📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Romains 11, 1-36

DE LA LETTRE AUX ROMAINS

Texte

1 Je demande donc : Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certes non ! Ne suis-je pas moi-même Israélite, de la race d’Abraham, de la tribu de Benjamin ?
2 Dieu n’a pas rejeté le peuple que d’avance il a discerné. Ou bien ignorez-vous ce que dit l’Écriture à propos d’Élie, quand il s’entretient avec Dieu pour accuser Israël :
3 Seigneur, ils ont tué tes prophètes, rasé tes autels, et moi je suis resté seul et ils en veulent à ma vie !
4 Eh bien, que lui répond l’oracle divin ? Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal.
5 Ainsi pareillement aujourd’hui il subsiste un reste, élu par grâce.
6 Mais si c’est par grâce, ce n’est plus en raison des œuvres ; autrement la grâce n’est plus grâce.
7 Que conclure ? Ce que recherche Israël, il ne l’a pas atteint ; mais ceux-là l’ont atteint qui ont été élus. Les autres, ils ont été endurcis,
8 selon le mot de l’Écriture : Dieu leur a donné un esprit de torpeur : ils n’ont pas d’yeux pour voir, d’oreilles pour entendre jusqu’à ce jour.
9 David dit aussi : Que leur table soit un piège, un lacet, une cause de chute, et leur serve de salaire !
10 Que leurs yeux s’enténèbrent pour ne point voir et fais-leur sans arrêt courber le dos !
11 Je demande donc : serait-ce pour une vraie chute qu’ils ont bronché ? Certes non ! mais leur faux pas a procuré le salut aux païens, afin que leur propre jalousie en fût excitée.
12 Et si leur faux pas a fait la richesse du monde et leur amoindrissement la richesse des païens, que ne fera pas leur totalité !
13 Or je vous le dis à vous, les païens, je suis bien l’apôtre des païens et j’honore mon ministère,
14 mais c’est avec l’espoir d’exciter la jalousie de ceux de mon sang et d’en sauver quelques-uns.
15 Car si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur admission, sinon une résurrection d’entre les morts ?
16 Or si les prémices sont saintes, toute la pâte aussi ; et si la racine est sainte, les branches aussi.
17 Mais si quelques-unes des branches ont été coupées tandis que toi, sauvageon d’olivier tu as été greffé parmi elles pour bénéficier avec elles de la sève de l’olivier,
18 ne va pas te glorifier aux dépens des branches. Ou si tu veux te glorifier, ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte.
19 Tu diras : On a coupé des branches, pour que, moi, je fusse greffé.
20 Fort bien. Elles ont été coupées pour leur incrédulité, et c’est la foi qui te fait tenir. Ne t’enorgueillis pas ; crains plutôt.
21 Car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, prends garde qu’il ne t’épargne pas davantage.
22 Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité envers ceux qui sont tombés, et envers toi bonté, pourvu que tu demeures en cette bonté ; autrement tu seras retranché toi aussi.
23 Et eux, s’ils ne demeurent pas dans l’incrédulité, ils seront greffés : Dieu est bien assez puissant pour les greffer à nouveau.
24 En effet, si toi tu as été retranché de l’olivier sauvage auquel tu appartenais par nature, et greffé, contre nature, sur un olivier franc, combien plus eux, les branches naturelles, seront-ils greffés sur leur propre olivier !
25 Car je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que vous ne vous complaisiez en votre sagesse : une partie d’Israël s’est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens,
26 et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : De Sion viendra le Libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob.
27 Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j’enlèverai leurs péchés.
28 Ennemis, il est vrai, selon l’Évangile, à cause de vous, ils sont, selon l’Élection, chéris à cause de leurs pères.
29 Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance.
30 En effet, de même que jadis vous avez désobéi à Dieu et qu’au temps présent vous avez obtenu miséricorde grâce à leur désobéissance,
31 eux de même au temps présent ont désobéi grâce à la miséricorde exercée envers vous, afin qu’eux aussi ils obtiennent au temps présent miséricorde.
32 Car Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde.
33 O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles !
34 Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur ? Qui en fut jamais le conseiller ?
35 Ou bien qui l’a prévenu de ses dons pour devoir être payé de retour ?
36 Car tout est de lui et par lui et pour lui. A lui soit la gloire éternellement ! Amen.

