📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Éphésiens 6, 1-9

DE LA LETTRE AUX EPHESIENS

Texte

1 Enfants, obéissez à vos parents, selon le Seigneur, car cela est juste.
2 Honore ton père et ta mère (c’est le premier commandement avec une promesse),
3 afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps sur la terre.
4 Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur.
5 Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair, avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre coeur, comme à Christ,
6 non pas seulement sous leurs yeux, comme pour plaire aux hommes, mais comme des serviteurs de Christ, qui font de bon coeur la volonté de Dieu.
7 Servez-les avec empressement, comme servant le Seigneur et non des hommes,
8 sachant que chacun, soit esclave, soit libre, recevra du Seigneur selon ce qu’il aura fait de bien.
9 Et vous, maîtres, agissez de même à leur égard, et abstenez-vous de menaces, sachant que leur maître et le vôtre est dans les cieux, et que devant lui il n’y a point d’acception de personnes.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Ephésiens est l’un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l’élévation spirituelle de son approche, et de son “climat” de prière, dans une totale confiance en Dieu. D’autre part, sa vision de l’Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.

L’adresse de cette Lettre “aux Ephésiens” ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette “Lettre” ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.

La comparaison de cette “Lettre” avec l’épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l’auteur d‘“Ephésiens” a utilisé “Colossiens”, au moins en partie, pour écrire son texte.

Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une “lettre”, ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de “lettre” par l’ajout d’une introduction et d’une conclusion épistolaires.

L’on s’accorde aujourd’hui pour penser que ce document n’a pas été écrit par Paul, et qu’il appartient à la 2ème génération d’écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l’aurait donc rédigé, après la mort de l’apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de “Colossiens” comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.

Entre l’introduction et les salutations d’usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21) sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d’avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l’Eglise sous l’image privilégiée de “Corps” du Christ, avec ses ministres, et sa manière d’être présente au monde par les croyants qui “marchent dans la lumière” du Christ ressuscité.

2. Message

Paul continue d’indiquer à ses correspondants comment concrètement faire passer le mystère du Christ dans leur vie relationnelle dans le monde de la famille et de ceux qui participent à la vie domestique, en l’occurence, les esclaves.

Si Paul rappelle aux enfants le devoir d’honorer leurs parents selon le commandement du Décalogue, il insiste tout autant sur l’attitude bienveillante des parents à l’égard de leurs enfants, les invitant à favoriser positivement tout ce qui contribue à leur croissance.

Paul demande ensuite aux esclaves de se situer vis-à-vis de leur maître selon l’esprit de l’Evangile, en les considérant comme des frères dans le Christ, et en dépassant ainsi la simple relation humaine vue d’un strict point de vue juridique. Ils ont à se considérer comme esclaves du Christ et à se rappeler que tout homme, et a fortiori, tout disciple du Christ, quel qu’il soit, se trouve sur le même plan d’égalité face au Christ, le seul Juge.

L’apôtre ne s’en adresse pas moins aux maîtres de ces esclaves, auxquels il demande de renoncer à toute attitude de dureté à leur égard, leur précisant que Dieu ne fait pas de différence entre les hommes, qui, tous ont à lui rendre compte de la même façon.

3. Decouvertes

Paul ne semble pas prendre position ici sur la question elle-même de l’esclavage. Il n’interviendra d’ailleurs jamais sur le sujet de façon formelle, même si, dans son billet à Philémon, il invite ce dernier à pratiquement affranchir son esclave Onésime, qu’il avait personnellement converti à Jésus Christ depuis sa prison.

D’autre part, indépendamment de la dimension insupportable de l’esclavage, cette situation correspondait à un statut, qui comportait un certain nombre de limites, comme l’indique la réaction de Pierre quand Jésus, la veille de sa mort, se met à laver les pieds de ses disciples, accomplissant un geste qu’un esclave avait le droit de refuser à son maître.

Face à cela, ce que nous appelons “esclavage” dans nos sociétés actuelles, paraît signifier une situation dans laquelle on peut tout se permettre avec des personnes que l’on humilie sans fin, toutes les formes de dégradation humaine leur étant appliquées.

4. Prolongement

Quand Paul invite les esclaves à se considérer comme esclaves du Christ, il reprend un thème spirituel qu’il avait déjà développé au chapitre 6 de sa Lettre aux Romains, lorsqu’il demande aux chrétiens de s’affranchir de soi-même et de devenir esclaves de Dieu :

Romains

6.16 Ne savez-vous pas qu’en vous livrant à quelqu’un comme esclaves pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché qui conduit à la mort, soit de l’obéissance qui conduit à la justice?

6.17 Mais grâces soient rendues à Dieu de ce que, après avoir été esclaves du péché, vous avez obéi de coeur à la règle de doctrine dans laquelle vous avez été instruits.

6.18 Ayant été affranchis du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice. -

6.19 Je parle à la manière des hommes, à cause de la faiblesse de votre chair. -De même donc que vous avez livré vos membres comme esclaves à l’impureté et à l’iniquité, pour arriver à l’iniquité, ainsi maintenant livrez vos membres comme esclaves à la justice, pour arriver à la sainteté.

