📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Éphésiens 5, 21-33
DE LA LETTRE AUX EPHESIENS
Texte
21 Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ.
22 Que les femmes le soient à leurs maris comme au Seigneur :
23 en effet, le mari est chef de sa femme, comme le Christ est chef de l’Église, lui le sauveur du Corps ;
24 or l’Église se soumet au Christ ; les femmes doivent donc, et de la même manière, se soumettre en tout à leur maris.
25 Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle,
26 afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ;
27 car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée.
28 De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme c’est s’aimer soi-même.
29 Car nul n’a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église :
30 ne sommes-nous pas les membres de son Corps ?
31 Voici donc que l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair :
32 ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église.
33 Bref, en ce qui vous concerne, que chacun aime sa femme comme soi-même, et que la femme révère son mari.
Commentaire
1. Situation
La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.
L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.
La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.
Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.
L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.
Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21) sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.
2. Message
Les relations entre époux chrétiens doivent traduire et exprimer les relations entre le Christ et l’Eglise, qui est son corps.
Si la femme doit se soumettre à son mari comme l’Eglise le fait à l’égard du Christ, sa Tête, de leur côté, les époux doivent aimer leur épouse à la façon du Christ, qui s’est livré pour son Eglise, et l’a sanctifiée, purifiée, par sa mort-résurrection, auxquelles les chrétiens, qui constituent l’Eglise, ont part en leur baptême.
Puisque mari et femme ne font plus qu’un, selon le récit de la création dans la Bible, l’époux doit aimer son épouse comme son propre corps, révélant ainsi, en son comportement, le “mystère” du Christ aimant son corps, dont nous sommes tous membres, et qui est l’Eglise.
3. Decouvertes
La grande exhortation de la 2de partie de la Lettre aux Ephésiens continue : après nous avoir présenté la vocation de l’Eglise (4, 1 - 6), la situation, et le sens, des ministères dans le corps du Christ (4, 7 - 16), la façon dont l’Eglise doit vivre au coeur du monde (4, 17 - 32), la nécessité pour nous de marcher dans la lumière (5, 1 - 20), nous en arrivons au développement d’un ensemble de règles concernant la vie domestique (5, 21 - 6, 9), développement qui suit de près Colossiens, 3, 18 - 4, 1.
Le message central en est que toutes nos relations humaines les plus ordinaires doivent être vécues “dans le Seigneur”, dans l’imitation , et en s’inspirant, de l’amour du Christ donnant sa vie pour les siens (Jean, 13, 1- 5 ).
L’invitation aux épouses de se soumettre à leur époux se situe encore dans la tradition patriarcale du mari tout puissant, tout en l’atténuant, puisqu’il est demandé à tous de se soumetre les uns aux autres (5, 21), et que la soumission envisagée doit être vécue à la façon de la soumission des disciples au Christ, et en réciprocité à l’amour du Christ donnant sa vie.
La vie des chrétiens, en Eglise, est symbolisée ici comme temps de purification (le bain de la fiancée), entre les fiançailles (la mort-résurrection du Christ) et le mariage (le retour du Christ, à la fin ultime des temps) (5, 25 - 27). Le respect du partenaire dans l’union conjugale doit correspondre au respect que l’on a pour son propre corps. La référence au “mystère” du Christ demeure primordiale et essentielle : ainsi le mari doit-il aimer sa femme, à la façon du Christ, en se sacrifiant pour elle.
4. Prolongement
Le fait pour nous d’être baptisés en Christ, saisis par lui, nous invite à reproduire son image visiblement, en nous exprimant à sa façon dans tous les domaines de notre vie.
De par sa situation de relation unique entre deux humains, inscrite en la création de l’homme par Dieu, la vie conjugale est un “lieu” privilégié de la révélation de Dieu qui se donne, en Christ, à son peuple, lequel se soumet à lui dans une réciprocité d’amour.
Le mariage des chrétiens est “sacrement”, dans la mesure où la relation des époux entre eux manifeste le “mystère” du Christ donnant sa vie pour les siens rassemblés en Eglise. C’est dans la mesure où l’on a assumé dans la foi le baptême reçu comme un “mystère” nous communiquant la vie nouvelle du ressuscité dans, et au-delà de, son passage par la mort, que le mariage entre chrétiens est perçu et vécu comme “sacrement”, signe contenant, et dévoilant, le “mystère” (c’est-à-dire la réalité cachée, profonde, et bien réelle) du Christ qui nous aime et nous sauve.
Prière
*Seigneur Jésus, en nous donnant, de par ta présence en nos cœurs dans ton Esprit Saint, d’avoir part à l’événement unique de ta mort-résurrection, selon une réalité “mystérieuse” qui nous transforme à ton image, tu nous invites à entrer dans une imitation concrète de tes gestes, de tes paroles, c’est-à-dire de ton engagement, tel que nous le découvrons de nouveau, à mesure que nous lisons et relisons sans cesse nos quatre evangiles, qui nous retracent tes façons d’agir, ainsi que ton cheminement humain, en même temps qu’ils nous transmettent ton message de conversion et de grâce : apprends-moi à rayonner vraiment ton “mystère”, qui nous partage la réalité profonde de tout ce que tu as vécu parmi nous, aide-moi à faire de mon existence dans l’histoire du monde de ce temps, un “lieu” bien réel, et bien visible, ou ta présence et ton action de salut peuvent, par delà ma faiblesse et mes insuffisances, se révéler au plus grand nombre de mes frères et sœurs. AMEN.