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.

Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l’Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l’hérésie du moine Pélage : l’homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).

C’est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.

Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n’a jamais mis en doute son authenticité.

Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d’avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.

En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C’est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l’événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L’Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.

Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l’Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l’une doctrinale (1 - 11), - l’autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).

La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ, et elle se développe en trois thèmes : - La justice de Dieu nous est révélée par l’Evangile comme force de justice pour qui l’accueille avec foi (1, 16 - 4, 25), - L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39), - Cette réalisation du salut de Dieu n’est pas en contradiction avec la promesse de Dieu faite jadis à Israël (9, 1 - 11, 36)

A côté de cette répartition de cette Lettre en deux parties, comme il vient d’être indiqué, on peut tout aussi bien n’y voir, d’un bout à l’autre que le développement, en trois temps successifs, d’une seule idée force très prégnante : - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière selon laquelle Dieu traite les Juifs et les paiens (1 - 8), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière dont Dieu traite le peuple d’Israël (9 - 11), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la vie de ceux qui croient au Christ. (12 - 15).


Selon le premier découpage de cette Lettre, que nous continuons de suivre, Paul développe maintenant une 3ème série d’arguments autour d’un 3ème thème : L’amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (9, 1 - 11, 36).

Ce thème est développé successivement en quatre points :

  • Paul nous partage d’abord sa lamentation sur ses frères, les Juifs, dont il s’est séparé en suivant Jésus (9, 1 - 5),
  • Ce que vit maintenant Israël n’est pas en contradiction avec le Projet de salut de Dieu depuis Abraham, à travers l’histoire des hommes, (9, 6 - 29),
  • L’échec d’Israël vient de son propre refus du salut de Dieu en Jésus Christ (9, 30 - 10, 21).
  • Cet échec d’Israël n’est, en définitive, que partiel et temporaire (11, 1 - 36).

Nous nous trouvons ainsi aujourd’hui au terme de la 3ème section de cette grande partie “doctrinale” de cette Lettre aux Romains : l’achèvement du salut de Dieu en Jésus, qui nous est communiqué comme une force transformante de notre être tout entier par la foi qui justifie, ne contredit pas pour autant les promesses faites par Dieu à l’ancien Israël.

En conséquence, Paul va conclure que cette séparation présente d’Israël est partielle et temporaire et que l’unité se fera, au moins à la fin des temps, entre Israël et I’Eglise de Jésus (11, 1 - 36).

C’est ce chapitre 11 que nous lisons dans notre page couvrant les lectures liturgiques Catholiques Romaines de ces deux jours. (11, 1 - 36).

2. Message

Même si Paul, dans son argumentation, a écrit des choses désagréables à propos d’lsraël, n’hésitant pas à dire, d’une part, que l’incroyance présente de ce peuple élu demeure en accord avec le plan de Dieu qui appelle tous les hommes tout-à-fait gratuitement (chapitre 9), et que, d’autre part, l’incroyance d’lsraël n’est dûe qu’à son endurcissement (chapitre 10), Paul s’oriente cependant vers une solution positive.

Déjà, en 9, 27, il avait laissé entendre qu’un reste d’lsraël serait sauvé. C’est ce point qu’il développe de nouveau dans l’ensemble de ce chapitre 11 qui forme notre passage, en affirmant que l’incroyance d’Israël n’est que partielle (11, 1 - 10), qu’elle n’est tout au plus que temporaire (11, 11 - 24), et que, selon le plan de Dieu, sa miséricorde se manifestera à l’égard de tous les hommes quels qu’ils soient, donc, y compris les Juifs qui n’acceptent pas Jésus comme Messie.

