📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Éphésiens 4, 32 – 5, 8

DE LA LETTRE AUX EPHESIENS

Texte

32 Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ.
1 Devenez donc les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés;
2 et marchez dans la charité, à l’exemple de Christ, qui nous a aimés, et qui s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur.
3 Que l’impudicité, qu’aucune espèce d’impureté, et que la cupidité, ne soient pas même nommées parmi vous, ainsi qu’il convient à des saints.
4 Qu’on n’entende ni paroles déshonnêtes, ni propos insensés, ni plaisanteries, choses qui sont contraires à la bienséance; qu’on entende plutôt des actions de grâces.
5 Car, sachez-le bien, aucun impudique, ou impur, ou cupide, c’est-à-dire, idolâtre, n’a d’héritage dans le royaume de Christ et de Dieu.
6 Que personne ne vous séduise par de vains discours; car c’est à cause de ces choses que la colère de Dieu vient sur les fils de la rébellion.
7 N’ayez donc aucune part avec eux.
8 Autrefois vous étiez ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme des enfants de lumière!

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.

L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.

La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.

Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.

L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.

Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21) sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.

2. Message

Paul continue de prodiguer aux Ephésiens les conseils nécessaires de façon à ce qu’ils vivent selon l’Evangile qu’ils ont reçu et le mystère du Christ auquel ils ont désormais part.

Ce qui leur est demandé, c’est de laisser vivre en eux ce mystère qui les a déjà transformés, en se laissant conduire par le Christ qui habite et demeure en eux.

C’est ainsi qu’ayant été pardonnés par Dieu dans le Christ, ils doivent permettre à ce pardon d’atteindre leurs frères et soeurs qu’ils doivent à leur tour pardonner !

Il ne s’agit rien de moins ici que d’imiter Dieu qui a fait d’eux ses enfants bien-aimés, et qui les invite à vivre ce qau’ilz ont reçu du Christ dans l’offrande qu’il a faite au Père de son obéissance en se livrant pour tous par amour de gratuité.

Il n’est donc pas d’autre chemin pour accueillir le salut de Dieu car toutes les autres routes ne mènent qu’à la perdition : choisissons de vivre selon la Lumière que nous sommes devenus, en vivant en fils de Lumière, sans retomber dans les ténèbres dans lesquels nous étions plongés avant d’être saisis par la grâce de l’Esprit Saint dans notre conversion baptismale.

3. Decouvertes

Dans cette longue exhortation qui remplit trois chapitres de la Lettre aux Ephésiens (4, 1 - 6, 20), Paul a traité successivement : - de la place et du sens des minsitères dans le Corps du Christ (4, 7 - 16), - de la façon de vivre en Eglise au coeur du monde (4, 17 - 32), - avant de développer le thème de notre marche dans la lumière (5, 1 - 20), dans lequel se trouve notre page.

Ce dernier thème développe de nouveau l’antithèse entre la vie ancienne et la vie nouvelle que nous avons acquise dans le don qui nous est fait du mystère du Christ auquel nus adhérons dans la foi.

Et cette antithèse nous est à son tour présentée selon trois contrastes fortement soulignés : - d’abord entre une vie axée sur l’amour de Dieu et du Christ et une vie faite d’attitudes qui entraînent la colère de Dieu (5, 3 - 7), - ensuite selon l’opposition de nouveau rappelée entre la lumière et les ténèbres (5, 8 - 14), - enfin, entre le sage et l’insensé, selon que l’on se soumet à l’Esprit Saint ou que l’on suive les appels de la convoitise en tous domaines ( (5, 15 - 20).

4. Prolongement

Remarquons cette constante dans l’enseignement des Lettres de Paul, concernant les attitudes concrètes et pratiques que nous devons adopter : elles sont secondes et font suite à un grand changement que le Christ ressuscité opère en nous par son Esprit Saint.

En d’autres termes, devenus hommes nouveaux, vivons comme des hommes nouveaux. Le langage de la nouvelle naissance en Christ ou celui de la création nouvelle nous disent exactement le même message

Plus que dans d’autres Lettres de Paul, ou attribuées à lui, notre engagement de chrétiens, lieu où nous devons vivre notre foi dans l’amour (Galates 5, 6), nous est présenté comme une suite, une conséquence, d’un événement qui nous a atteints au plus profond, puisqu’il s’agit de notre entrée dans ce qu’on appelle “l’eschatologie réalisée”, qu’indique bien la formule employée pa Paul à plusieurs reprises : “vous êtes déjà ressuscités avec le Christ” ! (Colossiens, 3,1).

Prière

*Seigneur Jésus, donne-nous d’être configurés par ton Esprit Saint en fils de lumière, capables de reproduire ton image, et de révéler, par tous nos agissements, à quel point c’est toi qui as saisi notre existence et la conduit désormais. AMEN.