6.20 Car, lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l’égard de la justice.

6.21 Quels fruits portiez-vous alors? Des fruits dont vous rougissez aujourd’hui. Car la fin de ces choses, c’est la mort.

6.22 Mais maintenant, étant affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu, vous avez pour fruit la sainteté et pour fin la vie éternelle.

6.23 Car le salaire du péché, c’est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus Christ notre Seigneur.

Prière

*Seigneur Jésus, aide-nous à refléter ton visage dans toutes nos relations humaines, familiales et sociales, afin que nous puissions témoigner réellement de la liberté que tu donnes à tous les humains en leur conférant le dignité de fils et filles de ton Père, dans une fraternité totale avec toi-même. AMEN.

27.10.2004.*

Évangile : Luc 13, 22-30

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

22 Et il cheminait par villes et villages, enseignant et faisant route vers Jérusalem.
23 Quelqu’un lui dit : ” Seigneur, est-ce le petit nombre qui sera sauvé ? ” Il leur dit :
24 ” Luttez pour entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne pourront pas.
25 ” Dès que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous vous serez mis à frapper à la porte en disant : “Seigneur, ouvre-nous”, il vous répondra : “Je ne sais d’où vous êtes. “
26 Alors vous vous mettrez à dire : “Nous avons mangé et bu devant toi, tu as enseigné sur nos places. “
27 Mais il vous répondra : “Je ne sais d’où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. “
28 ” Là seront les pleurs et les grincements de dents, lorsque vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, et vous, jetés dehors.
29 Et l’on viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu.
30 ” Oui, il y a des derniers qui seront premiers et il y a des premiers qui seront derniers. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

2. Message

Interpellé de nouveau sur sa route vers Jérusalem, Jésus, sans répondre directement à la question qu’on lui pose, profite de l’occasion pour réinsister sur les enjeux du salut qu’il propose.

Avec lui, une porte unique est ouverte sur le Royaume de Dieu. Cette porte est dite “étroite” pour signifier que l’on doit, pour y trouver passage, s’adapter avec sérieux à ses exigences, de façon à pouvoir s’y engager résolument.

Cette porte une fois fermée, il sera trop tard pour essayer d’ entrer là où elle conduit, en invoquant un statut de familier, ou de sympathisant. La seule décision à prendre, c’est de répondre immédiatement, en vérité, à l’appel de Jésus, et de le suivre, dans l’urgence.

Ce que beaucoup d’étrangers, qui, à la différence des Juifs contemporains de Jésus, ne connaissent rien du passé d’Israël comme peuple de Dieu, sauront faire, et cela leur vaudra de rejoindre les grands patriarches et prophètes d’Israël dans l’unique Royaume de Dieu, dont Jésus est la porte.

3. Decouvertes

Jésus se présente comme “signe” unique du salut de Dieu pour ses contemporains, comme toujours pour nous aujourd’hui : il est le “signe” des temps par excellence.

Il explique l’urgence et l’exigence de sa mission pour le Royaume de Dieu par une parabole, dans laquelle les gens qui, invités, auraient pu entrer chez le Maître de maison et ne l’ont pas fait, ne discernent l’enjeu de cette démarche que lorsqu’il est trop tard. En vain invoquent-ils l’argument de leur proximité antérieure avec le Maître de maison, ce dernier ne les accueille pas pour autant.

Les contemporains de Jésus verront les Patriarches et les Prophètes d’Israël, rejoints, dans le Royaume des cieux, non par eux-mêmes, mais par des étrangers de toutes les nations. En ce sens, les derniers seront premiers, et réciproquement.

Tel est le défi que lance Jésus par sa mission.

4. Prolongement

Nous avons, à notre tour, dans l’Esprit Saint que Jésus nous a donné, et en tant que disciples de Jésus d’après la résurrection, non seulement à vivre constamment dans cette urgence du Royaume de Dieu inauguré par le Christ ressuscité, mais à partager cette urgence avec nos frères et soeurs, comme avait déjà su le faire Paul :

17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.

18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.

19 Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation.

20 Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu.

21 Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.

1 Et puisque nous sommes ses coopérateurs, nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu.

2 Il dit en effet : Au moment favorable, je t’ai exaucé ; au jour du salut, je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

Prière

*Seigneur Jésus, il n’y a, sous le ciel, aucun autre Nom que le tien, offert aux hommes, qui soit nécessaire au salut, tu es donc le seul chemin à prendre vers le Royaume de Dieu, chemin qu’il nous faut choisir de suivre, non pas demain, mais aujourd’hui, et que, de plus, tu nous as demandé de signaler à nos frères et soeurs, lorsque nous les rencontrons : accorde-moi de me laisser conduire, par ton Esprit Saint, à vivre à chaque instant l’urgence du Royaume de Dieu, en acceptant que tu sois le seul maître de mon existence, à tous les moments de mon histoire personnelle, et donne-moi ainsi de devenir, pour le plus grand nombre possible de mes contemporains, un témoin vivant de la présence de ton salut. AMEN.

30.10.2002.*


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