Et Paul de conclure par une hymne à la miséricorde inimaginable et suprême de Dieu (11, 33 - 36).

En effet, cette miséricorde de Dieu sera manifestée à tous à la fin des temps. En conséquence, les païens devenus chrétiens doivent dépasser une vision facile et étroite de l’histoire du salut et accepter de découvrir des aspects insoupçonnés du mystère de Dieu et de ses secrets.

Selon ce mystère, de même qu’en corrélation avec le refus d’Israël de croire en Jésus, les païens ont pu accueillir la prédication apostolique et sont devenus membres de l’Eglise, de même tout Israël finira par être sauvé, lorsque l’évangélisation de l’ensemble de I’humanité aura atteint le niveau de plénitude qui convient à Dieu et qu’il lui appartient, à lui seul, d’estimer.

Dieu continue d’aimer les Juifs à cause des promesses qu’il a faites à leurs pères, car son appel et ses dons sont irrévocables. Dieu est toujours fïdèle, quelle que soit la réponse de l’homme, comme tous les prophètes de l’Ancien Testament I’ont toujours souligné.

Toutes les paroles, initiatives et gestes de Dieu font partie de son unique projet et concernent ainsi le salut de tous : c’est pourquoi, la miséricorde de Dieu, offerte aux païens qui ont reçu dans leur vie le témoignage de Jésus, sera de nouveau offerte mystérieusement à tout Israël.

Ainsi, païens et Juifs qui, tour à tour, et à leur façon, ont tous désobéi à Dieu par leur incroyance, leur péché ou le refus du Royaume annoncé par Jésus, seront tous enveloppés et saisis définitivement par la miséricorde de Dieu.

On comprend que Paul soit ainsi conduit à chanter son hymne à la sagesse extraordinairement miséricordieuse de Dieu, hymne toute d’admiration et d’action de grâces. Dieu fait toujours bien toutes choses, sa prise en charge de tous les hommes est sans limites et s’étend bien au-delà de nos conceptions.

Paul cite conjointement Isaïe, 40, 13 et Job (peut-être Job, 41, 3, ou encore Job, 35, 7 ou 41, 1), pour situer Dieu au delà de toutes nos logiques et approches, mais comme celui dont tout dépend. D’où la grande affirmation qui précède la doxologie finale : tout est de lui, par lui et pour lui.

3. Decouvertes

Paul exprime sa ferme conviction du salut collectif du peuple Juif, en écho à Isaïe, 60, 21 - 22. Comme il n’explicite pas le “comment” de cette réalisation, deux explications différentes en ont été données :

  • l’une, théologique, admet que Dieu sauvera Israël, en pure miséricorde, et indépendamment de toute acceptation par Israël de Jésus comme Messie. Ce qui revient à dire que Dieu lui-même viendra sauver Israël d’une manière particulière, sans la participation de Jésus.

  • la seconde explication, christologique, fait du Christ de la fin des temps le “libérateur” mentionné au verset 26, dans la citation d’Isaïe 59, 20 - 21. Ainsi s’achèvera, en plénitude et de manière étendue à tous les hommes sans distinction, la Nouvelle Alliance déjà accomplie par Jésus en sa mort-résurrection (voir Jérémie, 31, 33). Ce qui implique une conversion de l’ensemble d’Israël au Christ à la fin ultime des temps.

Cette seconde explication semble bien être la seule qui respecte la pensée de Paul, qui n’a jamais envisagé un salut opéré par Dieu pour les Juifs, qui serait différent d’un salut accompli par le Christ pour le reste de l’humanité. Sinon, comment aurait-il pu parler, comme il l’a fait avec tant de force, de la justification accomplie chez tous les hommes par la grâce de Dieu accueillie dans la foi ?

4. Prolongement

L’inconcevable mystère de Dieu, c’est qu’il nous sauve, qu’il nous offre sa grâce et son Esprit Saint, quel qu’ait pu être, ou soit encore, notre péché, notre refus de son salut.