26.10.2004.*

Évangile : Luc 13, 10-17

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

10 Or il enseignait dans une synagogue le jour du sabbat.
11 Et voici qu’il y avait là une femme ayant depuis dix-huit ans un esprit qui la rendait infirme ; elle était toute courbée et ne pouvait absolument pas se redresser.
12 La voyant, Jésus l’interpella et lui dit : ” Femme, te voilà délivrée de ton infirmité ” ;
13 puis il lui imposa les mains. Et, à l’instant même, elle se redressa, et elle glorifiait Dieu.
14 Mais le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus eût fait une guérison le sabbat, prit la parole et dit à la foule : ” Il y a six jours pendant lesquels on doit travailler ; venez donc ces jours-là vous faire guérir, et non le jour du sabbat ! “
15 Mais le Seigneur lui répondit : ” Hypocrites ! chacun de vous, le sabbat, ne délie-t-il pas de la crèche son bœuf ou son âne pour le mener boire ?
16 Et cette fille d’Abraham, que Satan a liée voici dix-huit ans, il n’eût pas fallu la délier de ce lien le jour du sabbat ! “
17 Comme il disait cela, tous ses adversaires étaient remplis de confusion, tandis que toute la foule était dans la joie de toutes les choses magnifiques qui arrivaient par lui.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Une fois de plus, Jésus place le service immédiat à rendre à un frère ou à une soeur au dessus de l’obligation du repos du Sabbat.

Jésus a beau jeu de faire remarquer à ceux qui le contestent qu’ils admettaient eux-mêmes l’existence de nécessités dont ils ne pouvaient pas ne pas tenir compte le jour du Sabbat, telle celle de faire boire leurs animaux domestiques.

Jésus, qui les interpelle au nom du simple bon sens, leur déclare que la miséricorde à l’égard d’autrui est pour lui la suprême nécessité, et il nous invite à faire le même discernement.

3. Decouvertes

Face au chef de synagogue qui estimait que la femme courbée en deux n’était pas en danger de mort et que donc sa guérison aurait pu attendre un autre jour, Jésus affirme la priorité de l’homme sur le Sabbat et l’urgence absolue du service à rendre à un frère ou à une soeur dans la souffrance ou la maladie.

D’autre part, les responsables Juifs ne perçoivent pas l’enjeu unique du ministère de Jésus, qui est sa victoire totale sur les forces du mal et de Satan, et l’établissement du Règne de Dieu avec toutes ses exigences.

En ce sens, les gestes de Jésus ne sont pas reconnus ni découverts comme des “signes des temps” : notons que ce passage appartient justement à un ensemble où Jésus reproche à ses contemporains de ne pas mesurer ce que représente son ministère, comme “signe” définitif du passage de Dieu dans l’accomplissement du salut (12, 54 - 13, 35).

De plus, dans la perspective de Jésus, et de sa mission, le Sabbat, jour du Seigneur devient par excellence le jour du salut.

4. Prolongement

Luc est, par excellence, l’Evangile de la miséricorde, et celui de la rencontre fréquente de Jésus avec des femmes, soit pour leur faire vivre et découvrir la miséricorde de Dieu, comme en cette page et d’autres (voir 7, 11 - 17 et 36 - 48), soit pour en faire des disciples fidèles qui l’accompagneront jusqu’au Golgotha (8, 1 - 3 et 23, 55 - 56).

Nous sommes confrontés à cette même exigence de la priorité et de l’urgence de la miséricorde : en dépit de leur différence de langage, Paul et Jacques insistent sur l’efficacité de notre foi dans l’amour des frères (Galates, 5, 6 et Jacques, 2, 15 - 17).

Vivre d’abord pour Dieu nous invite à faire des choix dans notre existence quotidienne, pour suivre Jésus en vérité, en agissant comme lui et en signifiant notre obéissance au Père dans le service de nos frères et soeurs (1 Jean, 3, 17 - 18 et 4, 20).

Prière

*Seigneur Jésus, tout frère ou toute soeur souffrants, ou dans le besoin, que nous rencontrons, sont pour nous un appel pressant à te suivre dans l’accueil que nous leur donnons, au nom de ta miséricorde infinie, et selon l’accomplissement de ta Parole que “la miséricorde vaut plus que le sacrifice”, et que nous avons ainsi à imiter Dieu, qui est riche en miséricorde, et qui nous sauve tous gratuitement par le don de sa grâce : apprends-moi à me détacher davantage de moi-même, pour te rejoindre là où des hommes ou des femmes se trouvent dans une situation de souffrance ou de misère, aide-moi à les considérer et à les servir comme des frères et des soeurs pour lesquels tu es mort, ainsi qu’à prendre conscience de l’exigence de l’amour, du pardon, de la bienveillance et de la générosité, qui doivent croître en moi, comme fruits de ton Esprit qui m’habite. AMEN.

28.10.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour