était toute courbée et ne pouvait absolument pas se redresser.
12 La voyant, Jésus l’interpella et lui dit : ” Femme, te voilà délivrée de ton infirmité ” ;
13 puis il lui imposa les mains. Et, à l’instant même, elle se redressa, et elle glorifiait Dieu.
14 Mais le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus eût fait une guérison le sabbat, prit la parole et dit à la foule : ” Il y a six jours pendant lesquels on doit travailler ; venez donc ces jours-là vous faire guérir, et non le jour du sabbat ! “
15 Mais le Seigneur lui répondit : ” Hypocrites ! chacun de vous, le sabbat, ne délie-t-il pas de la crèche son bœuf ou son âne pour le mener boire ?
16 Et cette fille d’Abraham, que Satan a liée voici dix-huit ans, il n’eût pas fallu la délier de ce lien le jour du sabbat ! “
17 Comme il disait cela, tous ses adversaires étaient remplis de confusion, tandis que toute la foule était dans la joie de toutes les choses magnifiques qui arrivaient par lui.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Une fois de plus, Jésus place le service immédiat à rendre à un frère ou à une soeur au dessus de l’obligation du repos du Sabbat.

Jésus a beau jeu de faire remarquer à ceux qui le contestent qu’ils admettaient eux-mêmes l’existence de nécessités dont ils ne pouvaient pas ne pas tenir compte le jour du Sabbat, telle celle de faire boire leurs animaux domestiques.

Jésus, qui les interpelle au nom du simple bon sens, leur déclare que la miséricorde à l’égard d’autrui est pour lui la suprême nécessité, et il nous invite à faire le même discernement.

3. Decouvertes

Face au chef de synagogue qui estimait que la femme courbée en deux n’était pas en danger de mort et que donc sa guérison aurait pu attendre un autre jour, Jésus affirme la priorité de l’homme sur le Sabbat et l’urgence absolue du service à rendre à un frère ou à une soeur dans la souffrance ou la maladie.

D’autre part, les responsables Juifs ne perçoivent pas l’enjeu unique du ministère de Jésus, qui est sa victoire totale sur les forces du mal et de Satan, et l’établissement du Règne de Dieu avec toutes ses exigences.

En ce sens, les gestes de Jésus ne sont pas reconnus ni découverts comme des “signes des temps” : notons que ce passage appartient justement à un ensemble où Jésus reproche à ses contemporains de ne pas mesurer ce que représente son ministère, comme “signe” définitif du passage de Dieu dans l’accomplissement du salut (12, 54 - 13, 35).

De plus, dans la perspective de Jésus, et de sa mission, le Sabbat, jour du Seigneur devient par excellence le jour du salut.

4. Prolongement

Luc est, par excellence, l’Evangile de la miséricorde, et celui de la rencontre fréquente de Jésus avec des femmes, soit pour leur faire vivre et découvrir la miséricorde de Dieu, comme en cette page et d’autres (voir 7, 11 - 17 et 36 - 48), soit pour en faire des disciples fidèles qui l’accompagneront jusqu’au Golgotha (8, 1 - 3 et 23, 55 - 56).

Nous sommes confrontés à cette même exigence de la priorité et de l’urgence de la miséricorde : en dépit de leur différence de langage, Paul et Jacques insistent sur l’efficacité de notre foi dans l’amour des frères (Galates, 5, 6 et Jacques, 2, 15 - 17).

Vivre d’abord pour Dieu nous invite à faire des choix dans notre existence quotidienne, pour suivre Jésus en vérité, en agissant comme lui et en signifiant notre obéissance au Père dans le service de nos frères et soeurs (1 Jean, 3, 17 - 18 et 4, 20).

Prière

*Seigneur Jésus, tout frère ou toute soeur souffrants, ou dans le besoin, que nous rencontrons, sont pour nous un appel pressant à te suivre dans l’accueil que nous leur donnons, au nom de ta miséricorde infinie, et selon l’accomplissement de ta Parole que “la miséricorde vaut plus que le sacrifice”, et que nous avons ainsi à imiter Dieu, qui est riche en miséricorde, et qui nous sauve tous gratuitement par le don de sa grâce : apprends-moi à me détacher davantage de moi-même, pour te rejoindre là où des hommes ou des femmes se trouvent dans une situation de souffrance ou de misère, aide-moi à les considérer et à les servir comme des frères et des soeurs pour lesquels tu es mort, ainsi qu’à prendre conscience de l’exigence de l’amour, du pardon, de la bienveillance et de la générosité, qui doivent croître en moi, comme fruits de ton Esprit qui m’habite. AMEN.

28.10.2002.*


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