A tous les hommes, son Amour miséricordieux et sa proximité (qui a jusqu’au partage de sa vie) sont proposés dans l’accueil de l’accomplissemnt de la mission de Jésus le Christ.

Ce que Dieu attend de nous, et de tous, c’est cette ouverture à la communication de la richesse de son don. Ouverture qui s’appelle “pauvreté du coeur” et “remise de soi dans l’abandon plein de confiance” à Celui qui nous demande de l’appeler “Père”.

Prière

Seigneur Jésus, que ton Esprit Saint grave en nos coeurs cet accueil de l’au-delà infini de Dieu, et chante sans cesse en nous, et avec nous, la louange de Dieu liée à cette extrordinaire découverte :

Première lecture : Romains 11, 25-36

DE LA LETTRE AUX ROMAINS

Texte

25 Car je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur
que vous ne vous complaisiez en votre sagesse : une partie d’Israël s’est
endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens,
26 et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : De Sion viendra le
Libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob.
27 Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j’enlèverai leurs
péchés.
28 Ennemis, il est vrai, selon l’Évangile. à cause de vous, ils sont, selon
l’Élection, chéris à cause de leurs pères.
29 Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance.
30 En effet, de même que jadis vous avez désobéi à Dieu et qu’au temps
présent vous avez obtenu miséricorde grâce à leur désobéissance,
31 eux de même au temps présent ont désobéi grâce à la miséricorde
exercée envers vous, afin qu’eux aussi ils obtiennent au temps présent
miséricorde.
32 Car Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour
faire à tous miséricorde.
33 O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que
ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles !
34 Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur ? Qui en fut
jamais le conseiller ?
35 Ou bien qui l’a prévenu de ses dons pour devoir être payé de
retour ?
36 Car tout est de lui et par lui et pour lui. A lui soit la gloire
éternellement ! Amen.

Commentaire

1. Situation

La partie proprement “doctrinale” de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1,1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle de l’Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ.

Après nous avoir montré, dans une 1ère série d’arguments, comment, par l’Evangile, la justice de Dieu nous était révélée dans sa capacité de se communiquer et de rendre juste celui ou celle qui croit en Jésus (1, 16 - 4, 25), Paul a insisté, dans une 2ème section, sur l’efficacité de l’amour que Dieu a pour nous. Cet amour assure, en effet, le salut de tous ceux qui sont devenus justes en raison de leur foi, et leur confère, par le don de l’Esprit, la dignité de “fils adoptifs” de Dieu, “héritiers” et “co-héritiers” avec le Christ, dont ils sont “appelés à reproduire l’image” (5, 1 - 8, 39).

Nous nous trouvons aujourd’hui au terme de la 3ème section de cette grande partie “doctrinale” de cette Lettre aux Romains : l’achèvement du salut de Dieu en Jésus, qui nous est communiqué comme une force transformante de notre être tout entier par la foi qui justifie, ne contredit pas pour autant les promesses faites par Dieu à l’ancien Israël (9, 1 - 11, 36).

Dans cette 3ème et dernière section du développement de sa pensée sur le salut en Jésus offert aux croyants, Paul partage sa souffrance de constater que la plupart de ses anciens coreligionnaires Juifs ne se sont pas ralliés au Christ (9, 1 - 5). Cela ne l’empêche pas de dire que les conditions actuelles d’Israël ne sont pas davantage contraires au projet de Dieu (9, 6 - 29). L’éloignement d’Israël de ceux qui croient en Jésus vient de son propre refus (9, 30 - 10, 21). Cependant, Paul va conclure que cette séparation présente d’Israël est partielle et temporaire et que l’unité se fera, au moins à la fin des temps, entre Israël et I’Eglise de Jésus (11, 1 - 36).

C’est la fin de ce chapitre 11 que nous lisons dans notre page de ce jour. (11, 25 - 36).