29.10.2002.*
Évangile : Luc 13, 18-21
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
18 Il disait donc : ” A quoi le Royaume de Dieu est-il semblable et à quoi vais-je le comparer ?
19 Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin ; il croît et devient un arbre, et les oiseaux du ciel s’abritent dans ses branches. “
20 Il dit encore : ” A quoi vais-je comparer le Royaume de Dieu ?
21 Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé. “
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.
L’on divise habituellement toute cette marche en 3 séries d’instructions que Jésus donne de diverses façons à l’ensemble de ses disciples :
- la 1ère série d’instructions se déroule de 9, 51 à 13, 21,
- la 2ème série de 13, 22 à 17, 10,
- la 3ème, de 17, 11 à 19, 27.
Toutes ces instructions ne visent qu’un seul thème : quel est le sens de notre chemin à parcourir avec Jésus, de ce qu’on appelle “la Voie” chrétienne, ou la “route avec le Christ” ?
Donc, au cours de cette montée vers Jérusalem (9, 51 - 19, 27), lors de la première série d’instructions qu’il donne à ses disciples (9, 51 - 13, 21), Jésus vient tout juste d’illustrer la nature de ce Royaume en guérissant le jour du sabbat une femme infirme et courbée depuis 18 ans (13, 11 - 17), femme qu’il appelle “fille d’Abraham”.
En effet, tous, sans différence de sexe ou de situation, sont appelés, et c’est la présence de cette dimension de compassion du Royaume que la pratique même du sabbat doit encourager et non pas empêcher.
Et Jésus de conclure, maintenant avec notre page, qu’en dépit des oppositions, le Règne de Dieu ne peut que grandir (13, 18 - 21).
2. Message
Ces 2 paraboles du Royaume, qui sont les seules à nous être ainsi transmises comme telles par Luc, et qu’on peut lire également ensemble en Matthieu, 13, 31 - 33, ne mettent pas d’abord l’accent sur le contraste entre la petitesse des débuts et la grandeur de l’achèvemenrt final.
L’accent porte ici nettement sur la croissance qui a lieu quoi que l’on fasse. Qu’on le veuille ou non, la graine de moutarde deviendra un arbre, et la pâte, dans laquelle le levain a été enfoui, va lever toute entière.
Or, comme dans le contexte immédiat (11, 13 - 13, 17), ou également dans les passages qui vont suivre (14, 1 - 24 et 15, 1 - 2), l’on constate l’opposition menée contre Jésus, ces 2 paraboles manifestent l’impuissance de ces oppositions qui n’empêcheront pas le Royaume de grandir.
3. Decouvertes
Au verset 19, il est écrit : “les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches”. Cette phrase, qui est une référence à la fois au psaume 104, 12 et à Daniel, 4, 9 et 18, fait allusion à la diversité des êtres humains qui trouvent refuge dans le Royaume de Dieu.
Ainsi, l’universalisme du Royaume se trouve une fois de plus manifesté, ainsi que la raison de l’opposition à Jésus : c’est parce qu’il accepte d’accueillir des exclus à sa table, symbolisant ainsi le banquet du Royaume de Dieu, qu’il a été et sera fortement contesté (voir 13, 28 - 29).
Au verset 21, il a paru étrange que, pour décrire le Royaume de Dieu, Jésus fasse appel à l’image du levain, qui est une substance impure et corrompue, que ce levain, ensuite, soit caché, et enfoui finalement dans la quantité de farine utilisée pour célébrer les manifestations de Dieu (voir Genèse, 18, 6 et, Juges, 6, 19).
De nouveau, et sans cesse, Jésus dépasse les catégories communes du pur et de l’impur (voir 8, 26 - 56). D’autre part, le Royaume de Dieu demeure caché aux sages et aux savants (10, 21), mais, en revanche, il devient manifestation de Dieu pour ceux qui ont ouvert leurs yeux et leurs oreilles.
En conclusion, il n’y a pas à s’y tromper, le Règne de Dieu est bien une force agissante qui atteindra son achèvement, selon son originalité et au delà de tous les obstacles.
4. Prolongement
Notre foi est certitude et conviction profonde de la victoire du projet de Dieu, qui se réalisera quelles que soient les difficultés. Voir Jean, 16, 32 -33 :
32 Voici venir l’heure - et elle est venue - où vous serez dispersés chacun de votre côté et me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul : le Père est avec moi.
33 Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde. ”
Mais notre foi nous fait déjà, dès aujourd’hui, entrer dans cette victoire même :
4 puisque tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde, Et telle est la victoire qui a triomphé du monde : notre foi,
5 Quel est le vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?
Prière
*Seigneur Jésus, la foi que tu attends de nous est confiance absolue en toi qui nous annonces ta victoire totale et définitive sur les forces du mal, sur toutes les oppositions au Règne de Dieu en nos vies, et cette confiance même devient communication de ta victoire, puisque tu es vraiment le Fils de Dieu, au sens fort de cette appellation : Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière : renouvelle en mon coeur cette conviction et cette certitude de ton écrasement des puissances maléfiques, ainsi que de la capacité que tu me donnes, si je me remets entre tes mains de Sauveur, de devenir moi-même fort de ta force en ton Esprit, face à toute situation ou adversité. AMEN.
28.10.2003*