2. Message

Même si Paul, dans son argumentation, a écrit des choses désagréables à propos d’lsraël, n’hésitant pas à dire, d’une part, que l’incroyance présente de ce peuple élu demeure en accord avec le plan de Dieu qui appelle tous les hommes tout-à-fait gratuitement (chapitre 9), et que, d’autre part, l’incroyance d’lsraël n’est dûe qu’à son endurcissement (chapitre 10), Paul s’oriente cependant vers une solution positive.

Déjà, en 9, 27, il avait laissé entendre qu’un reste d’lsraël serait sauvé. C’est ce point qu’il développe de nouveau dans l’ensemble de ce chapitre 11 qui forme notre passage, en affirmant que l’incroyance d’Israël n’est que partielle (11, 1 - 10), qu’elle n’est tout au plus que temporaire (11, 11 - 24), et que, selon le plan de Dieu, sa miséricorde se manifestera à l’égard de tous les hommes quels qu’ils soient, donc, y compris les Juifs qui n’acceptent pas Jésus comme Messie.

Et Paul de conclure par une hymne à la miséricorde inimaginable et suprême de Dieu (11, 33 - 36).

En effet, cette miséricorde de Dieu sera manifestée à tous à la fin des temps. En conséquence, les païens devenus chrétiens doivent dépasser une vision facile et étroite de l’histoire du salut et accepter de découvrir des aspects insoupçonnés du mystère de Dieu et de ses secrets.

Selon ce mystère, de même qu’en corrélation avec le refus d’Israël de croire en Jésus, les païens ont pu accueillir la prédication apostolique et sont devenus membres de l’Eglise, de même tout Israël finira par être sauvé, lorsque l’évangélisation de l’ensemble de I’humanité aura atteint le niveau de plénitude qui convient à Dieu et qu’il lui appartient, à lui seul, d’estimer.

Dieu continue d’aimer les Juifs à cause des promesses qu’il a faites à leurs pères, car son appel et ses dons sont irrévocables. Dieu est toujours fïdèle, quelle que soit la réponse de l’homme, comme tous les prophètes de l’Ancien Testament I’ont toujours souligné.

Toutes les paroles, initiatives et gestes de Dieu font partie de son unique projet et concernent ainsi le salut de tous : c’est pourquoi, la miséricorde de Dieu, offerte aux païens qui ont reçu dans leur vie le témoignage de Jésus, sera de nouveau offerte mystérieusement à tout Israël.

Ainsi, païens et Juifs qui, tour à tour, et à leur façon, ont tous désobéi à Dieu par leur incroyance, leur péché ou le refus du Royaume annoncé par Jésus, seront tous enveloppés et saisis définitivement par la miséricorde de Dieu.

On comprend que Paul soit ainsi conduit à chanter son hymne à la sagesse extraordinairement miséricordieuse de Dieu, hymne toute d’admiration et d’action de grâces. Dieu fait toujours bien toutes choses, sa prise en charge de tous les hommes est sans limites et s’étend bien au-delà de nos conceptions.

Paul cite conjointement Isaïe, 40, 13 et Job (peut-être Job, 41, 3, ou encore Job, 35, 7 ou 41, 1), pour situer Dieu au delà de toutes nos logiques et approches, mais comme celui dont tout dépend. D’où la grande affirmation qui précède la doxologie finale : tout est de lui, par lui et pour lui.

3. Decouvertes

Paul exprime sa ferme conviction du salut collectif du peuple Juif, en écho à Isaïe, 60, 21 - 22. Comme il n’explicite pas le “comment” de cette réalisation, deux explications différentes en ont été données :

  • l’une, théologique, admet que Dieu sauvera Israël, en pure miséricorde, et indépendamment de toute acceptation par Israël de Jésus comme Messie. Ce qui revient à dire que Dieu lui-même viendra sauver Israël d’une manière particulière, sans la participation de Jésus.

  • la seconde explication, christologique, fait du Christ de la fin des temps le “libérateur” mentionné au verset 26, dans la citation d’Isaïe 59, 20 - 21. Ainsi s’achèvera, en plénitude et de manière étendue à tous les hommes sans distinction, la Nouvelle Alliance déjà accomplie par Jésus en sa mort-résurrection (voir Jérémie, 31, 33). Ce qui implique une conversion de l’ensemble d’Israël au Christ à la fin ultime des temps.

Cette seconde explication semble bien être la seule qui respecte la pensée de Paul, qui n’a jamais envisagé un salut opéré par Dieu pour les Juifs, qui serait différent d’un salut accompli par le Christ pour le reste de l’humanité. Sinon, comment aurait-il pu parler, comme il l’a fait avec tant de force, de la justification accomplie chez tous les hommes par la grâce de Dieu accueillie dans la foi ?

4. Prolongement

L’inconcevable mystère de Dieu, c’est qu’il nous sauve, qu’il nous offre sa grâce et son Esprit Saint, quel qu’ait pu être, ou soit encore, notre péché, notre refus de son salut.

A tous les hommes, son Amour miséricordieux et sa proximité (qui a jusqu’au partage de sa vie) sont proposés dans l’accueil de l’accomplissemnt de la mission de Jésus le Christ.

Ce que Dieu attend de nous, et de tous, c’est cette ouverture à la communication de la richesse de son don. Ouverture qui s’appelle “pauvreté du coeur” et “remise de soi dans l’abandon plein de confiance” à Celui qui nous demande de l’appeler “Père”.

Prière

Seigneur Jésus, que ton Esprit Saint grave en nos coeurs cet accueil de l’au-delà infini de Dieu, et chante sans cesse en nous, et avec nous, la louange de Dieu liée à cette extrordinaire découverte :

Évangile : Luc 14, 1-11

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l’un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu’eux étaient à l’observer.
2 Et voici qu’un hydropique se trouvait devant lui.
3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : ” Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? “
4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya.
5 Puis il leur dit : ” Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? “
6 Et ils ne purent rien répondre à cela.
7 Il disait ensuite une parabole à l’adresse des invités, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans ; il leur disait :
8 ” Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte,
9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : “Cède-lui la place. ” Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place.
10 Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : “Mon ami, monte plus haut. ” Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives.
11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. “

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses disciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l’Evangile, qui s’étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu’il réagit à toutes les situations qu’il rencontre.

L’on divise habituellement toute cette marche en 3 séries d’instructions que Jésus donne de diverses façons à l’ensemble de ses disciples :

  • la 1ère série d’instructions se déroule de 9, 51 à 13, 21,
  • la 2ème série de 13, 22 à 17, 10,
  • la 3ème, de 17, 11 à 19, 27.

Toutes ces instructions ne visent qu’un seul thème : quel est le sens de notre chemin à parcourir avec Jésus, de ce qu’on appelle “la Voie” chrétienne, ou la “route avec le Christ” ?

Alors que Jésus continue sa montée vers Jérusalem,, et qu’il donne une 2ème série d’instructions à ses disciples (13, 22 - 17, 10), il a commencé par réinsister sur la nécessité pour tous de se repentir (13, 22 - 30). Il a, ensuite, réagi courageusement à une information selon laquelle Hérode chercherait à le faire mourir, en maintenant qu’il lui faut poursuivre sa route vers Jérusalem, même si cette ville est celle qui tue les prophètes (13, 31 - 35). Nous le retrouvons aujourd’hui invité de nouveau à prendre un repas chez un des chefs des Pharisiens. Ce qui va lui permettre de présenter le Royaume de Dieu sous l’image du banquet de la fin des temps, banquet dont lui-même sera l’hôte qui invite tous les hommes, élus ou non, Juifs qu païens, à participer (14, 1 - 24).

2. Message

Les versets 2 à 6 de ce chapitre 14 de Luc, nous relatent la guérison par Jésus, en ce jour du sabbat, d’un hydropique qui se trouvait justement là.

Cet épisode va déclencher la série de remarques que Jésus va ensuite formuler autour du thème du repas.

Outre la maîtrise de Jésus sur le sabbat, dont l’obligation passe après le service à rendre aux frères et soeurs dans le besoin, Jésus, par cette guérison, annonce déjà indirectement aux Pharisiens qui l’entourent qu’ils auraient dû inviter à ce repas des hommes aussi nécessiteux que ce pauvre homme qu’il vient de guérir.

Suite à cela, Jésus, l’invité d’honneur, va se livrer à un ensemble de critiques sur le comportement de ses co-invités et de son hôte, de façon à souligner la différence et l’originalité du Royaume des cieux :

  • il faut choisir la dernière place lorsqu’on est invité (14, 7 - 11 : fin de notre page),
  • il faut inviter les pauvres qui ne peuvent vous rendre votre invitation (14, 12 - 14),
  • il faut accepter l’invitation au banquet du Royaume comme une priorité à honorer, dès qu’elle nous parvient, tout en sachant que tous, même les non- invités officiellement, y seront finalement rassemblés (14, 15 - 24 : parabole des invités remplacés par des pauvres).

La remarque de Jésus, sous forme d’un bon conseil appelé ici “parabole”, aux invités qui se précipitent sur les premières places, et conseillant à chacun de choisir la dernière place, va bien au-delà de la sagesse de cette suggestion, qui a pour conséquence qu’on ne peut qu’y gagner dans la mesure où l’on peut toujours vous demander de monter plus haut.

Cette remarque porte un double message : d’une part, le banquet de Dieu est celui de la gratuité, on à tout à recevoir, on ne mérite rien. Dieu seul peut juger de la qualité des personnes.

D’autre part, Dieu n’est pas celui qui honore nos décisions de promotion personnelle. Tout est grâce, tous sont frères.

3. Decouvertes

Cet enseignement de Jésus prend ici la forme de directives de sagesse qu’il propose, lui, l’invité d’honneur du repas.

Les auteurs de l’ Antiquité racontaient volontiers les propos d’un maître de sagesse tenus à l’occasion d’un banquet. C’était un genre de présentation connu et prisé, dans lequel la quête des places d’honneur à un tel banquet était un thème souvent abordé.

Toujours choisir pour eux les premières places, voilà ce que Jésus reprochera aux scribes en 20, 46.

De fait, ces premières places étaient des lits ou divans, réservés aux invités d’honneur dans les repas solennels.

4. Prolongement

“Les premiers seront les derniers”… “Qui s’élève sera baissé”…, et inversement…, toutes phrases lapidaires et cinglantes de Jésus, qui nous invite sans cesse à ne pas nous juger ni nous apprécier nous-mêmes.

La seule attitude qui convient face au Royaume de Dieu est d’humilité (je ne mérite rien et n’y ai pas droit), et d’action de grâces (tout m’est donné gratuitement, comme un cadeau, par Dieu qui est Vérité et Amour).

Obéir à notre conscience éclairée est, pour chacune et chacun de nous, une obligation de vérité face à Dieu, aux autres et à nous-mêmes. Mais cela ne nous autorise pas pour autant à préjuger du jugement ou de la réponse de Dieu : voir Luc, 17, 10, sur le serviteur “bon à rien” ou “quelconque”, et 1 Corinthiens, 4, 4, sur l’appréciation que Paul refuse de porter sur lui-même, s’en remettant au seul jugement de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui nous as dit : “je suis doux et humble de coeur”, toi qui n’as jamais rien demandé pour toi-même, même pas une pierre où reposer ta tête, te contentant de ne chercher que la volonté du Père dans l’accomplissemnt de la mission de salut qu’il t’avait confiée : renforce en moi l’humilité du serviteur, que tu me demandes d’avoir en toutes circonstances, rends-moi ainsi capable de témoigner de la gratuité du don de Dieu qui m’est fait dans ton Esprit Saint, ainsi quà tous ceux et toutes celles qui ont accepté d’essayer de te suivre avec l’ouverture d’un coeur de pauvre. AMEN.

31.10.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour